{"id":57094,"date":"2026-07-01T07:47:45","date_gmt":"2026-07-01T05:47:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=57094"},"modified":"2026-07-02T04:49:41","modified_gmt":"2026-07-02T02:49:41","slug":"temps-mort","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=57094","title":{"rendered":"Temps mort"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Parfois, au moment o\u00f9 je vais m\u2019endormir, il m\u2019arrive de diriger mes r\u00eaves. C\u2019est un instant rare et apaisant. \u00c0 vrai dire, quand cela se produit, il ne s\u2019agit pas v\u00e9ritablement de r\u00eaves mais plut\u00f4t de quelque chose d\u2019interm\u00e9diaire entre la pens\u00e9e consciente qui s\u2019efface et le d\u00e9lire onirique \u00e0 venir. C\u2019est une pens\u00e9e vagabonde, une pens\u00e9e lib\u00e9r\u00e9e des certitudes relatives au futur imm\u00e9diat et non encore soumise \u00e0 l\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 du r\u00eave. Quand je dis que je peux diriger cette pens\u00e9e vagabonde, ce n&rsquo;est pas tout \u00e0 fait exact, mais je peux tenter de l\u2019orienter et c\u2019est d\u00e9j\u00e0 beaucoup. Ce sont des instants rares et je les fais na\u00eetre \u00e0 chaque fois que je peux.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Quand les circonstances sont favorables, c\u2019est vers un train que je fais tendre mes pens\u00e9es vagabondes. C\u2019est un train de nuit. Sa destination est inconnue. Ou plut\u00f4t, elle n\u2019est pas pr\u00e9cis\u00e9e. Elle est sans importance. L\u2019important, c\u2019est <!--more-->que le train roule, qu&rsquo;il \u00a0roule dans la nuit. Il m&#8217;emporte, yeux ouverts, allong\u00e9 sur le dos. Ce peut-\u00eatre dans un filet \u00e0 bagages, comme quand j\u2019\u00e9tais petit enfant partant <em>respirer le grand air<\/em>, ou sur une couchette de seconde classe, comme quand, lyc\u00e9en, je rentrais des sports d\u2019hiver ou, comme plus tard, dans un wagon-lit roulant vers le Sud. Peu importe l&rsquo;\u00e9poque, peu importe o\u00f9 je vais et ce que je vais y faire. Ce que je cherche \u00e0 cr\u00e9er, c\u2019est le train de nuit, le rythme des roues qui cognent les rails, leurs longs g\u00e9missements dans les longues courbes, le balancement du wagon qui agite mon corps au rythme du rideau qui bat la fen\u00eatre, une conversation \u00e9touff\u00e9e qui passe dans le couloir, des lueurs jaunes qui \u00e9clatent et disparaissent \u00e0 la travers\u00e9e des gares, et puis la lumi\u00e8re bleue au-dessus de ma t\u00eate, la petite lumi\u00e8re bleue qui bouge au rythme de mon corps et qui me permet \u00e0 peine de voir ma main.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Le train roule. Il va vite, mais il n\u2019arrivera pas avant des heures et des heures, peut-\u00eatre jamais, et pendant tout ce temps, je serai emport\u00e9, corps inerte dans un cocon, sans volont\u00e9 mais en s\u00e9curit\u00e9, \u00e0 travers la campagne paisible. Temps infini, sans surprise, sans danger, sans choix, sans responsabilit\u00e9. Temps d\u2019oubli, temps serein, temps mort.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Parfois, au moment o\u00f9 je vais m\u2019endormir, il m\u2019arrive de diriger mes r\u00eaves. C\u2019est un instant rare et apaisant. \u00c0 vrai dire, quand cela se produit, il ne s\u2019agit pas v\u00e9ritablement de r\u00eaves mais plut\u00f4t de quelque chose d\u2019interm\u00e9diaire entre la pens\u00e9e consciente qui s\u2019efface et le d\u00e9lire onirique \u00e0 venir. 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