{"id":50728,"date":"2024-09-04T07:47:15","date_gmt":"2024-09-04T05:47:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=50728"},"modified":"2024-09-04T22:39:05","modified_gmt":"2024-09-04T20:39:05","slug":"la-kubik","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=50728","title":{"rendered":"La Kubik"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Chronique des ann\u00e9es 50<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>7 -La Kubik<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Citro\u00ebn appelait \u00e7a un fourgon, mais nous l&rsquo;appelions \u00ab\u00a0la camionnette\u00a0\u00bb. Elle \u00e9tait toute grise. On aurait dit qu&rsquo;elle \u00e9tait faite de plaques de t\u00f4le ondul\u00e9e soud\u00e9es pour\u00a0former une sorte de cube sur quatre roues. Sous son nez court et plat, on trouvait le moteur. Une grande glace presque verticale \u00e0 l&rsquo;avant pour le pare-brise, des glaces coulissantes pour les deux porti\u00e8res et une toute petite lucarne dans le panneau arri\u00e8re constituaient les seules surfaces vitr\u00e9es. Pour moi, l&rsquo;attraction principale de cette voiture, c&rsquo;\u00e9tait la porte lat\u00e9rale coulissante. M\u00e9nag\u00e9e sur le flanc droit du fourgon, elle s&rsquo;ouvrait et se fermait avec fracas et\u00a0permettait, m\u00eame aux grandes personnes, d&rsquo;y entrer debout, comme dans un autocar !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On l&rsquo;appelait aussi \u00ab\u00a0la Kubik\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la Kubik, \u00e0 l&rsquo;avant, il y avait deux si\u00e8ges \u00e0 lani\u00e8res de caoutchouc, s\u00e9par\u00e9s l&rsquo;un de l&rsquo;autre par un capot qui, chose extraordinaire, donnait depuis l&rsquo;int\u00e9rieur acc\u00e8s au moteur. Le reste du fourgon \u00e9tait totalement vide.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-7024\" src=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2016\/09\/kUBIK-300x204.jpg\" alt=\"kubik\" width=\"300\" height=\"204\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2016\/09\/kUBIK-300x204.jpg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2016\/09\/kUBIK-768x523.jpg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2016\/09\/kUBIK-960x654.jpg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2016\/09\/kUBIK.jpg 1235w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>J&rsquo;aimais beaucoup cette voiture. Quand elle \u00e9tait arr\u00eat\u00e9e, je pouvais presque courir \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Quand elle roulait, on pouvait se tenir debout, mais il fallait bien s&rsquo;accrocher pour ne pas tomber. Quand j&rsquo;avais droit au si\u00e8ge du passager, je dominais la route et je regardais de haut les autres automobilistes. J&rsquo;aimais aussi le bruit que faisait cette \u00a0voiture. Il \u00e9tait infernal. \u00c0 celui du moteur, que laissait <!--more-->librement passer le capot de t\u00f4le, s&rsquo;ajoutaient toutes les vibrations m\u00e9talliques des porti\u00e8res, coulissante ou battantes, amplifi\u00e9es par la caisse de r\u00e9sonance des t\u00f4les de la carrosserie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;\u00e9tait \u00ab\u00a0la camionnette de l&rsquo;entreprise\u00a0\u00bb, mais mon p\u00e8re utilisait souvent la Kubik pour aller \u00e0 la campagne et, surtout, pour aller \u00e0 la chasse. Pour ces occasions, il \u00e9quipait l&rsquo;int\u00e9rieur de deux fauteuils clubs pr\u00e9lev\u00e9s dans son bureau et d&rsquo;une lourde planche pos\u00e9e entre les passages de roue en guise de banc. Les bagages, les carniers, les fusils, et Vercors, le chien, trouvaient leur place sur le vaste plancher. Quand nous arrivions en Sologne, en g\u00e9n\u00e9ral, il faisait nuit. Debout entre les si\u00e8ges avant, les mains serr\u00e9es tr\u00e8s fort sur les deux dossiers, bien souple sur les jambes pour compenser les mouvements de la voiture, je\u00a0regardais le capot avaler le bitume. Plus on approchait du but, plus il y avait de petits lapins gris qui traversaient la route devant nous en quatre bonds. L&rsquo;\u00e9pagneul se dressait, appuyait ses pattes avant sur le haut du capot et cognait son museau contre le pare brise en aboyant aux garennes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chaque ann\u00e9e, mon p\u00e8re recevait sa carte de commissaire de route pour les 24 heures du Mans. C&rsquo;\u00e9tait pour lui un moyen d&rsquo;assister \u00e0 la course de tr\u00e8s pr\u00e8s. Il embarquait dans la Kubik un ou deux amis et quelques lits pliants et la camionette \u00e9tait transform\u00e9e en camping-car.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 10 juin 1955, il nous avait d\u00e9pos\u00e9s \u00e0 la campagne, puis il avait pris la route avec un cousin pour se rendre au circuit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 11 juin, vers 18h30, se produisait au Mans le plus grave accident de l&rsquo;histoire du sport automobile. La Mercedes n\u00b019 d\u00e9collait de la piste, explosait en vol et s&rsquo;\u00e9crasait dans le public. L&rsquo;accident avait \u00e9t\u00e9 retransmis en direct sur l&rsquo;unique cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision qui continuait \u00e0 montrer des images d&rsquo;horreur. \u00c0 chaque bulletin d&rsquo;information, la radio annon\u00e7ait davantage de morts. Il y en aura plus de quatre-vingt. Plus tard, mon p\u00e8re nous expliquera qu&rsquo;apr\u00e8s avoir err\u00e9 longtemps dans le champ du d\u00e9sastre, il avait r\u00e9alis\u00e9 qu&rsquo;il fallait de toute urgence rassurer sa famille. Toute la France \u00e9tait sous le choc de la nouvelle, et nous, nous devions \u00eatre aux cents coups. Notre maison de Normandie n&rsquo;\u00e9tait pas \u00e9quip\u00e9e de t\u00e9l\u00e9phone. Il fallait donc rentrer au plus vite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque vers deux heures \u00a0du matin, la Kubik se pr\u00e9senta au bout du chemin tous phares allum\u00e9s et tous Klaxons hurlant de joie, mon p\u00e8re et son cousin furent \u00e9tonn\u00e9s de trouver la maison dormant tranquillement sous la lune. Pas de lumi\u00e8re, pas de femme guettant \u00e0 la fen\u00eatre, pas d&rsquo;enfants angoiss\u00e9s, yeux ouverts dans leur lit. Ils frapp\u00e8rent longtemps \u00e0 la porte, comme chaque soir triplement verrouill\u00e9e. Ils frappaient, ils criaient : \u00a0\u00bb C&rsquo;est nous ! On n&rsquo;a rien ! On est vivant ! C&rsquo;est nous ! \u00ab\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est au milieu de ces interjections que la porte s&rsquo;ouvrit sur deux enfants ensommeill\u00e9s et une femme mal r\u00e9veill\u00e9e qui leur demandait si, par hasard, ils n&rsquo;auraient pas un peu bu. La maison de campagne n&rsquo;avait bien s\u00fbr pas de t\u00e9l\u00e9vision et personne n&rsquo;avait \u00e9cout\u00e9 la radio de la journ\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais le chien \u00e9tait quand m\u00eame content de les voir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chronique des ann\u00e9es 50 7 -La Kubik Citro\u00ebn appelait \u00e7a un fourgon, mais nous l&rsquo;appelions \u00ab\u00a0la camionnette\u00a0\u00bb. Elle \u00e9tait toute grise. 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