{"id":51467,"date":"2024-12-08T07:47:20","date_gmt":"2024-12-08T06:47:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=51467"},"modified":"2024-12-08T19:09:53","modified_gmt":"2024-12-08T18:09:53","slug":"go-west-63","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=51467","title":{"rendered":"Go West ! (63)"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-47974\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg\" alt=\"\" width=\"176\" height=\"119\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-960x650.jpeg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-768x520.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-1536x1041.jpeg 1536w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-2048x1388.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 176px) 100vw, 176px\" \/>(&#8230;) Nancy n\u2019a pas d\u00fb remarquer mon g\u00e9missement car, sans un mot, elle me tourne le dos et marche vers la silhouette sombre de la maison. Je reprends mes esprits et commence \u00e0 marcher derri\u00e8re elle quand je r\u00e9alise que je ne porte plus mon sac. Vite, je retourne le chercher pr\u00e8s de la voiture derri\u00e8re laquelle je m\u2019\u00e9tais cach\u00e9 et je repars en courant vers la maison. Je rejoins Nancy sous la v\u00e9randa au moment o\u00f9 elle p\u00e9n\u00e8tre dans la maison.<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>C\u2019est ainsi qu\u2019ont commenc\u00e9 les trois jours que j\u2019allais passer \u00e0 Barstow.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La porte d\u2019entr\u00e9e donne directement sur une grande pi\u00e8ce qui sent le tabac froid. J\u2019en devine les contours \u00e0 la lumi\u00e8re bleue d\u2019un poste de t\u00e9l\u00e9vision allum\u00e9 et silencieux. Sur l\u2019\u00e9cran, les h\u00e9ros de Bonanza s\u2019agitent en noir et blanc. Nancy allume le plafonnier central et aussit\u00f4t la pi\u00e8ce rapetisse. Comme dans d\u2019innombrables maisons am\u00e9ricaines, elle fait office de salon, de salle \u00e0 manger et de cuisine. Elle est meubl\u00e9e sobrement, d\u2019un mobilier moderne et bon march\u00e9, dans un style utilitaire et involontairement danois. Le t\u00e9l\u00e9viseur, adoss\u00e9 \u00e0 une baie vitr\u00e9e, fait face \u00e0 un canap\u00e9 aux s\u00e9v\u00e8res formes anguleuses recouvertes d\u2019un froid tissu vert pomme. Devant le canap\u00e9,<!--more--> une table basse de forme elliptique en bois clair. La baie vitr\u00e9e, dont j\u2019imagine qu\u2019elle donne sur l\u2019arri\u00e8re de la maison, est herm\u00e9tiquement occult\u00e9e par un lourd rideau de velours bordeaux. Entre la porte d\u2019entr\u00e9e et le canap\u00e9 qui nous tourne le dos, une table ronde aux pieds graciles entour\u00e9e de quatre chaises assorties est partiellement recouverte d\u2019une couverture indienne. Les quatre m\u00e8tres du mur de droite sont \u00e9quip\u00e9s de placards dans lesquels ont \u00e9t\u00e9 incorpor\u00e9s une cuisini\u00e8re, une machine \u00e0 linge ainsi que l\u2019in\u00e9vitable et gigantesque r\u00e9frig\u00e9rateur. Sur la machine \u00e0 linge, une bouteille de Chianti, \u00e0 moiti\u00e9 pleine. Contre le mur de gauche, une haute vitrine en verre et bois verni expose entre deux fen\u00eatres \u00e9galement occult\u00e9es de velours bordeaux une collection de verres et de flacons d\u2019alcools divers et forts. Le sol, fait d\u2019\u00e9troites lames de parquet, est parsem\u00e9 de tapis de selle indiens. Au mur, seulement deux photographies en noir et blanc. Sur la premi\u00e8re, une toute jeune Nancy, souriante, enlac\u00e9e par un militaire en uniforme sur fond de chutes du Niagara. La seconde repr\u00e9sente le c\u00e9l\u00e8bre <i>Teapot rock<\/i> de Sedona. L\u2019ensemble est propre, froid et impersonnel. Sans la petite note chaleureuse apport\u00e9e par la vitrine aux alcools, la couverture et les tapis indiens, on se croirait dans un appartement t\u00e9moin pour jeunes cadres moyens de la deuxi\u00e8me couronne parisienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nancy me d\u00e9signe la table et disparait dans ce que j\u2019imagine \u00eatre une salle de bain. Je l\u00e2che mon sac, laisse tomber ma lamentable veste en daim sur le dossier d\u2019une chaise et m\u2019affale sur une autre. J\u2019attends. Comme rien ne se passe, j\u2019entreprends d\u2019examiner ma main. La paume et la face interne des doigts sont couverts d\u2019une croute brune irr\u00e9guli\u00e8re faite de poussi\u00e8re rouge\u00e2tre et de sang s\u00e9ch\u00e9. L\u2019estafilade y dessine en relief un trait noir et sinueux dont je garde encore la trace aujourd\u2019hui, comme une autre ligne de chance, ou de vie. Ma main recommence \u00e0 me lancer. Nancy apparait enfin. Elle porte \u00e0 deux mains une bassine pleine d\u2019eau, et sous son bras, une grosse bo\u00eete de mouchoirs en papier et une serviette de bain toute propre et pli\u00e9e. Elle pose le tout devant moi sur la table et y ajoute tout un tas de petites boites de carton et de flacons divers. Elle tire une chaise \u00e0 elle et s\u2019assied \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Je m\u2019appelle Nancy. Et toi ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 J\u00e9r\u00f4me\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourquoi j\u2019ai dit J\u00e9r\u00f4me, je ne sais pas. Je ne connais personne de ce nom. J\u2019ai dit \u00e7a instinctivement, sans r\u00e9fl\u00e9chir. D\u2019ailleurs, en cet instant, je suis incapable de r\u00e9fl\u00e9chir. Tout ce dont j\u2019ai envie, c\u2019est qu\u2019on s\u2019occupe de moi, c\u2019est de me laisser faire. Alors pourquoi donner ce faux pr\u00e9nom, J\u00e9r\u00f4me ? Pourquoi pas le vrai, une fois pour toutes ? Est-ce que je pense vraiment qu\u2019un pr\u00e9nom d\u2019emprunt va me prot\u00e9ger de mes \u00e9ventuels poursuivants ? Ou alors, en r\u00e9action \u00e0 cette situation \u00e9trange, est-ce que c\u2019est ce besoin de mentir qui revient, cette envie de me fabriquer un personnage, de jouer un r\u00f4le encore une fois ? C\u2019est idiot, \u00e7a ne sert \u00e0 rien d\u2019autre qu\u2019\u00e0 m\u2019apporter des ennuis. Il faudrait que j\u2019arr\u00eate, mais c\u2019est d\u00e9j\u00e0 trop tard\u00a0; j\u2019ai dit J\u00e9r\u00f4me.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Alors \u00e9coute, Jay, a dit Nancy. Il va falloir \u00eatre un grand gar\u00e7on maintenant.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle a saisi doucement mon avant-bras, elle l\u2019a pos\u00e9 \u00e0 plat sur la table, paume en l\u2019air, elle a d\u00e9pli\u00e9 mes doigts crisp\u00e9s et commenc\u00e9 \u00e0 nettoyer la plaie.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et moi, dans une heureuse demi-somnolence, je me laisse faire. Nancy demeure silencieuse, t\u00eate basse, concentr\u00e9e sur son travail. Elle m&rsquo;a plong\u00e9 la main dans la bassine. L&rsquo;eau est froide et savonneuse. \u00c7a pique un peu. C&rsquo;est d\u00e9sagr\u00e9able, mais au bout de deux ou trois secondes, le froid commence \u00e0 faire du bien. Nancy sort ma main de l&rsquo;eau, la s\u00e8che avec la serviette en tamponnant la peau tout autour de la plaie. \u00c7a ne saigne presque plus. Nancy ouvre un flacon \u00e0 demi plein d&rsquo;un liquide transparent et le renverse sur ma paume. C&rsquo;est de l&rsquo;alcool, \u00e0 quatre-vingt-dix degr\u00e9s, au moins. Je sursaute et veux retirer ma main, main elle avait pr\u00e9vu le coup en plaquant \u00e0 l&rsquo;avance mon poignet sur la table. Elle me regarde et dit :<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 \u00c7a va, Jay ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est la premi\u00e8re fois que je vois la couleur de ses yeux. Ils sont vert tr\u00e8s clair, per\u00e7ants, impressionnants. Fascin\u00e9, je mets un peu de trop temps \u00e0 lui r\u00e9pondre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 \u00c7a va ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Oui, \u00e7a va, \u00e7a va.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle baisse la t\u00eate et reprend son travail d\u2019infirmi\u00e8re. Je me renverse un peu sur ma chaise et je me laisse aller. Et puis, sans relever la t\u00eate, Nancy me demande :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Tu l\u2019as fait expr\u00e8s, de tomber tout \u00e0 l\u2019heure ? C\u2019\u00e9tait \u00e0 cause des flics ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qu\u2019elle vient de dire me parait plus une affirmation qu\u2019une question et je ne sais pas quoi r\u00e9pondre. Elle va prendre mon silence pour un aveu, c\u2019est s\u00fbr.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Tu n\u2019es pas oblig\u00e9 de me r\u00e9pondre, tu sais, mais je peux te dire que, les flics, je ne les aime pas non plus. Pas plus d\u2019ailleurs que tout ce qui porte un uniforme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En disant cela, elle a eu un petit gloussement de rire int\u00e9rieur. Elle poursuit :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Alors ici, tu n\u2019as rien \u00e0 craindre. Qu\u2019est-ce que tu vas faire, maintenant ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me d\u00e9cide enfin \u00e0 parler :<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Sais pas\u2026 continuer\u2026 faire du stop\u2026 faut que j\u2019aille \u00e0 New-York, mais\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 \u00c9coute, tu as l\u2019air mort de fatigue, tu es sale, tes v\u00eatements sont couverts de poussi\u00e8re\u2026 on dirait un clochard. Personne ne te prendra jamais en stop dans cet \u00e9tat, et puis, tu te feras vite arr\u00eater par les flics, m\u00eame s\u2019ils ne te recherchent pas particuli\u00e8rement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Je sais, mais qu\u2019est-ce que je peux y faire ?<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je lui ai dit \u00e7a dans un soupir en prenant mon air d\u2019\u00e9pagneul. Si elle pouvait m\u2019abriter un peu, juste pour cette nuit par exemple\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans prendre le temps de r\u00e9fl\u00e9chir ni m\u00eame faire semblant, comme si elle avait pris sa d\u00e9cision depuis longtemps, et tout en commen\u00e7ant \u00e0 bander ma main, elle dit :<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Bon, \u00e9coute, Jay\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">A SUIVRE<\/span><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) Nancy n\u2019a pas d\u00fb remarquer mon g\u00e9missement car, sans un mot, elle me tourne le dos et marche vers la silhouette sombre de la maison. Je reprends mes esprits et commence \u00e0 marcher derri\u00e8re elle quand je r\u00e9alise que je ne porte plus mon sac. 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