{"id":51838,"date":"2025-01-07T07:47:24","date_gmt":"2025-01-07T06:47:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=51838"},"modified":"2025-03-22T10:32:41","modified_gmt":"2025-03-22T09:32:41","slug":"go-west-68","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=51838","title":{"rendered":"Go West ! (68)"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-47974\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg\" alt=\"\" width=\"168\" height=\"114\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-960x650.jpeg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-768x520.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-1536x1041.jpeg 1536w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-2048x1388.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 168px) 100vw, 168px\" \/>(&#8230;)Je croyais qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait endormie, quand d\u2019un coup, elle se recroquevilla en chien de fusil et recommen\u00e7a \u00e0 parler. A pr\u00e9sent, sa t\u00eate \u00e9tait pos\u00e9e l\u00e0 o\u00f9 quelques instants plus t\u00f4t se trouvait le cendrier qu\u2019elle avait \u00e9cart\u00e9 pour le poser \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du lit et, tandis qu\u2019elle entrait dans le r\u00e9cit de sa vie, sa voix r\u00e9sonnait dans mon ventre.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00ab Je suis n\u00e9e \u00e0 Gallup au Nouveau Mexique, mais j\u2019ai grandi dans le village de Shungopavi, l\u00e0-haut dans la mesa.. Le village n\u2019existe plus aujourd\u2019hui. Il a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9 apr\u00e8s la grande s\u00e9cheresse de 48. Mais \u00e0 cette \u00e9poque, une trentaine de familles y vivaient. Mes parents sont morts l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre quand j\u2019\u00e9tais encore toute petite. Comme le veut la coutume Hopi, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e par une des familles et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 par la tribu avec les autres enfants. Je n\u2019\u00e9tais pas esclave ni m\u00eame maltrait\u00e9e puisque ma vraie m\u00e8re \u00e9tait une Hopi. Mais ma m\u00e8re adoptive me faisait accomplir des travaux qu\u2019elle n\u2019exigeait pas de ses propres enfants. Parfois m\u00eame, elle me mettait au service <!--more-->d\u2019une autre femme du village, pour un jour ou deux, une sorte de cadeau, pour un service rendu. C\u2019est comme \u00e7a qu\u2019on traite les orphelins chez les Hopis. Moi, je n\u2019\u00e9tais pas vraiment malheureuse, mais je souffrais de cette injustice. Plus je grandissais, plus j\u2019avais du mal \u00e0 la supporter. Quand j\u2019ai eu treize ans, mon p\u00e8re adoptif m\u2019a dit que j\u2019\u00e9tais devenue une femme, que mon \u00e9ducation \u00e9tait termin\u00e9e et qu\u2019en attendant qu\u2019un homme me prenne comme \u00e9pouse, il fallait que je travaille pour rapporter de l\u2019argent \u00e0 la tribu. Pour cela, je devais aller vendre aux touristes les bijoux que les femmes fabriquaient au village. C\u2019\u00e9taient des boucles de ceinture, des colliers, des bracelets ou des pendentifs de turquoise et d\u2019argent, comme le Yongosona que je porte \u00e0 mon cou. Le matin, longtemps avant le lever du soleil, je partais avec une autre fille du village. Souvent, c\u2019\u00e9tait Pahana. Elle avait pass\u00e9 dix-huit ans et n\u2019\u00e9tait pas encore mari\u00e9e. C\u2019\u00e9tait la fille la plus laide du village, mais je l\u2019aimais bien. Chaque jour, nous marchions plus de trois heures vers le sud jusqu\u2019\u00e0 la route 66. On posait les bijoux par terre sur un tapis de selle et on s\u2019asseyait \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Je me souviens qu\u2019on s\u2019installait toujours au m\u00eame endroit, au creux d\u2019une longue descente, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un gros rocher rouge. Il avait un peu la forme d\u2019un homme assis. Nous l\u2019appelions \u00ab Taka Navoti \u00bb, l\u2019Homme-Silence. Taka Navoti nous faisait de l\u2019ombre en fin de journ\u00e9e quand le soleil commen\u00e7ait \u00e0 descendre et il nous prot\u00e9geait un peu quand le vent chaud se levait. A force d\u2019aller et venir entre le village et le rocher, nous avions fini par tracer une piste dans le d\u00e9sert. \u00c7a nous a souvent \u00e9vit\u00e9 de nous perdre. \u00c0 cette \u00e9poque, les touristes \u00e9taient rares, et les quelques voitures qui passaient ne s\u2019arr\u00eataient presque jamais. Les journ\u00e9es \u00e9taient longues et p\u00e9nibles \u00e0 cause du soleil et du vent. Pahana et moi, nous faisions passer le temps en jouant au Tuwa avec des cailloux. Quelques fois, on parlait des gar\u00e7ons du village et on se racontait ce qu\u2019on ferait quand on serait mari\u00e9es. Pahana, elle le voulait vraiment. De toute fa\u00e7on, ni elle ni moi n\u2019avions d\u2019autre choix. Mais moi, je faisais semblant de le vouloir parce que je savais d\u00e9j\u00e0 qu\u2019un jour je quitterai la tribu.<br \/>\nLe soir, il nous fallait encore trois heures de marche pour rentrer au village. Il fallait absolument y arriver avant la nuit, ne serait-ce que pour pouvoir manger dans notre famille.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Pahana et moi, je crois que nous avons fait \u00e7a presque chaque jour pendant deux ann\u00e9es. Et puis un jour, t\u00f4t le matin, une voiture qui venait de passer devant nous \u00e0 toute vitesse s\u2019est arr\u00eat\u00e9e un peu plus loin, et puis elle a roul\u00e9 en arri\u00e8re pour venir s\u2019arr\u00eater pr\u00e8s de nous. Deux hommes blancs en sont descendus et ils ont commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019approcher. J\u2019ai tout de suite compris qu\u2019ils avaient bu, et j\u2019ai eu peur. De toute fa\u00e7on, qu\u2019ils aient bu ou pas, on m\u2019avait appris \u00e0 avoir peur des blancs. J\u2019ai dit \u00e0 Pahana qu\u2019il fallait qu\u2019on parte en courant dans le d\u00e9sert, tout de suite, loin de la route, que les blancs ne pourraient pas nous suivre. Mais elle ne voulait pas laisser les bijoux, alors on est rest\u00e9 l\u00e0, fig\u00e9es, tremblantes. Les deux hommes \u00e9taient en uniforme, mais ce n\u2019\u00e9tait pas celui des Rangers, ceux qui surveillent la r\u00e9serve. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 vu cet uniforme-l\u00e0 un jour avec ma m\u00e8re. Elle m\u2019avait dit que c\u2019\u00e9tait des soldats, les fils de ceux qui avaient tu\u00e9 nos p\u00e8res et qu\u2019il valait mieux ne pas s\u2019en approcher. Le soldat qui conduisait la voiture n\u2019avait presque pas de cheveux ; il \u00e9tait assez petit et un peu gros. Il avait l\u2019air m\u00e9chant. L\u2019autre soldat avait les cheveux rouges ; il \u00e9tait grand et il \u00e9tait surement tr\u00e8s fort. Pendant que le grand soldat regardait les bijoux \u00e9tal\u00e9s sur le tapis, le petit tournait autour de moi. Il me disait des choses que je ne comprenais pas, il me bousculait un peu, il m\u2019attrapait par le bras, il approchait sa figure de la mienne. Je commen\u00e7ais \u00e0 g\u00e9mir, \u00e0 crier et \u00e0 pleurer. J\u2019essayais de me d\u00e9gager mais je n\u2019y arrivais pas. J\u2019entendais Pahana qui criait pendant que le soldat me serrait de plus en plus fort. Je ne pouvais presque plus bouger. Entre filles, au village, nous avions d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 de ce qu\u2019un homme pouvait faire dans des cas comme celui-l\u00e0. Le petit homme tenait mes deux mains serr\u00e9es derri\u00e8re mon dos ; il avait pos\u00e9 sa bouche sur mon cou et commen\u00e7ait \u00e0 le sucer et \u00e0 le mordre quand j\u2019entendis l\u2019autre soldat, le grand, crier quelque chose. Je ne sais pas ce qu\u2019il lui avait dit, mais le petit a arr\u00eat\u00e9 de me mordre. Sans me l\u00e2cher, il a tourn\u00e9 la t\u00eate et a r\u00e9pondu quelque chose comme \u00ab Fous moi la paix ! Ach\u00e8te-toi un bracelet, tape-toi l\u2019autre, mais fous moi la paix ! \u00bb.\u00a0 Le grand avait d\u00fb s\u2019approcher par derri\u00e8re parce que d\u2019un seul coup, j\u2019ai senti que l\u2019autre me l\u00e2chait et je suis tomb\u00e9e par terre. Le grand tenait son ami par les \u00e9paules et le maintenait \u00e0 distance en lui parlant sans arr\u00eat tandis que l\u2019autre agitait les bras en essayant de le frapper. Et puis, le m\u00e9chant soldat a fini par se calmer. Le grand a continu\u00e9 \u00e0 lui parler longtemps avant de l\u2019emmener jusqu\u2019\u00e0 leur voiture. Il l\u2019a fait monter dedans, il a ferm\u00e9 la porti\u00e8re et il est revenu vers moi.\u2028 \u00ab N\u2019aie pas peur, petite fille et dis \u00e0 ton amie d\u2019arr\u00eater de pleurer \u00bb. Il ne s\u2019approchait pas et il me parlait doucement et lentement, comme s\u2019il croyait que je ne comprenais pas sa langue. \u00ab Tu comprends l\u2019anglais ? Oui ? Moi, je m\u2019appelle Borys, Bo si tu veux. Lui, c\u2019est Vine. Il est pas mauvais, Vine, mais tous les deux, on a un peu bu, et lui, il supporte pas. Je suis d\u00e9sol\u00e9. Lui aussi, maintenant, il est d\u00e9sol\u00e9. Faut pas lui en vouloir. Il va dormir et tout \u00e0 l\u2019heure, il aura tout oubli\u00e9. Il ne t\u2019a pas fait mal, j\u2019esp\u00e8re ? \u00bb Comme je ne r\u00e9pondais pas, il a insist\u00e9 \u00ab J\u2019esp\u00e8re qu\u2019il ne t\u2019a pas fait mal ? \u00c9coute, il vaudrait mieux que tu ne parles pas de \u00e7a dans ta r\u00e9serve. \u00c7a pourrait nous faire des ennuis. Tu ne veux pas que j\u2019aie des ennuis, pas vrai ? Tiens, prends \u00e7a s\u2019il te plait ! \u00bb C\u2019\u00e9tait un rouleau de billets verts. Je ne sais pas combien il y en avait. Je me suis dress\u00e9e, toute raide devant lui. Il \u00e9tait presque deux fois plus grand que moi. Je l\u2019ai regard\u00e9 dans les yeux, j\u2019ai pris le rouleau, je l\u2019ai jet\u00e9 dans la poussi\u00e8re devant ses pieds et j\u2019ai dit d\u2019une voix qui tremblait :<br \/>\n\u00ab Je n\u2019ai pas tout compris ce que tu m\u2019as dit, Borisbo. Mais je ne veux pas tes dollars. Tu m\u2019as prot\u00e9g\u00e9e et je te remercie. Mais garde ton argent et va-t\u2019en. Je ne dirai rien au village et Pahana non plus parce que nous aurions trop honte.\u00a0 Mais tu peux acheter un souvenir hopi. \u00bb<br \/>\nIl a choisi deux pendentifs, un Yongosona et un \u00e9pi de Talasi. Il a demand\u00e9 : \u00ab Combien pour les deux ? \u00bb. Je lui ai dit :\u00ab Deux fois 1 dollar \u00bb Il a sorti deux billets du rouleau et me les a donn\u00e9s. Ensuite, il m\u2019a tendu le Yongosona en disant \u00ab Pour toi, petite grenouille \u00bb et le Talasi \u00e0 Pahana, \u00ab Pour toi \u00bb, et puis il a rejoint l\u2019autre soldat dans leur voiture et ils sont partis vers l\u2019ouest.<br \/>\nC\u2019est comme \u00e7a que j\u2019ai rencontr\u00e9 mon mari, Bo. \u00bb<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><em>A SUIVRE<\/em><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;)Je croyais qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait endormie, quand d\u2019un coup, elle se recroquevilla en chien de fusil et recommen\u00e7a \u00e0 parler. 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