{"id":5754,"date":"2016-04-30T07:07:00","date_gmt":"2016-04-30T05:07:00","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=5754"},"modified":"2016-04-30T07:25:13","modified_gmt":"2016-04-30T05:25:13","slug":"par-la-riviere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=5754","title":{"rendered":"Par la rivi\u00e8re"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Je suis n\u00e9 dans un tout petit village.<br \/>\nBien \u00e0 l&rsquo;abri dans un vallon, entour\u00e9 de hautes montagnes et de for\u00eats \u00e9paisses, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de tout, on n&rsquo;y voyait jamais personne. Jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour d&rsquo;\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;\u00e9tait un de ces jours o\u00f9 ma m\u00e8re devait laver les affaires de toute la famille. Mon p\u00e8re \u00e9tait parti tr\u00e8s t\u00f4t dans la montagne pour rassembler nos ch\u00e8vres. Il faisait chaud. Je venais d\u2019avoir cinq ans. Ma m\u00e8re avait demand\u00e9 \u00e0 ma s\u0153ur Catheline de rassembler le linge dans deux grands sacs. Elle avait charg\u00e9 le plus lourd sur une \u00e9paule, la grosse bassine et le battoir sur l\u2019autre, tandis que ma s\u0153ur portait l\u2019autre sac.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;aimais bien quand on descendait \u00e0 la rivi\u00e8re. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas tr\u00e8s loin et le chemin \u00e9tait facile pour mes petites jambes. Quand on arrivait \u00e0 la rive, je m\u2019amusais \u00e0 lancer des bouts de bois et \u00e0 les regarder s&rsquo;\u00e9loigner en bondissant dans les remous. Et puis, ce jour-l\u00e0, il faisait tellement beau que <!--more-->je pourrai s\u00fbrement me baigner et jouer dans l&rsquo;eau avec Sari, notre chienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand nous sommes partis sur le sentier tous les quatre, il faisait d\u00e9j\u00e0 bien chaud. Sari trottait devant. Je marchais juste derri\u00e8re elle. Ma m\u00e8re et Catheline suivaient \u00e0 distance. A mi-chemin, j&rsquo;ai laiss\u00e9 Maman me rattraper et je lui ai demand\u00e9 comme \u00e0 chaque fois si je pouvais porter le battoir. Et pour la premi\u00e8re fois, elle a accept\u00e9. Elle a dit que c&rsquo;\u00e9tait parce que, maintenant, j&rsquo;\u00e9tais grand.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 la rivi\u00e8re,\u00a0ma m\u00e8re s&rsquo;est dirig\u00e9e vers la grande courbe, l\u00e0 o\u00f9 il y a de grosses pierres plates pour \u00e9taler le linge et o\u00f9 l&rsquo;eau est plus calme. Et puis, avec ma s\u0153ur, elle s&rsquo;est mise au travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Moi, comme d&rsquo;habitude, j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 lancer des b\u00e2tons vers le milieu du torrent. Sari, elle adore \u00e7a. Elle galope les chercher dans le courant, et quand elle me les rapporte, on dirait qu&rsquo;elle rit. Au bout d\u2019un moment, Sari s&rsquo;est allong\u00e9e devant moi en haletant. \u00c7a voulait dire qu&rsquo;elle en avait assez, qu&rsquo;elle \u00e9tait fatigu\u00e9e.\u00a0Alors je me suis assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elle. Elle a pos\u00e9 sa t\u00eate sur ma cuisse. Je regardais l\u2019eau qui coulait, les nuages qui passaient. On \u00e9tait bien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lentement, Sari a relev\u00e9 la t\u00eate. Elle l\u2019a tourn\u00e9e vers le bas de la rivi\u00e8re. Elle s&rsquo;est lev\u00e9e, inqui\u00e8te. Moi aussi, j&rsquo;ai regard\u00e9 vers le bas. Il n\u2019y avait rien. Sari s\u2019est mise \u00e0 g\u00e9mir doucement. Et puis, j\u2019ai vu quelque chose, quelque chose de brillant, un reflet dans le milieu du courant, l\u00e0 o\u00f9 il dispara\u00eet entre deux rochers. Le poil de Sari s&rsquo;est h\u00e9riss\u00e9 sur son dos et elle s&rsquo;est mise \u00e0 gronder sourdement. Je me suis lev\u00e9 et malgr\u00e9 la distance, j&rsquo;ai vu que c&rsquo;\u00e9tait un homme. Il \u00e9tait \u00e0 pied. Il tenait un cheval par la bride.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des chevaux, dans notre village, il n&rsquo;y en a pas beaucoup, deux seulement, mais au moins j&rsquo;en avais d\u00e9j\u00e0 vus.\u00a0Mais un homme comme \u00e7a, jamais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il \u00e9tait immense. Malgr\u00e9 la chaleur, il portait sur la t\u00eate une sorte de cagoule comme celle que met mon p\u00e8re quand il va travailler dehors en hiver. Mais sa cagoule \u00e0 lui, elle brillait au soleil. On aurait dit qu\u2019elle \u00e9tait en fer. Elle lui enserrait compl\u00e8tement la\u00a0t\u00eate, avec juste une petite fen\u00eatre par laquelle je pouvais voir les yeux, le nez et la bouche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sa chemise, sa culotte et ses bottes aussi avaient \u00a0l&rsquo;air d&rsquo;\u00eatre en fer.\u00a0Tous ces v\u00eatements devaient \u00eatre bien lourds, et il marchait au milieu du torrent avec difficult\u00e9, la t\u00eate basse. Il tr\u00e9buchait presque \u00e0 chaque pas et son cheval boitait. Accroch\u00e9e dans son dos, il portait une grande \u00e9p\u00e9e qui d\u00e9passait par-dessus sa t\u00eate. On aurait dit qu\u2019il portait une croix.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je restais debout \u00e0 le regarder, fascin\u00e9 par cette invraisemblable apparition. Sari avait cess\u00e9 de gronder. Elle tournait autour de moi, inqui\u00e8te. Elle poussa un faible g\u00e9missement et je revins brusquement \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Je me mis \u00e0 avoir peur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019homme n&rsquo;\u00e9tait plus tr\u00e8s loin, mais il ne nous avait pas encore vus, ma chienne et moi.\u00a0Vite, je suis remont\u00e9 vers le bois et je me suis cach\u00e9 derri\u00e8re un buisson en me faisant tout petit. Sari m\u2019a suivi. Je l\u2019ai agripp\u00e9e par son col de fourrure et l\u2019ai serr\u00e9e tr\u00e8s fort contre moi. Je n\u2019osais plus regarder le g\u00e9ant de fer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A un moment, il a tr\u00e9buch\u00e9 une nouvelle fois, et il est tomb\u00e9 \u00e0 plat ventre dans l&rsquo;eau, dans un grand bruit de ferraille, tout pr\u00e8s de mon buisson. J&rsquo;ai relev\u00e9 la t\u00eate et j\u2019ai pu voir qu&rsquo;il saignait \u00e0 l&rsquo;\u00e9paule. Il s&rsquo;est accroch\u00e9 \u00e0 la bride du cheval et s&rsquo;est relev\u00e9\u00a0p\u00e9niblement en poussant un cri de douleur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c7a doit \u00eatre \u00e7a qui m&rsquo;a fait bondir. Je me suis redress\u00e9 d&rsquo;un coup et, sans me soucier que l&rsquo;homme me voie, j&rsquo;ai couru aussi vite que je pouvais en remontant le courant. J\u2019ai couru longtemps, sans oser me retourner, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que j\u2019atteigne l\u2019endroit o\u00f9 ma m\u00e8re \u00e9tait encore occup\u00e9e \u00e0 sa lessive, \u00e0 genoux dans l\u2019eau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Hors d\u2019haleine, je lui ai racont\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013Maman\u2026un homme\u2026tout en fer\u2026avec un cheval\u2026il saigne\u2026il vient par la rivi\u00e8re\u2026il arrive\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle a dit dans un souffle :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013Mon Dieu, la guerre !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je suis n\u00e9 dans un tout petit village. Bien \u00e0 l&rsquo;abri dans un vallon, entour\u00e9 de hautes montagnes et de for\u00eats \u00e9paisses, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de tout, on n&rsquo;y voyait jamais personne. Jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour d&rsquo;\u00e9t\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait un de ces jours o\u00f9 ma m\u00e8re devait laver les affaires de toute la famille. Mon p\u00e8re \u00e9tait parti &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=5754\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Par la rivi\u00e8re<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[2,15],"tags":[21],"class_list":["post-5754","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-textes","category-themes","tag-philippe"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5754","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5754"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5754\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5754"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5754"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5754"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}