{"id":54846,"date":"2025-12-14T07:47:55","date_gmt":"2025-12-14T06:47:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=54846"},"modified":"2025-12-27T16:55:45","modified_gmt":"2025-12-27T15:55:45","slug":"carnets-decriture-11-un-incipit-en-tete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=54846","title":{"rendered":"Carnets d\u2019\u00c9criture (11) &#8211; Un incipit en t\u00eate\u2026"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-34183\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/images-1.jpeg\" alt=\"\" width=\"141\" height=\"141\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/images-1.jpeg 225w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/images-1-150x150.jpeg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 141px) 100vw, 141px\" \/>Il y a une dizaine d\u2019ann\u00e9es, trois ann\u00e9es de suite, j\u2019ai particip\u00e9 \u00e0 des ateliers d\u2019\u00e9criture. Ce fut plus int\u00e9ressant sur le plan social que sur le plan litt\u00e9raire. Dans un tel atelier, une s\u00e9ance se passe souvent de la mani\u00e8re suivante\u00a0: apr\u00e8s une introduction \u00e0 un th\u00e8me ou apr\u00e8s la lecture de quelques lignes d\u2019un auteur pr\u00e9f\u00e9rablement reconnu, l\u2019intervenant propose aux participants d\u2019\u00e9crire s\u00e9ance tenante et dans un temps limit\u00e9 un texte en relation avec le th\u00e8me introduit ou les lignes qu\u2019il avait choisies. De plus, la plupart du temps, l\u2019intervenant impose de respecter certaines contraintes. Par exemple\u00a0: r\u00e9\u00e9crire les lignes lues en changeant de point de vue, ou de genre, ou sous forme de dialogue et toute cette sorte d\u2019acrobaties qui finissent par former l\u2019habile \u00e9crivain. La contrainte que j\u2019ai rencontr\u00e9e le plus fr\u00e9quemment est celle de l\u2019incipit, qui exige du participant qu\u2019il commence son texte par une phrase impos\u00e9e. Je ne crois pas que jamais personne en atelier n\u2019ait impos\u00e9 le plus fameux incipit de tous, \u00e0 savoir \u00ab\u00a0<em>Longtemps, je me suis couch\u00e9 de bonne heure.<\/em>\u00a0\u00bb mais \u00e0 part celui-l\u00e0, tout est possible car la litt\u00e9rature en fournit \u00e0 foison. C\u2019est d\u2019ailleurs tr\u00e8s instructif et souvent amusant, tout en respectant la contrainte impos\u00e9e, de prendre<!--more--> le contre-pied du style, du genre, de l\u2019\u00e9poque, du point de vue de l\u2019incipit obligatoire. Puis-je vous conseiller de vous essayer \u00e0 l\u2019\u00e9criture \u00e0 partir de \u00ab\u00a0<em>C\u2019\u00e9tait \u00e0 M\u00e9gara, faubourg de Carthage, dans les jardins d\u2019Hamilcar\u2026\u00a0<\/em>\u00bb\u00a0? Non, \u00e7a, c\u2019est trop dur. \u00ab\u00a0<em>Chante, d\u00e9esse, du P\u00e8l\u00e8iade Akhilleus la col\u00e8re d\u00e9sastreuse, qui de maux infinis accabla les Akhaiens\u2026<\/em>\u00a0\u00bb Encore plus difficile, pas vrai\u00a0?\u00a0 Alors, essayez donc avec \u00e7a \u00ab\u00a0<em>Comme il faisait une chaleur de 33 degr\u00e9s, le boulevard Bourdon se trouvait absolument d\u00e9sert\u00a0<\/em>\u00bb \u00c7a n\u2019engage \u00e0 rien et tous les champs demeurent ouverts. Vous avez 30 minutes.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>C\u2019\u00e9tait un jour qu\u2019\u00e9tait pas fait comme les autres&#8230;<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Je connais quelqu\u2019un qui, pour raconter le plus l\u00e9ger, le plus banal des incidents de sa vie quotidienne, commence toujours son r\u00e9cit avec cette ouverture prometteuse\u00a0: \u00ab\u00a0<em>C\u2019\u00e9tait un jour qu\u2019\u00e9tait pas fait comme les autres&#8230;\u00a0<\/em>\u00bb<br \/>\nJ\u2019aime beaucoup cette expression en ce qu\u2019elle a \u00e0 la fois d\u2019ordinaire et de grandiloquent, ordinaire dans sa formulation, grandiloquente dans son implication.<br \/>\nUn jour qui n\u2019est pas fait comme les autres, \u00e7a peut-\u00eatre un jour de catastrophe ou pire, un jour o\u00f9 pour une raison quelconque r\u00e8gne une ambiance particuli\u00e8re, bonne ou mauvaise, enfin un jour dont les conditions s\u2019appliquent \u00e0 tout le monde ou \u00e0 nombre significatif de personnes. Mais quand cet incipit pr\u00e9c\u00e8de la narration d\u2019un incident somme toute banal et en tout cas personnel, l\u2019effet comique involontaire est assur\u00e9.<br \/>\nJ\u2019ai donc eu envie d\u2019utiliser cette expression comme incipit de ma prochaine nouvelle.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Je me suis mis \u00e0 chercher des incidents banals de la vie ordinaire qui puisse \u00eatre d\u00e9crits \u00e0 la suite de ces grandioses premiers mots \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait un jour qu\u2019\u00e9tait pas fait comme les autres.\u00a0\u00bb mais sans en trouver aucun qui, \u00e0 mon sens, puisse apporter un effet comique de contraste et de surprise. Je changeai donc mon fusil d\u2019\u00e9paule et tentai l\u2019oppos\u00e9 en cherchant une situation gravissime. La mort \u00e9tant, jusqu\u2019\u00e0 preuve du contraire, une chose s\u00e9rieuse, c\u2019est cette aventure humaine qui, comme l\u2019aurait dit Vialatte, remonte \u00e0 la plus haute antiquit\u00e9, que j\u2019ai choisie. Malgr\u00e9 ce choix drastique, je n\u2019avais pas abandonn\u00e9 l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9crire quelque chose de dr\u00f4le. La mort \u00e9tant rarement amusante, c\u2019est le h\u00e9ros, la victime, qui devait \u00eatre dr\u00f4le. Pour que le futur lecteur ne soit pas trop attrist\u00e9 par cette mort annonc\u00e9e, il fallait que mon h\u00e9ros soit antipathique, ou stupide, ou m\u00e9chant ou les trois \u00e0 la fois. C\u2019est pourquoi j\u2019ai cr\u00e9\u00e9 Steve Ratinet, coupeur de chevaux en quatre de son \u00e9tat, \u00e9go\u00efste, vulgaire, agressif et stupide par atavisme, toutes qualit\u00e9s qui font le bon h\u00e9ros \u00e0 sacrifier.<br \/>\nC\u2019est donc Steve Ratinet qui racontera avec ses mots son aventure, autrement dit la d\u00e9couverte de son d\u00e9c\u00e8s et de la vie \u00e9ternelle, tout \u00e7a en une seule journ\u00e9e\u2026 une sacr\u00e9e surprise quand m\u00eame ! D\u2019o\u00f9 l\u2019expression consacr\u00e9e : \u00ab C\u2019\u00e9tait un jour qu\u2019\u00e9tait pas fait comme les autres\u2026 \u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>(\u2026) C\u2019\u00e9tait un jour qu\u2019\u00e9tait pas fait comme les autres. Je l\u2019avais bien senti d\u00e8s le d\u00e9but, moi, qu\u2019il \u00e9tait pas fait comme les autres, ce jour. D\u2019abord, quand je m\u2019\u00e9tais r\u00e9veill\u00e9, y avait pas cette odeur habituelle de soupe aux poireaux. C\u2019est mon voisin du dessous, Grospied. Il se fait une soupe aux poireaux tous les matins avant de partir bosser, cet emmerdeur. \u00c7a empeste la cour et la cage d\u2019escalier et \u00e7a rentre chez moi par les fissures du plancher. Je pourrais lui dire \u00e0 Grospied qu\u2019il pourrait se faire du caf\u00e9 \u00e0 la place de la soupe aux poireaux, et que \u00e7a serait mieux pour tout le monde, mais depuis qu\u2019il est arriv\u00e9 dans l\u2019immeuble, il y a six ans, je lui ai pas dit un mot. Lui non plus, d\u2019ailleurs. Ben oui, quoi\u00a0! Avec les voisins, vaut mieux pas \u00eatre trop intime, sans \u00e7a ils deviennent vite envahissants.(\u2026)<\/em><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Vous pouvez retrouver cette dr\u00f4le de nouvelle \u2014 vous y apprendrez entre autres que l&rsquo;Enfer n&rsquo;existe pas \u2014 dans le recueil intitul\u00e9 <strong>La Mitro et autres dr\u00f4les d&rsquo;histoires<\/strong>, disponible sur Amazon en cliquant sur le lien ci-dessous :<\/em><\/span><\/p>\n<h5 style=\"font-weight: 400; text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/amzn.eu\/d\/bufzsz6\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><strong>LA MITRO<br \/>\n<\/strong>et autres dr\u00f4les d\u2019histoires<\/a><\/h5>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">C\u2019est un recueil de nouvelles qui porte le titre de la premi\u00e8re d\u2019entre elles. Assez inspir\u00e9e par Marcel Pagnol, il faut la lire avec l\u2019accent. Les autres nouvelles revisitent aussi bien l\u2019assassinat de Jules C\u00e9sar que les jeux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, les petits meurtres sans importance, l\u2019effet papillon ou la mani\u00e8re d\u2019acc\u00e9der au Paradis.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a une dizaine d\u2019ann\u00e9es, trois ann\u00e9es de suite, j\u2019ai particip\u00e9 \u00e0 des ateliers d\u2019\u00e9criture. Ce fut plus int\u00e9ressant sur le plan social que sur le plan litt\u00e9raire. 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