{"id":53618,"date":"2025-08-19T07:47:17","date_gmt":"2025-08-19T05:47:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=53618"},"modified":"2025-08-19T20:41:26","modified_gmt":"2025-08-19T18:41:26","slug":"cauchemar","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=53618","title":{"rendered":"Ma nuit au Blue Lagoon"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<pre style=\"text-align: left;\">C'est le programme minimum de l'\u00e9t\u00e9. \r\n\r\nAlors, on rediffuse :<\/pre>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c7a doit faire maintenant plus de cent kilom\u00e8tres que je suis recroquevill\u00e9 comme \u00e7a \u00e0 l&#8217;arri\u00e8re de ce gros Toyota qui me ram\u00e8ne vers Iligan. J&#8217;ai froid et je commence \u00e0 avoir mal \u00e0 la t\u00eate. J&#8217;ai beau me couvrir le visage avec la chemise en carton de mon dossier, je n&#8217;arrive pas \u00e0 me prot\u00e9ger du souffle glac\u00e9 de l&#8217;air conditionn\u00e9. Chaque cahot de la piste m&#8217;enfonce la barre centrale du si\u00e8ge dans les reins et me cogne le cr\u00e2ne contre l&#8217;accoudoir. J&#8217;ai chaud, je dois avoir quarante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une pluie tropicale s&#8217;abat d&#8217;un coup sur la route. Bruit \u00e9norme sur la carrosserie. Quel pays ! Mais qu&#8217;est-ce que je fiche ici ? Je suis fatigu\u00e9, \u00e9puis\u00e9, exc\u00e9d\u00e9. De temps en temps, je me redresse sur la banquette pour regarder vers l&#8217;avant. J&#8217;esp\u00e8re y voir les premi\u00e8res lumi\u00e8res d&#8217;Iligan. Mais, dans les phares, il n\u2019y a rien d&#8217;autre que le d\u00e9luge et les cocotiers pench\u00e9s sur la piste. J&#8217;ai chaud. Le sang bat dans mes oreilles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 4&#215;4 s&#8217;arr\u00eate brutalement dans une lumi\u00e8re verte. Qu&#8217;est-ce qui se passe ? Un accident? Pourquoi est-ce qu&#8217;on avance plus ? Bon sang, je n&#8217;en peux plus ! Mais le chauffeur descend de la voiture et vient m&#8217;ouvrir la porti\u00e8re. Il d\u00e9gouline de pluie. Il me sourit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Hi Jo !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&#8217;est comme \u00e7a <!--more-->que tous les philippins appellent tous les blancs. Ils nous croient tous am\u00e9ricains.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Hi Jo ! We are here ! Hotel Blue Lagoon !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pluie est toujours aussi forte. L&#8217;entr\u00e9e de l&#8217;h\u00f4tel n&#8217;est qu&#8217;\u00e0 cinq ou six m\u00e8tres, mais je sais qu\u2019il est inutile de courir. Je serai tremp\u00e9 de toute fa\u00e7on. Et puis j\u2019ai chaud\u00a0; \u00e7a me rafra\u00eechira peut-\u00eatre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9ception de l&#8217;h\u00f4tel est \u00e9clair\u00e9e violemment par des n\u00e9ons vert p\u00e2le. L&#8217;un d&#8217;eux clignote en cr\u00e9pitant. J&#8217;ai mal \u00e0 la t\u00eate. La grosse patronne est souriante. Elle me tend une cl\u00e9 :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Hi Jo ! Welcome to Blue Lagoon Motel. Room 22. Very good room. You want to eat ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis incapable de r\u00e9pondre. Ma t\u00eate cogne de plus en plus fort. J&#8217;attrape la cl\u00e9 et je titube dans le couloir jusqu&#8217;\u00e0 ma chambre. Le chauffeur me suit et pose ma valise devant la porte. Il dit :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-You tired. Sick with mosquitoes. You drink soup and go to sleep. To-morrow better. May be. Good night.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&#8217;accord, mon vieux ! D&#8217;accord ! Dormir, dormir\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je m&#8217;effondre sur le lit. Je suis tremp\u00e9. J&#8217;ai froid. Mal \u00e0 la t\u00eate. Mal au c\u0153ur. \u00c7a ne va pas du tout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faudrait quand m\u00eame que ce cr\u00e9tin de chauffeur ralentisse. \u00c7a tangue dans tous les sens. La route de Sainte Maxime est dangereuse, pleine de virages, dangereuse, dangereuse, surtout la nuit. Ralentir. Je regarde les pins parasols et la mer qui brille \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la route. Embard\u00e9e. \u00c7a y est, on verse dans le foss\u00e9, on cogne un arbre. J&#8217;ai mal \u00e0 l&#8217;\u00e9paule. Je suis dans le foss\u00e9. Il est plein d&#8217;eau. Elle est froide. J&#8217;ai froid. Je rampe hors du foss\u00e9. Un coq chante. C&#8217;est la montagne. Des maisons inachev\u00e9es un peu partout sur une pente jaune et rocailleuse. De derri\u00e8re les baraques, sortent des dizaines de types qui courent vers moi en criant. Ils sont habill\u00e9s en blanc et portent de larges ceintures rouges et de longs fusils. Ils se mettent \u00e0 tirer. Je veux courir loin d&#8217;eux, mais je n&#8217;y arrive pas, mes jambes sont entrav\u00e9es. Ils approchent. Ils vont s\u00fbrement me tuer. Je vais mourir. Je prends une balle dans le coude. \u00c7a fait mal. Je tombe. Un coq chante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis au pied de mon lit, emberlificot\u00e9 dans les draps. J&#8217;ai encore le bruit des coups de feu dans les oreilles. Je suis vivant. C&#8217;\u00e9tait un cauchemar. J&#8217;ai chaud. Je suis vivant. Ce n&#8217;\u00e9tait qu&#8217;un r\u00eave.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Encore des coups de feu. Mais je ne dors plus, je ne r\u00eave plus. Pourtant on tire, dehors, l\u00e0, tout pr\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me l\u00e8ve. Je tremble. La fi\u00e8vre. Je tr\u00e9buche jusqu&#8217;\u00e0 la r\u00e9ception. Il y a plein de monde, la patronne, quatre ou cinq philippins, trois ou quatre blancs. Le n\u00e9on cr\u00e9pite toujours. Il me fait mal aux yeux. Dehors, on ne tire plus. Un des philippins tient sous son bras un \u00e9norme coq noir et rouge qui caquette. Quelqu&#8217;un \u00e9teint la lumi\u00e8re. Tout le monde crie. Je ne comprends rien, ma t\u00eate r\u00e9sonne, je tremble, j&#8217;ai froid. Quelques briquets s&#8217;allument, et puis une lampe de poche. Je vois un jeune soldat, petit, tr\u00e8s mince, presque fr\u00eale. Jeune, tr\u00e8s jeune. Il porte des insignes d&#8217;officier. Capitaine peut \u00eatre. Il y a beaucoup de bruit. Le petit officier monte sur une chaise et demande le silence. J&#8217;\u00e9coute de toutes mes forces. Sa tenue de combat est impeccable, bien propre, pleine de d\u00e9corations. Il parle en anglais. Il dit qu&#8217;il y a eu une descente des rebelles de la montagne de Talakag. Ils ont d&#8217;abord attaqu\u00e9 la plantation Del Monte et puis ils sont arriv\u00e9s sur la ville. Il dit que la garnison a r\u00e9ussi \u00e0 les repousser de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 de la route n\u00b01. Lui et ses hommes ont la situation en main, des renforts vont arriver de Cagayan d&#8217;ici deux ou trois heures. Il dit qu&#8217;en attendant, il faut \u00eatre prudent. Il dit qu&#8217;il faut que nous retournions dans nos chambres, qu&#8217;on n&#8217;en bouge plus et qu&#8217;on reste sans lumi\u00e8re, allong\u00e9 sur le sol, loin des fen\u00eatres. Il dit que tout ira bien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Abasourdi par la nouvelle, je suis les autres dans le couloir et retourne dans ma chambre. Je ferme la porte \u00e0 cl\u00e9. J&#8217;\u00e9teins la lumi\u00e8re et je m&#8217;allonge par terre dans la salle de bain. Je n&#8217;arrive pas \u00e0 croire que ce qui se passe est r\u00e9el. Le carrelage est dur et humide. Le froid me reprend. Je recommence \u00e0 trembler.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je n&#8217;aurais pas d\u00fb venir. On me l&#8217;avait dit. On me l&#8217;avait bien dit. N&#8217;y va pas. N\u2019y va pas, c&#8217;est dangereux l\u00e0-bas. J&#8217;aurais jamais d\u00fb venir. Qu&#8217;est-ce que je fous ici, nom de Dieu ? Tout le monde le sait qu&#8217;ici, il y a des attaques par les bandes du sultan de Mindanao. L&#8217;ann\u00e9e derni\u00e8re, ils avaient m\u00eame fait une cinquantaine de morts dans un village \u00e0 moins de trente kilom\u00e8tres d&#8217;ici. A la mitraillette. Apr\u00e8s, ils s&#8217;\u00e9taient retir\u00e9s dans les montagnes. L&#8217;arm\u00e9e n&#8217;avait rien pu faire. Arriv\u00e9e trop tard. Et voil\u00e0 que \u00e7a recommence. Juste au moment o\u00f9 je suis l\u00e0. T&#8217;aurais jamais d\u00fb venir, esp\u00e8ce de cr\u00e9tin ! Mais t&#8217;as voulu faire le malin, hein ? T&#8217;as voulu partir quand m\u00eame ! Comme un con d&#8217;aventurier ! Quel con\u00a0! Mais quel con\u00a0! T&#8217;es bien avanc\u00e9 maintenant ! Le coq chante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils sont autour, tout pr\u00e8s. Ils vont venir. Ils vont nous coller contre un mur et tirer. Et c&#8217;est pas ce gamin de capitaine tout propre et tout fluet qui va pouvoir nous sortir de l\u00e0. Ils vont nous fusiller, c&#8217;est s\u00fbr. Ils d\u00e9testent les Am\u00e9ricains. Et pour eux, tout ce qui est blanc est am\u00e9ricain. Ils vont nous tirer dessus en nous criant des <em>Hi Jo !<\/em> rigolards. Bon sang, mais qu&#8217;est-ce que je fais ici ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ou alors, ils vont nous garder en otage. Dans la chambre d&#8217;\u00e0 c\u00f4t\u00e9, j&#8217;entends le coq qui chante. C&#8217;est \u00e7a, ils vont nous garder en otage. Ils vont r\u00e9clamer une \u00e9norme ran\u00e7on aux Am\u00e9ricains. Mais tout le monde sait que les USA ne paient jamais. A la rigueur, ils envoient un commando de secours, mais ils ne paient jamais. Ou alors, ce sont les soci\u00e9t\u00e9s qui paient. Mais les grosses seulement, celles qui ont les moyens. La mienne, elle ne les a pas, les moyens. Foutu. Je vais rester des mois dans la jungle. J&#8217;ai vu un film l\u00e0-dessus. Ils vont nous faire bouffer des noix de coco et du serpent cru. On sera sous la pluie, dans la boue, au milieu d&#8217;un tas de bestioles. Jamais je pourrai supporter \u00e7a. Je vais s\u00fbrement attraper des tas de cochonneries, la malaria, la fi\u00e8vre jaune, la dengue&#8230; D&#8217;ailleurs je l&#8217;ai sans doute d\u00e9j\u00e0, la dengue. J&#8217;ai chaud. La sueur me coule dans les yeux. \u00c7a pique. J&#8217;ai froid. Je grelotte. J&#8217;ai peur. J&#8217;ai sacr\u00e9ment peur. Encore le coq qui chante ! Ta gueule, sale b\u00eate !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c7a y est, \u00e7a recommence ! \u00c7a recommence \u00e0 tirer dehors. \u00c7a tire de plus en plus. C&#8217;est fini, ils arrivent\u00a0! Je me blottis contre la baignoire. J&#8217;essaie de rentrer dans le carrelage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Maintenant, j&#8217;entends des cris. A droite, \u00e0 gauche, loin, tout pr\u00e8s. Je ne comprends rien. \u00c7a ne tire plus. Des bruits de moteurs. Bon sang, mais qu&#8217;est-ce qui se passe ? Devant ma fen\u00eatre, une lumi\u00e8re, une voix forte et calme. Des ordres, visiblement. De qui ? Silence. Bruits de moteurs. A nouveau des coups de feu, loin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne bouge pas. Je ne pense pas. J&#8217;attends. J&#8217;attends.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Soudain, des coups sourds r\u00e9p\u00e9t\u00e9s. Trois coups, un silence, trois coups, un silence&#8230; Des voix&#8230;Bon sang, qu&#8217;est-ce qu&#8217;ils font ? On dirait qu&#8217;ils frappent aux portes des chambres. \u00c7a se rapproche. \u00c7a va \u00eatre mon tour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ma porte vibre sous les trois coups.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-You come out, please.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je vais lentement jusqu&#8217;\u00e0 la porte. Je ne sais pas quoi faire. Trois coups.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-You come out now, please.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me r\u00e9sous \u00e0 ouvrir. J&#8217;ouvre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&#8217;est le petit capitaine. Il me sourit :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-All is well now. You may come out. Please&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&#8217;est le programme minimum de l&#8217;\u00e9t\u00e9. Alors, on rediffuse : \u00c7a doit faire maintenant plus de cent kilom\u00e8tres que je suis recroquevill\u00e9 comme \u00e7a \u00e0 l&#8217;arri\u00e8re de ce gros Toyota qui me ram\u00e8ne vers Iligan. J&#8217;ai froid et je commence \u00e0 avoir mal \u00e0 la t\u00eate. 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