{"id":51016,"date":"2024-11-14T07:47:28","date_gmt":"2024-11-14T06:47:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=51016"},"modified":"2024-11-15T19:47:11","modified_gmt":"2024-11-15T18:47:11","slug":"go-west-58","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=51016","title":{"rendered":"Go West ! (58)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>(&#8230;) Il avait un but, Tom, un plan dans sa t\u00eate : remettre en marche la machine \u00e0 piston libre, repartir \u00e0 La Jolla en automne pour passer un master en g\u00e9ophysique, revenir travailler trois ans \u00e0 la Belridge pour lui rembourser ses \u00e9tudes&#8230; cinq ans tout trac\u00e9s. Pour ce qui est de Laureen, sa petite amie, elle ne faisait pas partie du plan, du moins pas consciemment. On verrait plus tard\u2026plus tard&#8230; l\u2019\u00e9tranger surement, le p\u00e9trole&#8230; Aramco peut-\u00eatre, l\u2019Arabie Saoudite, ou alors l\u2019Irak, l\u2019Iran&#8230; le monde&#8230;<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>Et moi, mon plan, c\u2019\u00e9tait quoi ?<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Si j\u2019avais un peu de chance, entrer \u00e0 l\u2019\u00c9cole des Mines, aux Ponts, \u00e0 Centrale\u2026 l\u2019une ou l\u2019autre, quelle importance ? Et apr\u00e8s ? Apr\u00e8s ? On verrait bien. De toute fa\u00e7on ce serait facile, sans effort. Mais avant \u00e7a ? Demain, la semaine prochaine ? Revoir Patricia ? Coucher avec elle pendant une semaine, quinze jours ? Et apr\u00e8s ? Rentrer en France, amoureux triste et r\u00e9sign\u00e9 ? Reprendre la drague \u00e9ternelle ? Raconter ses aventures am\u00e9ricaines \u00e0 des amis qui se lasseront vite de les entendre ? Lamentable&#8230; presque path\u00e9tique. Je suis un Holden Caulfield attard\u00e9, un Vigny mat\u00e9rialiste\u2026 Pas de futur, pas de futur voulu en tout cas.<br \/>\nIl a de la chance Tom, il a un futur, lui, un futur qu\u2019il voit, et m\u00eame si Laureen <!--more-->n\u2019y figure pas, pas encore, elle ou l\u2019une de ses cons\u0153urs en fera partie un de ces jours. Moi, je n\u2019ai qu\u2019une Patricia, dont je me demande de plus en plus si tous ces efforts pour la retrouver, \u00e7a valait vraiment la peine. Est-ce que seulement je l\u2019aime, Patricia ? Ou bien mon sentiment se r\u00e9sume-t-il \u00e0 mon souvenir de notre apr\u00e8s-midi \u00e0 l\u2019h\u00f4tel Claude Bernard, \u00e0 mon regret de son corps ? Finalement, est-ce que tout \u00e7a valait le coup ? Ce voyage, le continuer, est-ce que \u00e7a vaut encore le coup ? Est-ce que \u00e7a ne serait pas plus simple, plus facile, de tout plaquer, Tom, Patricia, L&rsquo;Am\u00e9rique, mon amour-propre et de filer chez le Consul de France le plus proche ? Je lui raconterais la v\u00e9rit\u00e9, je lui demanderais de me prot\u00e9ger, de t\u00e9l\u00e9phoner \u00e0 mes parents. Eux feraient le n\u00e9cessaire, le superflu, l\u2019impossible pour me faire rapatrier, loin des sheriffs du Tennessee, des flics de Santa Monica et des hommes du Pr\u00e9sident. C\u2019est \u00e7a ! Demain, au bureau, je chercherai dans l\u2019annuaire l\u2019adresse du consul \u00e0 Los Angeles. J\u2019irai le voir et il me prendra en charge. Je n\u2019aurai plus \u00e0 m\u2019en faire. Dans une semaine, je serai \u00e0 Paris. Peut-\u00eatre m\u00eame que je pourrai aller passer une semaine chez Yves, \u00e0 La Baule, pour finir les vacances\u2026<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00c7a va mieux ! La piscine est pass\u00e9e \u00e0 l\u2019ombre du motel et il commence \u00e0 faire bon. Les projets que je viens de dessiner, presque autant de d\u00e9cisions prises, m\u2019ont remont\u00e9 le moral et je tends le bras pour saisir une autre bi\u00e8re. Tom parle toujours et il ne semble rien attendre de moi en retour de ses confidences. Dans une demi-heure, on rentrera au frais dans son studio, on pr\u00e9parera le barbecue \u00e0 gaz sur la loggia et on fera griller des saucisses. On ouvrira quelques bi\u00e8res de plus et Tom allumera la t\u00e9l\u00e9vision. Il y aura un match de football, ou de baseball, ou de basketball, et je lui demanderai de m\u2019expliquer les r\u00e8gles. Je m\u2019en fous des r\u00e8gles, mais \u00e7a m\u2019\u00e9vitera d\u2019avoir \u00e0 parler de moi. La soir\u00e9e passera comme \u00e7a et puis vers onze heures, Tom me reconduira jusqu\u2019au <em>guest house<\/em> de McKittrick o\u00f9 je m\u2019endormirai dans des relents de bi\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">C\u2019est \u00e0 peu pr\u00e8s comme \u00e7a que \u00e7a s\u2019est pass\u00e9, sauf que, vers onze heures, Tom s\u2019est lev\u00e9 du canap\u00e9 avec difficult\u00e9 et, un peu chancelant, il m\u2019a dit avec application : \u00ab \u00c9coute, Phil. \u00c7a m\u2019ennuie de te dire \u00e7a, mais je ne vais pas pouvoir te ramener \u00e0 McKittrick. J\u2019ai bu une ou deux bi\u00e8res de trop et je me sens un peu fatigu\u00e9. Ce n\u2019est pas que je sois vraiment saoul, mais ce ne serait pas prudent de conduire. Tu sais, les flics sont plut\u00f4t s\u00e9v\u00e8res avec \u00e7a. D\u00e9sol\u00e9. Il va falloir que tu dormes sur le canap\u00e9 \u00bb et il s\u2019est laiss\u00e9 retomber lourdement dessus. Apr\u00e8s quelques secondes de r\u00e9flexion, il a ajout\u00e9 : \u00ab Ou alors, tu prends le pick-up et tu rentres tout seul. Demain matin, je prendrai la Corvette. Tu n\u2019as pas bu, toi ? Tu te sens OK ? \u00bb<br \/>\nEn fait, j\u2019avais bu au moins autant que lui, mais la bi\u00e8re absorb\u00e9e et les nouvelles r\u00e9solutions que je venais de prendre m\u2019avaient plong\u00e9 dans une joyeuse euphorie. Prendre le pick-up ? Je n\u2019aurais jamais imagin\u00e9 qu\u2019il me proposerait un truc pareil ! J\u2019avais un peu bu, d\u2019accord, mais je me sentais parfaitement en \u00e9tat de conduire. Et puis, l\u2019id\u00e9e de me retrouver \u00e0 nouveau seul au volant d\u2019une voiture me galvanisait. Je me concentrai une seconde pour rassembler mes forces et me lever du canap\u00e9 sans effort apparent. Nonchalamment appuy\u00e9 d\u2019une main sur le poste de t\u00e9l\u00e9vision pour garder un parfait \u00e9quilibre, je r\u00e9ussis \u00e0 articuler tr\u00e8s clairement : \u00ab Bien s\u00fbr, que je me sens OK, Tom. Je n\u2019ai pas bu grand-chose et je n\u2019ai pas du tout sommeil. Je vais rentrer au <em>guest house<\/em>, comme \u00e7a, je ne te d\u00e9rangerai pas et tu pourras dormir tranquille. Bon, allez ! Autant y aller tout de suite\u00a0! Je prends les cl\u00e9s et je m\u2019en vais. Dors bien, Tom, et \u00e0 demain matin\u2026\u00a0\u00bb et je sortis en vitesse avant qu\u2019il ne change d\u2019avis.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La route filait droit vers le nord, noire et silencieuse \u00e0 travers le d\u00e9sert gris sous la lune. J\u2019avais coup\u00e9 la radio qui s\u2019\u00e9tait allum\u00e9e d\u2019elle-m\u00eame d\u00e8s que j\u2019avais mis le contact et j\u2019avais ouvert en grand les deux fen\u00eatres. J\u2019\u00e9coutais le feulement du vent qui recouvrait presque compl\u00e8tement le ronronnement du six-cylindres. Fascin\u00e9 par l\u2019interminable ligne blanche que le capot avalait, je m\u2019amusais \u00e0 la conserver le plus exactement possible dans l\u2019axe du pick-up. Devant moi, des poteaux t\u00e9l\u00e9graphiques de bois brut grandissaient dans le pare-brise pour dispara\u00eetre en chuintant \u00e0 la fen\u00eatre de droite. Je me sentais en pleine forme. Je me mis \u00e0 chanter \u2014<em> I&rsquo;m Just a gigolo<\/em> \u2014 en frappant du plat des deux mains le rythme du <em>be-bop<\/em> sur le volant, puis je me calmai un peu et roulai quelques minutes en silence. \u00c7a devenait ennuyeux, cette route toute droite. Je me mis \u00e0 chercher des yeux un <em>jack-rabbit<\/em> \u00e0 poursuivre. Il n\u2019y en avait pas mais, r\u00e9guli\u00e8rement, je voyais des pistes quitter la route pour s\u2019enfoncer droit dans le d\u00e9sert. C\u2019\u00e9tait tentant. J\u2019en rep\u00e9rai une qui s\u2019approchait \u00e0 toute vitesse. Je ralentis \u00e0 peine et, braquant brusquement sur la gauche, je traversai la chauss\u00e9e. Sit\u00f4t le bitume quitt\u00e9, le pick-up se mit \u00e0 tanguer et \u00e0 rouler. L\u2019enfer s\u2019\u00e9tait d\u00e9cha\u00een\u00e9 : \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, quelque chose de lourd et de m\u00e9tallique se mit \u00e0 cogner sur le plancher et sur les bords du plateau ; dans les passages de roue et sous la carrosserie, des milliers de cailloux venaient mitrailler la t\u00f4le tandis qu\u2019une temp\u00eate de sable s\u2019installait \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la cabine. Vers l\u2019avant, la voiture poussait la lueur de ses phares de part et d\u2019autre de doubles traces zig-zaguantes qui se chevauchaient, se coupaient et se recoupaient les unes les autres avant de disparaitre sous la voiture. J\u2019\u00e9tais aux anges. J\u2019\u00e9tais m\u00eame tellement heureux que je poussai un long cri de cow-boy : <em>Yahooo\u00a0!<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\">A SUIVRE\u00a0<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) Il avait un but, Tom, un plan dans sa t\u00eate : remettre en marche la machine \u00e0 piston libre, repartir \u00e0 La Jolla en automne pour passer un master en g\u00e9ophysique, revenir travailler trois ans \u00e0 la Belridge pour lui rembourser ses \u00e9tudes&#8230; cinq ans tout trac\u00e9s. Pour ce qui est de Laureen, sa &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=51016\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Go West ! 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