{"id":52815,"date":"2025-04-07T07:47:07","date_gmt":"2025-04-07T05:47:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=52815"},"modified":"2025-04-08T07:58:39","modified_gmt":"2025-04-08T05:58:39","slug":"go-west-82","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=52815","title":{"rendered":"Go West ! (82)"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-47974\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg\" alt=\"\" width=\"166\" height=\"112\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-960x650.jpeg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-768x520.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-1536x1041.jpeg 1536w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-2048x1388.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 166px) 100vw, 166px\" \/>(&#8230;) Alors, je m\u2019\u00e9tais mis \u00e0 quatre pattes et m\u2019\u00e9tais approch\u00e9 de mon p\u00e8re par le c\u00f4t\u00e9 oppos\u00e9 au chien. J\u2019avais h\u00e9sit\u00e9 un instant, et puis je m\u2019\u00e9tais allong\u00e9 sur lui, mon ventre contre son ventre, mon nez dans sa chemise blanche qui sentait le savon. Ni mon p\u00e8re ni Vercors n\u2019avaient boug\u00e9, mais j\u2019avais entendu le chien pousser un nouveau soupir d\u2019aise. Quelques secondes plus tard, relevant la t\u00eate, j\u2019avais vu mon p\u00e8re qui, tout en prenant soin de ne rien bouger d\u2019autre que son bras, pin\u00e7ait son cigare entre deux doigts et, d\u2019une pichenette, l\u2019envoyait \u00e0 travers la fen\u00eatre rejoindre le boulevard cinq \u00e9tages plus bas. Apr\u00e8s, j\u2019avais d\u00fb m\u2019endormir.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Bien s\u00fbr, Mansi voulut en savoir davantage. Alors je lui ai racont\u00e9 le coll\u00e8ge S\u00e9vign\u00e9, qui \u00e9tait mixte jusqu\u2019\u00e0 la huiti\u00e8me, l\u2019\u00e9cole Massillon, religieuse, pas mixte du tout, et puis le Lyc\u00e9e Saint-Louis o\u00f9 j\u2019allais retourner \u00e0 l\u2019automne. Je lui ai parl\u00e9 des dimanches de chasse o\u00f9 j\u2019accompagnais mon p\u00e8re, d\u2019abord avec un b\u00e2ton, puis avec un fusil. Et puis, forc\u00e9ment, je me suis mis \u00e0 lui parler de mon centre du monde \u00e0 moi, de mon port d\u2019attache, du jardin du Luxembourg o\u00f9 j\u2019\u00e9tais venu enfant, puis \u00e9tudiant, vers lequel, mais je ne le savais pas encore, je reviendrai toujours, \u00e0 toutes les \u00e9poques de ma vie, jusqu\u2019\u00e0 devenir l\u2019un de ces Vieux Messieurs du Luxembourg que chantaient, m\u00e9lancoliques, les Fr\u00e8res Jacques. Je lui ai racont\u00e9 aussi le Quartier Latin, La Sorbonne, vieille de sept-cents ans, la Tour Eiffel, dix fois plus jeune, Saint Germain des Pr\u00e9s, Sartre, Montparnasse, La Coupole, Picasso, Hemingway&#8230;<br \/>\nSilencieuse, les yeux au plafond, Mansi m\u2019\u00e9coutait sans m\u2019interrompre mais je crois que c\u2019\u00e9tait la chanson de mon accent fran\u00e7ais qu\u2019elle <!--more-->aimait entendre plus que ce que je pouvais lui apprendre de Paris, de ses monuments et de ses c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s.<br \/>\n\u2014 Tu aimes Paris, n\u2019est-ce pas ? Bo y avait pass\u00e9 une permission quand il \u00e9tait en France. Il avait trouv\u00e9 que la ville \u00e9tait un peu trop noire et sale pour son go\u00fbt, mais c\u2019\u00e9tait la guerre, et finalement, il avait bien aim\u00e9.<br \/>\n\u2014 C\u2019est le plus bel endroit au monde\u2026<br \/>\nC\u2019est sinc\u00e8rement que j\u2019avais prononc\u00e9 ce lieu-commun, mais sans doute aussi un peu pour me faire valoir aux yeux de Mansi, pour lui faire sentir qu\u2019elle avait la chance d\u2019avoir chez elle un Parisien, un vrai, n\u00e9 \u00e0 Paris, la plus belle ville du monde, la plus recherch\u00e9e par les Am\u00e9ricains !<br \/>\n\u2014 Peut-\u00eatre, avait-elle dit, mais tu n\u2019as pas vu \u00d6ngtuqpa !<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00d6ngtuqpa, en langue Hopi, c\u2019est le Grand Canyon. Bien s\u00fbr que je l\u2019avais vu, \u00d6ngtuqpa ! C\u2019est m\u00eame d\u2019un panneau touristique plant\u00e9 au bord du pr\u00e9cipice que j\u2019avais appris le mot. Par r\u00e9flexe, j\u2019\u00e9tais sur le point de faire la le\u00e7on \u00e0 ma belle indienne : on ne peut pas comparer une merveille de la nature et une merveille de la civilisation. Mais je ne tenais pas \u00e0 me lancer dans une discussion compliqu\u00e9e et qui de plus avait toutes les chances de devenir oiseuse. Alors je m\u2019\u00e9tais souvenu de cette d\u00e9finition qu\u2019un chauffeur routier du Mississippi m\u2019avait donn\u00e9e et j\u2019avais pris un ton m\u00e9prisant pour dire\u00a0:<br \/>\n\u2014 J\u2019ai vu \u00d6ngtuqpa. C\u2019est juste un grand trou dans la terre !<br \/>\nDress\u00e9e sur les coudes, Mansi m\u2019avait jet\u00e9 un regard stup\u00e9fait.<br \/>\n\u2014 Comment tu p\u2026.<br \/>\nPuis, voyant mon air hilare, elle s\u2019\u00e9tait interrompue, comprenant que je plaisantais. Une vol\u00e9e de fausses gifles s\u2019\u00e9tait abattue sur moi<br \/>\n\u2014 Esp\u00e8ce d\u2019imb\u00e9cile ! criait-elle, mi- furieuse, mi- amus\u00e9e.<br \/>\nNous \u00e9tions en train de devenir intimes.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00d6ngtuqpa nous avait ramen\u00e9 aux indiens et je demandai \u00e0 Mansi de me raconter cette l\u00e9gende qu\u2019elle m\u2019avait promise lors de notre premi\u00e8re nuit. Elle sortit de la chambre et revint avec deux grands verres de vin, puis elle s\u2019assit en tailleur sur le lit et commen\u00e7a :<br \/>\n\u00ab\u00a0Voil\u00e0 : quand je n\u2019\u00e9tais encore qu\u2019une petite fille, ma m\u00e8re m\u2019a enseign\u00e9 la l\u00e9gende de la plante qu\u2019on appelle Mansi et dont elle m\u2019avait donn\u00e9 le nom. Il y a bien longtemps, bien avant l\u2019arriv\u00e9e des blancs sur la terre des Humains, notre tribu avait pour chef un jeune homme dont le nom \u00e9tait Sikyangpu, ce qui veut dire Abeille Jaune en langue Hopi. Taiowa le Cr\u00e9ateur aimait discuter avec Sikyangpu car malgr\u00e9 sa jeunesse, il \u00e9tait tr\u00e8s sage, tr\u00e8s juste et tr\u00e8s courageux. Chaque soir, Taiowa et Sikyangpu se rencontraient au sommet de la mesa qui surplombait notre village et ils parlaient du pass\u00e9 et du futur du peuple Hopi jusqu\u2019\u00e0 la nuit tomb\u00e9e. Sikyangpu entendait dans son c\u0153ur et dans sa t\u00eate les paroles que Taiowa lui adressait, mais il ne pouvait le voir car le Cr\u00e9ateur reste invisible \u00e0 tous les hommes, m\u00eames aux plus sages. Alors, pour assurer Sikyangpu de sa pr\u00e9sence, le Cr\u00e9ateur ordonnait chaque soir au soleil couchant d\u2019emplir le ciel de couleurs merveilleuses, ces couleurs qui vont de l\u2019orange pr\u00e9coce au violet tardif, car elles sont les couleurs pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es de Taiowa. Et c\u2019est ainsi que, chaque soir jusqu\u2019\u00e0 ce que Taiowa se retire dans le Cinqui\u00e8me Monde et que les couleurs disparaissent dans l\u2019obscurit\u00e9, le Cr\u00e9ateur transmettait un peu de sa sagesse au chef Hopi.<br \/>\nSikyangpu aurait voulu immortaliser cette manifestation de la pr\u00e9sence sur terre de Taiowa en peignant sur une peau de daim le spectacle que chaque soir le soleil lui offrait sur l\u2019ordre de Taiowa. Mais, avec ses pinceaux rudimentaires et les couleurs grossi\u00e8res qu\u2019il fabriquait avec des pierres pil\u00e9es, il ne parvenait pas \u00e0 rendre la beaut\u00e9 des couleurs du soleil couchant.\u00a0 Alors un soir, d\u00e8s que Taiowa apparut, Sikyangpu se plaignit aupr\u00e8s de lui de ne pouvoir peindre fid\u00e8lement les majestueuses couleurs. Alors, Taiowa lui dit de regarder \u00e0 ses pieds. Sikyangpu regarda et vit une belle et fine plante en forme de pinceau. Son extr\u00e9mit\u00e9 \u00e9tait recouverte d\u2019une peinture fraiche exactement semblable \u00e0 l\u2019une des nuances de rouge qu\u2019il admirait tant chaque soir. Il cueillit la plante et toucha de sa pointe la peau de daim qu\u2019il avait apport\u00e9e. La touche de couleur \u00e9tait parfaite. Sikyangpu regarda \u00e0 nouveau par terre : le sol s\u2019\u00e9tait couvert d\u2019une multitude de plantes semblables dont les couleurs repr\u00e9sentaient toutes les nuances du coucher du soleil. Au fur et \u00e0 mesure que le soleil baissait, il cueillait celle des plantes qui correspondait \u00e0 la nuance de rouge de cet instant pr\u00e9cis et compl\u00e9tait sa peinture. Quand il l\u2019eut termin\u00e9e, Taiowa lui dit \u00ab\u00a0Cette plante que je t\u2019ai donn\u00e9e, tu l\u2019appelleras Mansi\u00a0\u00bb. Alors, Sikyangpu remercia le Cr\u00e9ateur et redescendit au village en emportant les plantes qu\u2019il avait cueillies. Il les posa devant sa maison et s\u2019endormit, le c\u0153ur plein de joie. Au matin, les plantes coup\u00e9es avaient pris racine et s\u2019\u00e9taient multipli\u00e9es, r\u00e9pandant leur beaut\u00e9 sur toute la terre des Humains.<br \/>\nTelle est la l\u00e9gende de Sikyangpu et de la fleur nomm\u00e9e Mansi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Je dis \u00e0 Mansi que son histoire \u00e9tait tr\u00e8s belle et qu\u2019il faudrait qu\u2019un jour elle me montre une de ces fleurs.<br \/>\n\u2014 On n\u2019en trouve plus par ici. Elles ont compl\u00e8tement disparu depuis la grande s\u00e9cheresse.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Je venais de me rendre compte qu\u2019\u00e0 mon tour j\u2019avais dit \u00ab\u00a0un jour\u00a0\u00bb et que j\u2019\u00e9tais en train d\u2019inscrire notre histoire dans la dur\u00e9e. \u00c9tait-ce vraiment ce que je voulais ? Il faudrait que je fasse plus attention, tr\u00e8s attention.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Apr\u00e8s un moment de silence, Mansi finit d\u2019un trait son verre de vin et puis, comme si c\u2019\u00e9tait la conclusion d\u2019une longue r\u00e9flexion, elle reprit son ton neutre habituel pour constater :<br \/>\n\u2014 La seule qui reste, c\u2019est moi. Je suis probablement la derni\u00e8re Mansi sur terre.<br \/>\n\u2014 Oui, mais toi, au moins, tu ne risques pas de mourir de soif !<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">A SUIVRE<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) Alors, je m\u2019\u00e9tais mis \u00e0 quatre pattes et m\u2019\u00e9tais approch\u00e9 de mon p\u00e8re par le c\u00f4t\u00e9 oppos\u00e9 au chien. J\u2019avais h\u00e9sit\u00e9 un instant, et puis je m\u2019\u00e9tais allong\u00e9 sur lui, mon ventre contre son ventre, mon nez dans sa chemise blanche qui sentait le savon. 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