{"id":49319,"date":"2024-03-19T07:47:43","date_gmt":"2024-03-19T06:47:43","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=49319"},"modified":"2024-03-19T17:41:22","modified_gmt":"2024-03-19T16:41:22","slug":"corneilles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=49319","title":{"rendered":"Les corneilles du septi\u00e8me ciel (53, 54 ET 55)"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: center;\">Chapitre 53<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Comment r\u00e9ussir \u00e0 faire avouer \u00e0 l\u2019un ou \u00e0 l\u2019autre, ou aux deux, la raison du drame survenu dans le Marais deux ans plus t\u00f4t\u00a0? C\u2019\u00e9tait le boulot de Bruno et pas celui de Fran\u00e7oise comme cette derni\u00e8re le lui rappela au moment o\u00f9 ils se quitt\u00e8rent.<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>Effectivement, reconnut Bruno. Mais si vous aviez une id\u00e9e, ce serait gentil de m\u2019en faire part.<\/li>\n<li>Voyez-vous, je crois qu\u2019on ne peut sortir du mensonge comme de l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 qu\u2019\u00e0 son propre d\u00e9triment. Ils ne reconna\u00eetront jamais leur forfait. Ruser pour leur tirer les vers du nez n\u2019est pas la bonne solution. Leur dire la v\u00e9rit\u00e9, en l\u2019occurrence la n\u00f4tre, serait s\u00fbrement plus efficace.<\/li>\n<li>J\u2019en doute, mais je vais y r\u00e9fl\u00e9chir.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ils d\u00e9cid\u00e8rent de se r\u00e9partir la t\u00e2che\u00a0: Fran\u00e7oise se chargerait du photographe et Bruno <!--more-->de son ami de cinquante ans.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Invit\u00e9 par Sophie qui souhaitait montrer \u00e0 tous les amis de Ph. leur gentilhommi\u00e8re r\u00e9nov\u00e9e, Bruno se rendit peu de temps apr\u00e8s \u00e0 Chants de F\u00e9es. Ce jour-l\u00e0, il n\u2019y avait chez eux ni chinois, nippon, ni chauss\u00e9es, mais pl\u00e9thore d\u2019anciens ing\u00e9nieurs. La joie \u00e9tait au rendez-vous et ils \u00e9taient heureux de se retrouver l\u00e0, cinquante ans apr\u00e8s leur sortie de l\u2019\u00e9cole et leur entr\u00e9e dans la vraie vie. Pour cette occasion exceptionnelle, Z\u00e9ro Lamy et Louis-Charles avaient fait le d\u00e9placement fort on\u00e9reux. Bruno, poursuivant incognito son enqu\u00eate, t\u00e2ta le terrain et les r\u00e9ponses qu\u2019il recueillit furent unanimes. Quand bien m\u00eame Ph. aurait un peu plagi\u00e9 le roman de Lorenzo, il n\u2019y avait pas de quoi en faire des salades. La litt\u00e9rature regorgeait d\u2019emprunts similaires qui n\u2019avaient jamais fait de vagues. La Bicyclette Bleue \u00e9tait la copie conforme d\u2019Autant en Emporte le Vent. Le film C\u00e9sar et Rosalie \u00e9tait un remake lourdingue de Jules et Jim qui racontait de mani\u00e8re \u00e0 peine transpos\u00e9e les amours d\u2019un autre C\u00e9sar et de son rival David-Marc-Antoine avec Rosalie-Cl\u00e9op\u00e2tre &#8230; Ce n\u2019\u00e9tait donc pas une raison valable pour que Ph. ait voulu faire dispara\u00eetre Lorenzo alors que la ranc\u0153ur de ce dernier l\u2019aurait \u00e9t\u00e9. Profitant des effets du champagne qui coulait \u00e0 flot sur les neurones d\u00e9j\u00e0 un peu d\u00e9my\u00e9linis\u00e9s de ses amis, il avan\u00e7a l\u2019hypoth\u00e8se que Lorenzo \u00e9tait peut-\u00eatre \u00e0 l\u2019origine de cette affaire en ayant voulu faire chanter l\u2019\u00e9crivain. A part Franck, le sp\u00e9cialiste de physique cantique et des cordes vocales raides, personne ne crut \u00e0 l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un chantage\u00a0; Lari\u00e9geoise en fut m\u00eame tr\u00e8s offusqu\u00e9e.<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>Mais comment cela\u00a0? Tu es devenu fou, mon pauvre Bruno\u00a0! Lorenzo est un \u00eatre charmant, un po\u00e8te d\u00e9licat, un sage bienveillant qui ne ferait pas de mal \u00e0 une mouche \u2026 ni \u00e0 un rhinoc\u00e9ros, ajouta Z\u00e9ro Lamy qui s\u2019\u00e9tait m\u00eal\u00e9 \u00e0 la conversation.<\/li>\n<li>Ah, c\u2019est malin, lui r\u00e9pondit Lari\u00e9geoise, furieuse. En plus, Lorenzo lui voue une gratitude infinie pour avoir accept\u00e9 de publier son roman fleuve en petites coupures dans le JdC. A un moment, craignant que les Corneilles ne se posent jamais, notre bien-aim\u00e9 R\u00e9dacteur fut contraint d\u2019interrompre manu-militari ce nouvel Ulysse au beau milieu d\u2019une phrase ce dont Lorenzo reconnut de bon c\u0153ur la n\u00e9cessit\u00e9 puisque, de son propre aveu, il ne parvenait pas \u00e0 le faire. Et, bien s\u00fbr, la plus \u00e9l\u00e9mentaire reconnaissance l\u2019emp\u00eachera toujours d\u2019en vouloir \u00e0 son Pygmalion.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Seul Louis-Charles appuya l\u2019hypoth\u00e8se de Bruno, m\u00fb il est vrai par un ressentiment personnel envers le Prix Goncourt qui ne datait pas d\u2019hier. Le chantage expliquerait tout, affirma-t-il. Sachant que Ph. \u00e9tait d\u00e9sormais \u00e0 la t\u00eate d\u2019une immense fortune, les subsides du Prix Goncourt \u00e9tant venus s\u2019ajouter aux retomb\u00e9es financi\u00e8res de la d\u00e9couverte de p\u00e9trole sous sa propri\u00e9t\u00e9 de Chants de F\u00e9es, Lorenzo avait du penser que cela ne g\u00eanerait pas un milliardaire de se faire soutirer un peu d\u2019argent par un ami dans le besoin.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Plusieurs lecteurs ayant pr\u00e9tendu que cette histoire ne tenait pas debout, il nous a sembl\u00e9 opportun d\u2019ouvrir une parenth\u00e8se. Certains, pour des raisons subjectives li\u00e9es \u00e0 la moralit\u00e9 suppos\u00e9e irr\u00e9prochable de leur h\u00e9ros bien-aim\u00e9, et d\u2019autres, pour des raisons objectives li\u00e9es \u00e0 leur formation scientifique, consid\u00e8rent que le comportement de l\u2019\u00e9crivain c\u00e9l\u00e8bre devenu criminel du jour au lendemain sans le moindre indice pr\u00e9monitoire n\u2019est pas cr\u00e9dible. Encore que, comme le fit remarquer Louis-Charles, lui-m\u00eame aurait bien pu y laisser la peau s\u2019il \u00e9tait rest\u00e9 \u00e0 surveiller son ch\u00e2teau de sable \u00e0 Saint-Br\u00e9vin en 1956. Or, interrog\u00e9 un jour par Bernard Pivot sur la diff\u00e9rence entre le r\u00e9cit et la fiction, notre auteur lui-m\u00eame avait anticip\u00e9 cette critique en donnant une r\u00e9ponse qui n\u2019en finit pas de faire couler de l\u2019encre dans le monde de la litt\u00e9rature et du grand banditisme\u00a0:<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Si l\u2019on y r\u00e9fl\u00e9chit, il y a quelque chose de faux dans la narration romanesque. Faux, parce que l\u2019homme ne fonctionne pas de fa\u00e7on coh\u00e9rente et logique comme ce doit \u00eatre la r\u00e8gle dans un roman. Il fonctionne par \u00ab\u00a0images\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0impressions\u00a0\u00bb successives, chacune en appelant une autre sans qu\u2019il soit possible de dire comment et pourquoi il en est arriv\u00e9 \u00e0 la derni\u00e8re, la seule qui compte pour lui, celle qu\u2019il va assumer et \u00e0 laquelle il croit dur comme fer.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>Dans le roman, l\u2019homme se comporte \u00e0 l\u2019inverse de l\u2019homme dans la vie\u00a0: son histoire doit \u00eatre coh\u00e9rente et la fin doit \u00eatre la conclusion logique de ce qui a \u00e9t\u00e9 expos\u00e9 auparavant. Dans la r\u00e9alit\u00e9, il n\u2019en est pas toujours ainsi, bien au contraire. Pourquoi a-t-il fait cette b\u00eatise qu\u2019il sait pertinemment a posteriori en \u00eatre une\u00a0? Aucun roman classique ne propose de restituer un tel cheminement aberrant qui est en r\u00e9alit\u00e9 le propre de l\u2019homme, pour ne pas dire ce qui le distingue des animaux. Il est difficile de vouloir le restituer sans tomber dans la description d\u2019un comportement psychiatrique comme celui de Bartleby. Proust a peut-\u00eatre approch\u00e9 au mieux la complexit\u00e9 de l\u2019homme en recensant la multitude de touches qui composent ce qu\u2019il est et ce qu\u2019il pense. A l\u2019inverse, Freud est peut-\u00eatre celui qui l\u2019a approch\u00e9 au plus mal parce qu\u2019aucune th\u00e9orie, aussi g\u00e9niale soit-elle, ne pourra jamais expliquer son fonctionnement impr\u00e9visible, non reproductible et surtout inapplicable aux autres hommes. Je crois que les neurosciences donneront raison \u00e0 Proust et non \u00e0 Freud\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: center;\">Chapitre 54<em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Malgr\u00e9 son admiration sans bornes et n\u00e9anmoins justifi\u00e9e pour l\u2019\u0153uvre photographique de Lorenzo, Fran\u00e7oise n\u2019en avait pas pour autant oubli\u00e9 les arguments de Bruno. La d\u00e9couverte de son <em>Souper d\u2019aveugles<\/em> copieusement plagi\u00e9 par le Goncourt et tomb\u00e9 dans l\u2019oubli chez un bouquiniste des quais lui semblait pire qu\u2019un indice, une preuve accablante. Au fil de ses discussions avec l\u2019int\u00e9ress\u00e9, elle avait d\u00e9couvert un \u00eatre, certes sensible, intelligent et cultiv\u00e9, comme l\u2019affirmait Lari\u00e9geoise, mais aussi susceptible, jaloux et rancunier, comme l\u2019insinuait Philippe. Elle en voulait pour preuve ce souvenir sans cesse r\u00e9p\u00e9t\u00e9 de la cravate que son p\u00e8re avait refus\u00e9 en cadeau de la f\u00eate de ses cong\u00e9n\u00e8res. Renseignement pris aupr\u00e8s de Ma\u00eetre Couthello, cette tournure bien que peu \u00e9l\u00e9gante est acceptable d\u2019autant qu\u2019il s\u2019agissait bien de la f\u00eate des p\u00e8res. Toujours est-il qu\u2019il vouait \u00e0 son p\u00e8re une rancune \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de laquelle celle d\u2019\u0152dipe ressemblait \u00e0 une bouderie d\u2019adolescent pr\u00e9-pub\u00e8re. D\u2019autres exemples revenaient sans cesse dans son discours mais Fran\u00e7oise avait cess\u00e9 de les noter comme elle le faisait au d\u00e9but de leur amiti\u00e9 lorsqu\u2019elle pr\u00e9parait un expos\u00e9 sur la n\u00e9vrose parano\u00efaque des grands artistes. Elle avait lu l\u2019ouvrage passionnant bien qu\u2019\u00e9difiant de Fran\u00e7oise Gillot <em>\u00ab\u00a0Vivre avec Picasso\u00a0\u00bb<\/em> d\u2019o\u00f9 le g\u00e9nial peintre ne sortait pas grandi, lui, pas plus que ses amis auteurs d\u2019une p\u00e9tition (j\u2019ai leurs noms) afin que ce livre soit interdit. On demeure sid\u00e9r\u00e9 par la notion que ces chantres de la gauche bien pensante selon certains mais plut\u00f4t mal selon moi avaient de la libert\u00e9 d\u2019expression. Comme Picasso, Lorenzo \u00e9tait \u00e0 ses heures un tyran s\u2019attribuant tous les droits en raison de ses talents artistiques qui le pla\u00e7aient au dessus des autres. Certes, Fran\u00e7oise mesurait bien la diff\u00e9rence de notori\u00e9t\u00e9 entre ces deux artistes mais leur n\u00e9vrose de sup\u00e9riorit\u00e9 et leur droit divin \u00e0 tous les abus \u00e9taient les m\u00eames.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Elle imagina sans peine le sc\u00e9nario machiav\u00e9lique que Lorenzo avait \u00e9chafaud\u00e9 pour punir l\u2019auteur de ce crime de l\u00e8se-majest\u00e9 apr\u00e8s avoir d\u00e9couvert le vol de ses Aveugles (<em>qui n\u2019a rien \u00e0 voir avec celui des Corneilles, NDLR<\/em>). Le chantage financier \u00e9tait selon elle l\u2019arrangement le plus logique entre les deux partis. Mais alors, pourquoi ce sc\u00e9nario digne d\u2019Alfred avait-il capot\u00e9\u00a0? Persuad\u00e9e que le caract\u00e8re obsessionnel de Lorenzo n\u2019avait pu laisser la moindre place \u00e0 l\u2019improvisation, elle en avait d\u00e9duit que le grain de sable ne pouvait provenir que de l\u2019\u00e9crivain c\u00e9l\u00e8bre.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">De son c\u00f4t\u00e9, Bruno avait d\u00e9cid\u00e9 de la jouer finement. Plut\u00f4t que d\u2019affronter Philippe de face, en terrain d\u00e9couvert et sans armes, ce qui ne lui aurait laiss\u00e9 aucune chance, il pr\u00e9f\u00e9ra commencer par interroger Sophie, la douce \u00e9pouse du Goncourt, entre deux voyages \u00e0 P\u00e9kin o\u00f9, forte de son exp\u00e9rience \u00e0 Chants de F\u00e9es, elle venait d\u2019inaugurer ses premi\u00e8res chambres d\u2019h\u00f4tes pour europ\u00e9ens fortun\u00e9s. Sophie avait le c\u0153ur sur la main et la langue bien pendue. Les vir\u00e9es pluriquotidiennes de son h\u00e9ros au Panth\u00e9on (le caf\u00e9, pas le sanctuaire, bien qu\u2019elle le soup\u00e7onna aussi de s\u2019y rendre afin d\u2019\u00e9valuer les avantages et les inconv\u00e9nients des diff\u00e9rents emplacements libres pour l\u2019accueillir le moment venu) aga\u00e7aient cette \u00e9pouse fid\u00e8le qui n\u2019avait nulle intention de se laisser d\u00e9rober son h\u00e9ros par une serveuse de bistrot bolchevique en stage linguistique chez Anne Hidalgo. Elle en conservait une rancune tenace bien qu\u2019elle n\u2019eut jamais la moindre raison objective de mettre en doute la probit\u00e9 de Philippe. De l\u00e0 \u00e0 penser qu\u2019elle orienta l\u2019enqu\u00eate de Bruno en distillant quelques soup\u00e7ons sur le comportement de ce g\u00e9nie de l\u2019intrigue ne semble pas du tout inconcevable.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Eh oui, mon cher Bruno, bien s\u00fbr que je me suis pos\u00e9 des questions moi aussi. Pourquoi mon h\u00e9ros emportait-il avec lui le fameux lasso offert par Indiana Jones \u00e0 la cin\u00e9math\u00e8que de Chants de F\u00e9es alors qu\u2019il allait \u00e0 Fontenay-le-Comte faire une conf\u00e9rence sur la fiction litt\u00e9raire\u00a0? Je m\u2019\u00e9tais demand\u00e9 s\u2019il n\u2019avait pas l\u2019intention d\u2019aller \u00e0 la chasse au ragondin comme il le faisait jadis avec toi dans les for\u00eats de votre adolescence autour de Royan. Devine ma stupeur quand j\u2019appris par les journaux l\u2019accident de Lorenzo\u00a0! Je ne pus m\u2019emp\u00eacher de faire un rapprochement entre le fouet et les blessures de notre ami. Bien s\u00fbr, je n\u2019en dis rien aux gendarmes \u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ces confidences ne constituaient pas une preuve mais une sacr\u00e9e piste sur laquelle Bruno, un habitu\u00e9 du Paris-Dakar, se pr\u00e9cipita. Ainsi, Sophie soup\u00e7onnait elle aussi son mari de tentative d\u2019assassinat sur la personne de Lorenzo.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: center;\">Chapitre 55<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Fran\u00e7oise et Bruno se retrouv\u00e8rent au Rostand afin de faire le point sur leur enqu\u00eate. A travers les grilles ils pouvaient voir les all\u00e9es du Jardin envahies par la brume o\u00f9 des silhouettes noires courant en tout sens semblaient ex\u00e9cuter un ballet monotone. En ce matin d\u2019hiver, un soleil p\u00e2le donnait de Paris l\u2019image d\u2019une carte postale ancienne.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">&#8211; Alors, demanda Fran\u00e7oise \u00e0 Bruno. O\u00f9 en \u00eates-vous\u00a0?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">&#8211; Et vous, lui r\u00e9pondit Bruno en souriant<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">&#8211; Eh bien, voyez-vous, j\u2019ai l\u2019intime conviction de la culpabilit\u00e9 des deux protagonistes\u00a0: l\u2019\u00e9crivain a tent\u00e9 sans succ\u00e8s de se d\u00e9barrasser du photographe qui exer\u00e7ait sur lui un chantage dont le motif \u00e9tait un banal plagiat litt\u00e9raire. Mais l\u2019int\u00e9r\u00eat de rouvrir le proc\u00e8s me semble discutable. Lorenzo a pay\u00e9 son forfait de plus d\u2019un an d\u2019hospitalisation et Philippe a connu l\u2019angoisse d\u2019aller en prison. N\u2019ont-ils pas \u00e9t\u00e9 assez punis tous les deux\u00a0? Et puis, se demandait-elle, y en a-t-il un plus coupable que l\u2019autre\u00a0?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">&#8211; Comme c\u2019est bizarre, lui r\u00e9pondit Bruno dont la culture cin\u00e9matographique \u00e9tait impressionnante. Moi aussi je suis arriv\u00e9 \u00e0 la m\u00eame conclusion.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Selon lui, les r\u00e9v\u00e9lations de Sophie confirmaient le projet d\u2019homicide de l\u2019\u00e9crivain dont le motif \u00e9tait le chantage de Lorenzo qui risquait de ternir son parcours exemplaire d\u2019ing\u00e9nieur devenu \u00e9crivain \u00e0 la sueur de son front et de son entourage.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">&#8211; Alors\u00a0? Que fait-on\u00a0?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">&#8211; On laisse tomber l\u2019enqu\u00eate et on renvoie les deux protagonistes dans leur coin. Match nul\u00a0!<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">&#8211; Je suis d\u2019accord avec vous. Bien s\u00fbr, nous n\u2019en dirons rien \u00e0 personne de notre entourage. Surtout pas \u00e0 Louis-Charles, crut-elle amusant de pr\u00e9ciser.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">&#8211; D\u00e9trompez-vous\u00a0! C\u2019est lui qui m\u2019a mis sur la piste du chantage. Je suis donc convaincu qu\u2019il avait devin\u00e9 le fin mot de l\u2019affaire. Il faut bien reconna\u00eetre que depuis leur enfance \u00e0 Saint-Br\u00e9vin-les-Pins, il en connaissait un rayon sur son meilleur ami dont les succ\u00e8s litt\u00e9raires l\u2019avaient mortifi\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">&#8211; Je ne suis pas surprise, ajouta Fran\u00e7oise. Je comprends mieux maintenant son exil dans un pays au climat si hostile.<\/p>\n<h3 style=\"font-weight: 400; text-align: center;\"><strong>FIN<\/strong><\/h3>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chapitre 53 Comment r\u00e9ussir \u00e0 faire avouer \u00e0 l\u2019un ou \u00e0 l\u2019autre, ou aux deux, la raison du drame survenu dans le Marais deux ans plus t\u00f4t\u00a0? C\u2019\u00e9tait le boulot de Bruno et pas celui de Fran\u00e7oise comme cette derni\u00e8re le lui rappela au moment o\u00f9 ils se quitt\u00e8rent. Effectivement, reconnut Bruno. Mais si vous &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=49319\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Les corneilles du septi\u00e8me ciel (53, 54 ET 55)<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[13],"tags":[1563],"class_list":["post-49319","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-fiction","tag-lorenzo-dellacqua"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/49319","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=49319"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/49319\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=49319"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=49319"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=49319"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}