{"id":55077,"date":"2025-12-06T07:47:06","date_gmt":"2025-12-06T06:47:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=55077"},"modified":"2025-12-06T19:13:46","modified_gmt":"2025-12-06T18:13:46","slug":"go-west-115","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=55077","title":{"rendered":"Go West ! (115)"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-47974\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg\" alt=\"\" width=\"183\" height=\"124\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-960x650.jpeg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-768x520.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-1536x1041.jpeg 1536w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-2048x1388.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 183px) 100vw, 183px\" \/>(&#8230;) Quand je suis revenu dans la chambre, Patricia dormait sur le lit, toute habill\u00e9e. J\u2019ai \u00e9teint la lampe de chevet, je me suis couch\u00e9 sans bruit \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle et, \u00e9puis\u00e9, je me suis endormi. Plus tard, j\u2019ai senti une caresse dans mon dos. J\u2019ai ouvert les yeux. Au-dessus des grands rideaux, une raie de jour disait que l\u2019aurore \u00e9tait l\u00e0. Je me suis retourn\u00e9. \u00c9tendue \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi, en chemise de nuit, Patricia avait interrompu sa caresse et, sa main pos\u00e9e sur mon bras, elle me regardait sans sourire, profond\u00e9ment. Je l\u2019ai embrass\u00e9e et lentement, nous avons fait l\u2019amour, tendrement.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Au matin, je l\u2019avais compris\u00a0: elle avait raison, c\u2019\u00e9tait fini. Elle ici, moi l\u00e0-bas, notre histoire n\u2019avait pas d\u2019avenir. Peut-\u00eatre, si j\u2019avais eu comme elle un projet radical, quitter ma famille, mon pays, peut-\u00eatre cela aurait-il pu marcher. Mais pour cela, il aurait fallu aussi qu\u2019elle le veuille, et \u00e7a, je n\u2019en \u00e9tais pas du tout certain.<br \/>\nPatricia \u00e9tait dans la salle de bain. \u00c0 travers la porte, j\u2019entendais les petits bruits tranquilles d\u2019une femme \u00e0 sa toilette. Clapotis\u00a0: elle s\u2019\u00e9tend dans son bain ; cataracte\u00a0: elle ajoute de l\u2019eau brulante\u00a0; ressac\u00a0: elle se dresse dans la baignoire ; petit choc sourd, elle a pos\u00e9 son pied nu sur le carrelage ; silence\u00a0: elle essuie lentement chaque partie de son corps ; long souffle m\u00e9canique\u00a0: elle s\u00e8che ses cheveux ; chanson douce murmur\u00e9e, chocs l\u00e9gers contre la fa\u00efence, elle s\u2019observe dans le miroir, elle se coiffe, elle se maquille\u2026<br \/>\nElle est s\u00fbrement soulag\u00e9e de m\u2019avoir tout dit et, elle en est persuad\u00e9e, de m\u2019avoir convaincu. Elle n\u2019a plus qu\u2019\u00e0 penser aux quatre jours qui nous restent et \u00e0 ce que sa nouvelle vie sera d\u00e8s que je serai parti. Elle est d\u00e9tendue. Tout \u00e0 l\u2019heure, elle m\u2019emm\u00e8nera au Guggenheim et nous descendrons la galerie en h\u00e9lice la main dans la main en regardant des Picasso et des Fernand L\u00e9ger. Ensuite nous passerons prendre son dossier \u00e0 l\u2019Institute of Fine Arts, et ce soir, elle t\u00e9l\u00e9phonera \u00e0 Frances. Elle a tout <!--more-->pr\u00e9vu. Elle est heureuse.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Et moi ? Moi, depuis que j\u2019\u00e9coute Patricia vivre d\u00e9j\u00e0 sans moi dans la salle de bain, j\u2019ai une petite pens\u00e9e qui commence \u00e0 remuer dans ma t\u00eate. Lentement, elle grandit, grandit, elle s\u2019installe dans mon esprit, et bient\u00f4t, la voil\u00e0, qui \u00e9touffe toutes les autres pens\u00e9es et devient \u00e9vidence : au fond, tout \u00e7a m\u2019\u00e9tait \u00e9gal.<br \/>\nTout \u00e7a m\u2019\u00e9tait \u00e9gal parce que je venais de r\u00e9aliser qu\u2019au fond de moi, m\u00eame au plus fort de mes \u00e9lans amoureux, que je sois en France ou en Am\u00e9rique, je n\u2019avais jamais envisag\u00e9 quoi que ce soit d\u2019un quelconque avenir pour moi avec Patricia. Je ne pensais pas l\u2019avoir pas refus\u00e9 consciemment, cet avenir. Je ne m\u2019\u00e9tais pas dit\u00a0: \u00ab\u00a0Tu vas aller en Am\u00e9rique, tu vas retrouver la fille qui t\u2019a amen\u00e9 dans son lit \u00e0 Paris, tu vas vivre l\u00e0-bas quelques jours avec elle et quand ce sera fini, eh bien tant pis, ce sera fini\u00a0; tu rentreras chez toi et tu passeras \u00e0 autre chose\u00a0!\u00bb J\u2019\u00e9tais amoureux, je le croyais sinc\u00e8rement\u00a0et une pens\u00e9e cynique de cette sorte n\u2019avait pu m\u2019effleurer. Mais, de fait et sans que je l\u2019aie d\u00e9cid\u00e9 ni m\u00eame seulement voulu, mon esprit s\u2019\u00e9tait toujours refus\u00e9 \u00e0 imaginer le jour pourtant in\u00e9luctable de notre s\u00e9paration\u00a0; de m\u00eame pour le jour suivant, et pour le jour d\u2019apr\u00e8s. Ces jours-l\u00e0, je les avais occult\u00e9s. Peut-\u00eatre \u00e9tait-ce par peur de souffrir&#8230; \u00ab\u00a0Je l\u2019aime, nous nous aimons, nous allons \u00eatre s\u00e9par\u00e9s, c\u2019est horrible, n\u2019y pensons surtout pas \u00bb\u00a0?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Mais la petite pens\u00e9e devenue grande s\u2019est mise \u00e0 parler. D\u2019une petite voix faussement incertaine, elle a instill\u00e9 cette question : \u00ab Mais, ne crois-tu pas que, plus que la peur de souffrir, c\u2019est la certitude de ne pas souffrir qui t\u2019a anim\u00e9 ? \u00bb Elle a r\u00e9fl\u00e9chi un court instant puis, \u00e0 sa propre question, elle a r\u00e9pondu de cette mani\u00e8re : \u00ab Tu es amoureux de Patricia, c&rsquo;est vrai, mais tu es amoureux comme un lyc\u00e9en, parce que Patricia est jolie, qu\u2019elle est douce, et qu\u2019elle est \u00e9trang\u00e8re. Vous vous rencontrez, vous vous plaisez, vous couchez ensemble et aussit\u00f4t, vous \u00eates s\u00e9par\u00e9s. Joli sc\u00e9nario ! Romantique, et tout, et ce n\u2019est pas de la fille que tu tombes amoureux, c\u2019est du sc\u00e9nario. Flatt\u00e9 d\u2019\u00eatre de ce clich\u00e9, tu t\u2019y investis \u00e0 plein, tu joues ton r\u00f4le : tu es m\u00e9lancolique, tu enfles tes sentiments, tu \u00e9cris des lettres exalt\u00e9es, charg\u00e9es de tristes textes de B\u00e9caud et de Baudelaire, tu dis que tu vas traverser les mers pour la retrouver, tu y crois de plus en plus, et dans les lettres qui te reviennent, tu ne veux pas voir toutes ces petites r\u00e9ticences car elles n\u2019entrent pas dans le sc\u00e9nario. Tu ne comprends pas que ton pr\u00e9tendu amour vient de cette logique qui ne tient pas debout : elle m\u2019aime, puisqu\u2019elle a couch\u00e9 avec moi ; je l\u2019aime parce qu\u2019elle a couch\u00e9 avec moi. Mais Patricia ne t\u2019aime pas puisqu&rsquo;elle couche avec un autre. Et toi, tu n\u2019aimes pas Patricia. Regarde ! Quand on r\u00e9fl\u00e9chit un peu aux quelques semaines que tu viens de passer en Am\u00e9rique, c\u2019est l\u2019\u00e9vidence : \u00e0 chaque nouvelle fille rencontr\u00e9e, la pens\u00e9e de Patricia t\u2019attendant \u00e0 Washington t\u2019a-t-elle frein\u00e9 le moins du monde dans tes ardeurs ? Et, plus important que ces petites aventures, pas un seul instant tu n\u2019as envisag\u00e9 de changer ta vie pour rester avec elle, ne serait-ce que pour un temps. Tu ne l\u2019aimes pas assez pour cela ; tu ne l\u2019aimes pas tout court. En r\u00e9alit\u00e9, ce que tu voulais sans te l\u2019avouer jamais, c\u2019\u00e9tait passer du temps avec elle, revivre cette journ\u00e9e de Paris et, bien s\u00fbr, coucher avec elle. Eh bien, c\u2019est fait ; \u00e7a a \u00e9t\u00e9 bref et plut\u00f4t compliqu\u00e9, mais c\u2019est fait : tu as eu ce que tu voulais. Et tout cela, tu le savais : tu savais que ce n\u2019\u00e9tait pas une histoire d\u2019amour que tu vivais avec elle, que c\u2019\u00e9tait un sc\u00e9nario, un simple sc\u00e9nario duquel il te serait facile de sortir indemne et sans souffrance. Et, ce qu\u2019il y a de formidable, c\u2019est que Patricia non plus ne souffrira pas. Elle te l\u2019a expliqu\u00e9 elle-m\u00eame et en d\u00e9tail : elle va changer sa vie de fond en comble. Ce sera un peu gr\u00e2ce \u00e0 toi, mais ce sera sans toi. Regarde-la, elle respire le bonheur.<br \/>\nAlors, tout est pour le mieux, pas vrai\u00a0? Et la vie va continuer, sans drame, sans souffrance. C\u2019est ce que tu voulais, non\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Elle avait raison, la petite voix ; c\u2019\u00e9tait \u00e7a la v\u00e9rit\u00e9, un sc\u00e9nario, sans engagement personnel. Et je l\u2019avais toujours su.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><em>A SUIVRE\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) Quand je suis revenu dans la chambre, Patricia dormait sur le lit, toute habill\u00e9e. J\u2019ai \u00e9teint la lampe de chevet, je me suis couch\u00e9 sans bruit \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle et, \u00e9puis\u00e9, je me suis endormi. Plus tard, j\u2019ai senti une caresse dans mon dos. J\u2019ai ouvert les yeux. Au-dessus des grands rideaux, une raie &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=55077\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Go West ! 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