{"id":53515,"date":"2025-07-22T07:47:02","date_gmt":"2025-07-22T05:47:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=53515"},"modified":"2025-07-24T09:08:43","modified_gmt":"2025-07-24T07:08:43","slug":"allumer-le-feu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=53515","title":{"rendered":"Allumer le feu"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>C&rsquo;est le programme minimum de l&rsquo;\u00e9t\u00e9. <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Alors, on rediffuse :<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il serait peut-\u00eatre exag\u00e9r\u00e9 de vous dire que je suis un pur esprit, mais ce qui est certain, c&rsquo;est que je ne suis pas un manuel. En g\u00e9n\u00e9ral, mes confrontations avec la mati\u00e8re ne se terminent pas \u00e0 mon avantage et laissent un d\u00e9sordre souvent remarquable dans l&rsquo;espace environnant. Encore heureux quand il n&rsquo;y a pas de bless\u00e9.<br \/>\nIl serait certainement inexact de vous dire que je m\u00e9prise l&rsquo;ex\u00e9cution des t\u00e2ches mat\u00e9rielles, mais j&rsquo;avoue que je les \u00e9vite, et quand je suis contraint d&rsquo;en accomplir une, je n&rsquo;y pr\u00eate pas vraiment attention, je l&rsquo;oublie instantan\u00e9ment et serais bien incapable de vous la raconter.<br \/>\nPourtant, puisque c\u2019est votre question, il en est une que je pourrais vous d\u00e9crire assez pr\u00e9cis\u00e9ment pour l&rsquo;avoir accomplie un nombre consid\u00e9rable de fois. C&rsquo;est celle qui consiste \u00e0 allumer un feu.<br \/>\nAvant de me lancer dans cette vaste fresque, j&rsquo;ai h\u00e9sit\u00e9 entre deux mod\u00e8les : le premier \u00e9tait celui de la courte nouvelle de Jack London, \u00ab\u00a0<strong>Construire un Feu<\/strong>\u00ab\u00a0, qui, dans un style \u00e0 la fois sobre, humoristique et tragique, expose la n\u00e9cessit\u00e9 vitale pour le h\u00e9ros d&rsquo;arriver \u00e0 allumer un feu. Le deuxi\u00e8me \u00e9tait \u00ab\u00a0<em>L&rsquo;oncle Podger accroche un tableau<\/em>\u00ab\u00a0, chapitre d\u00e9lirant du roman d&rsquo;humour britannique et d\u00e9suet de Jerome K.Jerome \u00ab\u00a0<strong>Trois hommes dans un bateau (sans parler du chien)<\/strong>\u00ab\u00a0.<br \/>\nSi vous avez lus ces deux courts chefs d&rsquo;\u0153uvre, vous pourrez juger par vous-m\u00eame de quel c\u00f4t\u00e9 je suis tomb\u00e9. Si vous ne les avez pas lus, tant pis pour vous.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>*<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand nous arrivons de Paris dans notre maison de campagne, quand nous avons<!--more--> neutralis\u00e9 l\u2019alarme, quand, dans une demi obscurit\u00e9,\u00a0 nous avons d\u00e9charg\u00e9 les cabas de provisions, les valises \u00e0 roulettes, le pain achet\u00e9 en passant au village, le nouvel abat-jour pour la lampe du salon, sans parler du chien, maintenant trop vieux pour descendre du coffre de la voiture par ses propres moyens, quand nous avons ouvert les volets de la grande pi\u00e8ce, alors nous regardons le petit thermom\u00e8tre en t\u00f4le blanche qui est accroch\u00e9 au mur \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;\u00e9vier et dont le petit tube de verre rempli de mercure brillant marque d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment\u00a0 une temp\u00e9rature de 8 \u00e0 9 degr\u00e9s.<br \/>\nC&rsquo;est froid.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est froid, mais nous ne le sentons pas tout de suite, encore couverts de nos v\u00eatements de ville et impr\u00e9gn\u00e9s de la chaleur de la voiture. En ce qui me concerne, au bout de quelques instants, c\u2019est \u00e0 la nuque que le froid s\u2019attaque en premier. Bien s\u00fbr, la premi\u00e8re chose \u00e0 faire est de tourner \u00e0 fond les thermostats des deux convecteurs \u00e9lectriques fix\u00e9s au mur. Ils ne tardent pas \u00e0 \u00e9mettre des craquements et\u00a0 des odeurs de poussi\u00e8res grill\u00e9es qui annoncent une prochaine chaleur. Prochaine, mais non imm\u00e9diate. Il y a risque de refroidissement et il faut agir vite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La deuxi\u00e8me chose \u00e0 faire est donc d&rsquo;allumer un feu dans la chemin\u00e9e.<br \/>\nTrente ans de maison de campagne m&rsquo;ont appris que pour faire un feu dans une chemin\u00e9e, il valait mieux s&rsquo;y prendre \u00e0 l&rsquo;avance. C&rsquo;est pourquoi, j\u2019ai pris l\u2019habitude, avant de quitter la maison le dimanche apr\u00e8s-midi, de placer dans l&rsquo;\u00e2tre du petit bois provenant des tailles effectu\u00e9es dans le jardin lors du printemps pr\u00e9c\u00e9dent. J&rsquo;ai dispos\u00e9 par-dessus un magazine en papier glac\u00e9 pour prot\u00e9ger le petit fagot de la pluie qui ne manquera pas de tomber pendant la semaine par le conduit des fum\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Donc, le tas de brindilles est pr\u00eat. Mais les b\u00fbches, non. Au moment o\u00f9 j\u2019en ai besoin, je suis encore en chaussures et manteau de ville, mais, compte tenu du froid qu&rsquo;il fait, il n&rsquo;est pas question de se changer avant d&rsquo;avoir allum\u00e9 le feu. Je traverse donc le jardin dans l&rsquo;herbe forc\u00e9ment mouill\u00e9e, car s\u2019il ne pleut pas, il a plu. La brouette est l\u00e0 qui m&rsquo;attend, pr\u00e8s du b\u00fbcher, verte, m\u00e9tallique et glac\u00e9e. Apr\u00e8s l&rsquo;avoir vid\u00e9 de l&rsquo;eau de pluie dont il s&rsquo;est rempli au cours de la semaine, je charge\u00a0 au maximum le produit du g\u00e9nie pascalien avec des b\u00fbches bien s\u00e8ches. Mais comme j&rsquo;ai oubli\u00e9 de mettre mes gants de travail, ceux qui sont en cuir jaune et que j\u2019ai achet\u00e9s parce qu\u2019ils \u00a0ressemblent aux gants des gar\u00e7ons vachers de l\u2019Arizona, je m&rsquo;enfonce une assez longue \u00e9charde sous la peau dans la partie sensible qui se trouve entre le pouce et l&rsquo;index de la main droite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut maintenant effectuer le retour vers la maison \u00e0 travers le jardin solitaire et glac\u00e9. Mais contrairement au trajet aller qui, bien que humide, avait su rester l\u00e9ger, le trajet inverse va s\u2019effectuer derri\u00e8re une brouette surcharg\u00e9e avec de fortes tendances au d\u00e9versement \u00e0 chaque irr\u00e9gularit\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e par le sol. Aveugl\u00e9 par l\u2019effort et par la benne qui me cache le sol, j\u2019introduis un mocassin d\u00e9j\u00e0 mouill\u00e9 mais encore propre\u00a0 dans une taupini\u00e8re cloaqueuse. Le mocassin se remplit d&rsquo;une gadoue marron clair, visqueuse et froide. Le geste de d\u00e9gout que provoque chez moi cette fluide introduction entraine le renversement de la brouette et la dispersion de son contenu sur le sol d\u00e9tremp\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Reconstituer le chargement est une t\u00e2che stupide mais rapidement ex\u00e9cut\u00e9e. La descente des trois hautes marches irr\u00e9guli\u00e8res qui permettent d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la partie avant du jardin et \u00e0 la porte d\u2019entr\u00e9e de la maison fournit \u00e0 deux b\u00fbches l\u2019occasion de sauter hors de la brouette. L\u2019une d\u2019entre elles vient se placer devant la roue du v\u00e9hicule et la bloque brutalement. Cet incident n\u00e9cessite le contournement de l&rsquo;engin ainsi qu&rsquo;un grand coup de pied dans l&rsquo;obstacle pour d\u00e9gager la voie, suivi d&rsquo;une danse sur un pied pour soulager la douleur de l&rsquo;autre que le mocassin n&rsquo;a pas su prot\u00e9ger de la rudesse la b\u00fbche.<br \/>\nExtraire de la brouette trois ou cinq de ses b\u00fbches (<em>pour faire un feu, en prendre toujours un nombre impair<\/em>) et les disposer avec soin sur le petit bois s&rsquo;av\u00e8re un jeu d&rsquo;enfant. D\u00e9monter l&rsquo;\u00e9difice ainsi construit pour pouvoir placer dessous le papier journal froiss\u00e9 et les bouts de carton qu&rsquo;on avait oubli\u00e9s s\u2019av\u00e8re n\u00e9cessaire. Replacer dans l\u2019\u00e2tre et dans l\u2019ordre le papier, le carton, les brindilles et les b\u00fbches s\u2019av\u00e8re indispensable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c7a y est, le feu est reconstruit et n\u2019esp\u00e8re plus que l\u2019allumette.<br \/>\nLa grosse boite \u00a0jaune attend sur le manteau de la chemin\u00e9e. Les allumettes sont un peu humides (<em>on est \u00e0 la campagne<\/em>),\u00a0 mais la quatri\u00e8me consent \u00e0 s&rsquo;enflammer. J\u2019approche ce flambeau du bout de journal froiss\u00e9 le plus proche, et je d\u00e9clenche \u00a0l&rsquo;apparition d&rsquo;une toute petite flamme bleue. Mais sa sant\u00e9 est si fragile qu&rsquo;elle ne tarde pas \u00e0 mourir en l\u00e2chant un tout petit filet de fum\u00e9e grise qui reste \u00e0 planer b\u00eatement au-dessus du bois. Grace \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience acquise, la deuxi\u00e8me tentative r\u00e9ussit mieux et le papier journal br\u00fble enti\u00e8rement, pourtant sans r\u00e9ussir \u00e0 enflammer le carton, \u00e0 peine noirci.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9monter le feu enti\u00e8rement et reprendre \u00e0 la phase d\u00e9crite pr\u00e9c\u00e9demment, celle o\u00f9 on froisse le papier journal, s\u2019av\u00e8re fastidieux mais in\u00e9vitable. Encore heureux quand il en reste (<em>du papier journal<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une fois l&rsquo;\u00e9difice reconstitu\u00e9 selon le mod\u00e8le d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, le carton s&rsquo;enflamme apr\u00e8s une petite h\u00e9sitation. Le petit bois, lui, n&rsquo;h\u00e9site pas et cr\u00e9pite imm\u00e9diatement. Il brule, certes, mais en se d\u00e9formant, il modifie l\u2019assiette de l&rsquo;une des b\u00fbches du dessus qui s&rsquo;effondre et roule hors de la chemin\u00e9e sur le tapis de grand-m\u00e8re en entra\u00eenant quelques braises avec elle. Heureusement,\u00a0 fort d&rsquo;exp\u00e9riences pass\u00e9es, je ne suis pas loin et, alert\u00e9 par le bruit, \u00a0je r\u00e9ussis \u00e0 \u00e9viter des dommages trop visibles au tapis et des reproches trop amers de ma ch\u00e8re \u00e9pouse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Maintenant, c&rsquo;est fait, \u00e7a br\u00fble, \u00e7a cr\u00e9pite, \u00e7a sent bon, \u00e7a fume un peu, \u00e7a pique les yeux, mais j\u2019ai r\u00e9ussi l\u00e0 o\u00f9 le h\u00e9ros de London avait \u00e9chou\u00e9 : j\u2019ai accompli la t\u00e2che \u00e9ternelle et vitale du v\u00e9ritable homme des bois : allumer\u00a0 un feu.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est le programme minimum de l&rsquo;\u00e9t\u00e9. Alors, on rediffuse : Il serait peut-\u00eatre exag\u00e9r\u00e9 de vous dire que je suis un pur esprit, mais ce qui est certain, c&rsquo;est que je ne suis pas un manuel. En g\u00e9n\u00e9ral, mes confrontations avec la mati\u00e8re ne se terminent pas \u00e0 mon avantage et laissent un d\u00e9sordre souvent &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=53515\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Allumer le feu<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[12,15],"tags":[1863],"class_list":["post-53515","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recit","category-themes","tag-rediffusion"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/53515","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=53515"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/53515\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=53515"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=53515"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=53515"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}