{"id":50985,"date":"2024-10-22T07:47:02","date_gmt":"2024-10-22T05:47:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=50985"},"modified":"2024-10-23T08:10:25","modified_gmt":"2024-10-23T06:10:25","slug":"go-west-53","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=50985","title":{"rendered":"Go West ! (53)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-47974\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg\" alt=\"\" width=\"182\" height=\"123\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-960x650.jpeg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-768x520.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-1536x1041.jpeg 1536w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-2048x1388.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 182px) 100vw, 182px\" \/>(&#8230;)Je pris alors en main le manuel de maintenance et passai directement \u00e0 la table des mati\u00e8res. Il y avait un chapitre 6\u00a0: <span style=\"text-decoration: underline;\">Pannes et dysfonctionnements &#8211; M\u00e9thodologie de r\u00e9paration<\/span>.<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>76 pages en tout\u00a0! Je commen\u00e7ai \u00e0 lire :<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em><u>6-1. Arr\u00eats inopin\u00e9s du moteur<br \/>\n<\/u><u>6-1-1. Nature des arr\u00eats<\/u><br \/>\n<u>6-1-2. V\u00e9rifications pr\u00e9liminaires<br \/>\n<\/u>Je survolai les deux paragraphes qui n\u2019avaient pas l\u2019air trop difficile \u00e0 traduire. Je continuai de la m\u00eame mani\u00e8re jusqu\u2019au paragraphe 6-1-5. D\u00e9montages pr\u00e9alables dans lequel j\u2019entrai, plein de confiance.<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>Elle ne dura pas.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00c0 l\u2019\u00e9cole, au lyc\u00e9e, des professeurs ont certainement tent\u00e9 de vous apprendre une ou deux langues \u00e9trang\u00e8res, vivantes ou mortes. Si c\u2019est le cas, vous devez vous souvenir des deux types d\u2019exercice de traduction que l\u2019on pratique couramment dans l\u2019enseignement des langues : le th\u00e8me et la version. Dans ce cas, vous vous rappelez probablement que le th\u00e8me, c\u2019est dix fois plus difficile que la version. Dans la version, si vous comprenez ou si vous devinez par le contexte le sens d\u2019un mot \u00e9tranger que vous ne connaissiez pas, vous trouvez presque ipso facto sa traduction dans votre langue maternelle. Dans l\u2019exercice du th\u00e8me, par d\u00e9finition, vous connaissez le sens du mot \u00e0 traduire. Mais si vous ignorez sa traduction dans l\u2019autre langue, vous \u00eates perdu. Par exemple, si vous avez \u00e0 traduire \u00ab <em>She used to ride a horse every day<\/em>\u00a0\u00bb et que vous ignorez le sens du verbe \u00ab\u00a0<em>to ride<\/em>\u00a0\u00bb, il y a fort \u00e0 parier qu\u2019avec un peu de r\u00e9flexion, vous arriverez \u00e0 deviner qu\u2019il veut dire \u00ab\u00a0monter\u00a0\u00bb. Mais \u00e0 l\u2019inverse, si vous avez \u00e0 traduire en anglais \u00ab\u00a0Elle montait \u00e0 cheval chaque jour\u00a0\u00bb et que vous ne connaissez pas le verbe anglais adequat, vous \u00eates perdu. Ou bien vous restez sec et vous \u00eates d\u00e9consid\u00e9r\u00e9, ou bien vous tentez des \u00ab\u00a0<em>She climbed a horse every day<\/em>\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0<em>She used to go up a horse every day<\/em>\u00a0\u00bb et <!--more-->vous \u00eates ridicule.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Je sentais mon visage en feu. Une sueur froide collait ma chemise \u00e0 mon dos, des gouttes ruisselaient sous mes aisselles. Je me laissai tomber sur une chaise, soudainement vide, \u00e9puis\u00e9. Je retrouvais les sensations de mes 12 ans quand, en composition d\u2019anglais, on me demandait de traduire \u00ab\u00a0Elle montait \u00e0 cheval chaque jour.\u00a0\u00bb \u00c0 pr\u00e9sent je le sais, bien s\u00fbr, mais \u00e0 ce moment de mon r\u00e9cit, comment traduire une soupape, un joint torique, une fixation \u00e0 ba\u00efonnette, un centrage, une clavette, un flasque, une gorge, un palier, une virole ou m\u00eame une simple rondelle\u00a0? \u00c7a ne se devine pas, des trucs pareils\u00a0!<br \/>\nJe cherchai d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment un lexique dans les notices, sur les plans, mais il n\u2019y en avait pas. Chez Alsthom, on n\u2019avait pas jug\u00e9 \u00e7a utile. Des \u00e9trangers qui ach\u00e8tent de la technologie fran\u00e7aise peuvent bien se donner la peine d\u2019apprendre le fran\u00e7ais, non mais sans blague\u00a0!<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">J\u2019\u00e9tais atterr\u00e9. D\u2019ici une heure ou deux, Tom viendrait me chercher pour d\u00e9jeuner. Il me demanderait des nouvelles de mon travail. Si je lui disais la v\u00e9rit\u00e9, si je lui avouais que finalement, j\u2019\u00e9tais incapable de traduire les documents de sa machine, je n\u2019\u00e9tais plus d\u2019aucune utilit\u00e9 pour lui. Je n\u2019aurais plus qu\u2019\u00e0 lui demander de me d\u00e9poser quelque part sur la route en abandonnant toute id\u00e9e de salaire. L\u2019autre solution consistait \u00e0 louvoyer plus ou moins habilement en le faisant patienter, en le rassurant, en lui donnant de temps en temps des traductions de parties plus faciles, en lui promettant pour bient\u00f4t de rapides progr\u00e8s, bref en continuant \u00e0 lui mentir. C\u2019est l\u2019attitude que je d\u00e9cidai d\u2019adopter. Mais cela me rendait malheureux, angoiss\u00e9, honteux. C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois de ma vie que tout ce que je faisais, tout ce que je disais \u00e9tait orient\u00e9 vers une seule chose\u00a0: profiter de la bienveillance de quelqu\u2019un. \u00c0 cette \u00e9poque, j\u2019\u00e9tais plut\u00f4t du genre \u00e0 ne pas m\u2019imposer, \u00e0 me laisser porter, \u00e0 accepter quand elles se pr\u00e9sentaient la sympathie, la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, l\u2019aide et l\u2019hospitalit\u00e9 des gens mais sans que je fasse jamais rien pour l\u2019obtenir. \u00c9tait-ce par amour-propre, par honn\u00eatet\u00e9, par timidit\u00e9 ? Ce que, jusqu\u2019ici, vous avez appris de moi par ce r\u00e9cit vous permettra peut-\u00eatre de le savoir, mais moi, je ne le sais toujours pas. Toujours est-il que la situation me devenait de plus en plus p\u00e9nible. Pourtant, et malgr\u00e9 les doutes que je sentais par instants na\u00eetre dans la confiance que Tom m\u2019accordait, je pers\u00e9v\u00e9rais dans le mensonge. Je me justifiais \u00e0 mes propres yeux en me r\u00e9p\u00e9tant que rester \u00e0 l\u2019abri dans le <em>guest house<\/em> de la Belridge n\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre pas tout \u00e0 fait une question de vie ou de mort, mais pas loin&#8230; une question de survie. Un moment viendrait surement o\u00f9 Tom d\u00e9couvrirait mon ignorance, mais chaque jour pass\u00e9 \u00e0 la Belridge avant cette d\u00e9couverte \u00e9tait un jour gagn\u00e9 pour ma s\u00e9curit\u00e9.<br \/>\nJ\u2019\u00e9tais en plein milieu de la crise la plus grave que j\u2019aie jamais v\u00e9cue. Il fallait tenir et, si je voulais au moins tenter de m\u2019en sortir, il faudrait bien que je transige sur quelques r\u00e8gles morales, que je n\u2019avais d\u2019ailleurs jamais eu l\u2019occasion de mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve.<br \/>\nJ\u2019ai tenu quatre jours. Pendant ces quatre br\u00e8ves journ\u00e9es, et malgr\u00e9 la sourde angoisse qui m\u2019\u00e9treignait, il y eut quand m\u00eame de bons moments. Il y eut cette matin\u00e9e o\u00f9 Tom m\u2019emmena assister au forage d\u2019un puits. La simplicit\u00e9 des op\u00e9rations \u00e0 effectuer et l\u2019efficacit\u00e9 des hommes qui les accomplissaient \u00e9taient \u00e9tonnantes : une \u00e9quipe de quatre foreurs arrivait sur l\u2019endroit pr\u00e9vu par le g\u00e9om\u00e8tre. Elle assemblait et dressait le derrick install\u00e9 \u00e0 demeure sur le plateau du camion de forage, commen\u00e7ait \u00e0 forer en enfilant les tuyaux les uns derri\u00e8re les autres \u00e0 la suite de la t\u00eate de forage. Tout cela s\u2019accomplissait pratiquement sans qu\u2019une parole ne soit \u00e9chang\u00e9e entre ces quatre hommes aux gestes assur\u00e9s, calmes, presque nonchalants, dans une sorte d\u2019automatisme qui donnait une impression de facilit\u00e9 au milieu du fracas du moteur et des tuyauteries entrechoqu\u00e9es. Lorsque la nappe p\u00e9trolif\u00e8re \u00e9tait atteinte, en g\u00e9n\u00e9ral vers 200 m\u00e8tres de profondeur, on installait en surface <em>l\u2019arbre de No\u00ebl<\/em>, tuyauterie verticale surmont\u00e9e d\u2019une vanne, on d\u00e9montait le derrick et c\u2019\u00e9tait termin\u00e9 pour l\u2019\u00e9quipe de forage. Dans quelques jours, si la pression \u00e9tait suffisante, on raccorderait l\u2019arbre de No\u00ebl \u00e0 un r\u00e9servoir. Si elle ne l\u2019\u00e9tait pas, c\u2019est une de ces pompes \u00e0 bascule Churchill qui serait install\u00e9e. Trois ou quatre jours apr\u00e8s le d\u00e9but du forage, le puits \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 produire. La fiert\u00e9 de la Belridge \u00e9tait d\u2019en avoir for\u00e9 deux \u00e0 trois par semaine, sans une seule interruption depuis 1912, pas m\u00eame le jour de Pearl Harbour.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Il y eut aussi cette nuit \u00e0 Bakersfield. C\u2019\u00e9tait le troisi\u00e8me soir. Tom est venu me prendre avec son pick-up vers 5 heures et nous avons roul\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 Taft. Nous nous sommes baign\u00e9s dans la piscine du motel en buvant des bi\u00e8res, allong\u00e9s sur des chaises longues au soleil d\u00e9clinant. Vers 7 heures, nous sommes mont\u00e9s, joyeux, dans la belle Corvette rouge et blanche d\u00e9capot\u00e9e et nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 Bakersfield trois quarts d\u2019heure plus tard. Le soleil allait bient\u00f4t se coucher. La ville baignait dans une sorte de halo qui virait lentement du rose au violet. La chaleur n\u2019avait pas encore baiss\u00e9. \u00c0 l\u2019entr\u00e9e de la ville, Tom a pris \u00e0 droite dans une large avenue et s\u2019est introduit dans le flot de la circulation. \u00ab Chester Avenue, a-t-il prononc\u00e9 d\u2019un air prometteur. Le <em>cruising<\/em>&#8230;Tu vas voir&#8230; \u00bb\u00a0 La croisi\u00e8re ? Je ne comprenais pas, mais je ne posai pas de question. Il fallait que je prenne l\u2019habitude de ne jamais r\u00e9v\u00e9ler mon ignorance \u00e0 Tom, quel que soit le sujet. De toute fa\u00e7on, comme il venait de le dire, je verrai bien.\u00a0 La chauss\u00e9e \u00e9tait bord\u00e9e de caf\u00e9s, de cin\u00e9mas, d\u2019agences bancaires et de commerces de tous genres. \u00c0 part les caf\u00e9s et les cin\u00e9mas, tout \u00e9tait ferm\u00e9, mais la plupart des magasins et des bureaux avaient laiss\u00e9 leurs lumi\u00e8res allum\u00e9es. Les enseignes et les \u00e9clairages int\u00e9rieurs d\u00e9coupaient l\u2019avenue en une succession de zones \u00e9clair\u00e9es o\u00f9 l\u2019on pouvait voir comme en plein jour et de zones d\u2019ombre o\u00f9 seuls existaient les phares des voitures. Dans les deux sens, la circulation \u00e9tait \u00e0 peine dense mais continue. Les voitures roulaient lentement, toutes \u00e0 la m\u00eame vitesse, laissant entre elles un espace d\u2019une dizaine de m\u00e8tres. Il y en avait de toutes sortes : quelques pick-up et de rares Coccinelles mais surtout de longs breaks familiaux, des conduites int\u00e9rieures luxueuses, des cabriolets europ\u00e9ens, des voitures moyennes r\u00e9centes, de grosses et vieilles limousines, comme cette Hudson 51 qui m\u2019avait fait sauter le c\u0153ur en la voyant, mais qui n\u2019\u00e9tait pas la bonne. On aurait dit un d\u00e9fil\u00e9, la pr\u00e9sentation d\u2019une collection automobile. D\u00e9capotables ou conduites int\u00e9rieures, vieilles ou r\u00e9centes, rutilantes ou caboss\u00e9es, ce que toutes ces voitures avaient en commun, c\u2019\u00e9tait la musique h\u00e9t\u00e9roclite qui sortait de leur habitacle, les coudes d\u00e9nud\u00e9s qui d\u00e9passaient de leurs porti\u00e8res aux vitres toutes baiss\u00e9es, la jeunesse insolente de leurs conducteurs et de leurs passagers. La nuit \u00e9tait tomb\u00e9e et la temp\u00e9rature qui avait baiss\u00e9 de deux ou trois degr\u00e9s \u00e9tait devenue agr\u00e9able. Tom a descendu lentement Chester Avenue jusqu\u2019\u00e0 son croisement avec une autre avenue qui \u00e9tait presque aussi large. Le feu de circulation \u00e9tait au rouge. La Corvette s\u2019est arr\u00eat\u00e9e sur la file de gauche. Devant nous, le feu pendait au milieu du carrefour et la pancarte disait <em>Truxtun Avenue<\/em>.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">A SUIVRE\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;)Je pris alors en main le manuel de maintenance et passai directement \u00e0 la table des mati\u00e8res. Il y avait un chapitre 6\u00a0: Pannes et dysfonctionnements &#8211; M\u00e9thodologie de r\u00e9paration. 76 pages en tout\u00a0! Je commen\u00e7ai \u00e0 lire : 6-1. Arr\u00eats inopin\u00e9s du moteur 6-1-1. Nature des arr\u00eats 6-1-2. V\u00e9rifications pr\u00e9liminaires Je survolai les deux &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=50985\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Go West ! 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