{"id":52742,"date":"2025-04-01T07:47:38","date_gmt":"2025-04-01T05:47:38","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=52742"},"modified":"2025-07-05T11:40:37","modified_gmt":"2025-07-05T09:40:37","slug":"go-west-81","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=52742","title":{"rendered":"Go West ! (81)"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-47974\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg\" alt=\"\" width=\"177\" height=\"120\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-960x650.jpeg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-768x520.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-1536x1041.jpeg 1536w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-2048x1388.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 177px) 100vw, 177px\" \/>(&#8230;)<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>\u2014 Ton sac est dans le placard d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9, avec ton passeport. Nous sommes bons, maintenant ?<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>\u00ab\u00a0Nous sommes bons\u00a0\u00bb, c\u2019est la traduction litt\u00e9rale de \u00ab\u00a0We are good\u00a0\u00bb. Au cours de mon voyage, il m\u2019a fallu du temps pour comprendre que cette expression signifie que tout va bien entre deux personnes, qu\u2019il n\u2019y a plus de d\u00e9saccord.<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>Le visage dans ses cheveux, j\u2019ai r\u00e9pondu :<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>\u2014 Oui, Mansi. Nous sommes bons\u2026<br \/>\n<\/em><em>Effectivement, nous \u00e9tions bons. Alors, j\u2019ai senti se d\u00e9tendre son corps et monter mon d\u00e9sir.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Le reste de la journ\u00e9e, nous l\u2019avons pass\u00e9 comme un couple, un couple r\u00e9cent, mais \u00e9tabli, tranquille, assis c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te sur le divan, \u00e0 regarder la t\u00e9l\u00e9vision, \u00e0 plaisanter sur les programmes en cours, \u00e0 boire du caf\u00e9, \u00e0 grignoter des bricoles, \u00e0 discuter, \u00e0 se raconter des choses que l\u2019autre ne connait pas encore\u2026C\u2019\u00e9tait la grande r\u00e9conciliation. Je donnais des d\u00e9tails rigolos sur mon voyage \u2014 l\u2019\u00e9pop\u00e9e de Tavia courant nue dans le canyon d\u2019Oak Creek lui plut beaucoup \u2014, elle tentait de m\u2019expliquer les r\u00e8gles du football ; je lui disais comment la guerre d\u2019Alg\u00e9rie avait coup\u00e9 la France en deux, elle me racontait les conflits continuels entre sa tribu d\u2019origine et les Navajos depuis cent ans que leur r\u00e9serve encerclait totalement celle des Hopis. J\u2019essayais de lui expliquer que <em>La R\u00e8gle du Jeu<\/em> \u00e9tait le plus grand film au monde, elle me r\u00e9pondait que je changerai d\u2019avis quand j\u2019aurai vu <em>West Side Story<\/em>. Parfois, nous nous touchions, mais \u00e0 peine, tendrement. Nous avions des silences, sans g\u00eane.<br \/>\nEt puis la nuit est arriv\u00e9e et avec elle, la faim. On a fait frire quelques \u0153ufs, <!--more-->trois saucisses, on a sorti un pot de cr\u00e8me glac\u00e9e. Mansi est all\u00e9e chercher une bouteille de vin. On a bu, tranquillement, sans exc\u00e8s en regardant un show de Tony Bennett enregistr\u00e9 \u00e0 Las Vegas. Vers minuit, Mansi a propos\u00e9 qu\u2019on aille se coucher. Alors, on a bien rang\u00e9 la vaisselle et les coussins, on a baiss\u00e9 le son de la t\u00e9l\u00e9vision et on est all\u00e9 dans la chambre o\u00f9 on s\u2019est d\u00e9shabill\u00e9, chacun de notre c\u00f4t\u00e9, comme un vrai couple. Mansi est sortie de la chambre pour revenir un peu plus tard avec une Winston et une bougie allum\u00e9es. Je l\u2019attendais dans le lit, bien install\u00e9, la nuque sur un oreiller, le drap remont\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la taille. Elle a pos\u00e9 la bougie par terre, s\u2019est gliss\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi pour s\u2019asseoir en tailleur. Elle a tir\u00e9 une bouff\u00e9e de la cigarette et me la gliss\u00e9e entre les l\u00e8vres. J\u2019ai tir\u00e9 dessus \u00e0 mon tour. Elle l\u2019a reprise, elle a aspir\u00e9 un grand coup et puis elle a pouss\u00e9 un soupir en exhalant la fum\u00e9e :<br \/>\n\u2014\u00a0Dimanche soir&#8230;<br \/>\nJ\u2019ai roul\u00e9 sur le c\u00f4t\u00e9 pour me tourner vers elle. Mon visage \u00e9tait \u00e0 la hauteur de sa taille, juste au-dessus de sa hanche. Je ne sentais plus aucun des effets de la marijuana ni du Sedona Special, juste une l\u00e9g\u00e8re euphorie, probablement due \u00e0 mes deux ou trois verres de vin. Mon esprit \u00e9tait clair. Nous \u00e9tions <em>good<\/em>\u00a0; une nouvelle fois, je ressentais cette pl\u00e9nitude, cette impression de peser sur la terre, de la sentir tourner sous moi\u00a0; j\u2019\u00e9tais bien. J\u2019\u00e9tais si bien que, d\u2019un coup, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 saisi d\u2019un besoin de tendresse, mais pas de tendresse \u00e0 recevoir, un besoin de tendresse \u00e0 donner. Peut-\u00eatre Mansi l\u2019a-t-elle ressenti, peut-\u00eatre a-t-elle per\u00e7u mon l\u00e9ger soupir d\u2019aise, je ne sais pas, mais elle a \u00e9cras\u00e9 sa cigarette, elle s\u2019est enfonc\u00e9e sous le drap et s\u2019est tourn\u00e9e vers moi.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Je vous avais pr\u00e9venu, ou du moins je crois l\u2019avoir fait : vous ne trouverez pas dans ce r\u00e9cit de description salace ou anatomique ou m\u00eame seulement \u00e9vocatrice des aventures et m\u00e9saventures sexuelles auxquelles j\u2019ai \u00e9t\u00e9 confront\u00e9e durant mes deux mois am\u00e9ricains. Alfred Hitchcock disait que le suspense \u00e9tait bien plus fort si on laissait l\u2019imagination du spectateur travailler plut\u00f4t que de montrer directement la menace. C\u2019est une le\u00e7on que j\u2019ai retenue et, faute d\u2019\u00e9crire un roman policier, je l\u2019applique volontiers au genre que je pratique ici, qu\u2019on appellera si l\u2019on veut r\u00e9cit de voyage, souvenirs de vacances ou roman d\u2019apprentissage. Vous ne saurez donc rien de plus que ceci : on \u00e9tait Dimanche, il \u00e9tait neuf heures du soir ; nous avons fait l\u2019amour ; de fa\u00e7on apais\u00e9e, tranquille ; comme un couple, un couple r\u00e9cent, mais \u00e9tabli, tranquille. Vous n\u2019avez plus qu\u2019\u00e0 imaginer.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Apr\u00e8s, nous avons allum\u00e9 des cigarettes. Longtemps, nous avons fum\u00e9 en silence, et puis la bougie s\u2019est \u00e9teinte. Dans la lueur irr\u00e9elle et vacillante qui venait du salon, j\u2019ai vu Mansi se lever. Quand elle est revenue quelques minutes plus tard, elle avait enfil\u00e9 un t-shirt et portait deux tasses de caf\u00e9. \u00c0 br\u00fble-pourpoint, elle m\u2019a demand\u00e9\u00a0:<br \/>\n\u2014 Philippe, j\u2019aimerais que tu me racontes ton plus vieux souvenir d\u2019enfance\u00a0?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Elle m\u2019avait appel\u00e9 <em>Philippe<\/em>, pas <em>Jay<\/em>, ni <em>Phil<\/em>. Elle avait m\u00eame fait un effort pour le prononcer correctement. Dans sa bouche, \u00e7a ressemblait plus \u00e0 de l\u2019espagnol qu\u2019\u00e0 du fran\u00e7ais, mais c\u2019\u00e9tait gentil de sa part et \u00e7a donnait de l\u2019importance \u00e0 sa question. \u00c7a me donna aussi l\u2019impression que notre relation \u00e9tait en train de changer de nature.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Mon plus vieux souvenir d\u2019enfance ? Je n\u2019y avais jamais r\u00e9fl\u00e9chi, mais il est revenu tout de suite. Je devais avoir quatre ans, cinq peut-\u00eatre. C\u2019\u00e9tait un beau dimanche de printemps, juste apr\u00e8s le d\u00e9jeuner. Je suis certain que c\u2019\u00e9tait un dimanche, parce qu\u2019en semaine, mon p\u00e8re ne d\u00e9jeunait jamais avec nous. C\u2019\u00e9tait surement le printemps, parce que, le dimanche, en automne et en hiver, il \u00e9tait \u00e0 la chasse. \u00c7a ne pouvait pas \u00eatre l\u2019\u00e9t\u00e9, parce qu\u2019en \u00e9t\u00e9, nous allions en vacances, en Bretagne au bord de la mer, ou \u00e0 la campagne, en Normandie et mon p\u00e8re n\u2019y venait presque jamais. Donc, c\u2019\u00e9tait un dimanche au printemps. A cette \u00e9poque, nous habitions un appartement dont toutes les pi\u00e8ces donnaient au sud sur un grand balcon. Nous venions de finir de d\u00e9jeuner devant la porte-fen\u00eatre grande ouverte. Le soleil inondait la table. Une douce chaleur qui montait du tapis et du parquet envahissait la pi\u00e8ce. Au-del\u00e0 des fen\u00eatres, le boulevard demeurait silencieux et, depuis la fin du repas, on n\u2019entendait plus que les l\u00e9gers bruits de ma m\u00e8re et ma s\u0153ur d\u00e9barrassant la table : assiettes et couverts entrechoqu\u00e9s, rares paroles \u00e9chang\u00e9es, allers et venues vers la cuisine&#8230; En se levant de table, mon p\u00e8re avait allum\u00e9 un de ces petits cigares qu\u2019il fumait presque continuellement et qui me rendaient malade quand il nous emmenait en voiture. Ensuite, il avait \u00e9cart\u00e9 une chaise pour se m\u00e9nager un espace sur le tapis entre la table et la porte-fen\u00eatre, il s\u2019\u00e9tait s\u2019allong\u00e9 sur le dos en plein soleil en poussant un grand soupir \u00e0 travers son cigare et il avait ferm\u00e9 les yeux. Voyant cela, Vercors, notre presque \u00e9pagneul, s\u2019\u00e9tait lev\u00e9 paresseusement du coin de la salle \u00e0 manger d\u2019o\u00f9 il avait surveill\u00e9 tout le d\u00e9jeuner, il avait contourn\u00e9 la table pour se laisser tomber \u00e0 cot\u00e9 de mon p\u00e8re, pattes arri\u00e8re allong\u00e9es, museau entre les pattes avant, puis il avait pouss\u00e9 un puissant soupir qui lui avait fait faseyer les babines. Alors, je m\u2019\u00e9tais mis \u00e0 quatre pattes et m\u2019\u00e9tais approch\u00e9 de mon p\u00e8re par le c\u00f4t\u00e9 oppos\u00e9 au chien. J\u2019avais h\u00e9sit\u00e9 un instant, et puis je m\u2019\u00e9tais allong\u00e9 sur lui, mon ventre contre son ventre, mon nez dans sa chemise blanche qui sentait le savon. Ni mon p\u00e8re ni Vercors n\u2019avaient boug\u00e9, mais j\u2019avais entendu le chien pousser un nouveau soupir d\u2019aise. Quelques secondes plus tard, relevant la t\u00eate, j\u2019avais vu mon p\u00e8re qui, tout en prenant soin de ne rien bouger d\u2019autre que son bras, pin\u00e7ait son cigare entre deux doigts et, d\u2019une pichenette, l\u2019envoyait \u00e0 travers la fen\u00eatre rejoindre le boulevard cinq \u00e9tages plus bas. Apr\u00e8s, j\u2019avais d\u00fb m\u2019endormir.<\/p>\n<p><em><span style=\"color: #0000ff;\">A SUIVRE\u00a0<\/span><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) \u2014 Ton sac est dans le placard d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9, avec ton passeport. Nous sommes bons, maintenant ? \u00ab\u00a0Nous sommes bons\u00a0\u00bb, c\u2019est la traduction litt\u00e9rale de \u00ab\u00a0We are good\u00a0\u00bb. 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