{"id":55231,"date":"2026-01-17T07:47:55","date_gmt":"2026-01-17T06:47:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=55231"},"modified":"2026-01-17T17:42:03","modified_gmt":"2026-01-17T16:42:03","slug":"gustave-monte-en-bateau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=55231","title":{"rendered":"Gustave monte en bateau"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">\u00ab Re\u00e7u bachelier le 3 ao\u00fbt 1840, Gustave Flaubert (1821-1880) se voit offrir son premier grand voyage : un p\u00e9riple de deux mois sous la tutelle de Jules Cloquet, professeur \u00e0 la facult\u00e9 de m\u00e9decine de Paris, \u00e2g\u00e9 de 50 ans, ami de son p\u00e8re. Le jeune homme h\u00e9site d\u2019abord \u00e0 partir : \u00ab l\u2019instinct me dit que le voyage sans doute me pla\u00eet, mais le compagnon gu\u00e8re \u00bb, \u00e9crit-il \u00e0 Ernest Chevalier. Finalement, il trouvera le docteur Cloquet \u00e0 son go\u00fbt, il restera li\u00e9 avec lui sa vie durant. \u00bb<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">(extrait de l&rsquo;introduction de Claudine Gothot-Mersch \u00e0 l&rsquo;ouvrage cit\u00e9 plus bas )<\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0\u00c0 la hauteur des \u00eeles d\u2019Hy\u00e8res, la brise ne nous avait pas encore pris, et cependant de larges vagues d\u00e9ferlaient avec vigueur sur les flancs du bateau, sa carcasse en craquait (et la mienne aussi), une grande ligne noire \u00e9tait marqu\u00e9e \u00e0 l\u2019horizon et les ondes, \u00e0 mesure que nous avancions, prenait une teinte plus sombre analogue tout \u00e0 fait \u00e0 celle d\u2019un jeune m\u00e9decin qui se promenait de long en large, et dont les joues ressemblaient \u00e0 du varech tant il \u00e9tait vert d\u2019angoisse. Jusque-l\u00e0, j\u2019\u00e9tais rest\u00e9 couch\u00e9 sur le dos <!--more-->dans la position la plus horizontale possible et regardant le ciel o\u00f9 j\u2019enviais d\u2019\u00eatre, car il me semblait ne remuer gu\u00e8re et je pensais le plus que je pouvais afin que les enfantements de l\u2019esprit, fassent taire les cris de la chair. Secou\u00e9 dans le dos par les coups r\u00e9guliers du piston, en long par le tangage, de c\u00f4t\u00e9 par le roulis, je n\u2019entendais que le bruit r\u00e9gulier des roues et celui de l\u2019eau repouss\u00e9e par elles et qui retombait en pluie des deux c\u00f4t\u00e9s du bateau. Je ne voyais que le bout du mat et mon \u0153il fixe et stupide plac\u00e9 dessus en suivait tous les mouvements cadenc\u00e9s sans pouvoir s\u2019en d\u00e9tacher, comme je ne pouvais me d\u00e9tacher non plus de mon banc de douleurs. La pluie sur 20, il fallu rentrer, se lever pour aller s\u2019\u00e9tendre dans la cabine o\u00f9 je devais rester pendant 16 heures, comme un crachat sur un plancher, fixe et tout gluant.<br \/>\nLe passager se composait de trois eccl\u00e9siastiques, d\u2019un ing\u00e9nieur des ponts et chauss\u00e9es, d\u2019un jeune m\u00e9decin corse et d\u2019un receveur des finances et de sa jeune femme, qui a eu une agonie de 24 heures.<br \/>\nLa nuit vint, on alluma la lampe suspendue aux \u00e9coutilles et que le roulis fit remuer et danser toute la nuit, on dressa la table pour les survivants apr\u00e8s nous avoir fait l\u2019ironique demande de nous y asseoir. Les trois cur\u00e9s et Monsieur Cloquet seuls se mirent \u00e0 manger. Cela avait quelque chose de triste, et je commen\u00e7ai \u00e0 m\u2019apitoyer sur mon sort, humili\u00e9 d\u00e9j\u00e0 de ma position, je l\u2019\u00e9tais encore plus de voir trois cur\u00e9s boire et manger comme des la\u00efques, j\u2019aurais pris tant de plaisir \u00e0 me voir \u00e0 leur place et eux \u00e0 la mienne. Les r\u00f4les me semblaient intervertis, d\u2019autant plus que l\u2019un d\u2019eux voyageait pour sa sant\u00e9, c\u2019\u00e9tait bien plut\u00f4t \u00e0 lui d\u2019\u00eatre malade, le second s\u2019occupait de botanique, et qu\u2019est-ce qu\u2019un botaniste a \u00e0 faire sur les flots ?, le troisi\u00e8me avait l\u2019air d\u2019un gros paysan d\u00e9crass\u00e9, indigne de regarder la mer et de r\u00eaver sur les flots, tandis que moi j\u2019aurais eu si bonne gr\u00e2ce \u00e0 table, la nuit venue je l\u2019aurais pass\u00e9 \u00e0 contempler les \u00e9toiles, le vent dans les cheveux, la temp\u00eate dans le c\u0153ur. Le bonheur est toujours r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 des imb\u00e9ciles qui ne savent pas en jouir.(\u2026)<em>\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Gustave Flaubert &#8211; R\u00e9cits de jeunesse \u2013 Pyr\u00e9n\u00e9es et Corse<\/em><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Re\u00e7u bachelier le 3 ao\u00fbt 1840, Gustave Flaubert (1821-1880) se voit offrir son premier grand voyage : un p\u00e9riple de deux mois sous la tutelle de Jules Cloquet, professeur \u00e0 la facult\u00e9 de m\u00e9decine de Paris, \u00e2g\u00e9 de 50 ans, ami de son p\u00e8re. 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