{"id":54784,"date":"2025-11-19T07:47:26","date_gmt":"2025-11-19T06:47:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=54784"},"modified":"2025-11-21T18:17:37","modified_gmt":"2025-11-21T17:17:37","slug":"go-west-112","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=54784","title":{"rendered":"Go West ! (112)"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em style=\"color: #0000ff;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-47974\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg\" alt=\"\" width=\"207\" height=\"140\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-960x650.jpeg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-768x520.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-1536x1041.jpeg 1536w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-2048x1388.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 207px) 100vw, 207px\" \/>(&#8230;)<\/em> <span style=\"color: #0000ff;\"><em>Et apr\u00e8s, quoi faire ? D\u00e9cider de ne pas prendre cet avion, de rester plus longtemps aux \u00c9tats-Unis, d\u2019y rester toujours ? J\u2019y avais d\u00e9j\u00e0 pens\u00e9, bien entendu, mais seulement dans un \u00e9clair, comme une de ces solutions magnifiques dont on sait qu\u2019elles sont impossibles car finalement, au contraire de Patricia, moi, je n\u2019\u00e9tais pas pr\u00eat \u00e0 de tels bouleversements. Alors quoi ? Partir tout de suite, arracher le sparadrap d\u2019un seul coup pour ne pas souffrir davantage un peu plus tard ? Mais cela voulait dire renoncer aux quelques jours de bonheur que Patricia me promettait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle, et \u00e7a, je n\u2019en avais ni l\u2019envie ni le courage<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>\u2014 Philippe ! Est-ce que tu veux ? Vraiment ?<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">J\u2019ai dit oui, bien s\u00fbr, et le lendemain nous avons pris le Shuttle.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Le Shuttle, c\u2019est le DC 4 qui vous am\u00e8ne en trente-cinq minutes de Washington \u00e0 l\u2019a\u00e9roport de Newark pour la somme de 12 dollars. C\u2019est tout simple, il n\u2019y a pas de r\u00e9servation, pas de contr\u00f4le ; vous vous pr\u00e9sentez au d\u00e9part et s\u2019il y a de la place, vous montez, sinon vous prendrez le suivant, une demi-heure plus tard. De Newark, nous avons pris un bus qui nous a amen\u00e9s \u00e0 la gare de Grand Central, en plein c\u0153ur de Manhattan, et de l\u00e0, nous avons march\u00e9 jusqu\u2019au Biltmore. Pour respecter un minimum de convenances, c\u2019est moi qui ai pris la chambre tandis que Patricia faisait semblant de s\u2019int\u00e9resser aux vitrines du lobby, mais j\u2019ai bien vu que l\u2019employ\u00e9 \u00e0 la r\u00e9ception regardait Patricia du coin de l\u2019\u0153il et qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas dupe. Patricia connaissait sans doute d\u00e9j\u00e0 bien l\u2019h\u00f4tel, car elle m\u2019avait demand\u00e9 de prendre une chambre \u2018\u2019low rate special\u2019\u2019 au quatorzi\u00e8me \u00e9tage. Ces chambres \u00e9taient les plus \u00e9conomiques de tout l\u2019h\u00f4tel pour plusieurs raisons. La premi\u00e8re \u00e9tait qu\u2019au Biltmore, par superstition, le treizi\u00e8me \u00e9tage n\u2019existait pas. On passait donc directement du douzi\u00e8me au quatorzi\u00e8me. \u00c7a n\u2019emp\u00eachait pas les clients superstitieux de refuser les chambres du pr\u00e9tendu quatorzi\u00e8me, dont ils savaient pertinemment que c\u2019\u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 le treizi\u00e8me. La deuxi\u00e8me raison \u00e9tait que, <!--more-->si le Biltmore avait \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es trente l\u2019un des plus grands h\u00f4tels de Manhattan, depuis la fin de la guerre il connaissait des jours moins glorieux et seuls les dix premiers \u00e9tages m\u00e9ritaient encore le qualificatif de grand h\u00f4tel. Au-dessus du dixi\u00e8me, plusieurs \u00e9tages \u00e9taient d\u00e9finitivement ferm\u00e9s et l\u2019entretien des autres laissait \u00e0 d\u00e9sirer. Pour les voyageurs de commerce et les gens modestes voulant para\u00eetre, prendre une de ces chambres pr\u00e9sentait l\u2019avantage du nom \u2014 je suis descendu au Biltmore \u2014 et de la localisation, en plein centre de Midtown. C\u2019est sans doute pour cette seconde raison que Patricia avait choisi le Biltmore.<br \/>\nUne fois \u00e0 New York, effectivement, nous avons visit\u00e9, nous sommes mont\u00e9s \u00e0 l\u2019Empire State et \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la statue de la libert\u00e9, nous nous sommes promen\u00e9s dans les \u00e9tages de Sachs 5th avenue et dans les all\u00e9es de Central Park, nous avons d\u00e9jeun\u00e9 \u00e0 Chinatown et d\u00een\u00e9 dans Little Italy\u2026. Le Chrysler building, Flat Iron, Rockfeller Center, Guggenheim, Metropolitan museum, nous avons tout vu. Une fois, nous sommes m\u00eame all\u00e9s voir une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre dans une salle minuscule de Greenwich Village. Je me souviens que, faute de comprendre ce que disaient les acteurs, je n\u2019avais rien compris non plus au sujet de la pi\u00e8ce. Patricia s\u2019en \u00e9tait aper\u00e7ue et, malgr\u00e9 mes protestations, elle en avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9sol\u00e9e. Peut-\u00eatre pour me r\u00e9compenser, elle m\u2019avait emmen\u00e9 au cin\u00e9ma voir West Side Story, qu\u2019elle avait vu une premi\u00e8re fois l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente. A priori, voir une com\u00e9die musicale, que j\u2019assimilais alors \u00e0 une op\u00e9rette, ne m\u2019enchantait pas, mais pour moi, ce spectacle fut un choc \u00e9motionnel. Tout \u00e9tait nouveau pour moi, \u00e0 commencer par la salle, gigantesque, luxueuse, rouge et or, peupl\u00e9e d\u2019employ\u00e9s en uniformes chamarr\u00e9s, emplie des fum\u00e9es des cigarettes et du brouhaha des spectateurs indisciplin\u00e9s devant le rideau rouge baiss\u00e9, immense. Et puis, tout aussi grand, l\u2019\u00e9cran qui appara\u00eet avec l\u2019image de Manhattan qui d\u00e9file, vu du ciel, \u00e0 la verticale, et puis la musique de Bernstein qui monte, m\u00e9lange de Jazz et de Stravinsky, et puis le zoom sur les doigts qui claquent, et puis le premier ballet qui tourne \u00e0 la premi\u00e8re bagarre, et puis les coups de sifflets et puis tout le monde qui reprendre son souffle, spectateurs compris\u2026 Tout le monde, tout mon monde a vu West Side Story, souvent plusieurs fois, aussi je ne vais pas vous le paraphraser davantage ici. Pourtant, je suis s\u00fbr que je le pourrais. Cette s\u00e9ance, avec l\u2019arriv\u00e9e du ferry de Staten Island sur la pointe de Manhattan, c\u2019est une de mes images les plus pr\u00e9sentes de New-York.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Pendant ces quelques jours \u00e0 New York, nous avons fait ce que Patricia avait dit que nous ferions, exactement comme lorsque nous \u00e9tions \u00e0 Washington, du tourisme tranquille, de la balade amoureuse, cette fois-ci dans un d\u00e9cor encore plus propice et plus grand que nature.<br \/>\nPourtant, d\u00e8s notre arriv\u00e9e \u00e0 New-York, j\u2019ai senti que les choses seraient diff\u00e9rentes et elles le furent, pour moi en tout cas. Ce d\u00e9part oblig\u00e9 qui approchait, \u00e9ch\u00e9ance certaine que j\u2019\u00e9tais parvenu \u00e0 maintenir au second plan tant que nous \u00e9tions \u00e0 Washington, \u00e9tait maintenant continuellement pr\u00e9sent \u00e0 mon esprit. Oui, j\u2019\u00e9tais heureux, oui nous marchions la main dans la main sur les bords de l\u2019Hudson, oui j\u2019embrassais Patricia, au cin\u00e9ma, \u00e0 Central Park, oui nous nous r\u00e9veillions ensemble, mais \u00e0 chaque r\u00e9veil, chaque moment de calme, de silence, de contemplation, l\u2019\u00e9vidence de mon d\u00e9part prochain me sautait au visage. Bon sang ! Plus que six jours, plus que cinq\u2026 et \u00e0 chaque fois, cette pens\u00e9e me vidait de mon souffle<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">De son c\u00f4t\u00e9, Patricia me paraissait plus solide. Peut-\u00eatre la perspective de mon d\u00e9part la laissait-elle indiff\u00e9rente ? Peut-\u00eatre l\u2019effet de notre s\u00e9paration \u00e9tait-il att\u00e9nu\u00e9 par son projet de nouvelle vie ? Peut-\u00eatre vivait-elle les m\u00eames affres et cachait-elle mieux son jeu ? Ou alors \u00e9tait-elle comme la plupart des femmes, plus solide que la plupart des hommes ?<br \/>\nSouvent, la nuit, quand allong\u00e9s c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, nous regardions ensemble les moulures anachroniques du plafond de la chambre, Patricia parlait. Je l\u2019\u00e9coutais en fumant. De temps en temps, je lui faisais une br\u00e8ve r\u00e9ponse ou je me tournais vers elle pour l\u2019embrasser ou la caresser. Elle ne parlait pas de sa vie d\u2019avant, celle \u00e0 laquelle je n\u2019avais pas particip\u00e9. Elle parlait peu de notre rencontre \u00e0 Zermatt et de nos retrouvailles \u00e0 Paris. Ce qu\u2019elle aimait surtout c\u2019\u00e9tait raconter en d\u00e9tail tout ce que nous avions fait depuis mon arriv\u00e9e chez elle \u00e0 Bethesda. Elle n\u2019avait oubli\u00e9 aucun d\u00e9tail, elle analysait mes r\u00e9actions, les siennes, les impressions que nous avions d\u00fb donner aux gens de la plage sur la Chesapeake, au serveur de la Marvin\u2019s tavern, au r\u00e9ceptionniste du Biltmore, au couple \u00e2g\u00e9 avec lequel nous avions \u00e9chang\u00e9 quelques mots sur une pelouse de Central Park. Elle en riait en imaginant ce qu\u2019ils avaient pu penser de nous. J\u2019en riais avec elle. Parfois, elle parlait de son fr\u00e8re, avec beaucoup de tendresse, son petit fr\u00e8re amoureux d\u2019elle, jaloux, malheureux, qu\u2019elle allait d\u00e9vaster en quittant la maison de Bethesda. Je ne le lui disais pas, mais moi aussi, compte tenu de ce que j\u2019avais vu de lui, j\u2019\u00e9tais persuad\u00e9 qu\u2019il serait boulevers\u00e9 par le d\u00e9part de sa s\u0153ur.\u00a0 Pour se remettre, il lui faudrait sans doute atteindre l\u2019\u00e2ge auquel on n\u2019est plus amoureux de sa m\u00e8re ou de sa grande s\u0153ur, l\u2019\u00e2ge maudit et b\u00e9ni \u00e0 la fois o\u00f9 l\u2019on d\u00e9couvre que l\u2019autre sexe existe ailleurs que dans le premier cercle familial, au lyc\u00e9e par exemple. Walter n\u2019avait que douze ans et \u00e7a risquait de prendre encore un peu de temps. Je r\u00e9alisais que, dans quelques jours, je serai dans la m\u00eame situation que lui, que moi aussi je serai s\u00e9par\u00e9 de Patricia, mais pour moi, ce serait sans espoir de la revoir avant longtemps, et probablement jamais. \u00c7a me tordait l\u2019estomac, mais je gardais \u00e7a pour moi. De toute fa\u00e7on, notre s\u00e9paration \u00e9tait \u00e9crite, in\u00e9luctable. Que je g\u00e9misse sur notre sort n\u2019aurait men\u00e9 \u00e0 rien d\u2019autre que g\u00e2cher nos derniers jours.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><em>A SUIVRE<\/em><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) Et apr\u00e8s, quoi faire ? D\u00e9cider de ne pas prendre cet avion, de rester plus longtemps aux \u00c9tats-Unis, d\u2019y rester toujours ? J\u2019y avais d\u00e9j\u00e0 pens\u00e9, bien entendu, mais seulement dans un \u00e9clair, comme une de ces solutions magnifiques dont on sait qu\u2019elles sont impossibles car finalement, au contraire de Patricia, moi, je n\u2019\u00e9tais &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=54784\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Go West ! 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