{"id":53626,"date":"2025-08-21T07:47:29","date_gmt":"2025-08-21T05:47:29","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=53626"},"modified":"2025-08-20T20:11:56","modified_gmt":"2025-08-20T18:11:56","slug":"53626","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=53626","title":{"rendered":"Les d\u00e9buts de Proust et de Flaubert"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\">C&rsquo;est le programme minimum de l&rsquo;\u00e9t\u00e9, alors, on rediffuse :<\/p>\n<\/blockquote>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><b><i>C\u2019\u00e9tait \u00e0 M\u00e9gara, faubourg de Carthage, dans les jardins d\u2019Hamilcar.<\/i><\/b><\/h5>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec le \u00ab\u00a0<i><b>Longtemps, je me suis couch\u00e9 de bonne heure<\/b><\/i>\u00a0\u00bb du petit Marcel, \u00ab\u00a0<b><i>C&rsquo;\u00e9tait \u00e0 M\u00e9gara&#8230;<\/i><\/b>\u00a0\u00bb est probablement l&rsquo;incipit le plus connu de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise. C&rsquo;est celui du roman Salammb\u00f4 de Gustave Flaubert.<br \/>\nJe ne vais pas disserter sur cette \u0153uvre puissante et surtout pas tenter de la comparer \u00e0 la Recherche du temps perdu. D&rsquo;abord parce que ces deux romans sont incomparables, y compris entre eux. Ensuite parce que je ne suis carr\u00e9ment pas au niveau et, dans ces cas l\u00e0, j&rsquo;aime bien dire que je n&rsquo;ai pas les outils.<br \/>\nJe voudrais simplement faire remarquer les diff\u00e9rences qui existent pour moi entre ces deux magnifiques phrases d&rsquo;entr\u00e9e qui ne font d&rsquo;ailleurs que refl\u00e9ter les diff\u00e9rences fondamentales de nature entre les deux \u0153uvres.<br \/>\nAvec l&rsquo;incipit du petit Marcel, vous entrez dans son roman (on dirait aujourd&rsquo;hui autofiction) par une petite porte, la fragile petite porte du fond du jardin de la maison de Combray, la d\u00e9licate petite porte de la m\u00e9moire. La phrase est courte, simple et inattendue, surtout quand elle suit un titre aussi explicatif que \u00ab\u00a0A la recherche du temps perdu\u00a0\u00bb. Vous \u00eates tout de suite dans l&rsquo;intimit\u00e9 du Narrateur qui, avec cette phrase d&rsquo;introduction, commence \u00e0 vous expliquer comment chaque soir il se couchait de bonne heure sans pouvoir s&rsquo;endormir avant que sa m\u00e8re ne vienne l&#8217;embrasser. Avec les trois mille pages qui suivent, vous saurez tout de lui.<br \/>\nLe grand Gustave ouvre Salammb\u00f4 avec une phrase solennelle : \u00ab\u00a0<b><i>C&rsquo;\u00e9tait \u00e0 M\u00e9gara, faubourg de Carthage, dans les jardins d&rsquo;Hamilcar<\/i><\/b>\u00ab\u00a0. On est au cin\u00e9ma, l&rsquo;hymne de la Twentieth Century Fox vient<!--more--> de s&rsquo;\u00e9teindre et l&rsquo;\u00e9cran noir s&rsquo;allume, immense, sur un d\u00e9cor grandiose.<br \/>\n\u00ab\u00a0<b><i>C&rsquo;\u00e9tait \u00e0 M\u00e9gara, faubourg de Carthage, dans les jardins d&rsquo;Hamilcar.<\/i><\/b>\u00a0\u00bb<br \/>\nCarthage, M\u00e9gara, Hamilcar, mots majestueux \u00e0 la sonorit\u00e9 \u00e9trange ; on sait presque d\u00e9j\u00e0 dans quel monde on vient d&rsquo;entrer.<br \/>\nMaintenant, s&rsquo;il vous plait, prononcez l&rsquo;incipit et \u00e9coutez le rythme : 6 pieds, 6 pieds, 7 pieds.<br \/>\nDeux fois 6 pieds : classique, fluide, agr\u00e9able \u00e0 entendre, alexandrin.<br \/>\nEt puis 7 pieds : brutal, le ton descend jusqu&rsquo;au trois syllabes d&rsquo;Hamilcar.<br \/>\nLes mots, le rythme : la phrase est parfaite. Essayez donc de la modifier, de changer l&rsquo;ordre d&rsquo;un mot ou de le remplacer par un synonyme, et vous fichez tout par terre. La phrase est immuable.<br \/>\nTout est dit, du moins pour moi.<br \/>\nMaintenant, rien ne vous emp\u00eache de relire la premi\u00e8re page de Salammb\u00f4 :<br \/>\n<b><i> C\u2019\u00e9tait \u00e0 M\u00e9gara, faubourg de Carthage, dans les jardins d\u2019Hamilcar.<br \/>\nLes soldats qu\u2019il avait command\u00e9s en Sicile se donnaient un grand festin pour c\u00e9l\u00e9brer le jour anniversaire de la bataille d\u2019\u00c9ryx, et comme le ma\u00eetre \u00e9tait absent et qu\u2019ils se trouvaient nombreux, ils mangeaient et ils buvaient en pleine libert\u00e9.<br \/>\nLes capitaines, portant des cothurnes de bronze, s\u2019\u00e9taient plac\u00e9s dans le chemin du milieu, sous un voile de pourpre \u00e0 franges d\u2019or, qui s\u2019\u00e9tendait depuis le mur des \u00e9curies jusqu\u2019\u00e0 la premi\u00e8re terrasse du palais ; le commun des soldats \u00e9tait r\u00e9pandu sous les arbres, o\u00f9 l\u2019on distinguait quantit\u00e9 de b\u00e2timents \u00e0 toit plat, pressoirs, celliers, magasins, boulangeries et arsenaux, avec une cour pour les \u00e9l\u00e9phants, des fosses pour les b\u00eates f\u00e9roces, une prison pour les esclaves.<br \/>\nDes figuiers entouraient les cuisines ; un bois de sycomores se prolongeait jusqu\u2019\u00e0 des masses de verdure, o\u00f9 des grenades resplendissaient parmi les touffes blanches des cotonniers ; des vignes, charg\u00e9es de grappes, montaient dans le branchage des pins ; un champ de roses s\u2019\u00e9panouissait sous des platanes ; de place en place sur des gazons se balan\u00e7aient des lis ; un sable noir, m\u00eal\u00e9 \u00e0 de la poudre de corail, parsemait les sentiers ; et, au milieu, l\u2019avenue des cypr\u00e8s faisait d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre comme une double colonnade d\u2019ob\u00e9lisques verts.<br \/>\nLe palais, b\u00e2ti en marbre numidique tachet\u00e9 de jaune, superposait tout au fond, sur de larges assises, ses quatre \u00e9tages en terrasses. Avec son grand escalier droit en bois d\u2019\u00e9b\u00e8ne, portant aux angles de chaque marche la proue d\u2019une gal\u00e8re vaincue, ses portes rouges \u00e9cartel\u00e9es d\u2019une croix noire , ses grillages d\u2019airain qui le d\u00e9fendaient en bas des scorpions, et ses treillis de baguettes dor\u00e9es qui bouchaient en haut ses ouvertures, il semblait aux soldats, dans son opulence farouche, aussi solennel et imp\u00e9n\u00e9trable que le visage d\u2019Hamilcar.<br \/>\nLe Conseil leur avait d\u00e9sign\u00e9 sa maison pour y tenir ce festin ; les convalescents qui couchaient dans le temple d&rsquo;Eschmo\u00fbn, se mettant en marche d\u00e8s l&rsquo;aurore, s&rsquo;y \u00e9taient tra\u00een\u00e9s sur leurs b\u00e9quilles. A chaque minute, d&rsquo;autres arrivaient. Par tous les sentiers, il en d\u00e9bouchait incessamment, comme des torrents qui se pr\u00e9cipitent dans un lac. On voyait entre les arbres courir les esclaves des cuisines, effar\u00e9s et \u00e0 demi nus ; les gazelles sur les pelouses s&rsquo;enfuyaient en b\u00ealant ; le soleil se couchait, et le parfum des citronniers rendait encore plus lourde l&rsquo;exhalaison de cette foule en sueur.<\/i><\/b><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est le programme minimum de l&rsquo;\u00e9t\u00e9, alors, on rediffuse : C\u2019\u00e9tait \u00e0 M\u00e9gara, faubourg de Carthage, dans les jardins d\u2019Hamilcar. Avec le \u00ab\u00a0Longtemps, je me suis couch\u00e9 de bonne heure\u00a0\u00bb du petit Marcel, \u00ab\u00a0C&rsquo;\u00e9tait \u00e0 M\u00e9gara&#8230;\u00a0\u00bb est probablement l&rsquo;incipit le plus connu de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise. C&rsquo;est celui du roman Salammb\u00f4 de Gustave Flaubert. 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