{"id":54474,"date":"2025-10-16T07:47:58","date_gmt":"2025-10-16T05:47:58","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=54474"},"modified":"2025-10-16T14:51:16","modified_gmt":"2025-10-16T12:51:16","slug":"go-west-105","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=54474","title":{"rendered":"Go West ! (105)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-47974\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg\" alt=\"\" width=\"202\" height=\"137\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-960x650.jpeg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-768x520.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-1536x1041.jpeg 1536w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-2048x1388.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 202px) 100vw, 202px\" \/>(&#8230;) Soudain, elle se l\u00e8ve et dit :<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>\u2014 J\u2019ai froid. Viens&#8230;<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>Nous avons rejoint la route et Patricia a tourn\u00e9 \u00e0 droite vers le sud. Nous vous roul\u00e9 quelques minutes encore et sur notre droite a surgi un modeste panneau de bois \u00e0 la peinture blanche \u00e9caill\u00e9e. En lettres bleu p\u00e2le \u00e0 peine lisibles, il disait : Candlewood Motel &#8211; 5 miles. Patricia a frein\u00e9 brusquement et pris le chemin que le panneau indiquait.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>Samedi 18 ao\u00fbt 1962 &#8211; Candlewood Motel<\/em>, <em>Apartment n\u00b09<\/em> &#8211; <em>Trappe, Md.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00c7\u2019aurait d\u00fb \u00eatre notre premi\u00e8re vraie nuit ensemble, enti\u00e8re, combl\u00e9e&#8230; Mais, encore une fois, \u00e7a ne s\u2019est pas pass\u00e9 comme \u00e7a.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Dimanche\u00a0; c\u2019est le petit matin, gris fonc\u00e9. Dehors, le vent ne souffle plus ; la pluie tombe, verticale\u00a0; une pluie moyenne, r\u00e9guli\u00e8re\u00a0; on dirait qu\u2019elle est l\u00e0 depuis toujours et qu\u2019elle n\u2019aura pas de fin. J\u2019\u00e9coute son pianotement sourd sur le toit de notre chambre. Dans un cr\u00e9pitement plus clair, les gouttes d\u2019eau \u00e9clatent sur le bois de la terrasse. La glaci\u00e8re que nous y avons oubli\u00e9e hier soir est rest\u00e9e ouverte. Ce qui reste des sandwiches va \u00eatre fichu.\u00a0 Par-dessus l\u2019\u00e9troit ruban d\u2019asphalte rong\u00e9 par le sable qui nous a men\u00e9 jusqu\u2019au <em>Candlewood Motel<\/em>, au-del\u00e0 de la plage h\u00e9riss\u00e9e d\u2019herbes sauvages, \u00e0 travers le rideau impr\u00e9cis de la pluie, je contemple l\u2019eau grise et plate de la baie de Chesapeake. Au loin, le faible \u00e9clat d\u2019un phare surgit de temps en temps. Derri\u00e8re moi, Patricia a fini par s\u2019endormir. Son \u00e9paule et ses cheveux \u00e9mergent seuls du drap qui sculpte son corps couch\u00e9 sur le c\u00f4t\u00e9. Mais elle bouge un peu, et, d\u2019un seul mouvement, elle repousse le drap et se l\u00e8ve. Elle vient jusqu\u2019\u00e0 la baie vitr\u00e9e et se plante \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi, sans me toucher. Je n\u2019ose pas la regarder. D\u2019une voix neutre, elle dit :<br \/>\n\u2014 C\u2019est dr\u00f4le, la temp\u00eate s\u2019est calm\u00e9e.<br \/>\nEt puis, d\u00e9couvrant la glaci\u00e8re ouverte sous la pluie, elle ajoute :<br \/>\n\u2014 Il va falloir jeter tout \u00e7a. On va rentrer\u2026<br \/>\nPuis elle traverse la pi\u00e8ce et <!--more-->s\u2019enferme dans la salle de bain.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Rentrer ? Pourquoi rentrer ? On est dimanche\u00a0; on pourrait rester ici, au bord de la mer, m\u00eame avec ce sale temps\u00a0; on s\u2019en fiche du temps\u2026 Mais non ! Elle a raison, nous n\u2019avons plus rien \u00e0 faire ici. Apr\u00e8s cette triste nuit, il vaut mieux rentrer.<br \/>\nJe regarde la chambre, le lit d\u00e9fait, les v\u00eatements en d\u00e9sordre, les serviettes de bain d\u00e9tremp\u00e9es sur sol\u2026 Dans la lumi\u00e8re grise et terne de ce petit matin pluvieux, la sc\u00e8ne est pitoyable. Elle convient au go\u00fbt amer que cette fin de nuit m\u2019a laiss\u00e9 dans la bouche.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Le <em>Candlewood mote<\/em>l est une construction de bois toute en longueur, parall\u00e8le \u00e0 la petite route qui suit la c\u00f4te. Pos\u00e9e sur le sable, l\u00e9g\u00e8rement sur\u00e9lev\u00e9e par rapport \u00e0 la plage, elle comporte neuf chambres identiques qui offrent toutes la m\u00eame vue sur la baie. Derri\u00e8re le b\u00e2timent, il y a le parking et, de l\u00e0, on acc\u00e8de aux chambres par autant d\u2019escaliers de bois. Il n\u2019y a pas de cafeteria, pas de salon, pas de buanderie, juste une cabine \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du parking avec \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur un vieux distributeur de Coca, le g\u00e9rant du motel, sa t\u00e9l\u00e9vision, sa caisse et ses cl\u00e9s. Le <em>Candlewood motel<\/em> a d\u00fb conna\u00eetre des jours meilleurs mais, dans cet \u00e9tat puritain, il pr\u00e9sente un avantage : on ne vous demande ni papiers d\u2019identit\u00e9 ni signature. Huit dollars ont suffi \u00e0 Patricia pour obtenir une cl\u00e9, la cl\u00e9 num\u00e9ro 9.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">C\u2019\u00e9tait la fin de l\u2019apr\u00e8s-midi. Il faisait encore tr\u00e8s beau. Nous avons grimp\u00e9 le petit escalier, ouvert la porte et, sans un regard pour la chambre, nous avons tir\u00e9 le rideau sur l\u2019unique fen\u00eatre. Puis, dans une demi p\u00e9nombre, nous nous sommes laiss\u00e9s tomber sur le lit.<br \/>\nLe corps de Patricia \u00e9tait sal\u00e9, tendu, h\u00e9sitant, souple, l\u00e9ger, accueillant, entreprenant, puissant, rel\u00e2ch\u00e9&#8230; Le mien tentait de suivre.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Plus tard, quand la lumi\u00e8re de la chambre s\u2019est assombrie, Patricia s\u2019est lev\u00e9e pour \u00e9carter le rideau. Du lit, adoss\u00e9 \u00e0 un oreiller, je regardais sa silhouette d\u00e9licate se d\u00e9couper sur la fen\u00eatre et un soleil rouge orang\u00e9 descendre sur l\u2019autre rive de la baie. J\u2019ai pass\u00e9 mon maillot de bain et je suis all\u00e9 chercher nos sacs et la glaci\u00e8re dans la voiture. J\u2019ai d\u00e9bouch\u00e9 la deuxi\u00e8me bouteille de ros\u00e9. Nous nous sommes assis par terre sur les lattes de la terrasse et nous avons regard\u00e9 la nuit tomber en buvant le vin et en mangeant ce qui restait de past\u00e8que et de poulet. Nous avons beaucoup parl\u00e9, mais pas de l\u2019amour que nous venions de faire ni m\u00eame de la journ\u00e9e qui venait de s\u2019\u00e9couler. Sans doute aucun de nous deux n\u2019osait-il \u00e9voquer le sujet. Alors, nous nous sommes racont\u00e9 notre rencontre de Zermatt, notre balade \u00e0 Saint-Germain des Pr\u00e9s. Mais l\u00e0 aussi, nous nous sommes arr\u00eat\u00e9s \u00e0 la porte de l\u2019h\u00f4tel de la rue des \u00c9coles.<br \/>\nLongtemps apr\u00e8s que la lune se soit montr\u00e9e, un peu gris\u00e9s, un peu fatigu\u00e9s, nous sommes revenus dans la chambre, nous avons secou\u00e9 les draps pour en \u00f4ter le sable que nous y avions apport\u00e9 et nous nous sommes allong\u00e9s sur le lit, tendrement emm\u00eal\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 ce que le d\u00e9sir nous emporte.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Quand je me suis r\u00e9veill\u00e9, la lune avait disparu. Dans la chambre, l\u2019obscurit\u00e9 \u00e9tait totale. Je pouvais sentir le dos de Patricia, couch\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi. A sa respiration saccad\u00e9e, j\u2019ai compris qu\u2019elle pleurait.<br \/>\n\u2014 Qu\u2019est-ce qu\u2019il y a, Patricia ? \u00c7a ne va pas\u00a0?<br \/>\n\u2014 Si, si, ne t\u2019en fais pas. \u00c7a va.<br \/>\n\u2014 Ne dis pas de b\u00eatises. Tu pleures, alors \u00e7a ne va pas.<br \/>\n\u2014 Mais non, je t\u2019assure, \u00e7a va. Dors.<br \/>\n\u2014 Dis-moi ce qui se passe. Tu iras mieux apr\u00e8s, tu verras.<br \/>\nElle a protest\u00e9 encore une ou deux fois dans le noir, et puis elle s\u2019est mise \u00e0 parler.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00ab Tu te souviens ? Quand on s\u2019est rencontr\u00e9s pour le premi\u00e8re fois dans ce bar \u00e0 Zermatt, la premi\u00e8re chose que tu m\u2019as dite, c\u2019est que tu avais peur que quelqu\u2019un m\u2019ait kidnapp\u00e9e. C\u2019\u00e9tait idiot, mais c\u2019\u00e9tait mignon et dr\u00f4le \u00e0 la fois. \u00c7a m\u2019a plu&#8230; Tu \u00e9tais gentil, insouciant&#8230; un enfant&#8230; tellement diff\u00e9rent de ce dont j\u2019avais l\u2019habitude. Je me suis sentie bien avec toi, tout de suite\u2026 Et cette nuit-l\u00e0, j\u2019ai bien failli t\u2019amener jusqu\u2019\u00e0 ma chambre&#8230; j\u2019aurais pu, tu sais, j\u2019avais une chambre seule\u2026 mais je partais le lendemain matin&#8230; je n\u2019allais plus te revoir. Alors je t\u2019ai dit que ce n\u2019\u00e9tait pas possible, que je couchais dans un dortoir, et nous nous sommes dits au revoir sous la neige&#8230; C\u2019\u00e9tait mieux comme \u00e7a&#8230; pour moi, notre petit flirt, c\u2019\u00e9tait fini, on ne devait plus se revoir. Et puis, \u00e0 Paris, tu es revenu me chercher&#8230; notre d\u00e9jeuner, notre balade, ta joie de me retrouver, ta fiert\u00e9 de me montrer ta ville&#8230; et toujours, cette gentillesse maladroite, cette d\u00e9licatesse, ce respect m\u00eame&#8230; c\u2019\u00e9tait \u00e9mouvant. D\u2019un seul coup, sur la petite place, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de tout envoyer promener, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de tomber amoureuse.\u00a0 Et je t\u2019ai amen\u00e9 par la main jusqu\u2019\u00e0 ma chambre d\u2019h\u00f4tel&#8230; Tu as d\u00fb me prendre pour une fille facile&#8230; \u00bb<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><em>\u00a0A SUIVRE<\/em><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) Soudain, elle se l\u00e8ve et dit : \u2014 J\u2019ai froid. Viens&#8230; Nous avons rejoint la route et Patricia a tourn\u00e9 \u00e0 droite vers le sud. Nous vous roul\u00e9 quelques minutes encore et sur notre droite a surgi un modeste panneau de bois \u00e0 la peinture blanche \u00e9caill\u00e9e. En lettres bleu p\u00e2le \u00e0 peine lisibles, &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=54474\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Go West ! 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