{"id":49557,"date":"2024-04-20T07:47:57","date_gmt":"2024-04-20T05:47:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=49557"},"modified":"2024-04-21T18:37:49","modified_gmt":"2024-04-21T16:37:49","slug":"averses-a-la-flotte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=49557","title":{"rendered":"Averses \u00e0 La Flotte"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: center;\"><strong>Mercredi 3 avril : Pluie ininterrompue \u00e0 La Flotte<br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>par Lorenzo dell&rsquo;Acqua<\/em><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Quand on ne joue ni aux cartes ni au scrabble, le mauvais temps \u00e0 la mer oblige \u00e0 se rabattre sur des activit\u00e9s solitaires. Cette semaine, j\u2019ai lu un roman de Jean d\u2019Ormesson dont le sous-titre aurait pu \u00eatre\u00a0: l\u2019Eloge de la Futilit\u00e9. Contrairement \u00e0 ce qu\u2019il dit avec une fausse modestie dont il est coutumier, ce livre ou plut\u00f4t cette autobiographie, <em>Je dirai malgr\u00e9 tout que cette vie fut belle, <\/em>est de loin son meilleur roman. Et il faut bien reconna\u00eetre que la r\u00e9alit\u00e9 y d\u00e9passe la fiction. Cette constatation me perturbe un peu car il m\u2019est devenu de plus en plus difficile de lire des ouvrages de fiction. Il me semble logique d\u2019aimer les fictions quand on est jeune et que la vie s\u2019offre \u00e0 nous avec toutes ses possibilit\u00e9s. On y d\u00e9couvre alors les voies que l\u2019on aimerait emprunter ou au contraire celles qui nous rebutent. Mais quand la vie est derri\u00e8re nous, se plonger dans la fiction ne m\u2019int\u00e9resse plus et me semble m\u00eame absurde. A quoi revenir sur ce que nous n\u2019avons pas r\u00e9alis\u00e9 ou su r\u00e9aliser\u00a0au cours de notre vie ? Aurais-je d\u00fb \u00eatre un autre\u00a0? C\u2019est le d\u00e9but de la d\u00e9pression, \u00e0 coup s\u00fbr\u00a0!<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La lecture de ce livre de Jean d\u2019O est troublante <!--more-->pour moi car elle remet en cause ces justifications discutables. L\u00e0, la r\u00e9alit\u00e9 ou la vraie vie, comme j\u2019appelle aujourd\u2019hui les seuls livres qui me passionnent, est si incroyable qu\u2019elle en devient une fiction. Oui, la jeunesse de Jean d\u2019O. dans les ch\u00e2teaux de sa famille (j\u2019ai toujours eu un faible pour les ch\u00e2teaux o\u00f9 je n\u2019ai pas grandi) est aussi saisissante que celle de Chateaubriand \u00e0 Combourg. La multitude de personnalit\u00e9s qu\u2019il a rencontr\u00e9es dont certaines sont aussi des c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s a quelque chose d\u2019irr\u00e9el, d\u2019impossible, d\u2019inaccessible pour le commun des mortels. Derni\u00e8re et troublante interrogation\u00a0: pourquoi Mitterrand a-t-il voulu avoir son ultime conversation avec lui\u00a0?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cet ouvrage, je l\u2019ai aim\u00e9 parce qu\u2019il m\u2019a fait r\u00eaver comme l\u2019aurait fait jadis une fiction dans laquelle je me serais projet\u00e9 avec d\u00e9lices. Le constat est clair\u00a0: j\u2019aurais aim\u00e9 vivre sa vie, donc on est bien en pleine fiction. Alors, pourquoi mon rejet, \u00e0 de rares exceptions pr\u00e8s comme celle-l\u00e0, des ouvrages de fiction\u00a0en g\u00e9n\u00e9ral ? Certains m\u2019auraient-ils plu parce qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas de la fiction mais une r\u00e9alit\u00e9 en mieux ou en pire, peut-\u00eatre fausse mais cr\u00e9dible \u00e0 mes yeux\u00a0? Je pense au Grand Meaulnes, aux Trois Mousquetaires ou A la Recherche.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>L\u2019art montre des choses belles mais fausses.<\/em> Oscar Wilde.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <em>Au Plaisir de Dieu <\/em>est une magnifique et originale vision du XX \u00e8me si\u00e8cle \u00e0 travers les yeux d\u2019une famille aristocratique d\u00e9cadente mais attachante. C\u2019est la fin d\u2019un monde qui ne s\u2019est pas aper\u00e7u que la mer \u00e9tait basse. Le bateau de leurs principes ancestraux s\u2019est \u00e9chou\u00e9 et ne voguera plus jamais. Jean d\u2019O. n\u2019\u00e9met pas de regret et ne verse qu\u2019une discr\u00e8te larme de nostalgie. Il fait une analyse objective de cette \u00e9volution dont les protagonistes ne sont m\u00eames pas responsables. Ils sont les figurants muets et paralys\u00e9s d\u2019un film d\u2019anticipation auquel ils ne comprennent rien. Jean d\u2019O. y m\u00e9lange avec \u00e9l\u00e9gance la r\u00e9alit\u00e9 et la fiction, le sel et le poivre, le beurre et l\u2019argent du beurre. Autrement dit, la vraie vie et le roman.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>Je me demande si la froideur des p\u00e8res fait l&rsquo;extr\u00eame sensibilit\u00e9 des fils. <\/em>Philippe Besson<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><strong>Henri Calet<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00bb &#8230; <em>je fus accueilli par une jeune, fra\u00eeche et souriante jeune fille qui m&rsquo;a dit que le mus\u00e9e \u00e9tait ferm\u00e9 le matin&#8230; sa robe vert amande m&rsquo;avait mis le printemps \u00e0 la bouche<\/em> \u00ab\u00a0<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00bb <em>Le XIV \u00e8me arrondissement est un arrondissement tr\u00e8s int\u00e9ressant, mais il n&rsquo;y passe ni fleuve, ni rivi\u00e8re, ni canal. C&rsquo;est un arrondissement aride<\/em> \u00ab\u00a0..<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Nous nous promenions derni\u00e8rement, un ami \u00e9gyptien et moi, dans une rue (assez triste) qui longe le jardin des Plantes. La rue de Buffon, je crois. Nous remarqu\u00e2mes une grande fa\u00e7ade claire, d\u00e9cor\u00e9e de bas-reliefs repr\u00e9sentant des animaux sauvages. C&rsquo;e\u00fbt pu \u00eatre un cin\u00e9ma, ou une gare, mais il n&rsquo;y avait pas de queue devant la porte. En r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;est le mus\u00e9e du duc d&rsquo;Orl\u00e9ans (La galerie de Pal\u00e9ontologie). Nous d\u00e9cid\u00e2mes d&rsquo;y entrer, \u00e0 tout hasard. Le billet ne co\u00fbte d&rsquo;ailleurs que dix francs &#8230; Qu&rsquo;allions-nous voir \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur ? Nous ne f\u00fbmes pas d\u00e9\u00e7us &#8230; Il n&rsquo;y avait personne d&rsquo;autre que nous dans le grand hall, \u00e0 part un vieux gardien qui s&rsquo;\u00e9tait momentan\u00e9ment assis sur la m\u00e2choire inf\u00e9rieure d&rsquo;une baleine bleue (trente m\u00e8tres) &#8230; Notre visite se terminait. Trois enfants nous avaient rejoints ; ils imitaient entre eux les rugissements des fauves. Il est bon que les enfants aillent l\u00e0 ; ils s&rsquo;instruisent et s&rsquo;amusent du m\u00eame coup\u00a0\u00bb.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L&rsquo;aventure empaill\u00e9e. De ma lucarne, 1949<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong>Un art doit exprimer ce qu&rsquo;aucun autre art ne peut exprimer<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Picasso l&rsquo;avait bien dit quand la photo est apparue : \u00ab\u00a0D\u00e9sormais c&rsquo;est la photo qui montre la r\u00e9alit\u00e9, le peinture doit montrer autre chose\u00a0\u00bb. Son propos illustre bien l&rsquo;\u00e9volution de la peinture qui \u00e0 cette \u00e9poque devient de moins en moins figurative. Elle ne pouvait plus se vanter d&rsquo;\u00eatre un art irrempla\u00e7able, elle avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9e mais dans ce domaine uniquement. Les \u0153uvres de Picasso expriment elles aussi et encore plus la pens\u00e9e de leur auteur.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le cin\u00e9ma est bien un art car il peut exprimer ce que la litt\u00e9rature et les autres arts ne peuvent pas exprimer.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Dans <strong>La Jeune Fille \u00e0 la Perle<\/strong> retra\u00e7ant la relation suppos\u00e9e entre Vermeer et sa servante, il est une sc\u00e8ne d\u00e9monstrative. Elle lui pr\u00e9pare ses couleurs qu&rsquo;elle pose sur la grande table. Sa main demeure immobile \u00e0 quelques centim\u00e8tres de celle du peintre. La cam\u00e9ra fixe pendant un temps qui m&rsquo;a sembl\u00e9 infini les deux mains si proches. Et l&rsquo;on se demande si elles vont se toucher, se prendre, se caresser. C&rsquo;est bouleversant. On ne retrouve pas la magie de cet instant dans le livre dont est tir\u00e9 le film.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong>Moli\u00e8re. <\/strong>Ce film d&rsquo;Ariane Mnouchkine est selon moi un double chef d&rsquo;\u0153uvre narratif et technique. Comme film, il r\u00e9unit au maximum les trois facettes qu&rsquo;offre le cin\u00e9ma : une histoire, des images et une musique. Du jamais \u00e9gal\u00e9. Une sc\u00e8ne est aussi un hymne \u00e0 cet art. Moli\u00e8re enfant est dans une foire de village et une cartomancienne lui prend la main pour lui pr\u00e9dire son avenir. Elle le regarde stup\u00e9faite pendant que la cam\u00e9ra suit un gigantesque ballon aux couleurs vives qui s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve majestueusement dans le ciel. Elle h\u00e9site et lui dit : \u00ab\u00a0dans ta main, je vois, je vois, je vois &#8230;. la GLOIRE\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong>Le Jour le plus long<\/strong>. La sentinelle allemande de garde dans le blockhaus regarde la Manche \u00e0 la jumelle avant d&rsquo;aller se coucher. Le jour se l\u00e8ve \u00e0 peine. Il ne voit qu&rsquo;une l\u00e9g\u00e8re brume sur la ligne d&rsquo;horizon en ce matin de juin. Il est pour partir mais revient une derni\u00e8re fois scruter la mer. Et l\u00e0, ce qu\u2019il d\u00e9couvre et que nous d\u00e9couvrons avec lui est un spectacle hallucinant : la brume se dissipe et appara\u00eet une ligne ininterrompue de navires de guerre alli\u00e9s qui foncent vers la c\u00f4te. On est le 6 juin 1944 \u00e0 l\u2019aube et c&rsquo;est le d\u00e9but du D\u00e9barquement. La sc\u00e8ne est incroyable. J&rsquo;ai appris r\u00e9cemment qu\u2019il y avait plus de soldats anglais que de soldats am\u00e9ricains sur les plages de Normandie ce jour-l\u00e0. Mais qu&rsquo;ils aient \u00e9t\u00e9 anglais ou am\u00e9ricains, leur sacrifice devrait encore nous \u00e9mouvoir aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Dans <strong>Out of Africa de Sydney Pollack<\/strong>, il est deux sc\u00e8nes l&rsquo;une au d\u00e9but et l&rsquo;autre \u00e0 la fin du film qui se correspondent. Quand l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne arrive dans la petite gare, elle traverse le pub rempli d&rsquo;hommes europ\u00e9ens qui ne la regardent pas et ne la saluent pas. A la fin du film, apr\u00e8s avoir tant donn\u00e9 \u00e0 ce pays, elle est ruin\u00e9e et doit regagner le Danemark. Quand elle traverse le pub, cette fois dans l&rsquo;autre sens pour gagner la gare, tout le monde se l\u00e8ve en silence pour lui rendre hommage. Cette sc\u00e8ne noble me tire les larmes. Ce metteur en sc\u00e8ne avait commis aussi Petulia, un film d\u00e9licieux malheureusement tomb\u00e9 dans l\u2019oubli.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong>Nocturne Indien d&rsquo;Alain Corneau<\/strong>. C\u2019est la nuit. La cam\u00e9ra en un long et lent travelling balaie la gare de Bombay jonch\u00e9e de voyageurs en saris multicolores endormis \u00e0 m\u00eame le sol. L&rsquo;adagio du quintette pour cordes de Schubert accompagne cette sc\u00e8ne qui dure une \u00e9ternit\u00e9. C&rsquo;est magnifique.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong>Bambi. <\/strong>Il se retrouve seul apr\u00e8s que sa maman a \u00e9t\u00e9 abattue par des chasseurs. Des biches viennent le chercher et lui montrent la horde. \u00a0\u00bb Voil\u00e0 d\u00e9sormais ta famille et le grand cerf majestueux que tu avais aper\u00e7u un jour sous les flocons de neige, c\u2019est ton papa \u00ab\u00a0. L\u00e0, je me demande si je ne vais pas pleurer \u00e0 nouveau.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong>Itin\u00e9raire d&rsquo;un enfant g\u00e2t\u00e9 de Claude Lelouch<\/strong>. Bien s\u00fbr, on pourrait dire que la sc\u00e8ne o\u00f9 Belmondo explique \u00e0 Anconina comment dire bonjour n\u2019est qu&rsquo;une sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre qu\u2019ils auraient pu jouer des centaines de fois. Mais non car elle est unique. Cette sc\u00e8ne rel\u00e8ve du g\u00e9nie\u00a0: celui de l\u2019acteur ou celui du metteur en sc\u00e8ne\u00a0? Je ne connais pas d\u2019autre art qui ait exprim\u00e9 avec une telle \u00e9motion le souci de transmettre.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong>Amadeus de Milos Forman<\/strong>. La sc\u00e8ne montre Salieri p\u00e9trifi\u00e9 en entendant une m\u00e9lodie venue d&rsquo;un salon du ch\u00e2teau. Il murmure : c&rsquo;est la musique des Dieux. Il s&rsquo;agit de l&rsquo;adagio du Divertimento opus 10 de Mozart. Comme Salieri, on est surpris nous aussi du contraste entre cette musique \u00e0 la d\u00e9licatesse infinie et la vulgarit\u00e9 de son auteur.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong>Chambre avec vue de James Ivory<\/strong>. La jeune fille avait rencontr\u00e9 lors de sa visite de Florence un jeune homme dont elle \u00e9tait tomb\u00e9e amoureuse. Je ne me souviens pas si cet amour est consomm\u00e9 mais en tout cas il est partag\u00e9. Des ann\u00e9es plus tard lors d&rsquo;une party dans le parc d&rsquo;un ch\u00e2teau en Angleterre, la ma\u00eetresse de maison lit un extrait d&rsquo;un roman \u00e0 succ\u00e8s et la jeune fille entend le r\u00e9cit mot pour mot de sa rencontre avec son amoureux en Toscane. L&rsquo;actrice joue \u00e0 la perfection et en silence ce qu\u2019elle ressent\u00a0: surprise, col\u00e8re et \u00e9motion.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong>Ran de Kurozawa. <\/strong>Les arm\u00e9es aux tenues color\u00e9es dessinent de v\u00e9ritables peintures mouvantes sur le relief vallonn\u00e9. C&rsquo;est d&rsquo;une beaut\u00e9 absolue qu&rsquo;aucune autre technique n&rsquo;aurait pu restituer.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong>Richard Lester La Rose et la Fl\u00e8che<\/strong>. Bien que ce film soit le r\u00e9cit anecdotique des derniers jours de Robin des Bois, c&rsquo;est un chef d&rsquo;\u0153uvre absolu. Le th\u00e8me, la vieillesse d&rsquo;un h\u00e9ros, est universel car nous sommes tous des h\u00e9ros, \u00e0 nos propres yeux, parfois aux yeux de notre compagne et rarement de quelques personnes indulgentes. Ce sujet nous concerne donc tous. La fin est terrible. Marianne, son amoureuse de toujours, fait croire \u00e0 Robin qu&rsquo;elle lui donne un rem\u00e8de pour soigner ses blessures. C&rsquo;est en r\u00e9alit\u00e9 un poison mortel qu&rsquo;elle absorbera ensuite elle aussi.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 D&rsquo;autres films sont du cin\u00e9ma mais ne sont pas de l&rsquo;art en ce sens que le th\u00e9\u00e2tre ou la litt\u00e9rature auraient pu dire la m\u00eame chose. Je pense aux films de Woody Allen, d\u2019\u00c9ric Rohmer et de la nouvelle vague quand bien m\u00eame ils se passent en ext\u00e9rieur. J&rsquo;ai pourtant ador\u00e9 <strong>la Collectionneuse<\/strong> et j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 fascin\u00e9 par l&rsquo;acteur principal, Patrick Bauchau. Il m&rsquo;a fallu longtemps pour en comprendre les raisons : P. Bauchau est fils de psychanalyste comme moi et il a en plus exactement la m\u00eame voix que moi &#8230;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La photo est-elle un art ? Une \u0153uvre d&rsquo;art doit na\u00eetre de rien : une page vierge, un bloc de pierre, une port\u00e9e vide, une toile blanche, ce qui n&rsquo;est jamais le cas de la photo. Ou alors l\u2019\u0153uvre d\u2019art doit exprimer ce qu&rsquo;aucun autre art ne pourrait exprimer, ce qui est bien le cas de la photo m\u00eame si ma subjectivit\u00e9 fausse le d\u00e9bat.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-49562\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/Capture-decran-2024-04-05-a-13.40.52.png\" alt=\"\" width=\"369\" height=\"655\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/Capture-decran-2024-04-05-a-13.40.52.png 369w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/Capture-decran-2024-04-05-a-13.40.52-169x300.png 169w\" sizes=\"auto, (max-width: 369px) 100vw, 369px\" \/><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cette phrase du Gu\u00e9pard\u00a0de Lampedusa est un roman en soi\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Elle \u00e9tait dangereusement agr\u00e9able \u00e0 regarder &#8230;<\/em>\u00ab\u00a0. J&rsquo;ai termin\u00e9 <em>Gare Saint Lazare<\/em> de Betty Duhamel dont la seule critique trouv\u00e9e sur le net est catastrophique. En plus du faible int\u00e9r\u00eat du sujet (ce qui n&rsquo;est pas \u00e0 mon avis un motif valable pour condamner un auteur) il lui est reproch\u00e9 des fautes de fran\u00e7ais \u00e0 foison. Ce roman ne m\u00e9ritait donc pas selon elle d\u2019\u00eatre publi\u00e9 chez Gallimard. Je ne suis pas d&rsquo;accord. Au contraire, il fait preuve d\u2019une tr\u00e8s grande originalit\u00e9 car la mani\u00e8re d\u2019\u00e9crire \u00e9volue de la m\u00eame fa\u00e7on que l&rsquo;\u00e9tat mental de l&rsquo;auteur. Au d\u00e9but, c&rsquo;est une jeune fille de bonne famille dont le style est \u00e9l\u00e9gant. Puis, au fil du temps, sa sant\u00e9 psychique se d\u00e9grade et son style d&rsquo;\u00e9criture aussi. J&rsquo;ai trouv\u00e9 cela poignant. Les derni\u00e8res pages sont quasiment de la litt\u00e9rature abstraite comme la peinture ou la musique contemporaines. Pour les lecteurs-auditeurs, il n&rsquo;y a plus de m\u00e9lodie ni m\u00eame de musique. Ses propos sont devenus anarchiques, incoh\u00e9rents, voire d\u00e9ments.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je me suis plong\u00e9 dans mes \u00e9crits illustr\u00e9s de Paris des ann\u00e9es 2017 \u00e0 2020. Le motif \u00e9tait d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 et sans arri\u00e8re-pens\u00e9e nombriliste. Je cherchais le r\u00e9cit d\u2019Henri Calet racontant sa visite \u00e0 la Galerie de Pal\u00e9ontologie du Jardin des Plantes en 1949. J\u2019avais pour objectif de demander \u00e0 Nicolas d\u2019Estienne d\u2019Orves \u00a0ou plut\u00f4t de faire demander \u00e0 mon ami Max qui se vante de le conna\u00eetre s\u2019il connaissait ce texte ancien dont pas un mot ne saurait \u00eatre chang\u00e9 pour d\u00e9crire l\u2019atmosph\u00e8re incroyable qui r\u00e8gne encore aujourd\u2019hui dans ce lieu que lui et moi adorons.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 J\u2019ai d\u2019abord trouv\u00e9 qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un Journal honn\u00eate, un peu fastidieux car r\u00e9p\u00e9titif, d\u2019o\u00f9 \u00e9mergeaient cependant des passages int\u00e9ressants. Comme si, par moments, ma sensibilit\u00e9 prenait le pas sur l\u2019anecdotique. Le probl\u00e8me est que, le plus souvent, l\u2019anecdote l\u2019emporte. Pourtant, j\u2019ai aim\u00e9 bien des passages que n\u2019aurait pas d\u00e9savou\u00e9 un amoureux de Paris n\u2019acceptant pas la d\u00e9gradation de la plus belle ville du Monde. Avec le recul, et sans aucune indulgence, il m\u2019a sembl\u00e9 que la majorit\u00e9 des photos \u00e9taient belles. Pour qui aime Paris, c\u2019est une balade sans fin dans une ville extraordinaire.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Qui est capable de dire aujourd\u2019hui ce qui restera de l\u2019\u0153uvre de d\u2019Ormesson dans cinquante ans\u00a0? Personne. La m\u00eame question se pose pour la majorit\u00e9 des auteurs contemporains dont la plupart seront oubli\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 A ce sujet, il m\u2019est arriv\u00e9 cette histoire \u00e9difiante mais instructive. Un jour de juin, j\u2019attendais dans la salle d\u2019attente d\u2019un m\u00e9decin et je feuilletais des revues parmi lesquelles il y avait le Monde Litt\u00e9raire de janvier. Je m\u2019y repris \u00e0 plusieurs fois mais force \u00e9tait de constater que je ne connaissais aucune \u0153uvre ni aucun auteur dont elle parlait. Pire, m\u00eame leurs noms ne me disaient rien du tout. Panique invraisemblable\u00a0! La seule explication plausible \u00e9tait que j\u2019avais des troubles cognitifs car je suis de pr\u00e8s les parutions litt\u00e9raires contemporaines. Je ne pouvais donc pas ignorer tout ce qui \u00e9tait paru en janvier. Je regarde \u00e0 nouveau la couverture et je m\u2019aper\u00e7ois avec un immense soulagement (pour moi mais pas pour les \u00e9crivains) que ce num\u00e9ro \u00e9tait bien de janvier mais d\u2019il y a dix\u00a0ans ! D\u2019ailleurs, cette revue avait cess\u00e9 de para\u00eetre depuis plusieurs ann\u00e9es. Autrement dit, dix ans apr\u00e8s, la quasi-totalit\u00e9 des \u00e9crivains et de leurs \u0153uvres \u00e9taient tomb\u00e9s dans l\u2019oubli le plus total. Cruelle exp\u00e9rience pour nous autres les \u00e9crivains en herbe.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Parmi les auteurs actuels promis \u00e0 une post\u00e9rit\u00e9 m\u00e9rit\u00e9e, je ne vois que Modiano et Houellebecq. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9 mes raisons pour Modiano. Pourquoi ses romans intimistes, r\u00e9p\u00e9titifs \u00e0 outrance, sans valeur morale, ont-ils pu m\u00e9riter le Prix Nobel ? Parce qu\u2019ils expriment po\u00e9tiquement ce qu\u2019est la M\u00e9moire, avec ses lacunes, ses approximations, ses modifications, ses oublis et ses rajouts comme nous le r\u00e9v\u00e8lent aujourd\u2019hui les neurosciences. C\u2019est l\u00e0 le g\u00e9nie des grands \u00e9crivains qui, bien que n\u2019ayant aucune connaissance ni comp\u00e9tence, anticipent les d\u00e9couvertes objectives de la science. Je reste \u00e9merveill\u00e9 par tous ceux qui ont su interpr\u00e9ter les comportements de leurs contemporains sans avoir la moindre formation en psychologie.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il est d\u2019autres \u00e9crivains dont le drame ne cesse de me troubler\u00a0: ceux qui ont la plus belle \u00e9criture mais qui ne sont pas et ne seront jamais de grands \u00e9crivains\u00a0comme J\u00e9r\u00f4me Garcin, Pierre Assouline, Emmanuel Carr\u00e8re et bien d\u2019autres. Comment les reconnaitre\u00a0? C\u2019est facile\u00a0: ils ont \u00e9crit plus de biographies et de r\u00e9cits que de romans. Je ne leur jette pas la pierre, bien au contraire. Quelle torture de ne pas pouvoir inventer une fiction que leur style magnifierait. Mon ami Philippe n\u2019est pas d\u2019accord. Il consid\u00e8re qu\u2019en litt\u00e9rature, seul le style compte alors que selon moi il n\u2019y a pas de grand auteur sans histoire, grande ou petite. Le style est un don mais il n\u2019est pas le r\u00e9sultat d\u2019efforts. C\u2019est une qualit\u00e9 inn\u00e9e comme la couleur des yeux ou la sonorit\u00e9 de la voix. Autrement dit, le style est un talent qui rel\u00e8ve de la loterie mais pas du g\u00e9nie. En revanche, l\u2019invention d\u2019une histoire avec des comportements coh\u00e9rents, une justesse psychologique, une port\u00e9e philosophique rel\u00e8vent du g\u00e9nie.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mercredi 3 avril : Pluie ininterrompue \u00e0 La Flotte par Lorenzo dell&rsquo;Acqua \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Quand on ne joue ni aux cartes ni au scrabble, le mauvais temps \u00e0 la mer oblige \u00e0 se rabattre sur des activit\u00e9s solitaires. 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