{"id":51378,"date":"2025-03-08T07:47:41","date_gmt":"2025-03-08T06:47:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=51378"},"modified":"2025-03-08T20:19:33","modified_gmt":"2025-03-08T19:19:33","slug":"lattente-la-nuit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=51378","title":{"rendered":"L&rsquo;attente, la nuit"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Par MarieClaire<\/strong><\/span><br \/>\nPubli\u00e9 pour la premi\u00e8re fois le 27 d\u00e9cembre 2013<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le jour va s\u2019achever, j\u2019allume les lampes un peu partout dans chaque pi\u00e8ce. C\u2019est mon refus de la nuit qui pointe, toujours la m\u00eame com\u00e9die, la hantise de ne pas trouver le sommeil quand le moment viendra. L\u00e0, il reste encore un peu de temps avant que je ne parte \u00e0 sa recherche. J\u2019ai consacr\u00e9 une bonne heure au d\u00eener pour deux, souvent plus. La maison rang\u00e9e, j\u2019ai \u00e0 effectuer les rites de chaque soir, des rites qui sont cens\u00e9s m\u2019aider\u00a0: volets ferm\u00e9s, fen\u00eatre entr\u2019ouverte, bouteille d\u2019eau, journaux, au moins un livre. Apr\u00e8s \u00e7a, la f\u00eate peut commencer\u00a0!<br \/>\nJ\u2019ai pos\u00e9 un comprim\u00e9 de somnif\u00e8re coup\u00e9 en deux sur la table de chevet\u00a0: d\u2019abord la moiti\u00e9 puis le reste pour plus tard\u2026 Je m\u2019allonge, ma nuit d\u2019attente est install\u00e9e.<br \/>\nLes premiers moments ne sont pas inutiles, je pense <!--more-->\u00e0 la journ\u00e9e \u00e9coul\u00e9e, \u00e0 ce qui se pr\u00e9pare pour le lendemain. A ce stade, je peux encore chasser les pens\u00e9es n\u00e9gatives, c\u2019est un sport auquel je suis devenue tr\u00e8s adroite avec le temps. Mais au bout d\u2019un moment, je flanche, il me faut d\u2019autres armes.<br \/>\nIl est temps de me lever puisque le sommeil ne vient pas. Je saisis un livre au passage et me dirige silencieusement dans le noir jusqu\u2019au salon. Pas question de r\u00e9veiller quelqu\u2019un.<br \/>\nMaintenant, le monde est \u00e0 moi. Pas le monde de la journ\u00e9e qui va m\u2019attendre, le temps qu\u2019il faudra, embusqu\u00e9 quelque part. Le monde de la nuit est diff\u00e9rent, plus libre, plus imaginatif. L\u2019esprit s\u2019y envole jusqu\u2019\u00e0 des coins secrets que l\u2019on ne croyait pas pouvoir atteindre. Tout est facile, r\u00e9alisable. Je tords le cou \u00e0 mes angoisses et m\u2019invente des destin\u00e9es qui comblent mes ambitions, flattent mon ego, bercent mon c\u0153ur. La seule fa\u00e7on de m\u2019\u00e9chapper est l\u00e0, puisque je ne vais pas le faire ailleurs\u2026<br \/>\nLorsque je n\u2019y arrive plus, quand je ne peux plus d\u00e9coller du r\u00e9el, j\u2019ai recours aux r\u00e9cits des autres\u00a0: je prends un livre. Je lis un bon moment mais la fatigue arrive. Peut-\u00eatre alors devrais-je retourner me coucher. Je ne peux pas, j\u2019ai des mots plein la t\u00eate, ils tournent et s\u2019agencent si bien\u2026 Mais le temps que je trouve de quoi \u00e9crire, ils s\u2019effaceront comme les dessins trac\u00e9s sur le sable lorsque la mar\u00e9e arrive. Ma t\u00eate fatigu\u00e9e n\u2019imprime plus rien, elle somnole mais ne c\u00e8de pas. Alors, \u00e0 quoi bon essayer de dormir.<br \/>\nLes soucis sont revenus, en rangs serr\u00e9s, un v\u00e9ritable bataillon\u00a0! Mais j\u2019ai encore une arme\u00a0: tout doucement pour ne pas crever la bulle o\u00f9 je flotte, je mets un disque. Une voix f\u00e9minine m\u2019enveloppe. S\u2019il y a encore quelque chose qui \u00e9meuve mon c\u0153ur, qui le blesse d\u00e9licieusement, c\u2019est la voix de cette femme. Je ne sais pas pourquoi particuli\u00e8rement elle, alors que des chanteuses de blues, il y en a tant. Je ferme la partie de mon cerveau qui pourrait comprendre les paroles, seule l\u2019envo\u00fbtante m\u00e9lodie compte. Je me laisse aller\u2026<br \/>\nIl est maintenant aux environs de quatre heures le moment o\u00f9 la nuit bascule. Le ciel est moins fonc\u00e9, les bruits de la ville changent, bient\u00f4t la vie va recommencer. Il faut que j\u2019arr\u00eate le processus. C\u2019est bien joli de se cr\u00e9er un monde \u00e0 soi, au milieu de la nuit, au milieu de nulle part, mais demain\u00a0? En fait demain est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, qui r\u00e9clamera un minimum d\u2019efficacit\u00e9\u00a0!<br \/>\nEt puis, j\u2019ai froid, la douceur du lit me tente, le combat est termin\u00e9. Arriv\u00e9e \u00e0 ce stade, je ne sais plus si j\u2019ai lutt\u00e9 pour dormir ou pour rester \u00e9veill\u00e9e\u00a0! Le dormeur pr\u00e8s de moi se retourne. Je m\u2019immobilise mais non, tout est calme. Dans le noir, j\u2019arrange mes deux oreillers, je passe la main sur la table de chevet et y trouve les morceaux de somnif\u00e8re que j\u2019avale. Enfin, je m\u2019installe confortablement et dans mon lit, j\u2019attends\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par MarieClaire Publi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois le 27 d\u00e9cembre 2013 Le jour va s\u2019achever, j\u2019allume les lampes un peu partout dans chaque pi\u00e8ce. C\u2019est mon refus de la nuit qui pointe, toujours la m\u00eame com\u00e9die, la hantise de ne pas trouver le sommeil quand le moment viendra. 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