{"id":53510,"date":"2025-08-01T07:47:36","date_gmt":"2025-08-01T05:47:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=53510"},"modified":"2025-08-03T06:45:05","modified_gmt":"2025-08-03T04:45:05","slug":"le-caporal-epingle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=53510","title":{"rendered":"\u00a0Le caporal \u00e9pingl\u00e9"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>C&#8217;est le programme minimum de l&#8217;\u00e9t\u00e9. <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Alors, on rediffuse :<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>\u00ab\u00a0Jacques Perret \u00e9tait un homme contre, un homme du refus. Rien de ce qui \u00e9tait fran\u00e7ais ne lui \u00e9tait \u00e9tranger. Folliculaire de la r\u00e9action, \u00e9crivain du transcourant \u00ab\u00a0plume Sergent-Major\u00a0\u00bb, styliste hors-pair qui buvait avec soin afin d\u2019\u00e9viter tout faux-pli dans le jugement, il eut la faiblesse de ne jamais dire non \u00e0 l\u2019aventure et au voyage. Il tenait la litt\u00e9rature pour un art d\u2019agr\u00e9ment qui aurait pris tournure de gagne-pain. Il aimait Aym\u00e9 et aussi Bloy, Blondin, Conrad, Dos Passos; il en tenait pour le duc d\u2019Anjou et la dimension sacrificielle de la messe selon saint Pie V. J\u2019avais \u00e9t\u00e9 \u00e0 sa rencontre \u00e0 la <!--more--> fin de ses jours, dans son appartement pr\u00e8s du Jardin des Plantes o\u00f9 il cachait son bonheur d\u2019\u00eatre Fran\u00e7ais. Il avait quelque chose du Jacques Dufilho de Milady et du Crabe-tambour, les traits comme les id\u00e9es, mais en moins \u00e2pre, plus doux. Dans sa chambre, il y avait deux cadres\u00a0: dans l\u2019un, le grand Turenne\u00a0; dans l\u2019autre, son grand fr\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 ce qu\u2019en 2011 Pierre Assouline \u00e9crivait sur son blog \u00e0 propos de l\u2019auteur du Caporal Epingl\u00e9. Je ne saurais dire mieux ou plus, donc je vais me taire,\u00a0 mais avant, je vous dis\u00a0:<br \/>\n&#8211;\u00a0 Lisez Perret\u00a0! Il n\u2019est pas trop tard\u00a0! Lisez le \u00ab\u00a0Caporal\u00a0\u00bb, lisez \u00ab\u00a0Bande \u00e0 Part\u00a0\u00bb, lisez \u00ab\u00a0Le Vent dans les Voiles\u00a0\u00bb\u2026<br \/>\n&#8211;\u00a0 Bon, nous, on veut bien, mais pourquoi ?<br \/>\n&#8211; Parce que la langue y est continuellement \u00e9blouissante, les aventures souvent extraordinaires, l\u2019humour toujours pr\u00eat, la litote aristocratique, la distance jamais loin, la France plut\u00f4t vieille (au bons sens du terme), le politique rarement correct, \u2026.<br \/>\nEn cadeau, je vous offre les premi\u00e8res lignes du Caporal Epingl\u00e9, r\u00e9cit \u00e9crit entre 1943 et 44, publi\u00e9 en 1947, qui rata de peu le Goncourt de cette ann\u00e9e pour obtenir l\u2019Interalli\u00e9.<br \/>\nJ\u2019ai fini. Je me tais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b><i>&#8220;C\u2019est fini les histoires de boue glorieuse.<\/i><\/b><br \/>\n<b><i>Nous sommes quatre, couch\u00e9s ventre \u00e0 fesse dans un paquet de mouscaille sous une couverture mal tendue qui fait une poche d\u2019eau suintante. Crev\u00e9s de faim, de fatigue et de d\u00e9go\u00fbt, nous nous ratatinons dans une somnolence sordide. Ne pas bouger\u00a0; serrer les \u00e9paules, bloquer les m\u00e2choires, raidir le derri\u00e8re, crisper le ventre et crisper aussi la t\u00eate si possible. La retraite, la d\u00e9faite, le chahut des derniers combats, la grande rafle, on verra plus tard \u00e0 comprendre. Pour l\u2019instant c\u2019est la faim et la pluie. Ne pas remuer la boue. Contre la mis\u00e8re faire le mort. Mon voisin a log\u00e9 ses fesses dans le creux de mon estomac. Pourvu qu\u2019il ne bouge pas, le clapotis me remonterait jusqu\u2019au nombril&#8230;&#8221;<\/i><\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puisque vous semblez avoir encore un peu de temps, laissez-moi vous donner les derni\u00e8res lignes de ce r\u00e9cit. Mais il faut bien auparavant que je vous r\u00e9sume les 499 Pages de l&#8217;\u00e9dition d&#8217;origine. (nrf-Gallimard 1947)<br \/>\nDonc, le caporal est \u00e9pingl\u00e9 lors de la d\u00e9b\u00e2cle de juin 1940. Avec une bonne partie de l&#8217;arm\u00e9e fran\u00e7aise, il est emmen\u00e9 en captivit\u00e9 en Allemagne. Il y vit avec une philosophie temporaire des temps longs et difficiles, faits de froid, de faim latente, de corv\u00e9es, de rigolades, de frustrations\u00a0et de camaraderie. Et puis de temps en temps, le vent du large le prend et, sur un coup de t\u00eate ou apr\u00e8s mure pr\u00e9paration, il s\u2019\u00e9vade ; quatre fois ; et quatre fois il est repris. Mois de cachots, de brimades et de r\u00e9flexions douces-am\u00e8res. Et puis, apr\u00e8s deux ans sans qu\u2019il ait pu donner de nouvelles, sans qu\u2019il en ait re\u00e7ues, la cinqui\u00e8me tentative le m\u00e8ne, sur les boggies d\u2019un wagon, jusqu\u2019\u00e0 la gare de l\u2019Est. M\u00e9tro jusqu\u2019\u00e0 Censier-Daubenton. C\u2019est encore la nuit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b><i>&#8220;Derri\u00e8re moi, les catalpas, Saint-M\u00e9dard et la Mouffetard\u00a0; en face, le tabac Mirbel\u00a0; \u00e0 droite, le marchand de couleurs, tout cela tr\u00e8s assoupi, mais bien en ordre. On ne s\u2019\u00e9tait pas aper\u00e7u de mon absence, j\u2019avais d\u00e9croch\u00e9 du quartier et j\u2019y rentrais en douce avant l\u2019aube, sur la pointe des pieds. C\u2019est ainsi qu\u2019un prisonnier doit rentrer, sans Marseillaise et sans discours.<\/i><\/b><br \/>\n<b><i>Rue de la Clef, la porte coch\u00e8re \u00e9tait entr\u2019ouverte, j\u2019en franchis le seuil avec une joie bien lucide et le d\u00e9sir aussit\u00f4t refoul\u00e9 d\u2019aller embrasser la concierge dans son lit. Lente ascension des quatre \u00e9tages, degr\u00e9 par degr\u00e9, escalier d\u2019or, royal paiement de mes peines, ah\u00a0! fichtre non, je n\u2019\u00e9tais pas vol\u00e9. Devant notre porte, dans le profond silence de toute la maison dormante, j\u2019entendais mon c\u0153ur qui for\u00e7ait la cadence comme une grosse bombe de liesse \u00e0 son dernier tictac.<\/i><\/b><br \/>\n<b><i>Coups de sonnette et coups de sonnette. Silence. Puis au bout du couloir une porte qui s\u2019ouvrait et, sur le plancher craquant, un pas nu. Contre la porte, une voix qui savait d\u00e9j\u00e0\u00a0:<\/i><\/b><br \/>\n<b><i>-C\u2019est toi\u00a0? &#8220;<\/i><\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un peu plus tard, le Caporal s\u2019engagera dans la r\u00e9sistance, ce qui nous vaudra ce merveilleux \u201cBande \u00e0 part\u201d, court r\u00e9cit fait d\u2019h\u00e9ro\u00efsme tranquille, d\u2019euph\u00e9misme et d\u2019humour.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&#8217;est le programme minimum de l&#8217;\u00e9t\u00e9. Alors, on rediffuse : \u00ab\u00a0Jacques Perret \u00e9tait un homme contre, un homme du refus. Rien de ce qui \u00e9tait fran\u00e7ais ne lui \u00e9tait \u00e9tranger. 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