{"id":53728,"date":"2025-09-03T07:47:31","date_gmt":"2025-09-03T05:47:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=53728"},"modified":"2025-09-03T16:45:16","modified_gmt":"2025-09-03T14:45:16","slug":"go-west-96-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=53728","title":{"rendered":"Go West ! (96)"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-47974\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg\" alt=\"\" width=\"202\" height=\"137\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-960x650.jpeg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-768x520.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-1536x1041.jpeg 1536w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-2048x1388.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 202px) 100vw, 202px\" \/>(&#8230;) Pour autant qu\u2019elle m\u2019ait dit la v\u00e9rit\u00e9, sa vie avait \u00e9t\u00e9 peu banale, souvent dr\u00f4le, dramatique en quelques occasions, toujours brillante. Elle pratiquait avec aisance l\u2019humour et l\u2019autod\u00e9rision pour raconter les p\u00e9riodes les plus heureuses de sa vie et passait \u00e0 l\u2019understatement britannique quand elle abordait une p\u00e9riode moins rose.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Bette \u00e9tait arriv\u00e9e \u00e0 Paris au milieu de l\u2019ann\u00e9e 1920. Elle \u00e9tait n\u00e9e \u00e0 Boston, elle avait vingt et un ans venait de se marier avec George Smythe. Elle l\u2019avait fait contre l\u2019avis de toute sa famille qui l\u2019avait pour ainsi dire bannie. George \u00e9tait beau comme un dieu grec, il avait vingt-cinq ans, il \u00e9tait sans fortune et il voulait \u00e9crire. Il avait entrain\u00e9 la jeune mari\u00e9e \u00e0 Paris o\u00f9 ils s\u2019\u00e9taient install\u00e9s parce que la ville \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9poque le centre artistique du monde. Pour George, c\u2019\u00e9tait le seul endroit o\u00f9 vivre pour un jeune \u00e9crivain am\u00e9ricain en puissance.<br \/>\nD\u2019ailleurs, il avait tout de suite trouv\u00e9 le titre de son roman : <em>The Winter of our Discountent<\/em>. Cette trouvaille avait impressionn\u00e9 Bette. <em>The Winter of our Discountent<\/em>\u2026 \u00e7a sonnait bien, \u00e7a avait de la tenue, de l\u2019ampleur et m\u00eame une certaine majest\u00e9. \u00c7a pr\u00e9sageait bien d\u2019une \u0153uvre magistrale \u00e0 venir.<br \/>\nIls habitaient rue de la Clef, sortaient tous les soirs, fr\u00e9quentaient le Dingo Bar, la Closerie et le B\u0153uf sur le Toit\u00a0; ils prenaient r\u00e9guli\u00e8rement des verres chez Gertrude Stein\u00a0; ils connaissaient tout un tas de peintres, d\u2019\u00e9crivains et de musiciens, tous prometteurs. Bette \u00e9tait \u00e9blouie par le tourbillon dans lequel George l\u2019entrainait. Totalement candide <!--more-->dans tous les domaines de l\u2019Art \u2014 <em>j\u2019\u00e9tais une oie blanche culturelle,<\/em> m\u2019avait-elle dit \u2014 elle \u00e9coutait sans les comprendre les envol\u00e9es intellectuelles qui tenaient souvent lieu de conversation \u00e0 ce petit monde p\u00e9remptoire et insouciant. Pourtant, elle s\u2019y sentait bien, accept\u00e9e, choy\u00e9e, m\u00eame si elle se rendait compte qu\u2019on la moquait gentiment pour ses origines bourgeoises et son peu d\u2019originalit\u00e9 de pens\u00e9e.<br \/>\nEt puis un matin, apr\u00e8s une longue nuit de d\u2019alcool et de divagations dans Paris, George s\u2019\u00e9tait battu avec un peintre espagnol pour une raison qu\u2019elle avait toujours ignor\u00e9e. George, ivre mort, n\u2019avait pas eu le dessus dans la bagarre. Incapable de marcher seul, il saignait de la bouche et du nez et Bette avait d\u00fb le soutenir jusqu\u2019\u00e0 leur studio de la rue de la Clef. Elle l\u2019avait \u00e9tendu sur le lit et d\u00e9barrass\u00e9 de ses v\u00eatements tach\u00e9s de sang et de vomissures. Au moment de commencer \u00e0 nettoyer le visage de George, elle s\u2019\u00e9tait arr\u00eat\u00e9e, \u00e9puis\u00e9e. Elle avait ferm\u00e9 les rideaux sur le jour qui se levait et \u00e9tait revenue s\u2019asseoir sur le coin du lit. Elle \u00e9tait rest\u00e9e l\u00e0 longtemps, dans la p\u00e9nombre, le visage dans les mains, les coudes sur les genoux, \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur ce qu\u2019\u00e9tait devenue sa vie. Elle se sentait sale, vieillie, d\u00e9\u00e7ue. Le spectacle sordide que lui offrait Georges bavant sur le dessus de lit lui rendait une lucidit\u00e9 qu\u2019elle avait perdue depuis leur arriv\u00e9e \u00e0 Paris. Elle r\u00e9alisait d\u2019un coup ce qu\u2019elle savait depuis longtemps mais n\u2019avait pas voulu voir jusque-l\u00e0 : George n\u2019\u00e9tait qu\u2019une baudruche pleine de vide qui parlait beaucoup de son \u00ab\u00a0<em>Winter<\/em>\u00ab\u00a0, mais y travaillait peu. En un an, George n\u2019avait \u00e9crit qu\u2019une douzaine de pages dactylographi\u00e9es. Bette les avait parcourues un jour qu\u2019elle \u00e9tait seule rue de la Clef. Elle n\u2019y avait trouv\u00e9 que l\u2019amorce d\u2019un banal r\u00e9cit \u00e0 peine romanc\u00e9 de leur arriv\u00e9e \u00e0 Paris. M\u00eame pour une oie blanche culturelle, avec son style ampoul\u00e9, ses phrases compliqu\u00e9es et ses descriptions convenues, cette \u00e9bauche \u00e9tait bien loin de ce que l\u2019on pouvait attendre d\u2019un jeune \u00e9crivain qui s\u2019autoproclamait d\u00e9j\u00e0 membre de cette \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9ration perdue\u00a0\u00bb dont on parlait beaucoup dans leur petit groupe. Leur petit groupe ? De pr\u00e9tendus artistes, s\u00fbrs d\u2019eux-m\u00eames, entour\u00e9s de jeunes femmes admiratives et stupides, de jeunes hommes qui se levaient au milieu de l\u2019apr\u00e8s-midi et qui passaient leurs soir\u00e9es \u00e0 se chercher les uns les autres dans les caves ou aux terrasses d\u2019une dizaine d\u2019\u00e9tablissements de deux ou trois quartiers de Paris, des r\u00e9volutionnaires qui tenaient sur l\u2019\u00e9tat du monde et l\u2019avenir de l\u2019Art des discussions enflamm\u00e9es mais jamais renouvel\u00e9es, des \u00eatres factices,\u00a0 sans consistance, sans existence, pleins de vide, comme Georges\u2026 du vent.<br \/>\nElle comprenait \u00e0 pr\u00e9sent que, si elle \u00e9tait accept\u00e9e parmi eux, c\u2019est parce qu\u2019elle \u00e9tait jolie, gaie et disponible mais surtout parce c\u2019\u00e9tait elle qui payait les bouteilles de champagne, les notes de restaurant et le loyer de la rue de la Clef. D\u00e9sormais, pour elle, George n\u2019\u00e9tait plus qu\u2019un pr\u00e9tendu \u00e9crivain, George \u00e9tait superficiel et paresseux, George \u00e9tait creux et vide, un peu ordinaire aussi. Il n\u2019\u00e9tait m\u00eame plus si beau que \u00e7a. Finalement, George n\u2019\u00e9tait qu\u2019un viveur et les amis de George, des artistes vell\u00e9itaires et int\u00e9ress\u00e9s. Elle en avait assez de ce monde qui profitait d\u2019elle. Elle en avait assez de mener cette petite vie minable dans un minable petit studio dans cette ville qui, finalement, n\u2019\u00e9tait qu\u2019un d\u00e9cor pour touristes na\u00effs et artistes paresseux. Il fallait qu\u2019elle rentre chez elle.<br \/>\nDans la matin\u00e9e, Bette avait pris un train pour Le Havre et le soir m\u00eame, elle embarquait pour New York sur le paquebot La Lorraine dans une cabine de premi\u00e8re classe. Quatre jours plus tard, elle \u00e9tait accueillie sur le quai par ses parents, elle leur racontait ses malheurs et leur r\u00e9conciliation avait lieu sur le champ dans de grandes embrassades. La semaine suivante, on donnait \u00e0 Boston la plus belle f\u00eate de la saison pour c\u00e9l\u00e9brer ce que son p\u00e8re appelait \u00ab le retour \u00e0 la civilisation de Miss Elizabeth Sherman\u00a0\u00bb. Le divorce d\u2019avec George fut prononc\u00e9 deux mois plus tard. Elle ne le revit qu\u2019une seule fois, une dizaine d\u2019ann\u00e9es plus tard. De passage \u00e0 Paris, elle \u00e9tait tomb\u00e9e sur lui au Lutetia. Il y \u00e9tait barman. Il avait pris quinze kilos, il \u00e9tait un peu chauve et n\u2019avait rien \u00e9crit depuis dix ans. Elle lui avait laiss\u00e9 un consid\u00e9rable pourboire qu\u2019un peu g\u00ean\u00e9, il avait quand m\u00eame accept\u00e9.<br \/>\nDe retour dans la bonne soci\u00e9t\u00e9 de Boston, Bette avait men\u00e9 pendant deux ans la vie tr\u00e9pidante d\u2019une jeune divorc\u00e9e. Et puis elle avait rencontr\u00e9 Marcus. Marcus Broady \u00e9tait c\u00e9libataire et arch\u00e9ologue. Il avait emmen\u00e9 Bette en Turquie \u00e0 la recherche du v\u00e9ritable site de l\u2019antique ville de Troie. Tr\u00e8s amoureuse de Marcus, Bette avait adopt\u00e9 sa passion pour la Gr\u00e8ce antique. Elle participait activement aux fouilles. Elle eut un fils, Troy, qui vint au monde au mois d\u2019ao\u00fbt 1925 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Bursa, petite ville surchauff\u00e9e \u00e0 proximit\u00e9 de la mer de Marmara.<br \/>\nMarcus et Bette avaient lou\u00e9 une belle et grande maison fra\u00eeche sur une hauteur au-dessus de la mer \u00c9g\u00e9e \u00e0 proximit\u00e9 des ruines. La vue \u00e9tait splendide, Bette avait des domestiques, Troy grandissait, les fouilles de Marcus avan\u00e7aient bien et le site de Troie \u00e9tait prometteur. Ils \u00e9taient heureux. Ils le furent pendant trois ans, jusqu\u2019\u00e0 ce que Marcus annonce qu\u2019il venait de signer pour rejoindre une \u00e9quipe anglo-am\u00e9ricaine qui se constituait pour rouvrir l\u2019ancien site de Kish. Tout le monde partait pour l\u2019Irak dans trois semaines. \u00ab Kish ? \u00bb avait demand\u00e9 Bette. \u00ab C\u2019est en M\u00e9sopotamie, avait pr\u00e9cis\u00e9 Marcus, quelque part entre Bagdad et l\u2019ancienne Babylone. L\u2019\u00e9quipe technique est en train d\u2019installer un grand village de toile. Nous y serons tr\u00e8s bien, tu verras. \u00bb Mais Bette ne vit jamais le village de toile ni les fouilles de Kish, ni m\u00eame Bagdad ou la M\u00e9sopotamie. Elle refusa tout simplement d\u2019y aller. Troy n\u2019avait que trois ans, avait-elle dit \u00e0 Marcus, et il n\u2019\u00e9tait pas question pour elle de l\u2019emmener grandir par 45 degr\u00e9s de temp\u00e9rature en plein milieu du d\u00e9sert. Pour Troy, elle voulait de la propret\u00e9, du confort, du froid ! Elle voulait que son fils aille \u00e0 l\u2019\u00e9cole dans un pays normal, qu\u2019il connaisse la fra\u00eecheur de la campagne du Massachusetts, la pluie fine de novembre \u00e0 Boston, les soir\u00e9es de Thanksgiving dans le Vermont, les bonshommes de neige devant sa maison&#8230; Elle voulait les plages venteuses de Hyannis Port, les homards bleus du Cape Cod, l\u2019Op\u00e9ra de Boston, le Cotton Club de Harlem, les magasins de la Cinqui\u00e8me avenue ! Elle en avait marre de la chaleur, de la poussi\u00e8re et de la cuisine \u00e9pic\u00e9e ! Et puis, elle osait enfin le dire, elle en avait marre des ruines ! Elle ne pouvait plus les voir, les ruines ! Alors, ou bien il acceptait le poste d\u2019enseignant que Harvard lui avait propos\u00e9 trois fois, ou bien elle le plantait l\u00e0 avec sa petite truelle, sa petite brosse et ses petits cailloux ! Marcus eut beau lui faire valoir que les vestiges de Kish dataient du XXII\u00e8me si\u00e8cle avant J\u00e9sus-Christ, qu\u2019ils \u00e9taient de mille ans plus anciens que ceux de Troie, qu\u2019il ne pouvait pas rater une opportunit\u00e9 pareille, Bette ne voulut rien savoir. Marcus non plus. Alors chacun partit de son c\u00f4t\u00e9, lui vers Bagdad, et elle et son fils vers Constantinople. L\u00e0-bas, Bette prit un wagon-lit sur l\u2019Orient Express. Trois jours plus tard, elle \u00e9tait \u00e0 Paris. Apr\u00e8s, c\u2019\u00e9tait facile, avait-elle dit : \u00ab Je connaissais le chemin : Paris, Le Havre, New-York, Boston&#8230;, la routine ! \u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Bient\u00f4t, son p\u00e8re meurt en lui laissant, \u00e0 elle et \u00e0 sa m\u00e8re, une assez consid\u00e9rable fortune. Elle a trente ans, elle est riche, elle est belle, elle est divorc\u00e9e. \u00c0 nouveau, elle m\u00e8ne grand train : New-York, Acapulco, Gstaad, Londres, Paris, Monte-Carlo&#8230; R\u00e9ceptions, croisi\u00e8res, excursions, parties&#8230; les hommes se succ\u00e8dent aupr\u00e8s d\u2019elle, vedettes, hommes d\u2019affaires, artistes, gigolos&#8230; Bette s\u2019amuse, elle voyage, elle d\u00e9couvre&#8230; Et puis le 31 d\u00e9cembre 1932, juste avant minuit, elle rencontre Vance. Le pr\u00e9nom de Vance, c\u2019est Paul, mais tout le monde l\u2019appelle par son nom de famille, Vance. Vance \u00e0 49 ans, quinze ans de plus que Bette. Vance est architecte. Il a construit une demi-douzaine de gratte-ciels \u00e0 Chicago, deux h\u00f4tels \u00e0 Manhattan, trois mus\u00e9es en Europe, trois h\u00f4pitaux \u00e0 Atlanta, Los Angeles et Buenos Aires. Vance a quatre agences sur le territoire am\u00e9ricain, et il vient d\u2019ouvrir un bureau \u00e0 Londres et un autre \u00e0 Hong-Kong. Vance n\u2019a pas d\u2019enfant, il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 mari\u00e9. Vance est un homme merveilleux. Vance est bon, doux, original ; il la fait rire, il lui offre des fleurs sans raison, il l\u2019emm\u00e8ne au cin\u00e9ma et dans ses voyages d\u2019affaires, il lui raconte les livres qu\u2019elle n\u2019a pas lus. Avec Troy, Vance est naturel, calme, rassurant, il est une sorte d\u2019oncle et Troy aime \u00e7a. Tout de suite, Bette tombe amoureuse de Vance et, le 1er juin 1933, Vance demande \u00e0 Bette si elle veut bien \u00eatre sa femme. Elle veut bien.<\/p>\n<p><em><span style=\"color: #0000ff;\">A SUIVRE<\/span><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) Pour autant qu\u2019elle m\u2019ait dit la v\u00e9rit\u00e9, sa vie avait \u00e9t\u00e9 peu banale, souvent dr\u00f4le, dramatique en quelques occasions, toujours brillante. Elle pratiquait avec aisance l\u2019humour et l\u2019autod\u00e9rision pour raconter les p\u00e9riodes les plus heureuses de sa vie et passait \u00e0 l\u2019understatement britannique quand elle abordait une p\u00e9riode moins rose. Bette \u00e9tait arriv\u00e9e \u00e0 &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=53728\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Go West ! 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