{"id":53648,"date":"2025-08-31T07:47:25","date_gmt":"2025-08-31T05:47:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=53648"},"modified":"2025-08-31T23:07:06","modified_gmt":"2025-08-31T21:07:06","slug":"le-stockfisch-et-la-meduse-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=53648","title":{"rendered":"Le stockfisch et la m\u00e9duse"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #993300;\">Couleur caf\u00e9\u00a0<\/span><b><br \/>\n<\/b><\/em><\/p>\n<pre>diffus\u00e9 pour la premi\u00e8re fois le 8 juillet 2014<\/pre>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Le Soufflot, rue Soufflot<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Cet apr\u00e8s-midi, je me suis install\u00e9 tranquillement avec ma canne anglaise et mon iPad \u00e0 la terrasse du caf\u00e9 Soufflot. Il faisait doux et j&rsquo;avais soigneusement choisi une table \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, avec banquette en vannerie perpendiculaire au trottoir. De cette mani\u00e8re, je faisais face au bas de la rue, avec en horizon la cime des arbres du Luxembourg. J&rsquo;ai command\u00e9 mon demi pression \u00e0 un gar\u00e7on pour une fois aimable, qui m&rsquo;a servi dans les deux minutes une bi\u00e8re tr\u00e8s comme il faut.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai sorti mon iPad, je l&rsquo;ai ouvert et je l&rsquo;ai connect\u00e9 \u00e0 Internet par le biais du r\u00e9seau wifi du bistrot. \u00c7a a march\u00e9 tout de suite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout allait donc bien, tr\u00e8s bien m\u00eame. J\u2019\u00e9tais en paix avec le quartier pour ne pas dire avec l\u2019Univers, dans des dispositions d\u2019esprit parfaites pour travailler mon texte sur cette gentille petite sc\u00e8ne dont j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 le t\u00e9moin il y a quelques mois dans un autre bistrot, celui du haut de la rue Gay-Lussac, et \u00e0 laquelle j&rsquo;avais donn\u00e9 comme titre provisoire: \u00ab\u00a0Le bon, la brute et les enfants\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai entrepris de relire l&rsquo;\u00e9bauche que j&rsquo;avais \u00e9crite le jour m\u00eame de la sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puis, c&rsquo;est arriv\u00e9. J&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 percevoir la voix <!--more-->d&rsquo;une cliente install\u00e9e \u00e0 une rang\u00e9e de tables vides de moi. Au bout d\u2019un instant, je n\u2019entendais plus que \u00e7a\u00a0: sa voix, et surtout son rire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">B\u00e2tie comme une m\u00e9duse, elle me fait face, vautr\u00e9e sur sa chaise en rotin, la totalit\u00e9 du bras droit pos\u00e9e sur le dossier de la chaise voisine. Elle porte d&rsquo;horribles petites lunettes \u00e0 monture rose, qu&rsquo;elle a relev\u00e9es jusqu&rsquo;au milieu du cr\u00e2ne sur ses cheveux ch\u00e2tain. Elle doit avoir trois douzaines d\u2019hivers. Son compagnon de table me tourne le dos. C&rsquo;est un maigre barbu \u00e0 peu pr\u00e8s du m\u00eame \u00e2ge. Ses \u00e9paules sont \u00e9troites. Il s&rsquo;agite beaucoup, l\u00e8ve les bras, se retourne souvent, ce qui me permet de constater son absence quasi-totale de menton (d\u2019o\u00f9 la barbe). Son nez prolonge la ligne de son front. Pourtant, il ne fait pas grec antique du tout. Je note un d\u00e9but de calvitie. Il est \u00e9quip\u00e9 de lunettes de soleil d\u2019\u00e9caille et d&rsquo;une grosse serviette en cuir rouge \u00e0 soufflets avec une longue bandouli\u00e8re qui doit lui permettre de la porter au c\u00f4t\u00e9. Sa voix ne me g\u00eane pas, sans doute un peu \u00e9touff\u00e9e par sa barbe, sauf quand il l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve pour mieux marquer un effet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car il la drague, c&rsquo;est \u00e9vident. Pourquoi le stockfisch veut-il sauter le mollusque, je ne saisis pas, mais il n&rsquo;est pas difficile de comprendre sa technique : il la fait rire. Et il y arrive tr\u00e8s bien. Elle rit pratiquement sans arr\u00eat, toujours de la m\u00eame mani\u00e8re: de cinq \u00e0 sept <em>han<\/em> successifs, <em>han-han-han-han-han-han<\/em>, dont la note, mais pas la puissance, descend du premier au dernier <em>han <\/em>tandis que son visage rougit. Il s&rsquo;\u00e9coule rarement plus de dix secondes entre deux rafales de <em>han<\/em>. Le stockfisch doit \u00eatre in\u00e9puisablement dr\u00f4le, car la sc\u00e8ne, qui avait commenc\u00e9 avant que j\u2019arrive, aura bien dur\u00e9 une heure en ma pr\u00e9sence. Je ne peux pas juger de la qualit\u00e9 de son humour ou de son esprit car je ne saisis pas ce qu&rsquo;il dit (la barbe, toujours la barbe). Une autre possibilit\u00e9 serait qu&rsquo;il ne soit que moyennement dr\u00f4le, mais que la m\u00e9duse ait tr\u00e8s envie de le prendre dans ses filaments.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est insupportable, je les d\u00e9teste. Du coup, la seule chose que je peux \u00e9crire, c&rsquo;est cette horrible diatribe, ce cri de haine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me lis et me relis, et je me dis que je vais l&rsquo;adoucir, que je vais trouver une pirouette qui mettra en \u00e9vidence mon humanit\u00e9, ma bienveillance. Mais c&rsquo;est l&rsquo;inverse qui se produit. J&#8217;empire mon texte \u00e0 chaque relecture, j&rsquo;y ins\u00e8re des d\u00e9tails que je n&rsquo;avais pas not\u00e9s en premi\u00e8re \u00e9criture. Je suis m\u00e9chant, je sais. J&rsquo;ai beau me dire que ces gens-l\u00e0 sont en train de passer du bon temps (avant d&rsquo;en passer du meilleur), qu&rsquo;ils en ont bien le droit, qu&rsquo;ils disent \u00a0peut-\u00eatre des choses intelligentes, que leur vulgarit\u00e9 fausse mon jugement&#8230;.Mais au moment o\u00f9 j&rsquo;\u00e9cris ce d\u00e9but de contrition, je n&rsquo;y crois m\u00eame pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je n&rsquo;en peux plus, je vais laisser ma bi\u00e8re inachev\u00e9e et m&rsquo;en aller. Mais, \u00e0 leur table, quelques mouvements d&rsquo;un type nouveau me font comprendre qu&rsquo;ils vont partir. Ils vont partir, ils partent, ils sont debout, ils fouillent chacun dans leur porte-monnaie pour y trouver leur juste quote-part de la d\u00e9pense, ils discutent de l&rsquo;opportunit\u00e9 de laisser un pourboire et de combien. Elle rit encore -han-han-han-han. Je vais exploser. Non, ils s&rsquo;en vont, il faut tenir. En remontant la rue Soufflot, ils passent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi\u00a0: <em>han-han-han-han-han.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils sont partis. La terrasse du caf\u00e9 retrouve son calme. Un couple d\u2019am\u00e9ricain assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi a voulu tenter l\u2019andouillette. Deux jeunes filles face \u00e0 face contemplent contemplent des feuillets couverts de stabylotages. Les \u00e9tudiants de la Fac de Droit descendent la rue Soufflot en discutant tandis que les lyc\u00e9ens de Louis le Grand \u2026 Je n&rsquo;ai plus de sujet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le stockfisch et la m\u00e9duse me manquent d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Couleur caf\u00e9\u00a0 diffus\u00e9 pour la premi\u00e8re fois le 8 juillet 2014 Le Soufflot, rue Soufflot \u00a0Cet apr\u00e8s-midi, je me suis install\u00e9 tranquillement avec ma canne anglaise et mon iPad \u00e0 la terrasse du caf\u00e9 Soufflot. Il faisait doux et j&rsquo;avais soigneusement choisi une table \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, avec banquette en vannerie perpendiculaire au trottoir. De cette &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=53648\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Le stockfisch et la m\u00e9duse<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[12],"tags":[1863],"class_list":["post-53648","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recit","tag-rediffusion"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/53648","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=53648"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/53648\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=53648"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=53648"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=53648"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}