{"id":53140,"date":"2025-05-28T07:47:03","date_gmt":"2025-05-28T05:47:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=53140"},"modified":"2025-05-29T09:35:48","modified_gmt":"2025-05-29T07:35:48","slug":"go-west-90","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=53140","title":{"rendered":"Go West ! (90)"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-47974\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg\" alt=\"\" width=\"210\" height=\"142\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-960x650.jpeg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-768x520.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-1536x1041.jpeg 1536w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-2048x1388.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 210px) 100vw, 210px\" \/>(&#8230;) J\u2019en ai pris plein la figure. Submerg\u00e9 par ce flot de r\u00e9v\u00e9lations, je n\u2019arrive pas \u00e0 les assimiler. J\u2019ai la gorge serr\u00e9e, je suis incapable de prononcer un mot. J\u2019ai fini de m\u2019habiller depuis longtemps et c\u2019est au moment o\u00f9 je me penche pour ramasser mes affaires qu\u2019un sentiment de r\u00e9volte m\u2019envahit. J\u2019attrape mon sac, marche jusqu\u2019au coin du lit et m\u2019assieds dessus, le sac entre mes pieds.<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>\u2014 Je ne pars pas\u00a0!<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>\u2014 Quoi ? Et Bo qui arrive !<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>\u2014 Je m\u2019en fous, je ne pars pas\u00a0! Bo ne me fait pas peur\u00a0!<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Je ne sais pas ce qui m\u2019a pris. Ce\u00a0<em>Bo ne me fait pas peur<\/em> ! est sorti malgr\u00e9 moi. On n\u2019a pas id\u00e9e de dire un truc pareil ! Et quand bien m\u00eame ce serait vrai, quand bien m\u00eame je l\u2019affronterais, Bo, \u00e7a nous m\u00e8nerait \u00e0 quoi ? \u00c0 une discussion de gentlemen au cours de laquelle je tenterais de le convaincre de me laisser dormir avec sa femme encore quelques jours ? \u00c0 une bagarre dans laquelle j\u2019aurais toutes les chances de me faire estropier et jeter dehors ? Ridicule ! Ridicule et dangereux ! Mais il a fallu que je le dise&#8230; Stupide !<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u2014 Fran\u00a0! Viens m\u2019aider \u00e0 foutre ce petit con dehors\u00a0!<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Fran arrive du salon. Ses deux bras pendent le long de son corps, mais au bout du bras droit, il y a un couteau de cuisine, point\u00e9 vers le sol. Elle fait deux pas vers moi et se fige. Son corps para\u00eet \u00e0 la fois souple et tendu, elle l\u2019air impassible mais attentive, immobile et dangereuse comme un serpent. Je me l\u00e8ve brusquement et recule en tr\u00e9buchant le long du lit. Le t\u00e9l\u00e9phone sonne. <!--more-->Fran et moi restons fig\u00e9s, face \u00e0 face. Mansi court au salon.<br \/>\n\u2014 Allo\u00a0? &#8230; oui, c\u2019est moi&#8230; Non, pas encore&#8230; Bon sang\u00a0! Je le vire&#8230; Et merci, Bob\u00a0!<br \/>\nJe l\u2019entends raccrocher et crier du salon\u00a0:<br \/>\n\u2014 Bo est dans la rue\u00a0! Bob n\u2019a pas pu le retenir\u00a0! Le voil\u00e0&#8230; Sa voiture&#8230;Meeerde\u00a0!<br \/>\nFran m\u2019a ouvert la baie vitr\u00e9e.<br \/>\n\u2014 Fonce dans le jardin. Planque-toi le temps qu\u2019il faudra derri\u00e8re la baraque \u00e0 outils, l\u00e0-bas.<br \/>\nIl n\u2019est plus question de rester, je n\u2019ai plus envie de l\u2019affronter, Bo. Il me fait peur, Bo.<br \/>\n\u2014 Alors ? Tu te d\u00e9cides ou il faut que je te plante ? me demande Fran en agitant le couteau de cuisine.<br \/>\nJe les contourne, elle et son couteau. Je suis dehors, derri\u00e8re la maison. Au fond, il y a une cabine en bois. Je m\u2019\u00e9lance.<br \/>\n\u2014 Ton sac, abruti !<br \/>\nElle me l\u2019a lanc\u00e9 dans les jambes. Je le ramasse et prends la fuite.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Quatre secondes plus tard, je suis assis par terre, essouffl\u00e9, et le dos appuy\u00e9 contre des planches in\u00e9gales, je contemple l&rsquo;estafilade qui barre la paume de ma main droite. Devant moi, le sol poussi\u00e9reux, rouge\u00e2tre ; pos\u00e9 sur deux chevalets, un demi tonneau m\u00e9tallique qui a d\u00fb faire office de barbecue, une \u00e9pave de r\u00e9frig\u00e9rateur, de vieux casiers \u00e0 bouteilles, quelques pots de peinture rouill\u00e9s, des buissons ; plus loin, une route parcourue de camions aux phares allum\u00e9s, plus loin encore la cr\u00eate brune d\u2019une chaine de montagnes. C\u2019est le cr\u00e9puscule. Dans une heure, il fera nuit. Derri\u00e8re mon dos, au-del\u00e0 du mur de planches, il y a la fa\u00e7ade arri\u00e8re de la maison de Mansi et sa grande baie vitr\u00e9e. Tout doucement, je passe la t\u00eate au coin de la cabane. Le salon est illumin\u00e9. Fran est assise sur le canap\u00e9, un verre \u00e0 la main. Elle observe Mansi qui est debout et accueille dans ses bras un grand et gros homme roux en uniforme. C\u2019est Bo. Il est un peu chauve. Il a d\u00e9pos\u00e9 \u00e0 ses pieds des sacs de supermarch\u00e9. Mansi et lui s\u2019embrassent comme de nouveaux amants. Fran se l\u00e8ve, dit quelque chose, traverse le salon et disparait. Mansi et Bo s\u2019embrassent encore, debout au milieu du salon, longuement. Puis Mansi se d\u00e9tache de son mari, va jusqu\u2019\u00e0 la baie et, lentement, elle en tire le rideau.\u00a0 Dans la p\u00e9nombre, je dois \u00eatre invisible, pourtant, j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019elle me regarde une derni\u00e8re fois. Il y a trois jours, \u00e0 la m\u00eame heure, elle me demandait si je m\u2019\u00e9tais fait mal. La nuit tombe sur le jardin.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Triste et sans courage, sans autre but que de m\u2019\u00e9loigner de cette maison, embarrass\u00e9 par mon bagage, j\u2019ai travers\u00e9 trois ou quatre pauvres jardins sans herbe ni arbre, franchissant des cl\u00f4tures basses en bois dess\u00e9ch\u00e9 par le soleil, tr\u00e9buchant souvent sur des obstacles sonores, accrochant mon sac ou ma veste \u00e0 leurs asp\u00e9rit\u00e9s. J\u2019ai long\u00e9 des maisons \u00e9clair\u00e9es et des fa\u00e7ades obscures, je me suis gliss\u00e9 le long de carrosseries encore chaudes, pour me retrouver enfin sur les dalles in\u00e9gales du trottoir, celui que j\u2019avais quitt\u00e9 trois jours auparavant pour entrer chez Mansi. J\u2019ai repris ma marche vers l\u2019est.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La chauss\u00e9e noire rayonne la chaleur de la journ\u00e9e et l\u2019\u00e9clairage public fait rutiler de jaune le panneau routier sous lequel je me suis arr\u00eat\u00e9 pour allumer une cigarette, une Winston extra longue, un souvenir&#8230; Le panneau annonce le croisement de l\u2019US 66 avec l\u2019Interstate 15. L\u2019Interstate, pour moi, \u00e7a signifie Washington D.C., pr\u00e8s de 3000 miles, la certitude d\u2019un abri s\u00fbr jusqu\u2019\u00e0 l\u2019heure de rejoindre New York et, surtout, c\u2019est Patricia. La 66, c\u2019est Flagstaff, 350 miles, quelques heures d\u2019autostop, des jours tranquilles chez Bill Breed, la possibilit\u00e9 de lui emprunter quelques dollars, c\u2019est le groupe d\u2019amis laiss\u00e9s l\u00e0-bas, c\u2019est peut-\u00eatre Tavia&#8230; Flagstaff, Washington ? Trois mille miles ou trois cent cinquante ? Apr\u00e8s tout ce que je viens de vivre \u00e0 Barstow, est-ce que j\u2019ai encore le courage de me taper quatre ou cinq mille kilom\u00e8tres d\u2019autostop. L\u2019autostop, j\u2019en ai presque perdu l\u2019habitude. L\u2019ami Bill ou Patricia ? Patricia ou Tavia\u2026\u2028Incapable de d\u00e9cider, je choisis de ne pas choisir. De toute fa\u00e7on, il sera toujours temps de le faire quand j&rsquo;arriverai au carrefour&#8230; D\u2019abord, aller jusque l\u00e0-bas.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La rumeur de la circulation devient de plus en plus pressante \u00e0 mesure qu\u2019approchent les guirlandes de feux verts, orange et rouge suspendus au-dessus des chauss\u00e9es qui se croisent. Encore une centaine de m\u00e8tres et il faudra choisir.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Une voiture qui vient de me d\u00e9passer s\u2019arr\u00eate en biais contre le trottoir devant moi. \u00c7a ne peut pas \u00eatre la police\u00a0: c\u2019est une Coccinelle. Une silhouette en descend et marche vers moi. C\u2019est Fran.<br \/>\n\u2014 Monte, me dit-elle<\/p>\n<p><em><span style=\"color: #0000ff;\">\u00a0A SUIVRE<\/span><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) J\u2019en ai pris plein la figure. Submerg\u00e9 par ce flot de r\u00e9v\u00e9lations, je n\u2019arrive pas \u00e0 les assimiler. J\u2019ai la gorge serr\u00e9e, je suis incapable de prononcer un mot. J\u2019ai fini de m\u2019habiller depuis longtemps et c\u2019est au moment o\u00f9 je me penche pour ramasser mes affaires qu\u2019un sentiment de r\u00e9volte m\u2019envahit. 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(90)<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[13,12],"tags":[2037,2085],"class_list":["post-53140","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-fiction","category-recit","tag-go-west","tag-go-west-philippe"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/53140","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=53140"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/53140\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=53140"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=53140"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=53140"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}