{"id":55166,"date":"2025-12-20T07:47:16","date_gmt":"2025-12-20T06:47:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=55166"},"modified":"2025-12-20T18:40:07","modified_gmt":"2025-12-20T17:40:07","slug":"go-west-118","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=55166","title":{"rendered":"Go West ! (118)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-47974\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg\" alt=\"\" width=\"236\" height=\"160\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-960x650.jpeg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-768x520.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-1536x1041.jpeg 1536w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-2048x1388.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 236px) 100vw, 236px\" \/><span style=\"color: #0000ff;\">(&#8230;) <i>Je veux vivre avec lui et je le lui ai dit.<br \/>\n<\/i><em>Tout \u00e0 l\u2019heure, John et moi, nous allons rentrer \u00e0 Washington et nous nous mettrons tout de suite \u00e0 la recherche de ce studio. Je suis heureuse.<br \/>\n<\/em><em>John ne voulait pas que je t\u2019\u00e9crive, mais je l\u2019ai fait quand m\u00eame pendant qu\u2019il \u00e9tait \u00e0 la r\u00e9ception pour payer la chambre.<br \/>\n<\/em><em>Ne m\u2019en veux pas trop. Je ne t\u2019ai jamais menti, je ne me suis jamais moqu\u00e9e de toi, je me suis juste tromp\u00e9e sur lui et sur moi.<br \/>\n<\/em><em>P.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Pendant que je lisais, la femme de m\u00e9nage a fini son travail et puis elle est sortie. Je reste seul dans la chambre et pour la premi\u00e8re fois de notre s\u00e9jour, je la contemple. Tout est redevenu propre et net. Tout est marron, diverses nuances de marron, mais tout est marron. Chocolat le plafond avec ses moulures encore plus fonc\u00e9es. Caf\u00e9 au lait les lourdes tentures devant les fen\u00eatres. Marron plus clair les murs parsem\u00e9s de photographies encadr\u00e9es \u2014 enfilade de la cinqui\u00e8me avenue sous la neige, embarras de fiacres sur Broadway, patineuses en chapeau d\u2019astrakan et manchon en renard \u00e0 Central Park. Marron sombre laqu\u00e9 les portes et marron rouge chamarr\u00e9 les tapis qui couvrent le sol. Marron aussi le chapiteau de l\u2019immense armoire port\u00e9 par deux colonnes doriques et sculpt\u00e9 en forme de sc\u00e8ne de chasse, chien \u00e0 l\u2019arr\u00eat devant un faisan \u00e0 demi dissimul\u00e9 par un buisson, les portes \u00e0 miroir qui s\u2019ouvraient d\u2019elles-m\u00eames en grin\u00e7ant quand on les d\u00e9verrouillait, le lit, tr\u00e8s large, tr\u00e8s haut, qui craquait quand on s\u2019asseyait dessus, avec sa t\u00eate en demi-lune et ses gros oreillers r\u00eaches cach\u00e9s sous une cretonne maill\u00e9e blanc cass\u00e9, le seul point clair de toute la pi\u00e8ce. Avec sa coiffeuse en marbre vein\u00e9 et son grand miroir basculant entre les deux fen\u00eatres, je d\u00e9couvre que notre chambre ressemble \u00e0 celle de ma grand-m\u00e8re, avenue Ledru-Rollin \u00e0 Paris. Elle est d\u2019une <!--more-->tristesse d\u00e9courageante.<br \/>\nPatricia est partie. Elle n\u2019ira pas s\u2019inscrire \u00e0 l\u2019Institute of Fine Arts dans l\u2019Upper East Side, elle n\u2019ira pas boire des caf\u00e9s et des bi\u00e8res avec de beaux \u00e9tudiants footballeurs, elle n\u2019ira pas vivre en colocation joyeuse avec Frances \u00e0 Brooklyn. Bient\u00f4t r\u00e9sign\u00e9e, elle m\u00e8nera longtemps la triste vie cach\u00e9e de maitresse d\u2019un homme mari\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 ce que la femme l\u00e9gitime montre les dents, ou que l\u2019homme mari\u00e9 se lasse de sa maitresse ou qu\u2019elle rencontre un autre homme mari\u00e9 qui la s\u00e9duira en lui promettant lui aussi de quitter sa femme.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Je replie la feuille pour la remettre dans l\u2019enveloppe. Deux billets en tombent, quinze dollars. C\u2019est Patricia qui veut me laisser de quoi subsister jusqu\u2019\u00e0 vendredi. Avec les huit que me doit JP, je vais pouvoir m\u2019en sortir. D\u2019ailleurs, je vais aller le retrouver tout de suite, JP. J\u2019irai \u00e0 pied, \u00e7a me fera l\u2019\u00e9conomie d\u2019un ticket de m\u00e9tro. Je prendrai la Cinqui\u00e8me et puis \u00e0 travers le Park jusqu\u2019\u00e0 la 105th rue. Deux ou trois heures de marche au moins, mais je pourrai toujours m\u2019allonger dans l\u2019herbe de temps en temps. De toute fa\u00e7on, je n\u2019ai rien d\u2019autre \u00e0 faire. Je range mes derni\u00e8res affaires dans mon sac. Je vais \u00e0 la porte, je l\u2019ouvre et me retourne pour regarder la chambre une derni\u00e8re fois. Quelque chose se serre dans ma gorge, mon souffle se bloque, \u00e7a fait mal et d\u2019un coup, un sanglot, un seul, me lib\u00e8re. Je l\u00e2che mon sac et me jette sur le lit. Le nez dans la cretonne, je ne pleure pas, mais mon souffle est court. Je me retourne, les yeux au ciel. Je me force \u00e0 respirer lentement, profond\u00e9ment, et tout se calme. Je ferme les yeux et une larme, une seule, coule le long de ma tempe. \u00c7a va mieux.<br \/>\n\u2014 Excusez-moi, monsieur&#8230;<br \/>\nC\u2019est la femme de m\u00e9nage. Elle est devant la porte. Je me redresse brusquement.<br \/>\n\u2014 Je suis d\u00e9sol\u00e9, dis-je en m\u2019essuyant les yeux. J\u2019ai&#8230; la couverture&#8230; je suis d\u00e9sol\u00e9.<br \/>\nJe ne sais pas comment on dit <em>froisser<\/em>.<br \/>\n\u2014 T\u2019en fais pas, fils. Je reviendrai plus tard.<br \/>\nJ\u2019ai d\u00e9froiss\u00e9 la cretonne comme j\u2019ai pu et je suis sorti.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du hublot, le jour s\u2019est lev\u00e9. A ma montre, il est deux heures du matin. Mais c\u2019est l\u2019heure de New York ; o\u00f9 nous sommes, elle n\u2019a pas de sens. D\u2019ailleurs, o\u00f9 nous sommes, je n\u2019en ai aucune id\u00e9e&#8230; quelque part entre Gander et Le Bourget. Apr\u00e8s le d\u00e9collage de Terre-Neuve, on nous a inform\u00e9s qu\u2019\u00e0 cause des vents favorables, nous allions sauter l\u2019\u00e9tape de Shannon, mais on a oubli\u00e9 de nous dire \u00e0 quelle heure nous allions nous poser \u00e0 Paris. Je calcule : l\u00e0-bas il doit \u00eatre quelque chose comme 9 heures du matin. J\u2019imagine : mon p\u00e8re est en train de monter dans la 404, il va prendre la rue Pascal, puis la rue Monge, traverser l\u2019ile de la Cit\u00e9 pour rejoindre la porte de la Chapelle par le boulevard de S\u00e9bastopol et la rue de la Chapelle ; arriv\u00e9 l\u00e0, il prendra la Nationale 1 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019a\u00e9roport du Bourget ; il lui aura bien fallu une heure pour faire le trajet ; il ne conna\u00eet pas l\u2019heure d\u2019arriv\u00e9e, mais par les parents de JP, il a su que c\u2019\u00e9tait aujourd\u2019hui, probablement entre la fin de matin\u00e9e et le milieu de l\u2019apr\u00e8s-midi ; un peu anxieux, parce que ces avions, l\u00e0\u2026, et puis un si long vol\u2026. un peu furieux, parce que plus de deux mois sans nouvelles, pas une lettre, pas un coup de fil, c\u2019est inadmissible\u2026\u00a0 un peu heureux, parce \u00e7a fait un bout de temps qu\u2019on l\u2019attendait, quand m\u00eame, il entre dans l\u2019a\u00e9rogare, cherche le guichet des Flying Tiger Lines ; il n\u2019y en a pas, mais les lettres d\u2019un tableau d\u2019affichage qui viennent de basculer bruyamment lui confirment l\u2019arriv\u00e9e du vol FT 823 pour 14 heures 30 ; \u00e7a serait idiot de rentrer au bureau pour revenir tout \u00e0 l\u2019heure, il attendra ; au restaurant de l\u2019a\u00e9rogare, il choisit une table d\u2019o\u00f9 il pourra voir le tableau d\u2019affichage, il annonce qu\u2019il d\u00e9jeunera tout \u00e0 l\u2019heure, commande un caf\u00e9, allume un Mecarillo , se carre dans son fauteuil et regarde passer les rares voyageurs.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u2014 Ici le commandant de bord\u2026<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">L\u2019image de mon p\u00e8re s\u2019efface, JP s\u2019agite un peu et se r\u00e9veille. Malgr\u00e9 le rayon de soleil qui le frappe en pleine figure, Herv\u00e9 continue de dormir, la t\u00eate renvers\u00e9e contre le hublot, la bouche grande ouverte.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00a0\u2014 &#8230; J\u2019esp\u00e8re que vous avez pass\u00e9 une bonne nuit, continue le commandant. Il est 9 heures 45 \u00e0 Paris, il fait beau et la temp\u00e9rature est de 71 degr\u00e9s, id\u00e9ale pour d\u00e9jeuner en terrasse aux Champs \u00c9lys\u00e9es comme je compte bien le faire tout \u00e0 l\u2019heure. Nous approchons actuellement des c\u00f4tes d\u2019Irlande et devrions nous poser \u00e0 Paris \u00e0 11 heures 45. Salut les gars, et bon s\u00e9jour dans la Ville Lumi\u00e8re.<br \/>\nJ\u2019ai pris mon sac de cabine sous mon si\u00e8ge et je me suis lev\u00e9.<br \/>\n\u2014 Il faut que j\u2019aille aux toilettes\u2026<br \/>\nJP r\u00e2le et se l\u00e8ve pour me laisser passer.<br \/>\nEnferm\u00e9 dans la petite cabine, je sors le P. 38 et la bo\u00eete de balles de ma trousse de toilettes. Je glisse le revolver entre slip et blue-jean. C\u2019est un peu g\u00eanant, mais \u00e7a va. En tirant bien ma chemise sur le devant, avec en plus ma veste par-dessus, \u00e7a ne devrait pas se voir. Mais, ma bo\u00eete de balles est trop grosse. Elle ne tiendra pas avec le P. 38.\u00a0 Je la glisse dans une poche de pantalon ; elle est bien trop visible ; pareil pour la poche de veste. Et puis si la douane la trouve, elle cherchera forc\u00e9ment l\u2019arme qui va avec. Trop risqu\u00e9, il vaut mieux l\u2019abandonner. Avec regret, je la laisse tomber dans la poubelle des toilettes. Reste le dictaphone de Marylin, mais pour lui, il ne devrait pas y avoir de probl\u00e8me, c\u2019est un objet courant, anonyme et je ne vois pas un douanier demander \u00e0 \u00e9couter la bande magn\u00e9tique ; d\u2019ailleurs, le ferait-il qu\u2019il n\u2019y comprendrait probablement rien.<br \/>\nQuand je sors des toilettes, JP est \u00e0 la porte. Il r\u00e2le :<br \/>\n\u2014 T\u2019en a mis un temps ! Qu\u2019est-ce que t\u2019as fichu ?<br \/>\n\u2014 Rien&#8230;<br \/>\nEn m\u00eame temps, je tire sur ma ceinture pour qu\u2019il puisse voir le revolver plaqu\u00e9 contre mon bas-ventre. \u00c7a le fait rigoler.<br \/>\n\u2014 Ben alors bonne chance, mon vieux ! Moi, je ne te connais pas !<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">A SUIVRE\u00a0<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) Je veux vivre avec lui et je le lui ai dit. 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