{"id":57115,"date":"2026-06-25T07:47:59","date_gmt":"2026-06-25T05:47:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=57115"},"modified":"2026-06-22T09:25:00","modified_gmt":"2026-06-22T07:25:00","slug":"pauvre-noel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=57115","title":{"rendered":"Pauvre No\u00ebl"},"content":{"rendered":"<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><i>Pauvre No\u00ebl Couvresac ! La nuit est tomb\u00e9e depuis des heures. Il pleut depuis des jours et la rivi\u00e8re en crue lui barre le chemin. Pour pouvoir rejoindre La Pr\u00e9tentaine, la seule solution \u00e0 pr\u00e9sent, c\u2019est de traverser le cimeti\u00e8re. Et No\u00ebl a peur des d\u00e9mons de la nuit. Pauvre No\u00ebl !<\/i><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 (&#8230;) Ce n&rsquo;est qu&rsquo;une impression fugitive saisie du coin de l&rsquo;\u0153il, aussit\u00f4t mise en doute, d\u00e9j\u00e0 presque oubli\u00e9e, \u00e0 peine la sensation vague du mouvement impr\u00e9cis d&rsquo;une ombre molle dans le monde min\u00e9ral des s\u00e9pultures, mais elle lui a fait dresser les cheveux sur la nuque. Il s\u2019arr\u00eate net, p\u00e9trifi\u00e9, regardant de tous ses yeux dans la direction de l\u2019ombre, mais il ne voit rien d\u2019autre que les pierres tombales qui luisent sous la lune et les ombres port\u00e9es des croix qui les surplombent. Son c\u0153ur lui bat dans les oreilles. Brusquement la lune disparait et le vent faiblit. Plong\u00e9 \u00e0 nouveau dans l&rsquo;obscurit\u00e9, No\u00ebl se met \u00e0 g\u00e9mir. Il n&rsquo;ose plus bouger. Un sourd grondement se fait entendre. Ce qui reste de raison \u00e0 No\u00ebl ne lui permet pas de comprendre que c&rsquo;est le tonnerre. Quelque part derri\u00e8re lui, un souffle, une respiration puissante ; il n&rsquo;ose pas se retourner ; maintenant, c&rsquo;est un frottement, puis le bruit d&rsquo;un pas lourd sur les graviers ; il n&rsquo;y tient plus, il se jette en avant. \u00c0 la deuxi\u00e8me enjamb\u00e9e, son bon pied butte contre un obstacle. Il s&rsquo;affale, les bras tendus devant lui. Tandis que sa main gauche vient r\u00e2per la pierre humide, la droite s&rsquo;\u00e9corche sur une fleur en fer forg\u00e9 et son genou heurte violemment le Christ de la croix de marbre qui est allong\u00e9e sur le tombeau. Sa main saigne, sa jambe le fait souffrir, il a froid, il tremble, il est terrifi\u00e9. Sans m\u00eame reprendre sa respiration, pouss\u00e9 par la panique, il tente de se relever pour fuir la cr\u00e9ature qui souffle derri\u00e8re lui, mais c&rsquo;est pour retomber aussit\u00f4t de tout son long sur le sol de l&rsquo;all\u00e9e centrale. \u00c9puis\u00e9, r\u00e9sign\u00e9, il enfouit sa t\u00eate dans ses bras, la joue coll\u00e9e contre les graviers et reste \u00e9tendu sur le ventre ; il attend le d\u00e9mon qui l&#8217;emportera bient\u00f4t aux enfers. Il ne tremble m\u00eame plus, il respire \u00e0 peine ; il prie Dieu, J\u00e9sus, Marie, Joseph et Saint Martin ; il regrette d&rsquo;avoir \u00e9cout\u00e9 le docteur Cottard, il regrette d&rsquo;\u00eatre all\u00e9 \u00e0 la ville sans rien dire aux Patrons, il demande pardon pour avoir voulu corriger son infirmit\u00e9, ce pied-bot que le Bon Dieu lui avait donn\u00e9 ; il regrette d&rsquo;avoir vol\u00e9 un couteau dans la cuisine de la Pr\u00e9tentaine, d&rsquo;avoir donn\u00e9 un coup de pied au chat de la Patronne, il regrette&#8230; il ne le fera plus, plus jamais&#8230;<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>Les minutes passent, le silence r\u00e8gne autour de lui. Petit \u00e0 petit, sa respiration redevient r\u00e9guli\u00e8re et le sang bat moins fort dans ses oreilles. Il r\u00e9ussit \u00e0 ouvrir un \u0153il sur l&rsquo;obscurit\u00e9. Une br\u00e8ve lueur diffuse dans les nuages lui permet de voir l&rsquo;\u00e9toffe de sa veste dans laquelle il a enfoui son visage. La lueur disparait, mais aussit\u00f4t apr\u00e8s un grondement lointain lui fait comprendre enfin que c&rsquo;est le tonnerre : un orage approche. No\u00ebl n&rsquo;aime pas l&rsquo;orage, l&rsquo;orage qui couche les bl\u00e9s, qui affole les b\u00eates et qui parfois foudroie une vache, un cheval ou quelques moutons. Mais l&rsquo;orage, pour lui, ce n&rsquo;est qu&rsquo;un mauvais moment que l&rsquo;on passe \u00e0 compter les secondes qui s\u00e9parent l&rsquo;\u00e9clair du tonnerre et \u00e0 prier que la foudre veuille bien \u00e9pargner la Pr\u00e9tentaine. Mais, dans l&rsquo;orage, il n&rsquo;y a rien de satanique ni m\u00eame de surnaturel. Il faut juste se mettre \u00e0 l&rsquo;abri et attendre qu&rsquo;il passe. Nouvelle lueur, nouveau grondement. No\u00ebl se sent un peu mieux : en relevant la t\u00eate, \u00e0 la faveur du dernier \u00e9clair, l\u00e0, sur sa gauche, il a pu apercevoir un bref instant les pierres du mur d&rsquo;enceinte. Il se rel\u00e8ve lentement, gardant la direction du mur en t\u00eate, attendant le prochain \u00e9clair. Quand le cimeti\u00e8re s&rsquo;\u00e9claire \u00e0 nouveau, il a juste le temps de contourner la pierre tombale qui l&rsquo;avait fait tr\u00e9bucher et de s&rsquo;engager d&rsquo;un seul pas dans l&rsquo;alignement qui le m\u00e8nera jusqu&rsquo;au mur. A nouveau dans le noir, il s&rsquo;immobilise, pr\u00eat \u00e0 repartir vers son but \u00e0 la prochaine lueur. Il attend, il attend. Il entend des grondements lointains, mais aucun \u00e9clair ne les accompagne. L&rsquo;orage s&rsquo;est \u00e9loign\u00e9. Soudain, une violente bourrasque se l\u00e8ve, faisant claquer les basques de son manteau.\u00a0 Elle est suivie presque aussit\u00f4t d&rsquo;une averse brutale. D&rsquo;\u00e9normes gouttes glac\u00e9es viennent frapper son dos, ses \u00e9paules, son chapeau. Il attend, il attend toujours, esp\u00e9rant l&rsquo;\u00e9clair. Et le voil\u00e0, l&rsquo;\u00e9clair ; une tr\u00e8s forte clart\u00e9 dont on ne sait ni d&rsquo;o\u00f9 elle vient ni o\u00f9 elle va, et puis, un battement de c\u0153ur plus tard, un craquement sec, formidable, et puis de longs roulements qui vont en s&rsquo;affaiblissant. Cette fois-ci, No\u00ebl en est certain, il a vu le mur, tout blanc, \u00e0 moins de trente pas. Vite, il avance, No\u00ebl ; deux enjamb\u00e9es, trois, quatre ; mais \u00e0 nouveau il fait noir. Il s&rsquo;arr\u00eate, plein d&rsquo;espoir. Encore trois ou quatre coups de tonnerre et il atteindra le mur. Un nouvel \u00e9clair, encore plus formidable, celui-ci. Il est tomb\u00e9 tout droit du ciel, sur sa gauche ; instinctivement, No\u00ebl a tourn\u00e9 la t\u00eate et l\u00e0, dans la lumi\u00e8re qui vibrait encore dans l&rsquo;air, il a vu le monstre, le grand d\u00e9mon, Satan : \u00e0 six pas de lui, entre deux monuments fun\u00e9raires, une t\u00eate \u00e9norme, triangulaire, toute blanche, ruisselante de pluie, surmont\u00e9e de multiples cornes, une t\u00eate qui lui fait face avec, sur les c\u00f4t\u00e9s, deux yeux jaunes qui le fixent intens\u00e9ment ; le temps que l&rsquo;\u00e9clair s&rsquo;\u00e9teigne, la t\u00eate se renverse en arri\u00e8re, les yeux disparaissent et une gueule noire s&rsquo;ouvre tandis qu&rsquo;en sort un \u00e9norme cri rauque qui se noie dans le roulement du tonnerre. C&rsquo;est le Diable qui rit. (&#8230;)<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Le texte que vous venez de lire est extrait de la nouvelle \u00ab Histoire de No\u00ebl \u00bb que vous pourrez trouver dans de le recueil qui porte son titre et qui r\u00e9unit une dizaine d&rsquo;autres contes cruels.<\/em><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/amzn.eu\/d\/05QK1JGp\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Histoire de No\u00ebl<br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">(sur Amazon)<\/span><\/strong><\/span><\/a><\/h2>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-48351\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Histoire-de-Noel-Couv.1-686x960.jpg\" alt=\"\" width=\"604\" height=\"845\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Histoire-de-Noel-Couv.1-686x960.jpg 686w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Histoire-de-Noel-Couv.1-214x300.jpg 214w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Histoire-de-Noel-Couv.1-768x1075.jpg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Histoire-de-Noel-Couv.1.jpg 1057w\" sizes=\"auto, (max-width: 604px) 100vw, 604px\" \/><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pauvre No\u00ebl Couvresac ! 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