{"id":54779,"date":"2025-11-13T07:47:36","date_gmt":"2025-11-13T06:47:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=54779"},"modified":"2025-11-13T17:41:14","modified_gmt":"2025-11-13T16:41:14","slug":"go-west-111","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=54779","title":{"rendered":"Go West ! (111)"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-47974\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg\" alt=\"\" width=\"204\" height=\"138\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-960x650.jpeg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-768x520.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-1536x1041.jpeg 1536w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-2048x1388.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 204px) 100vw, 204px\" \/><em>(&#8230;) Et puis, vers la fin de l\u2019apr\u00e8s-midi, nous \u00e9tions all\u00e9s dans un cin\u00e9ma du centre qui donnait des films fran\u00e7ais. Nous y avions vu A bout de souffle, \u00e0 peu pr\u00e8s le seul film fran\u00e7ais qui int\u00e9ressait les am\u00e9ricains, peu nombreux \u00e0 en juger par le nombre de spectateurs dans la salle. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 vu le film deux fois et pendant la projection, je guettais les r\u00e9actions de Patricia. Contrairement \u00e0 ce que je craignais, elle n\u2019avait pas l\u2019air de s\u2019ennuyer. A la sortie, je lui dis qu\u2019\u00e0 part la coiffure, elle ressemblait \u00e0 Jean Seberg. Je ne suis pas s\u00fbr que \u00e7a lui ait fait plaisir. Elle me dit que je ressemblais \u00e0 Jean-Paul Belmondo, et \u00e7a, \u00e7a me fit vraiment plaisir.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Pour terminer cette folle journ\u00e9e de vieux couple en weekend, nous avons achet\u00e9 des poulets frits et des milk shakes dans un Kentucky Fried Chicken et nous sommes revenus \u00e0 la maison pour les manger devant la t\u00e9l\u00e9vision en buvant une bouteille de vin italien pr\u00e9lev\u00e9e dans la r\u00e9serve du p\u00e8re de Patricia. Nous discutions de la fin du film de Godard quand Patricia s\u2019est interrompue brusquement au milieu d\u2019une phrase&#8230; Elle est rest\u00e9e silencieuse quelques instants, les yeux dans le vague, et puis brusquement :<br \/>\n\u2014 Je vais y aller avec toi, \u00e0 New York.<br \/>\n\u2014 Quoi\u00a0?<br \/>\n\u2014 Mes parents rentrent samedi, dans trois jours. Nous partirons avant qu\u2019ils n\u2019arrivent. On prendra le Shuttle. On descendra au Biltmore. Je resterai avec toi jusqu\u2019\u00e0 ton d\u00e9part.<br \/>\nElle avait dit \u00e7a sur un ton monocorde, comme si elle r\u00e9p\u00e9tait pour les m\u00e9moriser les \u00e9tapes successives d\u2019un processus. Elle a redit :<br \/>\n\u2014 On prendra le Shuttle demain.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">J\u2019aurais d\u00fb<!--more--> \u00eatre submerg\u00e9 par l\u2019\u00e9motion\u00a0: Patricia voulait rester avec moi le plus longtemps possible, et pour \u00e7a elle m\u2019accompagnerait \u00e0 New York\u00a0; c\u2019\u00e9tait encore une preuve que tout avait chang\u00e9, qu\u2019elle m\u2019aimait \u00e0 nouveau. Et puis, sur le plan pratique, son projet arrangeait tout. Je ne savais pas encore ce que c\u2019\u00e9tait que ce Shuttle, mais au moins, je n\u2019aurais pas \u00e0 reprendre l\u2019autostop. Je n\u2019aurais pas non plus \u00e0 survivre fauch\u00e9 dans la ville la plus ch\u00e8re du monde. Patricia continuerait \u00e0 me prendre en charge comme elle l\u2018avait fait depuis mon arriv\u00e9e \u00e0 Bethesda.<br \/>\nPourtant, ce n\u2019est pas de la joie que je ressentais, c\u2019\u00e9tait plut\u00f4t de l\u2019ahurissement et m\u00eame une sorte d\u2019inqui\u00e9tude. Bien s\u00fbr, j\u2019\u00e9tais triste de devoir partir dans quelques jours. Notre s\u00e9paration serait terrible, nous ne nous reverrions probablement pas avant des mois et des mois, mais quelque part dans la partie raisonnable de mon esprit, mon d\u00e9part \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit. Sans jamais le formuler de fa\u00e7on pr\u00e9cise, je savais qu\u2019en fait je ne reverrai jamais Patricia. Quoi que nous nous disions lors de notre s\u00e9paration, notre histoire s\u2019ach\u00e8verait ce jour-l\u00e0 et, finalement, ce serait mieux comme \u00e7a. J\u2019arrivais \u00e0 refouler cette pens\u00e9e qui m\u2019angoissait et, d\u00e8s que naissait en moi l\u2019id\u00e9e de devoir quitter bient\u00f4t Washington, je la chassais pour ne pas g\u00e2cher nos derniers jours ensemble. Je me for\u00e7ais \u00e0 ne penser qu\u2019au pr\u00e9sent et au futur imm\u00e9diat, \u00e0 ma prochaine nuit avec Patricia. Mais ce qu\u2019elle venait de dire chamboulait tout ce qui, au fond de moi, avait \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli et implicitement accept\u00e9. D\u2019ailleurs, tout de suite, tout ce que je trouvais \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 Patricia, c\u2019\u00e9tait autant d\u2019obstacles \u00e0 son projet. Ses parents\u00a0? Elle leur raconterait n\u2019importe quoi, par exemple qu\u2019elle allait habiter un mois ou deux chez son amie Frances \u00e0 Brooklyn, le temps de s\u2019inscrire \u00e0 l\u2019Institute of Fine Arts. Son travail\u00a0? De toute fa\u00e7on, elle en avait assez d\u2019\u00eatre assistante chez Carver\u00a0; de New-York, elle lui enverrait une lettre de d\u00e9mission. L\u2019argent\u00a0?\u00a0 Elle en avait bien assez\u00a0pour nous deux ; les billets sur le Shuttle n\u2019\u00e9taient pas chers et, au Biltmore, il y avait des chambres bon march\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u2014 Tu n\u2019as pas envie que je vienne ? C\u2019est \u00e7a, tu n\u2019as pas envie.<br \/>\n\u2014 Mais si, j\u2019ai envie, bien s\u00fbr. C\u2019est formidable ! Mais je ne voudrais pas que tu aies d\u2019ennuis \u00e0 cause de moi, tu comprends.<br \/>\n\u2014 Tu ne connais pas mes parents, Philippe. Je n\u2019aurai pas d\u2019ennuis avec eux.<br \/>\n\u2014 Tu es s\u00fbre ?<br \/>\nMa question \u00e9tait idiote, superflue, malvenue, mais il fallait bien que je dise quelque chose. De toute fa\u00e7on, Patricia n\u2019a pas d\u00fb l\u2019entendre, car elle a continu\u00e9 sur un ton de plus en plus passionn\u00e9.<br \/>\n\u2014 Et puis il est temps que je parte. Je suis majeure maintenant et je n\u2019en peux plus de ma vie ici, \u00e0 Bethesda. Je ne supporte plus cette maison, ni mon travail au cabinet de John, ni mes parents qui font semblant d\u2019ignorer que je suis sa ma\u00eetresse. Je ne veux plus de ces pauvres soir\u00e9es avec lui ni de ces rares weekends vol\u00e9s \u00e0 sa famille. Je n\u2019en veux plus, je n\u2019en veux plus !<br \/>\nPatricia a secou\u00e9 ses \u00e9paules, elle s\u2019est redress\u00e9e et, calmement, elle a dit :<br \/>\n\u2014 C\u2019est fini\u2026 Je vais partir. La seule chose que je regrette d\u00e9j\u00e0, c\u2019est la peine que je vais faire \u00e0 Walter. Mais New York, ce n\u2019est pas loin. Je viendrai le voir ici de temps en temps ; il viendra me voir \u00e0 New York.<br \/>\nElle s\u2019est tue un instant. Depuis longtemps d\u00e9j\u00e0, j\u2019avais pass\u00e9 mon bras par-dessus ses \u00e9paules. Je l\u2019ai serr\u00e9e un peu plus fort. Elle a lev\u00e9 les yeux vers moi. Ils \u00e9taient pleins de larmes.<br \/>\n\u2014 Tu m\u2019aimes, Philippe ? Tu m\u2019aimes ?<br \/>\nComment r\u00e9pondre autre chose que \u00ab\u00a0Oui\u00a0\u00bb dans un moment comme celui-l\u00e0 ? Moi, je ne savais pas. Alors, j\u2019ai dit \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb. J\u2019aurais pu ajouter \u00ab\u00a0Et toi\u00a0?\u00a0\u00bb\u00a0mais je ne l\u2019ai pas fait. \u00c9tait-ce parce que je croyais connaitre la r\u00e9ponse ou bien parce que je pr\u00e9f\u00e9rais ne pas savoir ? Patricia a continu\u00e9, calmement, m\u00e9thodiquement, comme si elle cherchait \u00e0 se convaincre elle-m\u00eame :<br \/>\n\u2014 Demain, nous allons partir \u00e0 New York. Nous serons ensemble jusqu\u2019\u00e0 ce que tu prennes ton avion, le 7 septembre \u00e0 10 heures du matin, dans 10 jours exactement.\u00a0 Nous vivrons \u00e0 New York comme nous avons v\u00e9cu ces derniers jours ici. On visitera, on sortira, on sera bien, et le jour o\u00f9 tu devras partir, tu partiras, c\u2019est tout. Je ne t\u2019accompagnerai pas \u00e0 l\u2019a\u00e9roport. On se dira adieu dans la chambre, au Biltmore. Tu iras prendre ton avion pour Paris ; moi, je prendrai le m\u00e9tro pour aller chez Frances \u00e0 Brooklyn et ce sera fini\u2026 Tu veux bien ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Je venais de dire \u00e0 cette fille que je l\u2019aimais et ce qu\u2019elle venait de faire, d\u00e9cider de tout quitter, \u00e7a montrait bien qu\u2019elle devait m\u2019aimer un peu aussi. Et pourtant, elle \u00e9tait en train d\u2019organiser nos adieux, sagement, froidement. \u00c7a ne se produirait que dans une dizaine de jours, mais ni elle ni moi n\u2019\u00e9tions dupes : ce serait d\u00e9finitif. \u00c0 cette perspective, une sorte de vertige m\u2019avait saisi. Devant moi, il y avait neuf jours seul avec elle, dans un h\u00f4tel, dans la ville la plus fascinante du monde, \u00e0 ne rien faire d\u2019autre que s\u2019occuper l\u2019un de l\u2019autre, et au bout, le dixi\u00e8me jour, la s\u00e9paration, le vide inconcevable.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u2014 Dis, Philippe, tu veux bien ?<br \/>\nQue faire d\u2019autre encore une fois que de lui dire oui ? Patricia avait pris sa d\u00e9cision et s\u2019y opposer n\u2019aurait men\u00e9 \u00e0 rien. Faire l\u2019enfant, se rouler par terre, refuser l\u2019\u00e9vidence ? Et apr\u00e8s, quoi fa!re ? D\u00e9cider de ne pas prendre cet avion, de rester plus longtemps aux \u00c9tats-Unis, d\u2019y rester toujours ? J\u2019y avais d\u00e9j\u00e0 pens\u00e9, bien entendu, mais seulement dans un \u00e9clair, comme une de ces solutions magnifiques dont on sait qu\u2019elles sont impossibles car finalement, au contraire de Patricia, moi, je n\u2019\u00e9tais pas pr\u00eat \u00e0 de tels bouleversements. Alors quoi ? Partir tout de suite, arracher le sparadrap d\u2019un seul coup pour ne pas souffrir davantage un peu plus tard ? Mais cela voulait dire renoncer aux quelques jours de bonheur que Patricia me promettait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle, et \u00e7a, je n\u2019en avais ni l\u2019envie ni le courage.<br \/>\n\u2014 Philippe ! Est-ce que tu veux ? Vraiment ?<\/p>\n<p><em><span style=\"color: #0000ff;\">\u00c0 suivre<\/span><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) Et puis, vers la fin de l\u2019apr\u00e8s-midi, nous \u00e9tions all\u00e9s dans un cin\u00e9ma du centre qui donnait des films fran\u00e7ais. Nous y avions vu A bout de souffle, \u00e0 peu pr\u00e8s le seul film fran\u00e7ais qui int\u00e9ressait les am\u00e9ricains, peu nombreux \u00e0 en juger par le nombre de spectateurs dans la salle. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=54779\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Go West ! 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