{"id":51006,"date":"2024-11-04T07:47:56","date_gmt":"2024-11-04T06:47:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=51006"},"modified":"2024-11-04T18:30:58","modified_gmt":"2024-11-04T17:30:58","slug":"go-west-56","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=51006","title":{"rendered":"Go West ! (56)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>(&#8230;) Mais \u00e7a n\u2019a pas dur\u00e9 et, \u00e0 la prochaine apparition de Mitchum, Judy s\u2019est \u00e0 nouveau jet\u00e9e dans mes bras. Et ainsi de suite, de rebondissement en rebondissement, jusqu\u2019\u00e0 la fin du film. Quand, apr\u00e8s l\u2019apparition du mot FIN, l\u2019\u00e9cran devint blanc \u00e0 travers le pare-brise, les lampadaires du parking s\u2019\u00e9clair\u00e8rent tous ensemble et les voitures qui nous entouraient commenc\u00e8rent \u00e0 d\u00e9marrer. Judy et moi n\u2019avions pas \u00e9t\u00e9 bien loin dans un flirt a peine pouss\u00e9\u2026 pas mal de first base, un peu de second base, mais surtout pas de troisi\u00e8me base. Encore aujourd\u2019hui, je suis persuad\u00e9 que ni Judy ni moi ne souhaitions y parvenir.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Les filles nous ont raccompagn\u00e9 jusqu\u2019au bowling. Nous avons \u00e9chang\u00e9 nos noms et nos adresses \u2014 si jamais tu viens en France\u2026 \u2014 puis Tom et moi nous avons quitt\u00e9 Bakersfield dans la Corvette d\u00e9capot\u00e9e. Nous avons roul\u00e9 en silence jusqu\u2019au <em>guest house<\/em>. Aucun de nous deux ne souhaitait raconter \u00e0 l\u2019autre ce qui s\u2019\u00e9tait r\u00e9ellement pass\u00e9 dans la voiture. Deux jeunes hommes frustr\u00e9s, deux gentlemen ? Aujourd\u2019hui je ne sais plus. Tom m\u2019a dit \u00ab Bonne nuit. Demain matin 7 heures, je viens directement au <em>guest house<\/em> et on regarde tout \u00e7a. D\u2019accord ?\u00a0\u00bb<br \/>\nJ\u2019ai dit \u00ab\u00a0D\u2019accord, bien s\u00fbr, et merci pour le restaurant, le film, tout \u00e7a. Sacr\u00e9e soir\u00e9e ! C\u2019\u00e9tait sympa.\u00a0\u00bb Et il est reparti vers Taft, vers son motel. A l\u2019\u00e9poque, on ne disait pas \u00ab\u00a0super\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0top\u00a0\u00bb, alors, \u00ab\u00a0c\u2019\u00e9tait sympa.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Il est une heure du matin. Je suis fatigu\u00e9, j\u2019ai sommeil&#8230; les bi\u00e8res sans doute. Je n\u2019allume pas de lumi\u00e8re, je me d\u00e9barrasse de l\u2019essentiel de mes v\u00eatements et je m\u2019affale sur le lit. Je suis \u00e9tendu sur le dos, en cale\u00e7on et chaussettes, les yeux ferm\u00e9s, convaincu que le sommeil va tr\u00e8s vite couronner cette journ\u00e9e, finalement plut\u00f4t agr\u00e9able. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de tenter une autre m\u00e9thode pour avancer dans ma traduction. Je vais proposer \u00e0 Tom <!--more-->que nous travaillions ensemble. J\u2019expliquerai \u00e0 l\u2019aide des notices d\u2019Alsthom la forme et la fonction de telle pi\u00e8ce dont la traduction en anglais m\u2019\u00e9chappe, et lui trouvera le mot anglais ad\u00e9quat. Apr\u00e8s tout, il est ing\u00e9nieur et il doit conna\u00eetre le jargon de sa technique. \u00c7a pourrait marcher, en tout cas mieux que ce que j\u2019avais pu faire jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. L\u2019id\u00e9e de pouvoir avancer dans la traduction de ne plus mentir ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, de moins mentir \u00e0 Tom soulage ma conscience. Et puis notre soir\u00e9e de <em>cruising <\/em>et ce qui s\u2019en \u00e9tait suivi a \u00e9t\u00e9 une vraie d\u00e9tente. Effectivement, le sommeil vient vite et, sans que j\u2019aie le temps de me dire \u00ab\u00a0je m\u2019endors\u00a0\u00bb, je m\u2019endors.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Un peu plus tard, je reprends progressivement conscience. Tout d\u2019abord, je garde les yeux ferm\u00e9s. J\u2019ai compris que je suis en train de m\u2019\u00e9veiller et pourtant, je tente de ressaisir les bribes du songe que je viens de quitter. Je suis sur le point d\u2019y parvenir, j\u2019enchaine deux, trois images coh\u00e9rentes qui prolongent mon r\u00eave disparu, puis, sans me laisser le moindre souvenir de ce qu\u2019elles ont pu \u00eatre un instant auparavant, elles s\u2019\u00e9vanouissent pour se fondre dans le noir absolu. Je r\u00e9alise alors que cette obscurit\u00e9, c\u2019est celle qui r\u00e8gne dans la pi\u00e8ce o\u00f9 je me trouve et dont je n\u2019ai aucun souvenir. J\u2019ai les yeux ouverts, je suis \u00e9veill\u00e9, mais je ne cherche pas \u00e0 savoir o\u00f9 je suis. Je m\u2019efforce m\u00eame de bloquer toute pens\u00e9e qui puisse m\u2019y amener.<br \/>\nJe veux rester sur ce lit vague et impr\u00e9cis, je veux retourner dans ce r\u00eave paisible dont il ne reste rien. Mais la r\u00e9alit\u00e9 commence \u00e0 percer mon inconscience comme, la nuit, des bulles de gaz viennent percer la surface d\u2019un \u00e9tang. Raidi sur mon lit, les doigts crisp\u00e9s sur les plis du drap, je tente par la pens\u00e9e de repousser sous la surface ces cloques de m\u00e9moire, mais elles \u00e9clatent en d\u00e9sordre et me rappellent l\u2019auto-stop, l\u2019Am\u00e9rique, le garage de Bill, les longues attentes au soleil, les camions qui passent en hurlant, les filles au bord du torrent, l\u2019avion qui plonge dans le canyon, les copains dans l\u2019Hudson et, tout \u00e0 coup, Marylin, Marylin, Marylin&#8230;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Avec elle, tout est revenu, d\u2019un coup, le dictaphone, la fuite, Tom et le moteur \u00e0 piston libre, Cape Fear et Judy. Je suis pleinement conscient de la r\u00e9alit\u00e9, perdu, loin de tout, recherch\u00e9, sans argent&#8230; \u00a0Et tout \u00e0 l\u2019heure, je devrai avouer au gentil Tom que je suis incapable d\u2019accomplir ce pour quoi il m\u2019abrite et me paie.<br \/>\nQuand je r\u00e9alise que, pour la premi\u00e8re fois de ma vie, je n\u2019arrive pas \u00e0 imaginer le moins du monde ce que demain pourrait \u00eatre, mon corps se couvre d\u2019une sueur qui se glace sous le souffle l\u2019air conditionn\u00e9 tombant du plafond. Je frissonne. J\u2019entends dans mes oreilles les battements sourds de mon c\u0153ur qui s\u2019acc\u00e9l\u00e8rent, qui s&#8217;acc\u00e9l\u00e8rent. J\u2019ai du mal \u00e0 respirer, j\u2019ai peur. Est-ce que je suis en train de mourir ? Mon Dieu, je suis en train de mourir ! Et puis je me force \u00e0 inspirer lentement, mon c\u0153ur ralentit, je ne transpire presque plus. Je me glisse sous le drap, j\u2019ai moins froid. \u00c7a va mieux. Je ne vais peut-\u00eatre pas mourir.<br \/>\nPour calmer mon angoisse, il faut que je pense \u00e0 quelque chose de paisible, de doux, de chaud&#8230; Je force ma m\u00e9moire vers la plage de Saint-Briac quand j\u2019avais douze ans, vers les d\u00e9parts \u00e0 la chasse le samedi soir dans la 403 enfum\u00e9e de mon p\u00e8re, vers la d\u00e9couverte des vraies montagnes du haut du Signal \u00e0 l\u2019Alpe d\u2019Huez&#8230; Les images viennent facilement mais elles ont quelque chose d\u2019artificiel, de conventionnel ; elles disparaissent en quelques secondes, laissant la place \u00e0 une sourde inqui\u00e9tude. Encore un effort de pens\u00e9e et je suis allong\u00e9 sur un lit \u00e9troit ; je me tourne sur le c\u00f4t\u00e9 pour me coucher en chien de fusil ; j\u2019ai les yeux ferm\u00e9s mais je sais que ce n\u2019est pas la nuit ; ce n\u2019est m\u00eame que la fin de l\u2019apr\u00e8s-midi ; dehors, on entend des voitures qui passent, des pi\u00e9tons qui parlent ; je sens un corps coll\u00e9 contre le mien ; il a \u00e9pous\u00e9 sa forme ; je sens son dos, ses reins, ses cuisses ; sa t\u00eate est l\u00e9g\u00e8re sur mon bras gauche \u00e9tendu en travers du lit ; ses cheveux agacent mon nez ; son odeur m\u2019\u00e9meut ; mon bras droit est pass\u00e9 sous le sien et ma main enveloppe un petit sein ; sa douceur me bouleverse ; Patricia, Patricia, enfin&#8230; ; elle dort ; nous avons fait l\u2019amour ; je la d\u00e9sire encore, mais je veux la laisser dormir ; je l\u2019aime ; je suis d\u00e9tendu ; je p\u00e8se sur la terre ; je la ressens sous moi, sous le lit, sous l\u2019h\u00f4tel ; elle tourne, je peux le sentir ; je suis bien ; je suis amoureux ; je ne pense \u00e0 rien, m\u00eame pas au fait que demain, Patricia partira. \u00c0 rien&#8230; et je me rendors.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">A SUIVRE<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) Mais \u00e7a n\u2019a pas dur\u00e9 et, \u00e0 la prochaine apparition de Mitchum, Judy s\u2019est \u00e0 nouveau jet\u00e9e dans mes bras. Et ainsi de suite, de rebondissement en rebondissement, jusqu\u2019\u00e0 la fin du film. Quand, apr\u00e8s l\u2019apparition du mot FIN, l\u2019\u00e9cran devint blanc \u00e0 travers le pare-brise, les lampadaires du parking s\u2019\u00e9clair\u00e8rent tous ensemble et &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=51006\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Go West ! 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