{"id":49049,"date":"2024-03-25T07:47:19","date_gmt":"2024-03-25T06:47:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=49049"},"modified":"2024-03-26T07:08:39","modified_gmt":"2024-03-26T06:08:39","slug":"go-west-33","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=49049","title":{"rendered":"Go West ! (33)"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-47974\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg\" alt=\"\" width=\"189\" height=\"128\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-960x650.jpeg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-768x520.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-1536x1041.jpeg 1536w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-2048x1388.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 189px) 100vw, 189px\" \/>(&#8230;) \u00a0La proc\u00e9dure s&rsquo;ach\u00e8vera quand les deux clients officiels iront r\u00e9gler la note juste avant de partir avec la voiture tandis que les quatre clients additionnels sortiront discr\u00e8tement pour attendre un peu plus loin sur la route. Herv\u00e9 avait appel\u00e9 cette m\u00e9thode Cheval de Troie, car dans ses premi\u00e8res tentatives, il arrivait souvent que deux des passagers clandestins se cachent au fond de la voiture. Impraticable \u00e0 six, cette technique particuli\u00e8re a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9e mais le nom est rest\u00e9.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Cela fait cinq heures que nous roulons apr\u00e8s notre deuxi\u00e8me demi-nuit \u00e0 Las Vegas. Le jour se l\u00e8ve. Nous sommes tous \u00e0 nouveau \u00e9puis\u00e9s mais, avec le jour, il n\u2019est plus n\u00e9cessaire de monter la garde \u00e0 la fen\u00eatre avec la lampe \u00e9lectrique.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Hier soir, vers neuf heures, propres et repos\u00e9s, nous avions quitt\u00e9 le <em>Centennial Motel <\/em>o\u00f9 notre op\u00e9ration Cheval de Troie avait parfaitement fonctionn\u00e9. Ayant pay\u00e9 la chambre et n\u2019\u00e9tant pas emport\u00e9 les couvertures avec nous, nous avions la conviction de n\u2019avoir l\u00e9s\u00e9 personne et nous n\u2019\u00e9prouvions pas le moindre des remords. Arriv\u00e9s au Golden Nugget, d\u00e9sormais <!--more-->notre casino habituel, nous nous \u00e9tions s\u00e9par\u00e9s et j\u2019avais retrouv\u00e9 ma machine \u00e0 1$. Apr\u00e8s qu\u2019elle ait aval\u00e9 sans espoir de retour treize de mes quatorze <em>Silver dollars<\/em> en moins de vingt minutes, j\u2019avais voulu me refaire au blackjack, jeu de carte dont je me flattais de connaitre les r\u00e8gles, tr\u00e8s proches de celles du 21. J\u2019avais trouv\u00e9 la table dont la mise minimum \u00e9tait la plus basse et \u00e9chang\u00e9 un billet de dix dollars contre dix jetons rouge et vert. Je n\u2019avais jamais jou\u00e9 au blackjack dans un casino, habitu\u00e9 que j\u2019\u00e9tais au 21 entre amis. \u00catre assis parmi quatre autres joueurs blas\u00e9s buvant et fumant au bord de cette table verte en forme haricot en face d\u2019une croupi\u00e8re, grande et volumineuse femme noire aux cheveux lisses portant chemisier rouge \u00e0 manches courtes boutonn\u00e9 jusqu\u2019au col, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 impressionnant. J\u2019avais vite \u00e9t\u00e9 d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9 par la rapidit\u00e9 avec laquelle le jeu se d\u00e9roulait. La femme noire distribuait vite, il fallait regarder ses cartes vite, placer sa mise vite et quand venait son tour, vite demander ou refuser une carte, vite r\u00e9appr\u00e9cier ses chances, et redemander ou refuser une autre carte tout aussi rapidement. Au d\u00e9but, j\u2019avais h\u00e9sit\u00e9 et balbuti\u00e9, au grand agacement des autres joueurs et de la croupi\u00e8re. Par la suite, pour ne pas ralentir le jeu, j\u2019avais pris plusieurs fois des d\u00e9cisions stupides, au grand \u00e9tonnement de mes voisins de table. Mes dix dollars de d\u00e9part avaient \u00e9t\u00e9 lessiv\u00e9s en un quart d\u2019heure et j\u2019avais quitt\u00e9 la table au grand soulagement de ces m\u00eames voisins. Je venais de perdre vingt-trois dollars et c\u2019\u00e9tait beaucoup trop. Il fallait arr\u00eater l\u00e0. En attendant que les autres en fassent autant, j\u2019\u00e9tais rest\u00e9 longuement devant la table de baccarat, trouvant presque autant d\u2019\u00e9motion \u00e0 observer le d\u00e9roulement du jeu que si j\u2019avais \u00e9t\u00e9 le joueur en piste. Par contre, si le jeu de craps \u00e9tait spectaculaire et bruyant, je n\u2019avais pas r\u00e9ussi \u00e0 en comprendre la r\u00e8gle. Depuis cette nuit de Las Vegas, dans les films, j\u2019ai pu voir jouer au craps de tr\u00e8s nombreuses fois, et \u00e0 chaque occasion j\u2019ai tent\u00e9 d\u2019en saisir les r\u00e8gles, mais je n\u2019y comprends toujours rien.<br \/>\nNous avons quitt\u00e9 le Golden Nugget au milieu de la nuit. Herv\u00e9 \u00e9tait le seul \u00e0 avoir gagn\u00e9 un peu d\u2019argent. J\u2019\u00e9tais content pour lui, car c\u2019\u00e9tait celui qui parmi nous en avait vraiment besoin.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">L\u2019expressway descend doucement vers la ville que l\u2019on aper\u00e7oit \u00e0 travers la brume qui passe du marron au jaune en s&rsquo;\u00e9loignant du sol. Le temps est gris. La ville immense est encadr\u00e9e par le pare-brise de la voiture, marqu\u00e9 d\u2019insectes \u00e9clat\u00e9s et d\u2019arcs de cercles jaun\u00e2tres, sans rien d\u2019autre pour accrocher le regard que le quadrillage infini des boulevards et un petit paquet de tours gris fonc\u00e9 vers le centre. L&rsquo;ampleur du spectacle a quelque chose d\u2019oppressant. Cette ville n\u2019est pas \u00e0 notre \u00e9chelle, et dans la fatigue du petit matin, je me demande d\u00e9j\u00e0 comment nous allons survivre dans ce paysage qui me parait aussi hostile que celui de la Vall\u00e9e de la Mort. Pour le moment nous ne voulons rien d\u2019autre que dormir. L\u2019instinct nous fait rouler vers l\u2019ouest, vers le Pacifique, vers une plage o\u00f9 nous pourrons nous allonger au soleil sur du sable chaud.<br \/>\nRedondo Beach. La plage s&rsquo;\u00e9tend sans fin vers la droite et vers la gauche. L\u2019oc\u00e9an est gris huileux. Quelques oiseaux oscillent, assis sur les petites vagues molles. Sur notre droite, un avion d\u00e9colle en silence vers le large. Nous garons la voiture le long du boulevard et nous titubons sur le sable pour finir par nous affaler d\u2019un commun accord au bout d\u2019une dizaine de m\u00e8tres. Le soleil reste invisible, mais la luminosit\u00e9 devient forte et elle accentue notre sensation d\u2019\u00e9puisement. Il fait presque froid et le sable est humide. Ce n&rsquo;est pas ce dont nous r\u00eavions depuis des heures, mais \u00e7a ira quand m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Lorsque je me r\u00e9veille, pendant quelques instants la luminosit\u00e9 m\u2019est insupportable. Dans le gris lumineux du ciel, un halo d\u2019une blancheur insoutenable m\u2019indique que le soleil doit \u00eatre d\u00e9j\u00e0 haut. Midi ? Je me redresse sur les avant-bras et, dans mon effort, ma grimace d\u00e9colle le sable incrust\u00e9 sur ma joue. A travers la fente de mes paupi\u00e8res, j\u2019aper\u00e7ois la silhouette de JP debout qui fait face \u00e0 l\u2019oc\u00e9an. Couch\u00e9 en chien de fusil \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi, Herv\u00e9 dort. Il a enlev\u00e9 son jean et sa chemise. Comme il a gard\u00e9 ses chaussettes, il ne donne pas du tout l\u2019image du vacancier profitant de la plage. D\u2019ailleurs, aucun d\u2019entre nous ne donne cette image. Sales, d\u00e9braill\u00e9s, mal r\u00e9veill\u00e9s, en vrac au milieu de nos affaires \u00e9parpill\u00e9es, nous avons d\u00fb faire peur aux gens arriv\u00e9s apr\u00e8s nous. Ils se sont install\u00e9s pendant notre sommeil \u00e0 bonne distance de notre petit groupe d&rsquo;\u00e9paves. Herv\u00e9 se r\u00e9veille et crie de douleur. Sa peau de roux n&rsquo;est plus qu&rsquo;un coup de soleil. Au moindre mouvement, il a l&rsquo;impression qu&rsquo;elle craque et va se d\u00e9chirer. Il se d\u00e9plie lentement en g\u00e9missant. Malgr\u00e9 nos conseils, il refuse d&rsquo;aller jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;oc\u00e9an pour se rafra\u00eechir et entame une sorte de danse h\u00e9sitante d&rsquo;un pied sur l&rsquo;autre pour enfiler ses v\u00eatements. Nos voisins semblent plut\u00f4t int\u00e9ress\u00e9s par le spectacle.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Apr\u00e8s nous \u00eatre baign\u00e9s sous la surveillance maussade d&rsquo;Herv\u00e9, nous rejoignons la voiture. Nous roulons au hasard jusqu&rsquo;\u00e0 trouver une station-service pr\u00e8s de l&rsquo;a\u00e9roport o\u00f9 nous pourrons faire un peu de toilette \u00e0 l&rsquo;eau douce.<br \/>\nUne demie heure plus tard, nous sommes dans un <em>diner<\/em>, le Nickel Diner. Malgr\u00e9 l\u2019habitude, je surpris par le froid qui fige sur place la sueur que j\u2019ai apport\u00e9e de la rue avec moi. La salle est d&rsquo;une propret\u00e9 d\u2019h\u00f4pital, les murs sont couleur cr\u00e8me et le carrelage vert d&rsquo;eau. Les tables \u00e9paisses pour deux, quatre ou six, sont faites de m\u00e9lamin\u00e9 cr\u00e8me bord\u00e9 d&rsquo;une bande inox cannel\u00e9e. Elles sont fix\u00e9es au sol et entour\u00e9es de lourdes banquettes en moleskine vert fonc\u00e9. Chaque table dispose d&rsquo;un petit appareil distributeur de serviettes en papier et d&rsquo;un r\u00e9cipient \u00e0 bec verseur pour le sucre en poudre. Par de larges fen\u00eatres, trois des murs donnent sur le parking et la station-service voisine. Le long du mur du fond, il y a un bar derri\u00e8re lequel on peut voir une partie de la cuisine et un mexicain coiff\u00e9 d\u2019une toque blanche et occup\u00e9 \u00e0 lire le journal. Devant le bar, une demi-douzaine de tabourets tournants, \u00e9galement fix\u00e9s au sol et recouverts de la m\u00eame moleskine vert d&rsquo;eau. Une serveuse entre deux \u00e2ges, dans son uniforme d\u00e9cal\u00e9 de soubrette, officie dans la salle, nonchalante, gouailleuse et aimable. C\u2019est un <em>diner<\/em>. Tout le monde a vu \u00e7a mille fois au cin\u00e9ma.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Apr\u00e8s cette longue nuit et ce r\u00e9veil difficile, nous avons d\u00e9cid\u00e9 de faire des frais et de ne plus rien n\u00e9gliger pour nous remettre en \u00e9tat. Nous passons donc un long et agr\u00e9able moment \u00e0 manger des \u0153ufs au bacon, des saucisses, du poulet frit, des hamburgers, du <em>cole slaw<\/em>, d&rsquo;\u00e9paisses cr\u00eapes au sirop en buvant du caf\u00e9, du Coca, du th\u00e9 glac\u00e9 ou du lait homog\u00e9n\u00e9is\u00e9. Herv\u00e9 s&rsquo;isole dans les toilettes pour s&rsquo;enduire le corps de cr\u00e8me adoucissante. Tr\u00e8s vite, la soubrette vert d&rsquo;eau engage la conversation, et nous lui racontons \u00e0 l&rsquo;envi qui nous sommes, ce que nous faisons&#8230; Paris, le Boulevard Saint-Michel, les \u00e9tudes, notre voyage, l\u2019Hudson 51\u2026 Pas un de nous six ne pense un seul instant \u00e0 lui demander quoi que ce soit sur sa vie \u00e0 elle. Elle a s\u00fbrement l&rsquo;habitude de cette indiff\u00e9rence. Elle plaisante famili\u00e8rement sur la France, sur Paris, <em>city of lights, city of dreams<\/em>, sur les techniques amoureuses des <em>french lovers,<\/em> <em>hoo-la-la<\/em>, enfin toute cette sorte de clich\u00e9s in\u00e9vitables mais qui font quand m\u00eame bien plaisir. Lorsque nous partons, c&rsquo;est en lui laissant nos adresses <em>(\u2026If you ever come to Paris\u2026<\/em>) en guise de pourboire. \u00c7a devient une habitude. Gentille, elle fait semblant d\u2019\u00eatre ravie.<br \/>\nNous sortons du Nickel, refaits \u00e0 neuf, sauf Herv\u00e9 qui continue \u00e0 g\u00e9mir \u00e0 chaque mouvement. Il est onze heures. Un petit vent d&rsquo;Est a dissip\u00e9 la brume et all\u00e9g\u00e9 l&rsquo;atmosph\u00e8re. Le soleil brille, mais la fra\u00eecheur du matin est encore sensible.<br \/>\nNous remontons vers le nord \u00e0 travers cette ville interminable \u00e0 la recherche des endroits que nous connaissons tous d\u00e9j\u00e0 par le cin\u00e9ma. Venice Beach, Santa Monica, Pacific Palisades, Sunset Boulevard, Beverley Hills, Hollywood, The Chinese Theater&#8230;La journ\u00e9e passe comme \u00e7a, en confirmation des images que nous avons apport\u00e9es avec nous. Et c&rsquo;est vrai, tout est l\u00e0, comme nous l&rsquo;attendions : les beatniks et les maisons \u00e9tranges de Venice Beach, la jet\u00e9e de Santa Monica et sa f\u00eate foraine, la plage d\u00e9serte de Pacific Palisades, les courbes majestueuses du Sunset Boulevard, les larges all\u00e9es bord\u00e9es de cocotiers et de maisons invisibles de Beverley Hills, l&rsquo;animation de Hollywood Boulevard et le l\u00e9gendaire Th\u00e9\u00e2tre Chinois.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><em>A SUIVRE<\/em><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) \u00a0La proc\u00e9dure s&rsquo;ach\u00e8vera quand les deux clients officiels iront r\u00e9gler la note juste avant de partir avec la voiture tandis que les quatre clients additionnels sortiront discr\u00e8tement pour attendre un peu plus loin sur la route. 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