{"id":51289,"date":"2024-12-25T07:47:04","date_gmt":"2024-12-25T06:47:04","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=51289"},"modified":"2024-12-25T16:56:16","modified_gmt":"2024-12-25T15:56:16","slug":"un-moment-degarement-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=51289","title":{"rendered":"Un moment d&rsquo;\u00e9garement"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Premi\u00e8re diffusion : 12\/08\/2017<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le couvert \u00e9tait mis : deux assiettes, les serviettes blanches bien pli\u00e9es, en triangle, comme \u00c9lise les aimait. Les couverts d\u2019argent luisaient doucement, les verres \u00e9tincelaient. Elle ajouta quelques fleurs au centre de la table, s\u2019assit, lissa sa jupe, arrangea ses cheveux, posa ses mains sur ses genoux et attendit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l\u2019autre bout de la ville, le commissaire tendit la feuille au jeune homme p\u00e2le qui lui faisait face et lui demanda de relire et de signer. Le jeune homme p\u00e2le obtemp\u00e9ra.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La nuit \u00e9tait tomb\u00e9e, d\u00e9j\u00e0 neuf heures. \u00c9lise pensait \u00e0 son r\u00f4ti qui serait trop cuit. Elle se leva pour \u00e9teindre le four et en profita pour ranger la cuisine\u00a0: l\u2019ordre, en g\u00e9n\u00e9ral, calmait ses inqui\u00e9tudes.<br \/>\nMais pourquoi \u00e9tait-il en retard\u00a0? Et s\u2019il n\u2019allait pas venir\u00a0? Elle l\u2019avait invit\u00e9 bien qu\u2019elle le connaisse tr\u00e8s peu, elle ressentait un tel besoin d\u2019une pr\u00e9sence masculine. Il y en avait eu si peu dans sa vie\u2026<br \/>\nElle continuait \u00e0 nettoyer, ranger, faire reluire ce qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 propre. Tout \u00e9tait vraiment pr\u00eat. Une bonne <!--more-->odeur de cuisine se r\u00e9pandait, le vin \u00e9tait d\u00e9bouch\u00e9.<br \/>\nMarc n\u2019arrivait toujours pas. Elle revint pr\u00e8s de la table, redressa une fleur qui troublait l\u2019harmonie du bouquet puis se mit \u00e0 la fen\u00eatre. Elle regarda les voitures glisser sur les pav\u00e9s luisants qui refl\u00e9taient la lumi\u00e8re dor\u00e9e de la ville.<br \/>\nPersonne en vue. Alors, elle pleura.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au poste de police, Marc se d\u00e9composait. Pourquoi fallait-il qu\u2019il se soit fait pincer, juste ce soir alors qu\u2019il \u00e9tait sur un si joli coup ? Mais ils n\u2019avaient pas grand-chose contre lui et il ne parlerait pas, ils ne l\u2019auraient pas !<br \/>\nOn lui avait permis de donner un coup de t\u00e9l\u00e9phone, un seul. Qui pouvait-il appeler ? Il ne connaissait pas d\u2019avocat, ses parents ne voulaient plus entendre parler de lui et des amis, en avait-il ? Des complices, oui, mais des amis ?<br \/>\nAlors, il appela \u00c9lise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle vint le chercher le lendemain matin. Apr\u00e8s une nuit de garde \u00e0 vue, on le laissait partir : on ne pouvait rien retenir de concret contre lui, \u00e0 part de mauvaises fr\u00e9quentations ! Les policiers se demandaient s\u2019il \u00e9tait tr\u00e8s malin ou simplement innocent. Ils ne pouvaient rien prouver, il le rel\u00e2ch\u00e8rent.<br \/>\nDonc t\u00f4t le matin, \u00c9lise fut autoris\u00e9e \u00e0 l\u2019emmener. Ils sortirent du commissariat en se tenant par la main. Chacun, \u00e0 sa fa\u00e7on, avait pass\u00e9 une nuit affreuse. Ils aspir\u00e8rent avec soulagement l\u2019air frais de la rue et mont\u00e8rent dans la voiture d\u2019\u00c9lise. Elle conduisait adroitement dans les embouteillages et il ne put s\u2019emp\u00eacher d\u2019admirer ses mains fines tenant fermement le volant. \u00c9videmment, il remarqua aussi le gros diamant qu\u2019elle portait \u00e0 la main droite. Un diamant qu\u2019il connaissait d\u00e9j\u00e0, il l&rsquo;avait tout de suite vu lorsqu\u2019ils s\u2019\u00e9taient rencontr\u00e9s\u2026 Un diamant de cette taille, \u00e7a donne des id\u00e9es !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rentr\u00e9e chez elle, \u00c9lise l\u2019installa dans la chambre d\u2019amis, une chambre qui ne servait pas souvent\u2026<br \/>\nJoli endroit, se dit-il, en passant la main sur le couvre-lit de velours qu&rsquo;elle enleva\u00a0d\u2019un geste rapide et plia soigneusement.<br \/>\n\u2013 Vous \u00eates s\u00fbrement tr\u00e8s fatigu\u00e9. Reposez-vous un peu. Mais avant, prenez donc un bain, \u00e7a vous fera du bien.<br \/>\nElle lui montra la salle de bain et sortit. Il se livra alors aux d\u00e9lices d\u2019une eau parfum\u00e9e et \u00e0 la douceur des serviettes mousseuses.<br \/>\nIl s\u2019allongea ensuite sur le confortable lit et s\u2019endormit jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019\u00c9lise l\u2019appelle, il \u00e9tait temps de d\u00e9jeuner.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle l\u2019attendait pr\u00e8s de la table qu\u2019elle avait pr\u00e9par\u00e9e la veille, ils reprenaient tout \u00e0 z\u00e9ro : foie gras, r\u00f4ti, dessert, vin \u00e0 profusion. Il ronronnait, ses joues devenaient rouges, il \u00e9tait visiblement de plus en plus \u00e0 l\u2019aise. Il ne parlait pas, tout occup\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait \u00e0 savourer ce qu\u2019on lui offrait si gentiment.<br \/>\n\u00c9lise, elle, buvait tr\u00e8s peu. Elle se posait des questions, de plus en plus de questions : que voulait vraiment ce jeune et beau gar\u00e7on en tra\u00eenant dans ce bal du dimanche o\u00f9 elle l\u2019avait rencontr\u00e9 ? Quelle id\u00e9e avait-il derri\u00e8re la t\u00eate, aventure au profit ?<br \/>\nElle, elle cherchait \u00e0 tromper sa solitude, mais lui, qui cherchait il a tromper ? Il avait l\u2019air si content, si \u00e9panoui dans ce confort, \u00e9tait-ce \u00e7a qu\u2019il voulait ? Un peu de chaleur ? Ou bien plus ? Un petit serpent froid se glissait dans sa poitrine, une inqui\u00e9tude sournoise.<br \/>\n\u2013 Marc, comment gagnez-vous votre vie ? \u00c0 supposer qu\u2019il la gagne se disait-elle. Mais apr\u00e8s tout quelle importance&#8230; Au diable les soup\u00e7ons !<br \/>\n\u2013 Je travaille aux puces de Saint-Ouen. Chez un broc\u2026 Un antiquaire, quoi. Il a un stand.<br \/>\n\u2013 Et vous y faites\u00a0?<br \/>\n\u2013 Je cherche des meubles, des objets, je vais chez les gens, je leur propose des affaires\u2026<br \/>\nIl ne voulait pas trop en dire, avouer qu\u2019il rep\u00e9rait ce qu\u2019on cambriolerait quelques jours plus tard.<br \/>\nC\u2019est peut-\u00eatre vrai se disait \u00c9lise et puis, \u00e0 quoi bon ? Ce moment devait \u00eatre le plus agr\u00e9able possible. Elle regardait son invit\u00e9 : il avait un beau visage \u00e9trange, des yeux verts tr\u00e8s \u00e9cart\u00e9s, une large bouche gourmande, des cheveux tr\u00e8s noirs, \u00e9bouriff\u00e9s, qui enlevaient un peu de son air inqui\u00e9tant. Elle d\u00e9taillait pourquoi il lui avait plu tout de suite.<br \/>\nApr\u00e8s tout, qu&rsquo;avait-elle \u00e0 faire de la v\u00e9rit\u00e9, elle non plus n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s nette dans cette histoire. Elle leva ses d\u00e9fenses.<br \/>\nLe vin aidant, Marc flottait. Il s\u2019installa sur le canap\u00e9, elle vint le rejoindre. Il se fit tendre, elle le f\u00fbt aussi. Ils se retrouv\u00e8rent dans la chambre et ne virent plus passer le temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les rideaux de velours laissaient filtrer un dernier rayon de soleil, le jour baissait. Marc regardait \u00e9lise dormir. La demi obscurit\u00e9 faisait d\u2019elle une autre femme, abandonn\u00e9e dans ses cheveux d\u00e9nou\u00e9s. Sur la table de nuit, dans un cendrier en argent, le diamant le narguait. Il pensa bien \u00e0 se lever discr\u00e8tement, attraper son jean et son pull et fuir en l\u2019emportant. Mais il la vit, si douce, si fragile, un peu fan\u00e9e peut-\u00eatre, mais juste assez pour l\u2019\u00e9mouvoir. Le confort qui l&rsquo;entourait, il ne l\u2019avait jamais connu. C\u2019\u00e9tait si bien, si rassurant apr\u00e8s ces ann\u00e9es de gal\u00e8re\u2026 Un peu de calme, plus d\u2019aventures, au moins pour quelques temps\u2026 Il sentait cette femme-l\u00e0, celle qui dormait tranquille \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, il la sentait pr\u00eate \u00e0 lui donner beaucoup, \u00e0 lui donner enfin ce qu\u2019il cherchait sans le savoir depuis longtemps, un port d\u2019attache. Alors, il reposa sa t\u00eate sur l\u2019oreiller.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Brusquement elle a saut\u00e9 du lit d\u2019un bond, remis le diamant \u00e0 son doigt, secou\u00e9 ses longs cheveux. Puis elle a dit\u00a0:<br \/>\n\u2013 Debout mon petit Marc ! Je suis en retard. Il faut que tu t\u2019habilles et que tu files ! C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s agr\u00e9able mais je dois remettre de l\u2019ordre. D\u00e9p\u00eache-toi, j\u2019attends mes parents pour le d\u00eener.<br \/>\nAlors il est parti.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Premi\u00e8re diffusion : 12\/08\/2017 Le couvert \u00e9tait mis : deux assiettes, les serviettes blanches bien pli\u00e9es, en triangle, comme \u00c9lise les aimait. Les couverts d\u2019argent luisaient doucement, les verres \u00e9tincelaient. Elle ajouta quelques fleurs au centre de la table, s\u2019assit, lissa sa jupe, arrangea ses cheveux, posa ses mains sur ses genoux et attendit. 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