{"id":57264,"date":"2026-07-05T07:47:12","date_gmt":"2026-07-05T05:47:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=57264"},"modified":"2026-07-05T19:07:29","modified_gmt":"2026-07-05T17:07:29","slug":"carnet-decriture-26-proust-et-moi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=57264","title":{"rendered":"Carnet d&rsquo;\u00e9criture (26) &#8211; Proust et Moi"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-34183 alignleft\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/images-1.jpeg\" alt=\"\" width=\"130\" height=\"130\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/images-1.jpeg 225w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/images-1-150x150.jpeg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 130px) 100vw, 130px\" \/>(&#8230;) Il avait un peu raison, Jimini Cricket, mon petit grillon int\u00e9rieur, celui qui me dit souvent que je n\u2019y arriverai pas, que je n\u2019aurai pas le temps, pas le talent, pas le courage. Il a de bonnes analyses parfois, mais si je l\u2019\u00e9coutais tout le temps, je ne ferais jamais rien. Alors, je me suis dit deux choses :<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La premi\u00e8re<u>,<\/u> c\u2019est qu\u2019on ne peut \u00e9crire qu\u2019avec ce que l\u2019on a, avec sa culture et sa m\u00e9moire, avec son histoire personnelle et les souvenirs qu\u2019on en a gard\u00e9s, et bien s\u00fbr avec son imagination et son talent (petit t, avec t variant de z\u00e9ro \u00e0 l\u2019infini).<br \/>\nD\u2019un joueur de tennis qui, surpris et gris\u00e9 par un coup heureux r\u00e9ussi contre un adversaire nettement sup\u00e9rieur, se met \u00e0 tenter avec succ\u00e8s des coups difficiles, des coups que m\u00eame \u00e0 l\u2019entrainement il ne r\u00e9ussit que rarement, on dit qu\u2019il surjoue. Il se met \u00e0 jouer au-dessus de son niveau. Surjouer peut lui r\u00e9ussir pendant quelques coups, quelques jeux, un set\u2026 \u00c7a enthousiasme le public \u2014 qui aime bien de temps en temps voir le petit poucet bouffer l\u2019ogre \u2014 mais \u00e7a ne trompe pas le spectateur averti qui sait que le surjeu ne paie jamais longtemps.<br \/>\nEn \u00e9criture, c\u2019est pareil. Gris\u00e9 par une jolie formule, une image int\u00e9ressante ou une m\u00e9taphore os\u00e9e qu\u2019il a trouv\u00e9e presque fortuitement, il arrive qu\u2019\u00e0 ces mots, celui qui \u00e9crit ne se sente plus de joie et se mette en t\u00eate d\u2019enchainer les belles phrases. Il arrive m\u00eame que l\u2019inspiration s\u2019y mette et que le clavier soit en forme. Alors, il a l\u2019impression d\u2019\u00eatre Oscar Peterson devant son piano et tout devient facile. On dit qu\u2019il sur\u00e9crit, qu\u2019il force son talent. Mais jamais cela ne dure car il n\u2019a ni le souffle, ni la culture, ni l\u2019exp\u00e9rience ni le talent (petit t). Et s\u2019il persiste, il tombe dans le discours du Maire de Champignac, l\u2019amphigouri, le clich\u00e9, les fioritures, l\u2019inutile, le ridicule.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La premi\u00e8re chose que je m&rsquo;\u00e9tais dite, c\u2019\u00e9tait donc que, quoi que je d\u00e9cide d\u2019\u00e9crire, je devais<!--more--> le faire avec mes moyens, c\u2019est-\u00e0-dire ma culture, ma m\u00e9moire, mon histoire personnelle et mes souvenirs. Je m\u2019autorisais ainsi \u00e0 tout \u00e9crire, y compris mes \u00e9tats d\u2019\u00e2me, mais avec mes moyens usuels, en m\u2019interdisant de forcer mon talent petit t.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ma seconde r\u00e9flexion a port\u00e9 sur cette option qui paraissait d\u00e9sormais indispensable : <em>Ecrire mes \u00e9tats d\u2019\u00e2me !<\/em> Comme me l&rsquo;avait fait savoir Mr.Cricket, renoncer brusquement \u00e0 des d\u00e9cennies de retenue ne serait pas facile, mais il \u00e9tait devenu \u00e9vident qu\u2019il fallait en passer par l\u00e0. Bon, d\u2019accord, je pouvais faire un effort et reprendre l\u2019\u00e9criture des \u00e9pisodes de l\u2019h\u00f4tesse de l\u2019air et de la folle aux bigoudis pour les agr\u00e9menter de r\u00e9flexions internes. Pour moi qui n\u2019avais pas vingt ans, les faits \u00e9taient assez nouveaux et assez intenses pour avoir provoqu\u00e9 des avalanches de pens\u00e9es et de prises de d\u00e9cisions inhabituelles. \u00c0 une telle distance dans le temps, si aujourd&rsquo;hui je me souvenais encore assez pr\u00e9cis\u00e9ment des faits, j\u2019avais oubli\u00e9 les \u00e9tats d\u2019\u00e2me qu\u2019ils avaient provoqu\u00e9s. Pourtant je me sentais capable de les retrouver, de les reconstituer, au besoin de les inventer.<br \/>\nMais une fois, que j\u2019aurais fait \u00e7a ? Une fois que j\u2019aurais r\u00e9\u00e9crit de cette mani\u00e8re ces deux \u00e9pisodes r\u00e9put\u00e9s forts, je ne pourrais plus retomber, du moins pas trop longtemps, dans la seule description clinique des paysages am\u00e9ricains et des coutumes des gens qui les peuplent. Une nouvelle question se posait : dans ma d\u00e9couverte des USA, combien restait-il d\u2019incidents assez remarquables, non seulement pour int\u00e9resser le lecteur, mais surtout pour justifier les analyses psychologiques de mon comportement que je souhaitais donner ? Trois, quatre ? C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s insuffisant pour les deux mois et les quatre-cents pages qui me restaient \u00e0 \u00e9crire ! La conclusion \u00e9tait \u00e9vidente mais la d\u00e9cision dure \u00e0 prendre : il faudrait broder, embellir, inventer, cr\u00e9er, mentir ; mentir mais seulement de temps en temps, mentir en restant au plus pr\u00e8s de la v\u00e9rit\u00e9, mentir sans le dire tout en le disant, toujours laisser le lecteur dans le doute : Le narrateur a-t-il vraiment gifl\u00e9 la fille du motel ? Que s\u2019est-il vraiment pass\u00e9 pour lui pendant cette nuit du 4 ao\u00fbt ? Bakersfield, Barstow, La Chose d\u2019un autre monde, la Cadillac rose, le Biltmore Hotel&#8230; quoi de vrai dans tout \u00e7a ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Et c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;un peu honteux, j\u2019ai pris la d\u00e9cision de m\u2019accorder sous condition toutes ces libert\u00e9s litt\u00e9raires. Avec le plaisir d\u2019\u00e9crire que je retrouvai gr\u00e2ce \u00e0 cette licence, je ne tardai pas \u00e0 d\u00e9couvrir que j\u2019avais r\u00e9invent\u00e9 un genre dont j\u2019ignorais le nom jusqu\u2019alors, l&rsquo;autofiction. Ce n\u2019\u00e9tait plus du mensonge, c\u2019\u00e9tait un genre litt\u00e9raire. Je ne mentais plus, je faisais de l&rsquo;autofiction. \u00c7a me fit d&rsquo;autant plus plaisir que je r\u00e9alisai que Proust n&rsquo;avait pratiquement fait que \u00e7a toute sa vie.<\/p>\n<p><em><span style=\"color: #0000ff;\">A suivre<\/span><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\">ET DEMAIN : A TALE OF TWO CITIES<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) Il avait un peu raison, Jimini Cricket, mon petit grillon int\u00e9rieur, celui qui me dit souvent que je n\u2019y arriverai pas, que je n\u2019aurai pas le temps, pas le talent, pas le courage. Il a de bonnes analyses parfois, mais si je l\u2019\u00e9coutais tout le temps, je ne ferais jamais rien. 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