{"id":50483,"date":"2024-10-21T07:47:03","date_gmt":"2024-10-21T05:47:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=50483"},"modified":"2024-10-23T08:11:09","modified_gmt":"2024-10-23T06:11:09","slug":"une-semaine-aux-seychelles-2-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=50483","title":{"rendered":"Une semaine aux Seychelles (2\/4)"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #0000ff;\"><em>(publi\u00e9 une premi\u00e8re fois en d\u00e9cembre 2017)<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Deuxi\u00e8me partie : Jacob Delafon et le penseur<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a deux jours, juste avant une longue digression sur les voyages d&rsquo;affaire dans laquelle je vous expliquais d&rsquo;une fa\u00e7on, je dois dire, tr\u00e8s vivante que, m\u00eame quand ils ont pour cadre des destinations r\u00e9put\u00e9es, ces d\u00e9placements professionnels sont loin d&rsquo;\u00eatre des parties de plaisir, je vous avais d\u00e9clar\u00e9 que je me souvenais d&rsquo;un voyage aux Seychelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Eh bien, justement, ce voyage aux Seychelles n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 comme les autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous \u00e9tions tous partis de Paris pour une expertise judiciaire \u00e0 Victoria, la capitale des Seychelles. Peu importe pour le moment de conna\u00eetre le litige qui la justifiait et peu importe de savoir quel r\u00f4le je devais y tenais tenir ; ce qu&rsquo;il faut savoir, c&rsquo;est que tout cela devait se passer dans une conserverie de poisson de Port-Victoria. Une expertise judiciaire dans une ile r\u00e9put\u00e9e paradisiaque, \u00e7a justifie que beaucoup de monde participe. Nous \u00e9tions donc huit \u00e0 faire le d\u00e9placement, fabricants, assureurs, avocats et experts. L&rsquo;Expert judiciaire avait d\u00e9cid\u00e9 de prendre son temps. Il pensait qu&rsquo;une une bonne semaine sur place serait n\u00e9cessaire pour proc\u00e9der \u00e0 ses op\u00e9rations : discuter, d\u00e9monter, expliquer, v\u00e9rifier, remonter, discuter encore, essayer une fichue machine qui fonctionnait mal, ou ne fonctionnait pas ou qui ne plaisait plus au conservateur de poisson, voil\u00e0 qui justifiait bien une semaine. En fait, nous e\u00fbmes <!--more-->pas mal de temps libre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;avais commenc\u00e9 par changer d&rsquo;h\u00f4tel. Avec ses sept \u00e9tages au-dessus d&rsquo;un oc\u00e9an sans plage, presque enti\u00e8rement referm\u00e9 sur sa piscine, celui dans lequel une chambre m&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9serv\u00e9e \u00e9tait tr\u00e8s loin de l&rsquo;id\u00e9e que je me faisais d&rsquo;un s\u00e9jour dans l&rsquo;oc\u00e9an indien. Apr\u00e8s deux nuits troubl\u00e9es par des clients aux gros bras tatou\u00e9s qui sautaient dans l&rsquo;eau en hurlant, leur bouteille de bi\u00e8re \u00e0 la main, je trouvais un h\u00f4tel plus conforme \u00e0 mes r\u00eaves. J&rsquo;y arrivai vendredi en fin d&rsquo;apr\u00e8s-midi. Une longue all\u00e9e de cocotiers conduisit mon taxi jusqu&rsquo;\u00e0 un large b\u00e2timent ouvert sur tous les c\u00f4t\u00e9s. Le toit pentu \u00e9tait couvert en bardeaux de bois.\u00a0 Deux marches me men\u00e8rent sur un parquet sombre et luisant jusqu&rsquo;au comptoir de r\u00e9ception o\u00f9 une jolie indienne consulta mon passeport tout en me faisant la conversation en fran\u00e7ais. Le vent du soir traversait la ti\u00e9deur du hall en faisant doucement osciller les feuilles des citronniers en pot. Quelque chose dans l&rsquo;air faisait penser que l&rsquo;oc\u00e9an n&rsquo;\u00e9tait pas loin, l\u00e0-bas, derri\u00e8re les arbres. A peine audible, le Clair de Lune de Debussy coulait des hauteurs du plafond. C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;h\u00f4tel qu&rsquo;il me fallait. On avait justement une chambre pour moi, on allait me faire accompagner car il fallait traverser les jardins.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suivis un gros homme en bermuda beige et Lacoste turquoise qui se dandina devant moi en portant ma valise \u00e0 travers les rangs de cocotiers jusqu&rsquo;\u00e0 une construction qui se d\u00e9tachait dans la lumi\u00e8re du soleil couchant. Semblable en plus petit \u00e0 celui de la R\u00e9ception, le b\u00e2timent devait abriter quatre ou cinq chambres. Une pancarte en bois grav\u00e9, artistiquement plant\u00e9e de travers dans la pelouse, indiquait que nous \u00e9tions devant le \u00ab\u00a0Barbaron&rsquo;s\u00a0\u00bb. L&rsquo;homme ouvrit la porte B1 et me pr\u00e9c\u00e9da dans un escalier d&rsquo;une dizaine de marches qui menait \u00e0 la chambre. A travers les jambes de mon porteur, dans une demi-p\u00e9nombre, je voyais le plancher, une table basse et, derri\u00e8re, un large rideau sombre qui s&rsquo;agitait doucement, sous l&rsquo;effet d&rsquo;un courant d&rsquo;air sans doute. Il occultait presque enti\u00e8rement une baie vitr\u00e9e. Quand je parvins au milieu de l&rsquo;escalier, en contre-jour, je crus voir une forme, une ombre, je ne sais quoi, passer dans mon champ de vision au ras du sol. L&#8217;employ\u00e9 traversa la chambre et, d&rsquo;un geste presque th\u00e9\u00e2tral, il ouvrit largement le rideau et se retourna vers moi en souriant, fier de me faire d\u00e9couvrir la vue qui s&rsquo;offrait \u00e0 moi : quelques cocotiers, une bande d&rsquo;herbe tropicale, trois ou quatre chaises longues sous des parasols, une bande de sable blond, et au-del\u00e0, la mer, l&rsquo;Oc\u00e9an Indien en majuscules, ses vagues, ses bleus, ses verts\u2026 C&rsquo;\u00e9tait parfait. L&rsquo;homme ferma la baie vitr\u00e9e, me montra la salle de bain, le minibar, et la corbeille de fruits exotiques. Il m&rsquo;expliqua la commande de l&rsquo;air conditionn\u00e9 puis se retira sans attendre que j&rsquo;aie fini de fouiller mes poches pour y trouver un billet. C&rsquo;\u00e9tait parfait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La soir\u00e9e le fut aussi. Je pris un bain rapide dans les vagues puissantes de l&rsquo;oc\u00e9an avant d&rsquo;aller me jeter dans la piscine. Je m&rsquo;habillai, passai au bar o\u00f9 je bus un Whisky-Perrier en \u00e9coutant le pianiste enchainer un m\u00e9lancolique \u00ab\u00a0<em>As time goes by<\/em>\u00a0\u00bb apr\u00e8s un \u00ab\u00a0<em>Clair de Lune<\/em>\u00a0\u00bb tr\u00e8s sensible. Sur le papier de l&rsquo;h\u00f4tel, je commen\u00e7ai \u00e0 \u00e9crire les premi\u00e8res lignes traditionnelles de mon futur rapport : \u00ab\u00a0<em>Suite \u00e0 la mission qui nous a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e par la Compagnie X, nous nous sommes rendus \u00e0 Port Victoria dans l&rsquo;\u00eele de Mah\u00e9 (Seychelles) afin de \u2026<\/em>\u00ab\u00a0. Je dinais lentement d&rsquo;un rougail \u00e0 la sauce tomate en buvant du vin d&rsquo;Afrique du Sud, totalement absorb\u00e9 par la lecture de \u00ab\u00a0<em>Notre agent \u00e0 la Havane<\/em>\u00ab\u00a0. J&rsquo;avais choisi ce livre \u00e0 Roissy \u00e0 cause du climat de Cuba, que je pensais semblable \u00e0 celui des Seychelles. Ensuite, je retournai au bar \u00e9couter le pianiste, mais il avait \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par trois Antillais qui tapaient langoureusement sur des bidons sous la Lune. J&rsquo;allais donc me coucher et je m&rsquo;endormis rapidement sur Graham Greene. La prochaine r\u00e9union n\u2019aurait lieu que le lundi matin. J&rsquo;avais tout le temps de ne rien faire. C&rsquo;\u00e9tait parfait. La soir\u00e9e avait \u00e9t\u00e9 parfaite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La nuit ne le fut pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les piments dont on m&rsquo;avait assur\u00e9 qu&rsquo;ils ne devaient relever que tr\u00e8s gentiment la sauce tomate de mon rougail ne devaient pas \u00eatre aussi gentils que \u00e7a. Je m&rsquo;\u00e9veillai brusquement en sueur et mal \u00e0 mon aise. J&rsquo;\u00e9prouvais intens\u00e9ment le besoin de me rendre aux toilettes. Il devait \u00eatre deux heures du matin. Je traversai rapidement la chambre dans la faible clart\u00e9 qui venait de la baie vitr\u00e9e. Je m&rsquo;assis sur le si\u00e8ge de style Jacob-Delafon et je me sentis rapidement beaucoup mieux. <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-10090\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/2-penseur.jpg\" alt=\"\" width=\"194\" height=\"260\" \/>Pourtant, je restai longtemps ainsi, dans la p\u00e9nombre, dans la position du penseur. Ce n&rsquo;est pas pour rien qu&rsquo;on a donn\u00e9 ce nom \u00e0 cette fameuse pose de la statue de Rodin. Elle est rassurante, assez confortable et incite effectivement \u00e0 la r\u00e9flexion. Je r\u00e9fl\u00e9chissais donc aux choses de la vie. Quelle heure \u00e9tait-il \u00e0 Paris ? Y aurait-il de la neige \u00e0 No\u00ebl ? De temps en temps, sans me lever, je faisais couler l&rsquo;eau de la chasse. Je finis par retourner me coucher, mais quelques minutes plus tard je revins sur le si\u00e8ge et repris le cours de mes pens\u00e9es. Faut-il encore croire \u00e0 l&rsquo;existence des piments doux ? Et Dieu dans tout \u00e7a ? Je me relevai enfin, tirai une derni\u00e8re fois la chasse d&rsquo;eau et me rendis jusqu&rsquo;au lavabo. Quand j&rsquo;allumais la lumi\u00e8re pour observer dans le miroir l&rsquo;effet des piments sur mon \u00e9tat g\u00e9n\u00e9ral, j&rsquo;aper\u00e7us du coin de l&rsquo;\u0153il une masse sombre qui surnageait au fond de la cuve des toilettes que je venais de quitter. Je tirai \u00e0 nouveau la chasse. La masse tournait et roulait dans la trombe d&rsquo;eau que j&rsquo;avais d\u00e9clench\u00e9e. Elle s&rsquo;agitait encore bien que toute l&rsquo;eau du r\u00e9servoir se soit \u00e9coul\u00e9e. Je regardais mieux : \u00e0 moiti\u00e9 immerg\u00e9, au fond de la cuvette, il y avait un rat. C&rsquo;\u00e9tait un rat de taille moyenne, pas un rat \u00e9norme, pas un de ceux qu&rsquo;on voit quelque fois la nuit longer un caniveau dans un quartier d\u00e9sert. Mais c&rsquo;\u00e9tait un rat, un vrai. L&rsquo;eau dans laquelle il s&rsquo;agitait le rendait bien noir et bien luisant, tr\u00e8s antipathique. Il griffait la fa\u00efence pour tenter de remonter la pente. Puis il s&rsquo;immobilisait pour me regarder d&rsquo;un petit \u0153il torve avant de reprendre sa tentative d&rsquo;escalade. Instinctivement, je m&rsquo;\u00e9tais recul\u00e9 d&rsquo;un bond hors de sa vue. Je r\u00e9alisais que je venais de passer de longue minutes assis, nu, confiant, au-dessus de cette m\u00e9chante petite gueule de rat. Je frissonnais de d\u00e9gout et de peur r\u00e9troactive dans la ti\u00e9deur tropicale. Je me glissai le long du mur pour atteindre la cuvette sans croiser le regard de la b\u00eate. Je fis tomber le rabat de la lunette sur le si\u00e8ge, allais chercher ma valise dans la chambre et revins la poser dessus. J&rsquo;\u00e9tais sauv\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sauv\u00e9, certes, mais tr\u00e8s \u00e9nerv\u00e9. Je n&rsquo;ai jamais compris pourquoi, mais je me rappelle tr\u00e8s bien m&rsquo;\u00eatre habill\u00e9 enti\u00e8rement avant de m&rsquo;allonger sur mon lit. J&rsquo;eus beaucoup de mal \u00e0 me rendormir et ce n&rsquo;est qu&rsquo;apr\u00e8s avoir vid\u00e9 sur de la glace et bu lentement aux frais de la princesse deux petites bouteilles de Johnny Walker que j&rsquo;y parvins enfin. Quand je vous dis qu&rsquo;il y a de bons moments dans les voyages d&rsquo;affaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je continuerais bien mon histoire avec la fabrication des boites de conserve, mais l\u00e0, il est tard. On verra \u00e7a un autre jour. Non, inutile d&rsquo;insister : un autre jour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>A suivre&#8230;<\/strong><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(publi\u00e9 une premi\u00e8re fois en d\u00e9cembre 2017) Deuxi\u00e8me partie : Jacob Delafon et le penseur Il y a deux jours, juste avant une longue digression sur les voyages d&rsquo;affaire dans laquelle je vous expliquais d&rsquo;une fa\u00e7on, je dois dire, tr\u00e8s vivante que, m\u00eame quand ils ont pour cadre des destinations r\u00e9put\u00e9es, ces d\u00e9placements professionnels sont &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=50483\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Une semaine aux Seychelles (2\/4)<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[12],"tags":[21,1863],"class_list":["post-50483","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recit","tag-philippe","tag-rediffusion"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/50483","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=50483"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/50483\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=50483"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=50483"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=50483"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}