{"id":51011,"date":"2024-11-08T07:47:48","date_gmt":"2024-11-08T06:47:48","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=51011"},"modified":"2024-11-10T09:56:57","modified_gmt":"2024-11-10T08:56:57","slug":"go-west-57","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=51011","title":{"rendered":"Go West ! (57)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-47974\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg\" alt=\"\" width=\"188\" height=\"127\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-960x650.jpeg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-768x520.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-1536x1041.jpeg 1536w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-2048x1388.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 188px) 100vw, 188px\" \/>(&#8230;)<\/span><\/em> <span style=\"color: #0000ff;\"><em> j\u2019ai les yeux ferm\u00e9s mais je sais que ce n\u2019est pas la nuit ; ce n\u2019est m\u00eame que la fin de l\u2019apr\u00e8s-midi ; dehors, on entend des voitures qui passent, des pi\u00e9tons qui parlent ; je sens un corps coll\u00e9 contre le mien ; il a \u00e9pous\u00e9 sa forme ; je sens son dos, ses reins, ses cuisses ; sa t\u00eate est l\u00e9g\u00e8re sur mon bras gauche \u00e9tendu en travers du lit ; ses cheveux agacent mon nez ; son odeur m\u2019\u00e9meut ; mon bras droit est pass\u00e9 sous le sien et ma main enveloppe un petit sein ; sa douceur me bouleverse ; Patricia, Patricia, enfin&#8230; ; elle dort ; nous avons fait l\u2019amour ; je la d\u00e9sire encore, mais je veux la laisser dormir ; je l\u2019aime ; je suis d\u00e9tendu ; je p\u00e8se sur la terre ; je la ressens sous moi, sous le lit, sous l\u2019h\u00f4tel ; elle tourne, je peux le sentir ; je suis bien ; je suis amoureux ; je ne pense \u00e0 rien, m\u00eame pas au fait que demain, Patricia partira. \u00c0 rien&#8230; et je me rendors.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">J\u2019ai ouvert les yeux. Se d\u00e9tachant sur le mur encore noir, les deux vitrages de la fen\u00eatre \u00e0 l\u2019anglaise sont gris clair. C\u2019est le jour qui se l\u00e8ve. Tout de suite, je me souviens de Patricia et de son corps contre le mien mais je sais qu\u2019il n\u2019est pas l\u00e0. Pourtant, tout \u00e0 l\u2019heure, sa pr\u00e9sence dans mon lit n\u2019\u00e9tait pas un r\u00eave, sinon je l\u2019aurais d\u00e9j\u00e0 oubli\u00e9e. C\u2019\u00e9tait le r\u00e9sultat d\u2019un effort de ma m\u00e9moire, peut-\u00eatre ce que l\u2019on appelle un songe \u00e9veill\u00e9, un r\u00eave o\u00f9 l\u2019on s\u2019efforce et o\u00f9 parfois on arrive \u00e0 orienter le cours de son d\u00e9veloppement. Je tente de poursuivre le mien, mais comme un <!--more-->moteur malade qui tousse et s\u2019\u00e9teint apr\u00e8s quelques hoquets, les images de cette fin de journ\u00e9e d\u2019hiver \u00e0 Paris surgissent, toujours les deux ou trois m\u00eames, se succ\u00e8dent, se figent et finissent par disparaitre, ne me laissant que la r\u00e9alit\u00e9 de ma chambre au milieu du d\u00e9sert californien que la clart\u00e9 du jour commence \u00e0 envahir.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Patricia&#8230; tout ce que j\u2019avais v\u00e9cu de nouveau, d\u2019excitant et de terrible depuis mon arriv\u00e9e en Am\u00e9rique me l\u2019avait fait presque oublier, mais cette nuit me l\u2019avait rappel\u00e9e. J\u2019\u00e9tais amoureux et c\u2019\u00e9tait \u00e0 cause d\u2019elle sinon par sa faute que j\u2019en \u00e9tais l\u00e0. Je l\u2019aimais et si j\u2019arrivais \u00e0 la rejoindre, tout s\u2019arrangerait. Elle m\u2019abriterait, elle m\u2019aiderait \u00e0 me sortir de mes ennuis et nous passerions enfin des nuits et des nuits ensemble.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">C\u2019est sans doute ce retour d\u2019optimisme qui me fit apparaitre d\u2019un coup la solution, \u00e9vidente, \u00e0 port\u00e9e de main. D\u00e9sormais, j\u2019avais un plan, un vrai. Il n\u2019\u00e9tait plus question d\u2019attraper des trains de nuit au vol, plus question de traverser des rivi\u00e8res glac\u00e9es dans des montagnes hostiles\u00a0! De toute fa\u00e7on, le Canada, c\u2019\u00e9tait idiot\u00a0: je risquais de me casser une jambe ou de me noyer si je ne me faisais pas pincer avant par la police des fronti\u00e8res&#8230; et puis, une fois l\u00e0-bas, du c\u00f4t\u00e9 de Vancouver, je me trouverais encore plus loin que je ne l\u2019avais jamais \u00e9t\u00e9 de Washington D.C. Non\u00a0! Mon plan \u00e9tait simple, concret\u00a0; il avait un nom\u00a0: Greyhound, les bus transcontinentaux Greyhound, tout d\u2019acier \u00e9tincelant et de vitres fum\u00e9es, avec leur air conditionn\u00e9, leur chauffeur tout-puissant et galonn\u00e9 comme un commandant de 707, leur ponctualit\u00e9, leur s\u00e9curit\u00e9, leurs arr\u00eats programm\u00e9s dans les bus-stop, aussi typiques de l\u2019Am\u00e9rique profonde que, cent ans plus t\u00f4t, les diligences de Wells et Fargo. Ils \u00e9taient le moyen de transport le plus anonyme et, mis \u00e0 part l\u2019auto-stop, le plus \u00e9conomique et le plus rapide pour traverser les \u00c9tats-Unis. Rester plant\u00e9 sur le bord de la route, parfois pendant des heures, \u00e0 la merci d\u2019un contr\u00f4le de police, c\u2019\u00e9tait quelque chose que je ne pouvais plus risquer. Mon esprit s\u2019\u00e9tait mis \u00e0 cavaler all\u00e8grement sur cette id\u00e9e\u00a0: Bakersfield &#8211; Washington, en Greyhound\u00a0! \u00c7a ne devait pas prendre plus de trois ou quatre jours. Bient\u00f4t, je recevrai de Tom les 60 dollars promis, et avec \u00e7a, je pourrai surement me payer le billet et les quelques sandwiches qui me permettraient de tenir jusqu\u2019\u00e0 Washington, jusque chez Patricia.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">A pr\u00e9sent, il faisait plein jour et, pour une fois, l\u2019avenir s\u2019annon\u00e7ait bien. Je me levai et passai un long moment sous la douche. Je la pris froide, ce qui \u00e9tait chez moi un signe exceptionnel de volont\u00e9. Je suppose que par cet acte de courage, je voulais cristalliser mon nouvel \u00e9tat d\u2019esprit. Tout \u00e0 l\u2019heure, je convaincrai Tom que la seule solution \u00e9tait de travailler avec moi \u00e0 la traduction des manuels Alsthom. Dans trois ou quatre jours, ce serait termin\u00e9 et Tom me paierait mes 60 dollars. Et puis il m\u2019emm\u00e8nerait dans sa voiture \u00e0 Bakersfield o\u00f9 je nous voyais diner ensemble pour la derni\u00e8re fois. Nous nous quitterions bons amis devant la gare routi\u00e8re et quatre jours plus tard, cinq au maximum, j\u2019arriverais \u00e0 Washington \u00e0 la nuit tombante. Alors, je t\u00e9l\u00e9phonerais \u00e0 Patricia et elle viendrait me chercher dans sa petite Coccinelle bleu ciel. Elle m\u2019emm\u00e8nerait chez elle et nous dormirions notre premi\u00e8re nuit compl\u00e8te pour enfin nous r\u00e9veiller ensemble.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Le lendemain, vers 3 heures de l\u2019apr\u00e8s-midi, Tom m\u2019a propos\u00e9 d\u2019aller \u00e0 son motel pour y finir la journ\u00e9e\u00a0: il ach\u00e8terait de la bi\u00e8re, on ferait griller des saucisses ou du poulet au barbecue, on mangerait des past\u00e8ques et des marshmallows, on passerait le reste de la journ\u00e9e autour de la piscine. Je me suis \u00e9tonn\u00e9 :<br \/>\n\u00ab\u00a0Maintenant ? Tout de suite ? Mais, il n\u2019est que trois heures !<br \/>\n\u2014 Raison de plus. Dans les services techniques, on travaille cinq jours par semaine, de 7 heures \u00e0 2 heures et demi de l\u2019apr\u00e8s-midi. Apr\u00e8s, il fait bien trop&#8230; On y va ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">A l\u2019entr\u00e9e de Taft, nous nous sommes arr\u00eat\u00e9s pour acheter des packs de bi\u00e8re, des sacs de glace et du charbon de bois et \u00e0 4 heures, nous \u00e9tions debout dans la piscine, une bi\u00e8re \u00e0 la main, \u00e0 \u00e9voquer nos pass\u00e9s respectifs.<br \/>\nIl me raconte son enfance \u00e0 Encinitas, petite ville au bord du Pacifique, son p\u00e8re disparu sur le Yorktown coul\u00e9 en mer par les Japonais en juin 1942 le jour de ses cinq ans, \u00a0son enfance dans le souvenir du h\u00e9ros dont en r\u00e9alit\u00e9 il ne garde que l\u2019image d\u2019un homme en tenue blanche posant devant un porte-avion dans le port militaire de San Diego, son adolescence entre une m\u00e8re biblioth\u00e9caire et d\u00e9vote, une grande s\u0153ur r\u00e9volt\u00e9e et un petit fr\u00e8re ador\u00e9, ses boulots d\u2019\u00e9t\u00e9, son admission \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de La Jolla comme boursier en tant que fils de Navy KIA, marin mort au combat, l\u2019interruption de ses \u00e9tudes \u00e0 la mort de sa m\u00e8re dans un accident de voiture, son embauche comme vendeur chez Penney\u2019s \u00e0 Five Points, son dipl\u00f4me obtenu en cours du soir, son premier vrai salaire \u00e0 la San Diego Gas &amp; Electric, et puis son embauche \u00e0 la Belridge Oil Company\u2026<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Tandis que j\u2019\u00e9coute Tom, je pense \u00e0 ma propre vie, sans drame, sans histoire, facile, avec un p\u00e8re vivant et joyeux, une m\u00e8re admirative, une s\u0153ur presque femme quand je n\u2019\u00e9tais encore qu\u2019un enfant. Tout m\u2019a \u00e9t\u00e9 facile, je n\u2019ai jamais eu \u00e0 travailler, ni avant ni pendant mes \u00e9tudes, et il y a tout \u00e0 parier que ce sera pareil quand j\u2019aurai int\u00e9gr\u00e9 une de ces grandes \u00e9coles. M\u00eame pour faire ce grand voyage, je n\u2019ai eu d\u2019autre effort \u00e0 accomplir que celui de convaincre mes parents. Oui, j\u2019ai eu de la chance, car dans tout ce confort, je n\u2019y suis pour rien. C\u2019est comme \u00e7a.<br \/>\nTom, lui, avait d\u00fb non pas se battre, le mot est trop fort, mais renoncer \u00e0 des plaisirs, faire des sacrifices, travailler. Il ne s\u2019en plaignait pas, Tom, il ne s\u2019\u00e9tendait pas sur la disparition de son p\u00e8re, sur la rigueur de sa m\u00e8re, ni sur leur modeste niveau de vie. C\u2019\u00e9tait comme \u00e7a. Au contraire, il racontait avec plaisir quelques souvenirs d\u2019enfance, sa visite du porte-avions Yorktown avec son p\u00e8re quand il avait quatre ans, les entrainements de football avec le pasteur Wyllis apr\u00e8s l\u2019\u00e9cole du Dimanche, son premier flirt sur la plage d\u2019Encinitas\u2026 et puis, maintenant qu\u2019il avait son dipl\u00f4me, un emploi et une petite amie r\u00e9guli\u00e8re. Il avait un but, Tom, un plan dans sa t\u00eate : remettre en marche la machine \u00e0 piston libre, repartir \u00e0 La Jolla en automne pour passer un <em>master<\/em> en g\u00e9ophysique, revenir travailler trois ans \u00e0 la Belridge pour lui rembourser ses \u00e9tudes&#8230; cinq ans tout trac\u00e9s. Pour ce qui est de Laureen, sa petite amie, elle ne faisait pas partie du plan, du moins pas consciemment. On verrait plus tard\u2026plus tard&#8230; l\u2019\u00e9tranger surement, le p\u00e9trole&#8230; Aramco peut-\u00eatre, l\u2019Arabie Saoudite, ou alors l\u2019Irak, l\u2019Iran&#8230; le monde&#8230;<br \/>\nEt moi, mon plan, c\u2019\u00e9tait quoi ?<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">A SUIVRE<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) j\u2019ai les yeux ferm\u00e9s mais je sais que ce n\u2019est pas la nuit ; ce n\u2019est m\u00eame que la fin de l\u2019apr\u00e8s-midi ; dehors, on entend des voitures qui passent, des pi\u00e9tons qui parlent ; je sens un corps coll\u00e9 contre le mien ; il a \u00e9pous\u00e9 sa forme ; je sens son dos, &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=51011\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Go West ! 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