{"id":56087,"date":"2026-03-04T07:47:13","date_gmt":"2026-03-04T06:47:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=56087"},"modified":"2026-03-06T07:40:31","modified_gmt":"2026-03-06T06:40:31","slug":"contribution-a-letude-des-comportements-des-visiteurs-et-surtout-des-visiteuses-dans-les-musees","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=56087","title":{"rendered":"Contribution \u00e0 l\u2019\u00e9tude des comportements des visiteurs  et surtout des visiteuses dans les mus\u00e9es"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Courant mars dernier, le JdC avait publi\u00e9 une \u00e9tude de Lorenzo dell\u2019Acqua sur les \u00e9tranges comportements des visiteurs et des visiteuses dans les mus\u00e9es. Son titre \u00e9tait \u00ab ETUDE DES COMPORTEMENTS DANS LES MUS\u00c9ES \u00bb. Lorenzo a repris son \u00e9tude, il l\u2019a corrig\u00e9e, \u00e9toff\u00e9e, am\u00e9lior\u00e9e et allong\u00e9e. Malgr\u00e9 cela, il lui a donn\u00e9e un titre plus modeste que celui de l\u2019\u00e9tude d\u2019origine. \u00a0C\u2019est cette version (finale ?) que le JdC vous pr\u00e9sente aujourd\u2019hui.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<h6 style=\"font-weight: 400; text-align: center;\"><strong>Contribution \u00e0 l\u2019\u00e9tude des comportements des visiteurs<\/strong><br \/>\n<strong>et surtout des visiteuses dans les mus\u00e9es<\/strong><\/h6>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: center;\">par le Docteur Lorenzo dell\u2019Acqua<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Chapitre I\u00a0: Les visiteurs, \u00e9tude individuelle<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><em>Bien qu\u2019interrompues par les confinements successifs et les s\u00e9jours au bord de la mer en famille, mes campagnes d\u2019exploration des mus\u00e9es parisiens se sont succ\u00e9d\u00e9es \u00e0 un rythme croissant au cours de ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es et ont atteint le chiffre record de cent vingt cinq en 2024 (soit un jour sur trois). Cette fr\u00e9quentation exponentielle \u00e9tait motiv\u00e9e par mon \u00e9merveillement devant ces analogies entre les visiteurs et les tableaux qui n\u2019en finissaient pas de se renouveler et que j\u2019\u00e9tais peut-\u00eatre le premier \u00e0 voir.\u00a0 <\/em><!--more--><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>Afin de d\u00e9samorcer certaines rumeurs malveillantes, je justifierai d\u2019abord certains choix jug\u00e9s discutables par des amis qui se sont empress\u00e9s d\u2019en informer mon \u00e9pouse. Ce n\u2019est tout de m\u00eame pas de ma faute si le nombre de femmes dans les mus\u00e9es est nettement sup\u00e9rieur \u00e0 celui des hommes\u00a0! Que ces derni\u00e8res se rassurent, cette constatation n\u2019est pas d\u00e9sobligeante car il en est de m\u00eame le week-end et en semaine. Elle ne signifie donc pas que les femmes travaillent moins que les hommes\u00a0mais qu\u2019elles sont plus sensibles \u00e0 l\u2019art. Il est une autre explication que je ne r\u00e9v\u00e9lerai que par souci d\u2019honn\u00eatet\u00e9\u00a0: les hommes ne sont pas photog\u00e9niques du tout. La tristesse de leurs tenues leur conf\u00e8re un handicap insurmontable et leurs fantaisies vestimentaires se limitent \u00e0 la chemise \u00e9cossaise \u00e0 carreaux comme celle que ma m\u00e8re m\u2019obligeait \u00e0 porter quand j\u2019\u00e9tais enfant malgr\u00e9 les moqueries de mes camarades de classe.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><em>Il est ais\u00e9 de d\u00e9montrer que cette forte pr\u00e9pond\u00e9rance f\u00e9minine ne rel\u00e8ve pas du voyeurisme mais d\u2019une donn\u00e9e statistique irr\u00e9futable gr\u00e2ce \u00e0 la c\u00e9l\u00e8bre \u00e9quation de Schr\u00f6dinger-Pennak\u00a0h\u00e9las m\u00e9connue de mes d\u00e9tracteurs\u00a0:<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: center;\"><em>Pv \u2013 Pp = 0<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>&#8211; o\u00f9 Pv est le pourcentage de jolies visiteuses dans les mus\u00e9es <\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>&#8211; o\u00f9 Pp est le pourcentage de jolies femmes dans la population g\u00e9n\u00e9rale <\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>&#8211; o\u00f9 Pv est # 0 \u00e0 chacune de mes visites et sans la moindre complaisance <\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>Celle-ci n\u2019en \u00e9tant pas une, sauf \u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s qui se comptent sur les doigts de la d\u00e9esse Shiva, quelles \u00e9taient donc les vraies raisons de mes exp\u00e9ditions dans les mus\u00e9es parisiens\u00a0? D\u2019abord et avant tout, sachez qu\u2019une visite au Louvre me fait parcourir au moins quatre kilom\u00e8tres \u00e0 pied\u00a0; c\u2019est donc une fa\u00e7on \u00e9l\u00e9gante de joindre l\u2019utile \u00e0 l\u2019agr\u00e9able. Formul\u00e9 autrement, je vais au mus\u00e9e comme d\u2019autres vont \u00e0 la gym. En plus, il y fait chaud en hiver et frais en \u00e9t\u00e9, il n\u2019y pleut jamais, les femmes sont pleines de charme et tous les visiteurs sont polis et contents d\u2019\u00eatre l\u00e0. <\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>Mes itin\u00e9raires incoh\u00e9rents s\u2019expliquent par mon obsession de d\u00e9pister les analogies entre visiteurs et Peintures afin de les photographier et de les r\u00e9v\u00e9ler ensuite au public. Aussi surprenant que cela puisse para\u00eetre, elles sont fr\u00e9quentes mais personne ne les avait encore jamais remarqu\u00e9es et c\u2019est bien normal\u00a0: \u00e0 part moi, tous les visiteurs se rendent dans les mus\u00e9es pour regarder les peintures et non les autres visiteurs. <\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>Quand on a pour objectif de photographier les visiteurs devant les tableaux, il ne faut surtout pas se rendre dans les mus\u00e9es d\u00e8s l\u2019ouverture et encore moins en p\u00e9riode de confinement parce qu\u2019il n\u2019y a pas assez de monde. Quand leur acc\u00e8s est gratuit et pendant les vacances scolaires, l\u2019importance de la fr\u00e9quentation pose le probl\u00e8me inverse\u00a0: il y a trop de monde devant chaque tableau et le visiteur int\u00e9ressant est masqu\u00e9 par ses voisins. <\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>Ainsi, apr\u00e8s les avoir suivis et d\u00e9visag\u00e9s de dos pendant plus de dix ans, je suis en mesure aujourd\u2019hui de dresser le portrait de la plupart des visiteurs de mus\u00e9es. La richesse exceptionnelle (en volume) de mon exp\u00e9rience m\u2019a permis de les valider au fil du temps. <\/em><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>A tout seigneur, tout honneur, la cerise sur le tableau, c\u2019est un visiteur, plus souvent qu\u2019une visiteuse, qui reste plant\u00e9 devant lui sans bouger pendant un temps invraisemblable\u00a0 emp\u00eachant tout le monde de voir le chef d\u2019\u0153uvre de face. Indiff\u00e9rent aux mouvements de la foule qui essaie de le pousser, il r\u00e9siste si besoin par la force. Seul son visage inexpressif exclut l\u2019extase. Il ne dort pas, il pense, mais \u00e0 quoi\u00a0? A la beaut\u00e9 ou \u00e0 la signification de l\u2019\u0153uvre ? Rien ne peut le perturber dans son interminable r\u00e9flexion et il n\u2019a pas conscience d\u2019emmerder tout le monde. Bien que fort antipathique, c\u2019est un visiteur pr\u00e9cieux parce que son immobilisme me permet de prendre beaucoup de photos sans risquer d\u2019avoir un clich\u00e9 flou \u00e0 cause du bouger. Malheureusement, ou heureusement, il est peu photog\u00e9nique car de sexe masculin, mais pas toujours &#8230;<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-56089\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-23-a-16.11.54.png\" alt=\"\" width=\"265\" height=\"389\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-23-a-16.11.54.png 265w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-23-a-16.11.54-204x300.png 204w\" sizes=\"auto, (max-width: 265px) 100vw, 265px\" \/><\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><em>Bien que rare, le visiteur compulsif est une autre curiosit\u00e9. Arm\u00e9 de son smartphone avec lequel il photographie toutes les peintures sans la moindre exception, il parcourt le mus\u00e9e \u00e0 vive allure. Sa fr\u00e9n\u00e9sie n\u2019a que deux explications\u00a0possibles : soit il est fou, soit il est oblig\u00e9 par contrat de le faire avant de rentrer chez lui, l\u00e0-bas, dans un pays o\u00f9 il ne doit pas y en avoir. C\u2019est un visiteur \u00e0 la tenue souvent extravagante qui ferait \u00e0 coup s\u00fbr mon affaire mais son d\u00e9placement continu rend illusoire toute tentative de prise de vue et c\u2019est bien dommage.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>Il existe une version soft du compulsif qui n\u2019en est pas moins redoutable. Au contraire du pr\u00e9c\u00e9dent, celui-l\u00e0 n\u2019est pas press\u00e9 du tout\u00a0: il glisse avec une infinie lenteur devant chaque toile qu\u2019il regarde minutieusement. H\u00e9las, cette proie id\u00e9ale est programm\u00e9e pour ne jamais s\u2019immobiliser compl\u00e8tement\u00a0! C\u2019est une v\u00e9ritable plaie pour le photographe car ni Vinci, ni Vermeer, ni Van Gogh ne parviendront \u00e0 l\u2019\u00e9mouvoir au point d\u2019infl\u00e9chir sa progression inexorable. Aurait-il des fourmillements dans les jambes ou envie de faire pipi\u00a0? <\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>Pour rem\u00e9dier \u00e0 cette difficult\u00e9 technique, je pensais avoir trouv\u00e9 la parade en utilisant le mode rafale pr\u00e9sent sur tous les appareils photo modernes. J\u2019appris \u00e0 mes d\u00e9pens que cette fonction \u00e9tait incompatible avec les vitesses lentes impos\u00e9es par le manque de lumi\u00e8re dans la plupart des mus\u00e9es sauf au Centre Pompidou et au MAM o\u00f9 elle est suffisante pour en permettre l\u2019utilisation. Le r\u00e9sultat est n\u00e9anmoins d\u00e9cevant car vous prenez en une matin\u00e9e, non pas cinq cent photos, mais dix fois plus. Pire encore, vous prenez cinquante fois la m\u00eame et vous \u00eates oblig\u00e9 de les regarder toutes dans l\u2019espoir insens\u00e9 et vain qu\u2019une, au moins, sera nette. La dur\u00e9e de cet exercice fastidieux d\u00e9passant les bornes, j\u2019ai cess\u00e9 d\u2019y avoir recours depuis longtemps. <\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>Le visiteur pervers est une variante du pr\u00e9c\u00e9dent bien plus redoutable. Il s\u2019agit en g\u00e9n\u00e9ral d\u2019une femme \u00e9l\u00e9gante et seule ce qui vous laisse toute libert\u00e9 pour la suivre et la photographier sans risques. Le temps qu\u2019elle consacre \u00e0 chaque toile autorise un grand nombre de prises de vue et pourtant aucune photo ne sera nette. J\u2019ai mis longtemps avant d\u2019en comprendre la raison. En r\u00e9alit\u00e9, cette jolie visiteuse est une fausse immobile qui bouge \u00e0 peine mais en permanence de mani\u00e8re ind\u00e9tectable pour l\u2019\u0153il humain. Elle se balance d\u2019une jambe sur l\u2019autre ou d\u00e9place sans arr\u00eat la t\u00eate pour modifier son angle de vue.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><em>Les visiteurs enlac\u00e9s me compliquent la t\u00e2che car l\u2019affection d\u00e9bordante du monsieur semble stimul\u00e9e par les \u0153uvres qu\u2019il regarde m\u00eame quand elles ne sont pas d\u00e9nud\u00e9es. Il faut donc que je r\u00e9ussisse \u00e0 l\u2019\u00e9liminer car il g\u00e2che la photo par sa laideur, m\u00eame de dos. <\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>La chevelure est int\u00e9ressante \u00e0 condition de ne pas \u00eatre brune. Une chevelure brune \u00e0 contre-jour forme une grosse t\u00e2che noire qui d\u00e9s\u00e9quilibre la photo et la rend inesth\u00e9tique alors que les cheveux blancs des dames de mon \u00e2ge se d\u00e9tachent \u00e0 merveille de la peinture et la mettent en valeur. La visiteuse hors d\u2019\u00e2ge n\u2019est jamais inint\u00e9ressante\u00a0: cette femme distingu\u00e9e, souvent tr\u00e8s rid\u00e9e, parfois fort laide, poss\u00e8de neuf fois sur dix une \u00e9tonnante chevelure. Quel choc quand elle se retourne et me r\u00e9v\u00e8le son visage sans aucun rapport avec sa beaut\u00e9 de dos. <\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>Les mus\u00e9es sont un des hauts lieux du snobisme parisien. Les visiteurs atteints de cette tare affluent pendant les derniers jours des expositions temporaires o\u00f9 ils se pr\u00e9cipitent in extremis de crainte de passer pour des ringards dans les d\u00eeners en ville. Ils sont faciles \u00e0 reconna\u00eetre\u00a0: ils parlent fort. <\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>Les touristes avec leur guide sont d\u00e9cevants car il est difficile, voire impossible, d\u2019isoler le personnage int\u00e9ressant des autres membres du groupe aux tenues d\u00e9plorables.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>La bonne amie qui explique la toile \u00e0 sa compagne en lui d\u00e9crivant avec le bout de son doigt tous ses d\u00e9tails constitue un obstacle insurmontable. Il est impossible de faire une photo parce qu\u2019elle ne s\u2019arr\u00eate jamais de gesticuler. Les conf\u00e9renci\u00e8res appartiennent toutes sans exception \u00e0 cette cat\u00e9gorie.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>Quel que soit leur \u00e2ge, les enfants suivent leurs parents en tra\u00eenant la savate. Leur air exasp\u00e9r\u00e9 en dit long sur le calvaire qu\u2019ils endurent pendant la visite de ces temples de la beaut\u00e9 et leur d\u00e9sint\u00e9r\u00eat m\u2019angoisse \u00e0 l\u2019id\u00e9e que leur g\u00e9n\u00e9ration d\u00e9cidera peut-\u00eatre de les remplacer par des images virtuelles uniquement consultables sur smartphone.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>Et puis il y a la visiteuse qui hante mes nuits depuis des ann\u00e9es. Alors que sa coiffure blonde et boucl\u00e9e \u00e9tait similaire \u00e0 celle de la Dentelli\u00e8re, elle avait travers\u00e9 la salle du Louvre o\u00f9 est expos\u00e9 ce tableau sans lui jeter le moindre regard. A cette douloureuse frustration s\u2019ajoute une \u00e9nigme\u00a0insoluble : pour quel motif \u00e9tait-elle mont\u00e9e au troisi\u00e8me \u00e9tage de l\u2019aile Richelieu dont l\u2019escalier m\u00e9canique est en panne une fois sur deux si ce n\u2019\u00e9tait pas pour voir le chef d\u2019\u0153uvre de Vermeer ?<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><em>Mais le pire de tous, celui dont je redoute la pr\u00e9sence impr\u00e9visible, c\u2019est le visiteur que j\u2019ai la malchance de conna\u00eetre et qui va rester coll\u00e9 \u00e0 moi pendant toute la matin\u00e9e en esp\u00e9rant, \u00e0 tort, que je finirai par lui confier le secret de mes photos. Qu\u2019on se le dise \u2026<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Chapitre II\u00a0: Les visiteurs, \u00e9tude collective<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Par modestie, je ne ferai qu\u2019\u00e9voquer bri\u00e8vement les risques encourus pour ne pas me faire rep\u00e9rer ainsi que les dangers que j\u2019ai affront\u00e9s dans ces lieux en th\u00e9orie hospitaliers. Il en existe pourtant de bien r\u00e9els que je r\u00e9sumerai par ce terme qui rappellera de bien mauvais souvenirs\u00a0aux plus \u00e2g\u00e9s : la d\u00e9nonciation, suivie d\u2019un interrogatoire par le conservateur du mus\u00e9e et parfois la mar\u00e9chauss\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Autre d\u00e9couverte surprenante de mes explorations, les visiteurs sont diff\u00e9rents d\u2019un mus\u00e9e \u00e0 l\u2019autre. Au Louvre, il s\u2019agit surtout de touristes \u00e9trangers \u00e0 la tenue vestimentaire n\u00e9glig\u00e9e venus en groupe ou en famille avec enfants, cousins, grands-parents et voisins parmi lesquels on a souvent la chance de d\u00e9couvrir des femmes asiatiques d\u2019une \u00e9l\u00e9gance rare. Le motif de leur visite semble \u00eatre La Joconde, un tableau assez terne et tr\u00e8s ab\u00eem\u00e9 dont le mod\u00e8le f\u00e9minin a r\u00e9ussi l\u2019exploit in\u00e9gal\u00e9 de sourire en permanence pendant les heures pass\u00e9es immobile dans l\u2019atelier de Vinci. A mon avis, sa c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 repose sur son originalit\u00e9 que j\u2019ai pu v\u00e9rifier chiffres \u00e0 l\u2019appui : parmi les trois cent cinquante portraits expos\u00e9s dans la Grande Galerie, Mona Lisa est le seul personnage qui sourit. Tous les autres font, pardonnez-moi l\u2019expression, la gueule. Au Louvre, on rencontre aussi au fond de salles immenses et d\u00e9sertes des touristes hagards ne disposant pas des bons outils linguistiques pour demander leur chemin \u00e0 des surveillants apparemment sourds-muets.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">A l\u2019inverse, la fr\u00e9quentation du Centre Pompidou est autrement plus excitante. Ici, d\u00e9paysement total garanti\u00a0! La grande majorit\u00e9 des visiteurs \u00e9tant jeunes, vous vous sentez non seulement vieux mais aussi \u00e9tranger parce qu\u2019ils ont des tenues excentriques aux couleurs vives, qu\u2019ils sont couverts de tatouages et qu\u2019ils portent d\u2019invraisemblables piercings. Ce sont de v\u00e9ritables cadeaux pour les photographes.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">A Orsay, on a affaire \u00e0 de vrais amoureux de peinture. La preuve\u00a0? Ils sont tellement \u00e9merveill\u00e9s qu\u2019on en voit m\u00eame rire de bonheur. Moi, \u00e7a me ravit. Ici, les tenues vestimentaires sont une combinaison des deux pr\u00e9c\u00e9dentes\u00a0: il y a de tout\u00a0!<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Le Mus\u00e9e d\u2019Art Moderne, le MAM pour les anglophiles de la Rive Gauche, est \u00e0 priori un lieu id\u00e9al pour les photographes\u00a0: les salles sont immenses, lumineuses, les murs sont blancs et les tableaux bien espac\u00e9s les uns des autres. Autrement dit, les conditions techniques sont parfaites et m\u00eame uniques dans l\u2019univers des mus\u00e9es parisiens. Mais ce mus\u00e9e a un gros inconv\u00e9nient\u00a0: j\u2019avais dit que je cesserai mon activit\u00e9 compulsive quand je reviendrai d\u2019un mus\u00e9e ans la moindre photo correcte. Eh bien cela m\u2019est arriv\u00e9 un jour au MAM d\u2019o\u00f9 j\u2019\u00e9tais ressorti bredouille. En r\u00e9alit\u00e9, si je n\u2019avais pas r\u00e9ussi \u00e0 photographier la moindre rencontre entre un visiteur et un tableau, c\u2019est parce que dans ce mus\u00e9e, en semaine, il n\u2019y a en g\u00e9n\u00e9ral strictement personne. D\u00e9sormais, je sais que le MAM n\u2019est fr\u00e9quentable que le week-end, et encore \u2026<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">J\u2019ai d\u00e9finitivement renonc\u00e9 \u00e0 Jacquemart Andr\u00e9 et \u00e0 Marmottan o\u00f9 les salles sont exigu\u00ebs, sombres et bond\u00e9es. C\u2019est un r\u00e9el cauchemar pour le photographe\u00a0!<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Il existe plusieurs sortes de surveillants dans les Mus\u00e9es. La plupart sont des \u00e9tudiants qui font ce job pour gagner quelques sous. Je les observe non par curiosit\u00e9 mais par pr\u00e9caution\u00a0: j\u2019ai toujours peur que l\u2019un d\u2019entre eux me reconnaisse et s\u2019inqui\u00e8te de voir un septuag\u00e9naire venir photographier tous les jours de la semaine les m\u00eames tableaux. Rassurez-vous, le r\u00e9sultat de mes observations est formel\u00a0: aucun d\u2019entre eux ne travaille deux jours d\u2019affil\u00e9e et je ne cours donc aucun risque. De toute fa\u00e7on, l\u2019id\u00e9e de r\u00e9primander ou de verbaliser un visiteur ne semble pas \u00eatre leur pr\u00e9occupation\u00a0; on dirait m\u00eame que leur contrat les en interdit. La plupart d\u2019entre eux r\u00eavent sur des chaises inconfortables et certains somnolent.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Il y a aussi les vrais professionnels en poste depuis la nuit des temps qui ne semblent pr\u00e9occup\u00e9s que par les revendications salariales dont ils discutent entre eux en oubliant de surveiller les visiteurs. Au Louvre, les r\u00e9unions avec la Direction ont lieu \u00e0 neuf heures du matin et mobilisent la totalit\u00e9 du personnel. Tant que la r\u00e9union n\u2019est pas termin\u00e9e, les portes sont closes et les visiteurs s\u2019accumulent en d\u2019interminables files d\u2019attente qui s\u2019enroulent autour de la Pyramide de Pe\u00ef. Un Ami du Louvre disposant de la carte d\u2019entr\u00e9e coupe-file devine la gravit\u00e9 de la situation justement parce qu\u2019il ne peut pas entrer. D\u2019ailleurs, personne ne peut entrer. En g\u00e9n\u00e9ral, la r\u00e9ponse ne tombera pas avant dix heures\u00a0: soit la gr\u00e8ve est vot\u00e9e et le Louvre n\u2019ouvrira pas de la journ\u00e9e, soit les revendications ont abouti et les visiteurs peuvent entrer. L\u2019honneur du contribuable fran\u00e7ais est alors sauf.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Au mus\u00e9e, on croise souvent des \u00e9tudiants des Beaux-Arts qui sont int\u00e9ressants pour plusieurs raisons\u00a0: les filles sont jeunes, gaies, color\u00e9es, curieusement coiff\u00e9es,\u00a0alors que les gar\u00e7ons sont jeunes aussi, mais tristes, v\u00eatus de noir et hirsutes. Ils sont reconnaissables \u00e0 leurs cartons \u00e0 dessin gigantesques qu\u2019ils trimbalent laborieusement et \u00e0 la modestie de leurs moyens qui les oblige \u00e0 dessiner debout, assis, voire couch\u00e9s par terre.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Comme les enfants, les surveillants et les \u00e9tudiants b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un privil\u00e8ge exorbitant : il est formellement interdit de les photographier.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Bien que leur nom \u00e9voque les chasseurs-cueilleurs de la Pr\u00e9histoire, les lecteurs-visiteurs constituent une esp\u00e8ce fort d\u00e9cevante. Comme les snobs aux derniers jours des expositions temporaires, ils sont pr\u00e9sents eux aussi en grand nombre tous les jours dans la premi\u00e8re salle o\u00f9 sont placard\u00e9s d\u2019immenses textes explicatifs qu\u2019ils lisent et relisent plusieurs fois, \u00e0 se demander s\u2019ils ne les apprennent pas par c\u0153ur. Au mieux ces derniers retracent la vie du peintre ou, au pire, vous expliquent sa peinture. Cette pr\u00e9tention p\u00e9dagogique me choque car la seule chose importante est \u00e0 mon sens le plaisir spontan\u00e9 que nous procurent les tableaux\u00a0: ils sont beaux ou pas, ils nous touchent ou pas. Si nous pensons que les interpr\u00e9tations d\u2019un commissaire ne pourront en aucun cas modifier notre propre perception, alors \u00e0 quoi bon nous en infliger la lecture ? Moi, je ne les regarde plus jamais et je consid\u00e8re que ce sont des interpr\u00e9tations sans plus de valeur que celles des ignares dont je fais partie.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">C\u2019est \u00e0 l\u2019exposition des Nabis au Mus\u00e9e d\u2019Orsay que j\u2019en ai lues pour la derni\u00e8re fois. A l\u2019entr\u00e9e, deux panneaux gigantesques plac\u00e9s c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te sur deux m\u00e8tres de haut nous apprenaient que des \u00e9tudes r\u00e9centes \u00e0 l\u2019aide des techniques physico-chimiques les plus sophistiqu\u00e9es avaient prouv\u00e9 que le Talisman de Paul S\u00e9rusier, la peinture embl\u00e9matique de ce mouvement, avait \u00e9t\u00e9 faite sur le couvercle d\u2019une bo\u00eete de cigares. Je me demande quel est l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019une telle r\u00e9v\u00e9lation\u00a0? La peinture serait-elle plus ou moins \u00e9mouvante en fonction de son support\u00a0?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ces lecteurs-visiteurs lisent donc de A \u00e0 Z tous les panneaux qui jalonnent les expositions temporaires et parfois aussi les expositions permanentes. Sur le plan neurologique, le lecteur lit, le visiteur regarde\u00a0: il s\u2019agit de deux fonctions distinctes qui ne sont pas compl\u00e9mentaires comme la faim et la soif. La vue donne une impression personnelle alors que la lecture donne celle d\u2019un autre. Cela m\u2019\u00e9voque avec angoisse l\u2019endoctrinement de masse dans les pays totalitaires. Je consid\u00e8re que l\u2019emploi simultan\u00e9 de ces deux fonctions antinomiques nuit gravement \u00e0 l\u2019appr\u00e9ciation des \u0153uvres.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La station prolong\u00e9e des lecteurs-visiteurs devant ces panneaux nuit aussi \u00e0 ma production photographique.\u00a0 J\u2019ai fait quelques tentatives mais le r\u00e9sultat est d\u00e9cevant m\u00eame quand leurs tenues sont s\u00e9duisantes.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-56090\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-23-a-16.12.20.png\" alt=\"\" width=\"293\" height=\"389\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-23-a-16.12.20.png 293w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-23-a-16.12.20-226x300.png 226w\" sizes=\"auto, (max-width: 293px) 100vw, 293px\" \/><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Verdict en forme de conclusion<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Le Jury \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 a d\u00e9clar\u00e9 le pr\u00e9venu coupable mais avec les circonstances att\u00e9nuantes. S\u2019il ne photographie jamais les hommes c\u2019est parce que seules les femmes peuvent \u00eatre belles et s\u00e9duisantes \u00e0 tout \u00e2ge. Quant \u00e0 leur charme, il reconna\u00eet \u00eatre le seul \u00e0 en profiter et il comprend la l\u00e9gitime frustration des plaignants. N\u00e9anmoins, ses photos devraient leur permettre de l\u2019imaginer, comme les tableaux permettent aux visiteurs d\u2019imaginer ce qu\u2019ils veulent en les regardant.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: right;\">Lorenzo dell Acqua,<br \/>\n<em>Florence, octobre 2025<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Courant mars dernier, le JdC avait publi\u00e9 une \u00e9tude de Lorenzo dell\u2019Acqua sur les \u00e9tranges comportements des visiteurs et des visiteuses dans les mus\u00e9es. Son titre \u00e9tait \u00ab ETUDE DES COMPORTEMENTS DANS LES MUS\u00c9ES \u00bb. Lorenzo a repris son \u00e9tude, il l\u2019a corrig\u00e9e, \u00e9toff\u00e9e, am\u00e9lior\u00e9e et allong\u00e9e. Malgr\u00e9 cela, il lui a donn\u00e9e un titre &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=56087\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Contribution \u00e0 l\u2019\u00e9tude des comportements des visiteurs  et surtout des visiteuses dans les mus\u00e9es<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[94],"tags":[1563],"class_list":["post-56087","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-critiques","tag-lorenzo-dellacqua"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/56087","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=56087"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/56087\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=56087"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=56087"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=56087"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}