{"id":51879,"date":"2025-01-05T07:47:22","date_gmt":"2025-01-05T06:47:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=51879"},"modified":"2025-01-14T18:02:15","modified_gmt":"2025-01-14T17:02:15","slug":"le-tsunami","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=51879","title":{"rendered":"Le tsunami"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-8069 alignleft\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/NOUVELLE-VAGUE-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"195\" height=\"146\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/NOUVELLE-VAGUE-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/NOUVELLE-VAGUE-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/NOUVELLE-VAGUE-960x720.jpg 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 195px) 100vw, 195px\" \/>Tsunami<\/em><span style=\"color: #ff0000;\"><strong><em><sup>1<\/sup><\/em><\/strong><\/span><\/span><em><span style=\"color: #0000ff;\"> est un mot d\u2019origine japonaise. Litt\u00e9ralement, il veut dire \u00ab vague de port \u00bb. Aujourd\u2019hui, alors que tout le monde a vu au moins une fois \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision ce que sont r\u00e9ellement un tsunami et ses effets d\u00e9vastateurs, on peut se demander pourquoi cette tranquille locution sert \u00e0 d\u00e9signer un ph\u00e9nom\u00e8ne maritime monstrueux. Si vous ignorez cette raison et si vous voulez la connaitre, lisez la note de bas de page. Sinon, passez \u00e0 la ligne d\u2019en dessous :\u00a0<\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Le 26 d\u00e9cembre 2004 \u00e0 7 h 58, un tremblement de terre de magnitude sup\u00e9rieure \u00e0 9 et dont l\u2019\u00e9picentre se situait \u00e0 250 km au large de l\u2019\u00eele de Sumatra provoqua un tsunami qui atteignit la ville de Banda Aceh vingt minutes plus tard. \u00c0 cette \u00e9poque, la ville comptait 250.000 habitants ; 70.000 d\u2019entre eux <!--more-->p\u00e9rirent ce jour-l\u00e0, principalement du fait du tsunami. Au total, le tsunami fit plus de 250.000 morts en Indon\u00e9sie et dans les pays avoisinants. C\u2019\u00e9tait il y a vingt ans.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Quatre semaines apr\u00e8s la catastrophe, avec une petite \u00e9quipe de SERI ACCeL<span style=\"color: #ff0000;\"><strong><em><sup>2 <\/sup><\/em><\/strong><\/span>nous nous posions sur l\u2019a\u00e9roport de Banda Aceh. Nous avions en charge l\u2019\u00e9valuation des dommages subis par une cimenterie construite en bord de mer \u00e0 une douzaine de kilom\u00e8tres au sud de la ville.<br \/>\nLe seul texte que j\u2019ai \u00e9crit sur cet \u00e9pisode s\u2019intitulait \u00ab\u00a0R\u00e9plique\u00a0\u00bb. Son titre voulait jouer sur deux des sens de ce mot, celui qui d\u00e9finit une secousse tellurique survenant apr\u00e8s un s\u00e9isme de magnitude importante et celui qui \u00e9voque une r\u00e9partie dans un dialogue. \u00ab\u00a0R\u00e9plique\u00a0\u00bb racontait notre premi\u00e8re journ\u00e9e au milieu des d\u00e9combres, mais n\u2019insistait qu\u2019assez peu sur l\u2019\u00e9tat de d\u00e9vastation dans lequel se trouvaient la ville et ses environs car il tendait tout entier vers la chute que je voulais humoristique. Rappelons ici, \u00e0 l\u2019attention de ceux qui seraient choqu\u00e9s qu\u2019on puisse rire au milieu d\u2019une catastrophe, que l\u2019humour est la politesse du d\u00e9sespoir (<em>Georges Duhamel ou Boris Vian ou Pierre Desproges, mais pour une fois, pas Winston Churchill<\/em>).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">L\u2019autre matin, en entendant \u00e9voquer \u00e0 la radio ce drame vieux de vingt ans, j\u2019ai tent\u00e9 de faire appel \u00e0 ma m\u00e9moire volontaire pour en raviver quelques souvenirs mais, depuis Marcel Proust, chacun sait que, par ce moyen, on ne fait que redessiner quelques images, toujours les m\u00eames, mais rarement les sentiments qui vous agitaient alors.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">J\u2019ai essay\u00e9 de trouver ce qui pourrait \u00eatre ma madeleine de Sumatra, mais sans succ\u00e8s, car on ne trouve ce petit g\u00e2teau dodu et cannel\u00e9 que lorsqu\u2019on ne le cherche pas.\u00a0 Pourtant, ce dont je crois me souvenir encore aujourd\u2019hui, ce sont les sentiments m\u00e9lang\u00e9s qui m\u2019occupaient pendant que nous atterrissions : l\u2019excitation devant cette mission qui allait sans aucun doute figurer parmi les deux ou trois plus importantes de ma vie professionnelle en m\u00eame temps que la r\u00e9serve que je me sentais tenu d\u2019observer devant le spectacle que j\u2019allais d\u00e9couvrir d\u2019une ville d\u00e9vast\u00e9e pour laquelle on annon\u00e7ait \u00e0 l\u2019\u00e9poque une centaine de milliers de morts.<br \/>\nEn effet, quelques minutes avant l\u2019atterrissage, alors que nous survolions un faubourg de la ville qui avait \u00e9t\u00e9 atteint par le s\u00e9isme mais pr\u00e9serv\u00e9 du tsunami du fait de son altitude ou de son \u00e9loignement de la mer, j\u2019avais trouv\u00e9 mes compagnons de voyage un peu trop excit\u00e9s. En tant que doyen de notre exp\u00e9dition, j\u2019avais cru bon de refroidir l\u2019ambiance avec un : \u00ab\u00a0Bon, \u00e7a suffit, les gars ! Il y a cent mille morts l\u00e0-dessous !\u00a0\u00bb Mais une fois dans la voiture qu\u2019on nous avait envoy\u00e9e \u00e0 l\u2019a\u00e9roport, il n\u2019a plus \u00e9t\u00e9 besoin de penser \u00e0 observer quelque r\u00e9serve que ce soit.<br \/>\n\u00c0 la sortie de l\u2019a\u00e9roport, le gros Toyota s\u2019\u00e9tait engag\u00e9 dans un bidonville semblable \u00e0 tous ceux que l\u2019on trouve \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie des villes de ces pays sous-d\u00e9velopp\u00e9s. Seul le s\u00e9isme y avait caus\u00e9 des dommages. Ils avaient d\u00fb \u00eatre importants, certes, mais un mois apr\u00e8s l\u2019\u00e9v\u00e9nement, beaucoup de baraques avaient \u00e9t\u00e9 reconstruites. Seuls les rares b\u00e2timents construits en dur demeuraient encore dans leur \u00e9tat du 26 d\u00e9cembre \u00e0 8 heures du matin. Des effets d\u2019un tremblement de terre, j\u2019en avais vu \u00e0 Ath\u00e8nes peu de temps auparavant. Le plus spectaculaire, ce qui donnait le plus \u00e0 penser quant au sort de leurs habitants, c\u2019\u00e9tait ces b\u00e2timents modernes, en marbre plaqu\u00e9 sur b\u00e9ton arm\u00e9, luxueux mais mal construits, et dont les six ou sept \u00e9tages s\u2019\u00e9taient aplatis les uns sur les autres, plafond contre plancher. Dans ce quartier pauvre de Banda Aceh, rien de tel ; on aurait pu se trouver dans une zone tropicale apr\u00e8s un cyclone.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La route descendait vers le centre-ville et nous arrivions dans un quartier aux constructions plus solides. J\u2019y retrouvai l\u00e0, en plus graves et plus nombreux, les dommages que j\u2019avais observ\u00e9s \u00e0 Ath\u00e8nes quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t. Mais c\u2019est lorsque nous sommes arriv\u00e9s en bordure de la ville basse, celle qui s\u2019\u00e9tait construite autour des m\u00e9andres et de l\u2019estuaire de la rivi\u00e8re Krueng Aceh, que le spectacle nous a frapp\u00e9 de stupeur : limit\u00e9e au nord par le bleu de l\u2019Oc\u00e9an Indien, encercl\u00e9e par la masse verte de collines abruptes, une vaste plaine noire de boue au relief mou h\u00e9riss\u00e9 de pyl\u00f4nes tordus, de troncs de cocotiers bris\u00e9s, de pans de murs aux trois quarts effondr\u00e9s, parsem\u00e9e d\u2019ilots color\u00e9s, jonch\u00e9e de t\u00f4les tordues, de camions et d\u2019autobus renvers\u00e9s, de poutrelles de bois et d\u2019acier enchev\u00eatr\u00e9es, de toutes sortes de d\u00e9bris accumul\u00e9s, voitures, motocyclettes, bateaux, cuisini\u00e8res, r\u00e9frig\u00e9rateurs, armoires, lits, tables, linges, t\u00e9l\u00e9viseurs, landaus, jouets d\u2019enfants\u2026<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Dans les jours qui ont suivi, j\u2019ai compris que, contrairement \u00e0 l\u2019usine que nous allions voir un peu plus tard, la ville n\u2019avait pas pris de plein fouet l\u2019inconcevable vague qui venait de l\u2019ouest. Elle avait \u00e9t\u00e9 prot\u00e9g\u00e9e du grand choc frontal par le cap de Lamguron qui pointe vers le nord \u00e0 trois ou quatre kilom\u00e8tres \u00e0 l\u2019ouest de la ville. Mais la vague avait contourn\u00e9 le cap et, diminu\u00e9e dans sa hauteur mais pas dans sa puissance, la formidable masse d\u2019eau \u00e9tait entr\u00e9e dans la ville comme une \u00e9norme mar\u00e9e, un gigantesque mascaret, renversant tout sur son passage et la noyant sous un flot de vase, de v\u00e9g\u00e9tation arrach\u00e9e et de morceaux de civilisation.<br \/>\nSous le soleil, le spectacle de cette plaine d\u00e9vast\u00e9e \u00e9tait hallucinant. De place en place, la surface parfaitement lisse et plate de lacs noirs lan\u00e7ait des \u00e9clats de lumi\u00e8re\u00a0; les couleurs vives de quelques engins de chantier se d\u00e9pla\u00e7aient lentement dans le bourbier\u00a0; les silhouettes p\u00e9niblement courb\u00e9es d\u2019anciens habitants semblaient rechercher les vestiges de leurs vies d\u2019avant. Pas un bruit, pas un chien, pas un oiseau. Cinquante mille morts, cent mille&#8230;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Dans notre Toyota, plus un mot n\u2019\u00e9tait prononc\u00e9, pas une photo n\u2019\u00e9tait prise. Je ne sais pas quels sentiments pouvaient agiter mes compagnons de voyage alors que nous longions ce champ de ruines car j\u2019\u00e9tais moi-m\u00eame fascin\u00e9 par le spectacle, incapable de d\u00e9tourner mon regard vers eux, ne serait-ce que pour \u00e9changer une impression. Je n\u2019ai d\u2019ailleurs jamais su ce qu\u2019ils en avaient vraiment pens\u00e9, car jamais nous n\u2019en avons parl\u00e9. Pudeur, impossibilit\u00e9 de concevoir la chose, incapacit\u00e9 de trouver les mots&#8230;<br \/>\nPour ma part, quand j\u2019essaie d\u2019y r\u00e9fl\u00e9chir, je crois que les mots, les miens, c\u2019\u00e9tait l\u2019effarement, la stupeur. \u00a0L\u2019effarement, pas la piti\u00e9, elle viendrait plus tard ; la stupeur, pas l\u2019accablement, car \u00e9go\u00efstement, je ne me sentais pas directement concern\u00e9. \u00a0Mais un peu plus tard, les choses ont chang\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Arrivant du nord, nous approchions de l\u2019usine par la route c\u00f4ti\u00e8re qui longe le pied des collines recouvertes de jungle. Dans le texte \u00ab\u00a0R\u00e9plique\u00a0\u00bb que j\u2019ai \u00e9voqu\u00e9 plus haut, j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 d\u00e9crit l\u2019\u00e9tonnante image de cette grosse barge charg\u00e9e de charbon qui avait \u00e9t\u00e9 dross\u00e9e depuis le port de la cimenterie sur plus de cinq cents m\u00e8tres jusqu\u2019en travers de la route que nous empruntions. Je n\u2019y reviendrai pas, pas plus que sur l\u2019\u00e9tat dans lequel nous avons trouv\u00e9 l\u2019usine. Par contre, il faut que je parle du village des ing\u00e9nieurs de l\u2019usine.<br \/>\nPour loger ses cadres, l\u2019usine avait construit un village de maisons modernes \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres au nord de la cimenterie. C&rsquo;\u00e9taient de solides maisons individuelles de deux niveaux, construites en b\u00e9ton, abrit\u00e9es du soleil par une plantation de hauts cocotiers et dispers\u00e9es sur un terrain qui s\u2019\u00e9tendait de la route jusqu\u2019\u00e0 la plage et l\u2019oc\u00e9an.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ce premier jour, nous n\u2019avons pas p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans le village. Occup\u00e9s \u00e0 contourner la barge qui barrait la route \u00e0 sa hauteur, nous n\u2019avions m\u00eame pas remarqu\u00e9 son existence. Ce n\u2019est que deux ou trois jours plus tard que nous y sommes entr\u00e9s.<br \/>\nDe loin, ce qui frappait tout de suite, c\u2019\u00e9tait que tous les cocotiers \u00e9taient bris\u00e9s \u00e0 la m\u00eame hauteur, \u00e0 deux m\u00e8tres environ du sol. Entre ces pieux dress\u00e9s, de place en place sur le sable, les accumulations de d\u00e9bris de troncs et de palmes de cocotiers ne d\u00e9passaient pas une cinquantaine de centim\u00e8tres de hauteur. Ce n\u2019est qu\u2019en avan\u00e7ant avec pr\u00e9caution au milieu de cette \u00e9trange for\u00eat que l\u2019on pouvait s\u2019apercevoir que l\u2019on marchait l\u00e0 o\u00f9 avait \u00e9t\u00e9 un village. L\u00e0 o\u00f9 le 26 d\u00e9cembre 2004 \u00e0 huit heures du matin, existaient encore des jardins, des all\u00e9es, des terrasses, des \u00e9tendoirs \u00e0 linge, des filets de badminton, des v\u00e9los, des salons, des cuisines, des chambres, vingt minutes plus tard, il n\u2019y avait plus rien, plus rien de reconnaissable. Combien de maisons, combien de familles y avait-il ici un mois auparavant ? Quinze ? Vingt ? Trente ? C\u2019\u00e9tait impossible de le dire.<br \/>\nJe suis rest\u00e9 longtemps \u00e0 errer dans le village aras\u00e9. \u00c0 un moment, quelque chose a attir\u00e9 mon attention. C\u2019\u00e9tait un objet en bois. Il \u00e9tait \u00e0 moiti\u00e9 ensabl\u00e9. Ses multiples couleurs \u00e9taient d\u00e9lav\u00e9es. Il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 emport\u00e9 par la vague parce que le cordon qui servait \u00e0 le tirer \u00e9tait rest\u00e9 coinc\u00e9 sous un bloc de b\u00e9ton pas plus gros qu\u2019une valise. Il avait perdu deux de ses roues, mais son combin\u00e9 rouge \u00e9tait toujours attach\u00e9 \u00e0 son cordon torsad\u00e9. Ses yeux avaient \u00e9t\u00e9 effac\u00e9s, mais son sourire \u00e9tait toujours l\u00e0. C\u2019\u00e9tait un t\u00e9l\u00e9phone, un t\u00e9l\u00e9phone Fisher Price, le t\u00e9l\u00e9phone que tous ceux qui sont n\u00e9s apr\u00e8s 1960 ont tir\u00e9 un jour sur la moquette du salon.<br \/>\nComment d\u00e9crire les sentiments qui vous envahissent dans un moment comme celui-l\u00e0 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Post-scriptum<\/strong><\/span><em><strong><br \/>\n<\/strong><\/em><i>\u00ab\u00a0Comment d\u00e9crire les sentiments qui vous envahissent dans un moment comme celui-l\u00e0 ?\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/i>C\u2019est de cette mani\u00e8re que s\u2019ach\u00e8ve ce texte \u00e9crit \u00e0 la recherche des sentiments que l\u2019on peut \u00e9prouver \u00e0 la vision d\u2019une catastrophe majeure. Autant dire qu\u2019il se termine par un \u00e9chec, un aveu d\u2019impuissance.<span class=\"Apple-converted-space\"><br \/>\n<\/span>La description de cette catastrophe, si je m\u2019\u00e9tais trouv\u00e9 au milieu d\u2019elle et si j\u2019y avais surv\u00e9cu, eut-\u00e9t\u00e9 sans doute plus facile. Phrases br\u00e8ves, premi\u00e8re personne du singulier, temps pr\u00e9sent, vision au ras du sol, t\u00e9moignage\u2026 Mais il ne s\u2019agissait pas de cela. <span class=\"Apple-converted-space\"><br \/>\n<\/span><em>Comment d\u00e9crire les sentiments qui vous envahissent dans un moment comme celui-l\u00e0 ?<br \/>\n<\/em>Et d\u2019abord, quels sont ces sentiments ?<span class=\"Apple-converted-space\"><br \/>\n<\/span>Certainement pas ceux que l\u2019on \u00e9prouve quand, \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, on voit pour la centi\u00e8me fois un Boeing 767 percuter une tour de Manhattan ; ou quand on observe comment, au Japon, un raz de mar\u00e9e emporte bateaux, voitures, camions, grues, hangars et vies humaines \u00e0 des centaines de m\u00e8tres \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des terres ; ou quand voit un avion de ligne prendre feu en bout de piste et tuer deux cents personnes apr\u00e8s un atterrissage sur le ventre r\u00e9ussi parce qu\u2019un connard a construit un mur en b\u00e9ton pour prot\u00e9ger une antenne qui valait tout au plus quelques dizaines de milliers de dollars. <span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0C<\/span>e qu\u2019on \u00e9prouve comme sentiments dans ces moments-l\u00e0, ce serait plut\u00f4t :<span class=\"Apple-converted-space\"> \u00a0<\/span>\u00ab\u00a0Mon Dieu, mon Dieu ! Comme c\u2019est horrible ! Ah ! Les pauvres gens\u00a0\u00bb Et puis on reprend de la cr\u00e8me de marron.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span>Ou alors, pire, du genre \u00ab <em>Suave mari magno\u2026 \u00bb \u00ab Qu\u2019il est doux, quand sur la mer immense les vents en soul\u00e8vent les houles, de suivre de la terre ferme le spectacle de la dure \u00e9preuve qu\u2019elles infligent aux autres<\/em> \u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\">Non, je parle de ces moments o\u00f9, quand les vents et les houles se sont calm\u00e9s, on traverse les champs de ruine, ces moments o\u00f9 il est impossible d\u2019ignorer les centaines, les milliers, les dizaines de milliers de corps enfouis, brul\u00e9s ou d\u00e9chiquet\u00e9s, corps qui vivaient l\u00e0, ou qui passaient par l\u00e0, au mauvais moment.<span class=\"Apple-converted-space\"><br \/>\n<\/span>Dans l\u2019instant, c\u2019est simplement inconcevable. Il n\u2019y a ni mot ni sentiment \u00e0 la hauteur. Alors, c\u2019est la stupeur qui pr\u00e9vaut.<span class=\"Apple-converted-space\"> Mais u<\/span>n peu plus tard, quand le cerveau a rumin\u00e9 ce qu\u2019il a vu, quand il a tent\u00e9 d\u2019imaginer ce que cela pouvait repr\u00e9senter de vies interrompues, de souffrances et de d\u00e9sespoir, c\u2019est parfois la compassion qui apparait. La compassion, c\u2019est humain, bien s\u00fbr, mais \u00eatre compatissant, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 avoir pris de la distance par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e8nement.<span class=\"Apple-converted-space\"><br \/>\n<\/span>Alors, c\u2019est devant un t\u00e9l\u00e9phone Fisher Price qu\u2019on pourra peut-\u00eatre ressentir un dixi\u00e8me du centi\u00e8me du millioni\u00e8me de ce que fut l\u2019horreur du tsunami.<\/span><span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong><span style=\"color: #ff0000; text-decoration: underline;\">Note 1<\/span><\/strong><\/span> : Tsunami = Vague de Port.<br \/>\nPourquoi ? Dans certaines conditions, un s\u00e9isme sous-marin survenant \u00e0 grande profondeur peut provoquer un tsunami. Si deux plaques sous-marines contig\u00fces se d\u00e9placent verticalement l\u2019une par rapport \u00e0 l\u2019autre de fa\u00e7on soudaine, la colonne d\u2019eau qui les surmonte se d\u00e9place verticalement de la m\u00eame hauteur, emmagasinant une quantit\u00e9 d\u2019\u00e9nergie d\u2019autant plus consid\u00e9rable que le s\u00e9isme est profond. \u00a0Ce d\u00e9placement provoque en surface une vague de faible hauteur, de l\u2019ordre du m\u00e8tre, mais qui se d\u00e9place \u00e0 grande vitesse. De ce fait, elle demeure insensible aux bateaux qui se trouvent au large. Par contre, quand la cr\u00eate de la vague approche d\u2019une c\u00f4te et que la profondeur de l\u2019eau diminue, l\u2019\u00e9nergie qui demeure la m\u00eame fait monter la cr\u00eate de la vague \u00e0 tr\u00e8s grande hauteur. Elle finit par d\u00e9ferler sur les villes, les ports et les plaines c\u00f4ti\u00e8res. Dans l\u2019ancien temps, les marins japonais qui \u00e9taient au large au moment du s\u00e9isme n\u2019avaient rien ressenti au passage de la vague, mais en, constatant les dommages en rentrant au port, ils pensaient que la vague \u00e9tait n\u00e9e dans le port ou \u00e0 proximit\u00e9, d\u2019o\u00f9 le nom de \u00ab vague de port. \u00bb<br \/>\n<\/em><\/span><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Par les l\u2019arrachage de toute v\u00e9g\u00e9tation sur la pointe qui se trouve devant la cimenterie de Banda Aceh, les photos que j\u2019ai pu prendre mettent en \u00e9vidence, s\u2019il en \u00e9tait besoin, que la vague qui a atteint l\u2019usine avait une hauteur de l\u2019ordre de trente m\u00e8tres, c\u2019est-\u00e0-dire celle d\u2019un immeuble de dix \u00e9tages.<br \/>\n<\/em><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><span style=\"color: #ff0000;\"><i><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Note 2<\/strong><\/span> \u00a0<\/i><\/span><span style=\"color: #0000ff;\"><em>: SERI ACCeL, D<\/em><em>ernier nom de la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019expertise dans laquelle j\u2019ai exerc\u00e9 cette activit\u00e9 pendant 33 ans.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-51937\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Tsunami.png\" alt=\"\" width=\"408\" height=\"135\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Tsunami.png 408w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Tsunami-300x99.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 408px) 100vw, 408px\" \/><\/em><\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-20220 aligncenter\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/File0003-960x637.jpg\" alt=\"\" width=\"401\" height=\"266\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/File0003-960x637.jpg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/File0003-300x199.jpg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/File0003-768x509.jpg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/File0003.jpg 1764w\" sizes=\"auto, (max-width: 401px) 100vw, 401px\" \/><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: center;\"><span style=\"color: #3366ff;\"><em>Le village des ing\u00e9nieurs<\/em><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tsunami1 est un mot d\u2019origine japonaise. Litt\u00e9ralement, il veut dire \u00ab vague de port \u00bb. Aujourd\u2019hui, alors que tout le monde a vu au moins une fois \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision ce que sont r\u00e9ellement un tsunami et ses effets d\u00e9vastateurs, on peut se demander pourquoi cette tranquille locution sert \u00e0 d\u00e9signer un ph\u00e9nom\u00e8ne maritime monstrueux. &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=51879\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Le tsunami<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[12],"tags":[2082,21],"class_list":["post-51879","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recit","tag-indonesie","tag-philippe"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/51879","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=51879"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/51879\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=51879"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=51879"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=51879"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}