{"id":56993,"date":"2026-06-07T07:47:30","date_gmt":"2026-06-07T05:47:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=56993"},"modified":"2026-06-07T12:00:08","modified_gmt":"2026-06-07T10:00:08","slug":"en-descendant-au-fleuve","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=56993","title":{"rendered":"En descendant au fleuve"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Alors voil\u00e0.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">C\u2019\u00e9tait un jour qu\u2019\u00e9tait pas fait comme les autres.\u00a0 Encore un ! D\u2019abord, c\u2019\u00e9tait le troisi\u00e8me jour de la premi\u00e8re canicule printani\u00e8re. Vers quatre heures du matin, il ne faisait plus que 26\u00b0 C dedans et 22 dehors. Le temps que je me sorte de ma torpeur humide, que je me fasse une tasse de caf\u00e9 et que je r\u00e9fl\u00e9chisse \u00e0 l\u2019avenir de l\u2019humanit\u00e9 \u2014 et cons\u00e9quemment au mien \u2014 \u00e9trangement, la temp\u00e9rature \u00e9tait mont\u00e9e dehors \u00e0 23\u00b0 et descendue dedans \u00e0 25.\u00a0 Comme on annon\u00e7ait 33 pour la journ\u00e9e \u00e0 venir, cette tendance \u00e0 l\u2019\u00e9galisation n\u2019annon\u00e7ait rien de bon. Il \u00e9tait temps d\u2019agir. Je sortis. Je voulais prendre mon petit-d\u00e9jeuner \u00e0 une terrasse, au frais, avant qu\u2019il ne soit trop tard.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Dehors, il est un peu plus de cinq heures. Contrairement aux sornettes de Lanzmann et Dutronc, Paris ne s\u2019est pas \u00e9veill\u00e9. Quand il fait jour, quand la rue Gay-Lussac est d\u00e9serte et que le Boulevard Saint-Michel n\u2019est parcouru que par des sacs plastique virevoltants press\u00e9s de se rendre au Chatelet, quand les feux de circulation s\u2019obstinent \u00e0 changer de couleur pour rien, c\u2019est perturbant. On se demande ce qui se passe, on s\u2019attend \u00e0 tout, \u00e0 n\u2019importe quoi, la survenance d\u2019un \u00e9v\u00e8nement historique tel que l\u2019entr\u00e9e <!--more-->dans Paris des chars russes ou d\u2019un d\u00e9fil\u00e9 de Gilets Jaunes, l\u2019annonce d\u2019un confinement nucl\u00e9aire ou d\u2019une interdiction d\u00e9finitive de circuler dans Paris en v\u00e9hicule de plus de deux roues. Alors on consulte son smartphone. Comme il confirme que rien de tel n\u2019est envisag\u00e9 pour le moment et que la victoire d\u2019une \u00e9quipe Qatari sur une \u00e9quipe londonienne dans stade hongrois est le plus grand \u00e9v\u00e8nement europ\u00e9en de l\u2019ann\u00e9e, on peut repartir rassur\u00e9 pour le court terme mais on a du souci \u00e0 se faire pour l\u2019avenir.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Donc, Paris dort encore et c\u2019est contrariant parce que, quand Paris n\u2019est pas \u00e9veill\u00e9, ses caf\u00e9s non plus et il est \u00e0 craindre que la probabilit\u00e9 d\u2019un caf\u00e9-allong\u00e9-tartine-beurre-sal\u00e9 soit inf\u00e9rieure \u00e0 <em>epsilon<\/em> divis\u00e9 par l\u2019infini au carr\u00e9. Confront\u00e9 brusquement \u00e0 cette \u00e9vidence, d\u00e9boussol\u00e9, sans but clairement identifi\u00e9, je suis par habitude ma ligne de plus grande pente qui suit ce jour-l\u00e0 celle de la rue Gay-Lussac. Je me retrouve comme par hasard devant l\u2019entr\u00e9e principale des Jardins du Luxembourg. Devant ses grilles cadenass\u00e9es et un panneau qui dit une lointaine heure d\u2019ouverture \u2014 7 heures 30 ! \u2014un <em>jogger<\/em> pr\u00e9coce et bariol\u00e9 qui pi\u00e9tine devant l\u2019avis s\u00e9natorial me lance un regard offusqu\u00e9. Je hausse les \u00e9paules car c\u2019est un bistrot que je cherche, pas un parcours de cross. Sans cesser de danser d\u2019un pied sur l\u2019autre, le sportif m\u2019assassine du regard puis, tel Vil, le coyote de Tex Avery, il accentue sa course all\u00e9gu\u00e9e, se penche brusquement en avant et, moulinant des pattes arri\u00e8re de plus en plus vite, il s\u2019arrache au trottoir pour dispara\u00eetre dans un nuage fait de poussi\u00e8res, de bitume et d\u2019emballages de plats cuisin\u00e9s \u00e0 la poursuite d\u2019un Geocoucou. (Le Geocoucou \u2014 en langue savante Geococcyx, en anglais Roadrunner et en bas-mexicain Correcaminos \u2014 est un oiseau devenu imaginaire car ce volatile, alors qu\u2019il sait \u00e0 peine voler, a disparu il y a belle lurette des jardins publics et des \u00e9crans de cin\u00e9ma. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne s\u2019est produit cent quarante-sept ans exactement apr\u00e8s que l\u2019Esperluette \u2014 en anglais Ampersand, Kaufm\u00e4nnisches Und en allemand \u2014 ait elle-m\u00eame disparu. \u00c9trange, non ? Pour tout renseignement compl\u00e9mentaire sur ce dernier oiseau, reportez-vous \u00e0 mon fameux article \u00ab <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=43629\">La disparition de l\u2019Esperluette\u00a0<\/a>\u00bb.)<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Je laisse donc courir le jogger vers l\u2019Observatoire et ses d\u00e9sillusions et je reprends ma pente naturelle vers le fleuve, car de notori\u00e9t\u00e9 publique, c\u2019est l\u00e0 que le matin les animaux vont boire. En bas de la rue de M\u00e9dicis, <em>Le Petit Suisse<\/em> est \u00e9clair\u00e9, mais il a entass\u00e9 devant sa porte une barricade de tonneaux qui me d\u00e9courage. C\u2019est donc dans le <em>Caf\u00e9 de la Mairie<\/em> de la place St-Sulpice que, malgr\u00e9 mon peu de go\u00fbt pour ce vilain bistrot bien fam\u00e9, je place mon prochain espoir. Derri\u00e8re sa vitrine herm\u00e9tiquement close, tout au fond de la salle obscure, une faible loupiote \u00e9claire un homme des \u00eeles en activit\u00e9. Il passe une serpill\u00e8re. Je passe mon chemin. Par la force de l\u2019habitude et la rue Bonaparte, je pousse jusqu\u2019\u00e0 la Place du Qu\u00e9bec. Au-del\u00e0 de la fontaine ass\u00e9ch\u00e9e depuis la disparition de Jacques Cartier, la terrasse des <em>Deux Magots<\/em> brille sous un soleil d\u2019Austerlitz. Il y r\u00e9gne une activit\u00e9 de bon aloi qui me laisse pr\u00e9sager un tout prochain petit d\u00e9jeuner \u00ab\u00a0<em>classique<\/em>\u00a0\u00bb \u00e0 14 \u20ac. Malheureusement, me dit un aimable loufiat, on n\u2019ouvre que dans trois quarts d\u2019heure, mais que, si c\u2019est aux toilettes que je souhaite me rendre, on comprend ma situation et on m\u2019en propose l\u2019usage. Je ne me sens ni la force ni le c\u0153ur de refuser. <em>Omnibus completis<\/em>, je descends la rue Bonaparte puis la rue Visconti pour d\u00e9boucher devant <em>La Palette<\/em>, mais sa salle si souvent si sombre semble plus salle si sombre que jamais car l\u2019\u00e9tablissement est ferm\u00e9. La rue de Seine m\u2019y am\u00e8ne (\u00e0 la Seine) et la jolie terrasse du <em>Caf\u00e9 des Beaux-Arts<\/em> semble toute pr\u00eate, faite pour moi. Mais un cordon de palace sur pieds inox barre son entr\u00e9e. Derri\u00e8re ce rempart velout\u00e9, une aimable employ\u00e9e, venue tout sp\u00e9cialement d\u2019Afrique pour comprendre mon langage corporel, m\u2019annonce joyeusement en Anglais et par signes que je serai le bienvenu vers les 7 heures.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ce n\u2019est pas encore la panique, mais l\u2019angoisse monte : tiendrai-je jusque l\u00e0 ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La rue de Seine me ram\u00e8ne \u00e0 l\u2019Institut et l\u2019Institut au Pont des Arts. De ce c\u00f4t\u00e9 de la passerelle, c\u2019est d\u00e9sert, mais l\u00e0-bas, \u00e0 l\u2019autre bout, il y a un attroupement. Je m\u2019approche prudemment, car \u00e0 ces heures et plus particuli\u00e8rement Rive Droite, il faut s\u2019attendre \u00e0 tout, des supporters du PSG en mal de mobilier urbain, des touristes asiatiques en manque de toilettes, n\u2019importe quoi. Mais ce ne sont que des photographes-tripodistes \u00e0 l\u2019affut. Ils font partie de cette tribu en voie d\u2019extinction qui, dans l\u2019art de la chasse aux images, s\u2019\u00e9vertue \u00e0 perp\u00e9tuer les m\u00e9thodes ancestrales. Sans \u00eatre v\u00e9ritablement amical, le tripodiste n\u2019est pas agressif tant qu\u2019on reste \u00e0 distance de son attirail.\u00a0 Ce matin, ils sont une bonne douzaine \u00e0 avoir point\u00e9 leurs armes \u2014 certains en ont plusieurs \u2014 vers la m\u00eame cible. Tout en \u00e9changeant quelques remarques d\u00e9sabus\u00e9es sur les smartphones et les cannes \u00e0 selfie, ils attendent que le soleil passe le sommet de \u00ab\u00a0<em>La Samaritaine<\/em>\u00a0\u00bb qui, rappelons-le, culmine \u00e0 plus de 92 m\u00e8tres au-dessus du niveau de la mer, et frappe leur gibier d\u2019un \u00e9clair fantastique qui leur permettra d\u2019obtenir le clich\u00e9 d\u2019une vie, celui qui peut-\u00eatre un jour, sera affich\u00e9 au milieu de ses semblables sur les grilles du Luxembourg.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ce gibier, aujourd\u2019hui, c\u2019est le Pont Neuf, plus pr\u00e9cis\u00e9ment son demi-pont nord sur lequel une b\u00e2che gris\u00e2tre recouvre une masse informe, probablement un \u00e9chafaudage inachev\u00e9. De quoi s\u2019agit-il\u00a0? Sans doute de la r\u00e9fection du tablier de ce pont, dont il ne faut pas oublier que c\u2019est le plus ancien de Paris.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Bon\u00a0! Pour une fois qu\u2019il ne s\u2019agit pas de la construction d\u2019une piste cyclable couverte ou d\u2019une privatisation de l\u2019espace public pour un \u00e9v\u00e8nement festif, on ne va pas r\u00e2ler contre l\u2019interdiction de circulation qu\u2019imposent les travaux. Je vais me renseigner de ce pas et je ne manquerai pas de vous tenir au courant. Mais pour le moment, c\u2019est de petit d\u00e9jeuner qu\u2019il s\u2019agit.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>A suivre<\/em><\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-56996\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Pont-Neuf-JR-960x720.jpeg\" alt=\"\" width=\"604\" height=\"453\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Pont-Neuf-JR-960x720.jpeg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Pont-Neuf-JR-300x225.jpeg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Pont-Neuf-JR-768x576.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Pont-Neuf-JR-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Pont-Neuf-JR-2048x1536.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 604px) 100vw, 604px\" \/><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors voil\u00e0. 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