{"id":54730,"date":"2025-11-07T07:47:54","date_gmt":"2025-11-07T06:47:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=54730"},"modified":"2025-11-08T11:18:35","modified_gmt":"2025-11-08T10:18:35","slug":"aurore-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=54730","title":{"rendered":"Le c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;aurore"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>premi\u00e8re diffusion : pendant le confinement<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong><em>Il y a des jours o\u00f9, pour un peu,<br \/>\nChamp de Faye ressemblerait<br \/>\nvachement \u00e0 Combray !<\/em><\/strong><em><br \/>\nRobert de Montesquiou \u2013 Apollon aux lanternes &#8211; 1898<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">______________<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce matin, vers quatre heures et demi, alors que j\u2019\u00e9tais descendu \u00e0 la cuisine pour me pr\u00e9parer le caf\u00e9 qui au r\u00e9veil m\u2019est indispensable tant au corps qu\u2019\u00e0 l\u2019esprit, je constatai que la p\u00e9nombre de la pi\u00e8ce \u00e9tait perc\u00e9e d\u2019une lueur orang\u00e9e, vacillante et chaleureuse. C\u2019\u00e9tait le feu qui brulait d\u00e9j\u00e0 dans la chemin\u00e9e, m\u2019apportant ainsi la confirmation qu\u2019\u00e0 nouveau, Albertine s\u2019\u00e9tait lev\u00e9e avant moi. Partag\u00e9 entre le sentiment de la reconnaissance envers celle qui m&#8217;avait \u00e9vit\u00e9 le d\u00e9sagr\u00e9ment d\u2019entrer en chaussons et tenue de nuit dans une pi\u00e8ce qui sans son intervention pr\u00e9-matinale eut \u00e9t\u00e9 d\u00e9sagr\u00e9ablement froide et celui de la d\u00e9ception de n\u2019avoir pu, encore une fois, lui \u00e9viter la p\u00e9nible t\u00e2che de l\u2019arrangement et de l\u2019ignition des lourdes b\u00fbches rugueuses\u00a0 dans l\u2019\u00e2tre encombr\u00e9 des cendres de la veille, je saisis la bouilloire dont l\u2019anse encore ti\u00e8de me disait qu\u2019Albertine s\u2019\u00e9tait pr\u00e9par\u00e9 les trois tasses de th\u00e9 qui, le matin, lui sont aussi n\u00e9cessaires que l\u2019opium au toxicomane, et je la mis \u00e0 chauffer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est comme hypnotis\u00e9 par le petit \u0153il rouge du r\u00e9cipient calorif\u00e8re,<!--more--> car depuis plusieurs ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0 les bouilloires fonctionnent chez nous \u00e0 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, que je me mis \u00e0 penser qu\u2019il \u00e9tait \u00e0 pr\u00e9sent grand temps pour moi d\u2019entreprendre la r\u00e9daction de cette partie essentielle de mon \u0153uvre \u00e0 venir que sera la description d\u2019un lever du soleil. La date, l\u2019heure et les pr\u00e9visions m\u00e9t\u00e9orologiques que, machinalement, j\u2019avais consult\u00e9es la veille \u00e9tant propices \u00e0 mon projet, je fis r\u00f4tir quelques toasts dans l\u2019appareil fabriqu\u00e9 \u00e0 cet effet par la maison Moulinex, remplis de caf\u00e9 les deux grandes tasses que nous avons h\u00e9rit\u00e9es d\u2019un oncle du Cantal et disposai ma collation sur un plateau en paille tress\u00e9e pour gravir avec prudence la spirale de l\u2019escalier qui m\u00e8ne \u00e0 l\u2019\u00e9tage des maitres. Parvenu dans ma chambre dont j\u2019avais laiss\u00e9 opportun\u00e9ment la porte ouverte en pr\u00e9vision de mon retour les bras charg\u00e9s du l\u00e9ger mais fragile fardeau que constitue un petit-d\u00e9jeuner &#8221;continental&#8221; comme on aime \u00e0 le dire au Negresco \u00e0 Nice, je d\u00e9posai le plateau sur la soie cramoisie de l\u2019\u00e9dredon. De mes mains ainsi lib\u00e9r\u00e9es, je pus ouvrir les deux vantaux de la large fen\u00eatre qui donne la vue sur notre jardin, puis ceux du volet de bois qui la prot\u00e8ge, me permettant ainsi de d\u00e9couvrir la nuit. Sans lune, elle \u00e9tait noire, humide et silencieuse. La lumi\u00e8re prodigu\u00e9e par la faible ampoule \u00e9lectrique qu\u2019\u00e0 dessein j\u2019avais laiss\u00e9e br\u00fbler dans ma chambre pendant que je m\u2019occupais en cuisine ne parvenait \u00e0 \u00e9clairer qu\u2019une mince \u00e9paisseur de brume. La pr\u00e9sence de cette vapeur pr\u00e9sageant \u00e0 coup presque s\u00fbr une matin\u00e9e radieuse, les conditions favorables \u00e0 une observation pr\u00e9cise d\u2019une aurore ne tarderaient pas \u00e0 \u00eatre r\u00e9unies. Fort de cette perspective, je m\u2019installai confortablement sous le drap de lin, le dos fermement appuy\u00e9 contre les deux oreillers de plumes redress\u00e9s contre la t\u00eate du lit, le plateau de paille avec son chargement roboratif bien cal\u00e9 dans l\u2019empreinte que son propre poids avait creus\u00e9 dans l\u2019onctuosit\u00e9 de l\u2019\u00e9dredon, et la machine \u00e0 \u00e9crire portable de la marque \u00e0 la pomme grignot\u00e9e \u00e0 port\u00e9e de main. Il ne me restait plus qu\u2019\u00e0 attendre que Ph\u00e9bus consente \u00e0 entreprendre son in\u00e9luctable ascension pour en noter tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment les aspects successifs, ce qui me permettrait plus tard, si j\u2019en avais la force, de d\u00e9crire le lever de ce dieu au char rutilant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tandis que le temps passait lentement dans l\u2019obscurit\u00e9 de la nuit finissante, je me pris \u00e0 penser que je devrais bient\u00f4t, dans la journ\u00e9e sans doute, me remettre \u00e0 ranger en un b\u00fbcher ordonn\u00e9 le bois qu\u2019un forestier voisin venait de me livrer et dont le pr\u00e9sent d\u00e9sordre ruinait l\u2019ordonnancement du jardin auquel Albertine tient tant. Quand mon esprit sortit de cette r\u00eaverie, je regardai \u00e0 nouveau par la fen\u00eatre. Ses petits carreaux de verre \u00e9taient partiellement couverts de condensation en vertu du principe qu\u2019\u00e9tablit autrefois Monsieur Watt, la bu\u00e9e \u00e9tant arrang\u00e9e de telle sorte qu\u2019elle dessinait sur chaque carreau une courbe parabolique venant d&#8217;un infini positif et tendant \u00e0 y retourner. La brume avait disparu et le ciel, parfaitement noir jusque-l\u00e0, avait pris une teinte dont le gris fonc\u00e9 me rappela aussit\u00f4t la couleur du bitume d\u00e9j\u00e0 ancien tel qu\u2019on peut en voir sur le trottoir du Boulevard Haussmann quand il n\u2019a pas plu depuis plusieurs jours. Le grand sapin qui, peu avant que nous ne le plantions dans le jardin il y a trente ans, n\u2019\u00e9tait qu\u2019un petit arbre de No\u00ebl qui tr\u00f4na tout un mois dans notre appartement parisien, se d\u00e9tachait plus sombre sur le ciel \u00e0 peine p\u00e2li. Je fixai l\u2019arbre intens\u00e9ment, esp\u00e9rant voir poindre en transparence derri\u00e8re lui \u2014 car ses branches sont aujourd\u2019hui peu fournies \u2014 une lueur annonciatrice de l\u2019apparition de l\u2019\u00e9toile \u00e0 laquelle nous devons toute vie sur terre. Mais le ciel demeurait obstin\u00e9ment uniforme. Mes deux tasses de caf\u00e9 et mes toasts ayant \u00e9t\u00e9 consomm\u00e9s depuis longtemps, je repoussai le plateau de paille et m\u2019installai plus confortablement, la t\u00eate pos\u00e9e de cot\u00e9 sur l\u2019oreiller et le visage tourn\u00e9 vers la crois\u00e9e que je gardai ferm\u00e9e afin de me prot\u00e9ger du froid nocturne. Le ciel palissait de plus en plus, mais le soleil tant attendu ne paraissait pas.<br \/>\nC\u2019est alors que je dus m\u2019endormir car, lorsque j\u2019ouvris \u00e0 nouveau les yeux, il faisait grand jour, le ciel \u00e9tait d\u2019un bleu froid transparent et les oiseaux passaient en criaillant devant ma fen\u00eatre. C\u2019en \u00e9tait \u00e9videmment fini de l\u2019aurore, mais de soleil, il n\u2019y avait toujours pas. Pendant de longues minutes, je cherchai vainement une explication \u00e0 ce myst\u00e8re qui me d\u00e9concertait.<br \/>\nCe n\u2019est qu\u2019en descendant \u00e0 la cuisine pour partager mon trouble avec Albertine que je d\u00e9couvris que la pi\u00e8ce \u00e9tait baign\u00e9e par les rayons du soleil qui frappaient directement ses fen\u00eatres et, \u00e0 travers elles, faisaient miroiter le vase de cristal de Boh\u00eame dont elle venait de changer les fleurs de la veille pour y baigner quelques branches de lilas fraichement coup\u00e9es dont les minarets mauves ressortaient sur la blancheur de la tenue du matin de la jeune fille. Il ne me fallut qu\u2019un instant pour r\u00e9aliser que ces fen\u00eatres \u00e9taient expos\u00e9es \u00e0 l\u2019Est tandis que ma chambre donnait sur le couchant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s ce moment de cruelle d\u00e9ception, je d\u00e9cidai de me recoucher afin de regagner les forces qui d\u00e8s ce soir me seraient n\u00e9cessaires\u00a0 \u00e0 l\u2019observation attentive d\u2019un cr\u00e9puscule.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-23139\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/IMG_0782-2-960x720.jpeg\" alt=\"\" width=\"293\" height=\"220\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/IMG_0782-2-960x720.jpeg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/IMG_0782-2-300x225.jpeg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/IMG_0782-2-768x576.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/IMG_0782-2-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/IMG_0782-2-2048x1536.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 293px) 100vw, 293px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><i>Note de l\u2019auteur :<br \/>\nje ne crois pas l\u2019avoir dit lors de la premi\u00e8re diffusion, mais aujourd\u2019hui, pour soulager ma conscience encombr\u00e9e, \u00a0je l\u2019avoue : cette id\u00e9e d&#8217;observation du lever du soleil g\u00e2ch\u00e9e par un erreur sur les directions respectives de l\u2019Est et de l\u2019Ouest est tir\u00e9e d\u2019un recueil de nouvelles de Jerome K. Jerome intitul\u00e9 mes enfants et moi.<br \/>\nLe style \u00e9tant proustien, en fait, je ne suis pas pour grand-chose dans cette histoire.<\/i><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>premi\u00e8re diffusion : pendant le confinement Il y a des jours o\u00f9, pour un peu, Champ de Faye ressemblerait vachement \u00e0 Combray ! 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