{"id":48917,"date":"2024-03-07T07:47:55","date_gmt":"2024-03-07T06:47:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=48917"},"modified":"2024-03-07T17:41:31","modified_gmt":"2024-03-07T16:41:31","slug":"go-west-29","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=48917","title":{"rendered":"Go West ! (29)"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-47974\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg\" alt=\"\" width=\"188\" height=\"127\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-960x650.jpeg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-768x520.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-1536x1041.jpeg 1536w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-2048x1388.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 188px) 100vw, 188px\" \/>(&#8230;)\u00ab\u00a0Putain, dis-donc, c\u2019est beau ! \u00bb<\/em><\/span><br \/>\n<em><span style=\"color: #0000ff;\">J\u2019ai reconnu la voix de JP. Lui qui ne sort jamais plus d\u2019une grossi\u00e8ret\u00e9 par mois n\u2019a pas pu retenir son exclamation. Il ne s\u2019est adress\u00e9 \u00e0 personne en particulier, il n\u2019a fait que murmurer, mais tous nous l\u2019avons entendu.\u00a0 Personne ne lui intime de se taire. Il a dit ce que nous pensions. Il n\u2019y a plus rien \u00e0 ajouter.<\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Pr\u00e8s de l\u2019endroit o\u00f9 nous avions gar\u00e9 la voiture, il y avait un vieux panneau publicitaire m\u00e9tallique, tout perc\u00e9 d\u2019impacts de balles, qui promettait un vol <em>most spectacular<\/em> au coeur du Canyon. Le panneau disait : 20 dollars pour un groupe de huit personnes. Comme nous \u00e9tions six et que les touristes \u00e9taient rares, nous mont\u00e2mes pour 18 dollars dans un monomoteur, sans doute plus vieux encore que le panneau publicitaire mais dont la peinture jaune d\u00e9lav\u00e9 ne portait pas de trace de balles. Quand le pilote nous rejoignit \u00e0 bord, il s\u2019installa \u00e0 la place de gauche, d\u00e9marra l\u2019avion, commen\u00e7a \u00e0 rouler sur la piste en terre et, se retournant vers nous avec un grand sourire dit \u00ab Accrochez-vous, les gars. \u00c7a pourrait secouer pas mal. \u00bb Comme il n\u2019y avait pas de ceinture de s\u00e9curit\u00e9, chacun <!--more-->s\u2019agrippa \u00e0 ce qu\u2019il pouvait tandis que l\u2019avion roulait de plus en plus vite. Effectivement, pendant la course d\u2019envol entre les sapins, \u00e7a secoua pas mal, au point que la porte passagers s\u2019ouvrit et se mit \u00e0 battre contre la carlingue. Toujours souriant et sans ralentir l\u2019appareil, le pilote se retourna pour demander si \u00ab\u00a0<i>quelqu\u2019un voulait bien refermer cette foutue porte ! <\/i>\u00ab\u00a0, ce qui fut fait. D\u00e8s que les roues eurent quitt\u00e9 le sol, tout se calma, \u00e0 part le rugissement du moteur. Nous volions tout droit, \u00e0 trois m\u00e8tres au-dessus de la cime des sapins et je regardais les sentiers se dessiner entre les arbres et les buissons, quand tout \u00e0 coup, il n\u2019y eut plus de sapins, plus de buissons, plus de sentiers, juste le vide. Mille six cents m\u00e8tres de vide. Nous \u00e9tions mille six cents m\u00e8tres au dessus des m\u00e9andres marron clair du fleuve Colorado. Dans une man\u0153uvre sans doute coutumi\u00e8re et propre \u00e0 impressionner le client, le pilote coupa brusquement les gaz et plongea dans le canyon. \u00c7a ne dura sans doute que deux ou trois secondes, mais de tr\u00e8s longues secondes, des secondes au cours desquelles vous avez l\u2019impression que tout ce qui n\u2019est pas fait d\u2019os dans votre corps veut remonter dans votre cage thoracique et plus haut si possible. Le pilote tira sur le manche et je r\u00e9cup\u00e9rai mes entrailles \u00e0 la bonne place. Le reste du vol se passa calmement et au bout d\u2019une vingtaine de minutes nous \u00e9tions de retour au terrain.<br \/>\nNous pass\u00e2mes le reste de la journ\u00e9e \u00e0 trainer sur le sentier qui borde la falaise, \u00e0 contempler les roches multicolores et changeantes avec les heures de la journ\u00e9e et le passage des nuages, \u00e0 regarder les rapaces tournoyer au-dessus du vide et les caravanes de touristes descendre vers le fleuve Colorado \u00e0 dos de mulet sur des sentiers \u00e9troits. Et puis, \u00e0 force de ne rien faire, le temps passa et il fallut partir puisque nous voulions arriver \u00e0 Las Vegas pas trop tard dans la nuit.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Un peu apr\u00e8s Williams, la Route 66 s\u2019insinue en descente dans une for\u00eat de grands pins en larges virages bien dessin\u00e9s. La montagne est sur notre gauche et, sur notre droite, le terrain descend en forte pente forte \u00e0 travers les pins jusque vers un torrent.<br \/>\nSoudain, au d\u00e9bouch\u00e9 d\u2019un virage sur la gauche, un grand arbre est en travers de la route. Je ne sais plus qui conduit \u00e0 ce moment, mais peu importe pour ce que je veux raconter, toujours est-il qu\u2019il freine fortement mais sans panique et arr\u00eate la voiture sur la chauss\u00e9e \u00e0 quelques m\u00e8tres de l\u2019obstacle. \u00c0 cet endroit, il n\u2019y a pas de bas-c\u00f4t\u00e9, pas de <em>shoulder<\/em> o\u00f9 se garer. Nous descendons de voiture et tous les six nous approchons de l\u2019arbre pour examiner la situation. L\u2019arbre couch\u00e9 ne fait que sept ou huit m\u00e8tres. Du c\u00f4t\u00e9 gauche de la route, sa cime s\u2019appuie sur le talus. Du c\u00f4t\u00e9 droit, ses branches basses maintiennent le tronc \u00e0 presque un m\u00e8tre au-dessus du bitume. En l\u2019attrapant par le sommet, il doit \u00eatre possible de le faire pivoter pour le ranger le long du c\u00f4t\u00e9 droit de la chauss\u00e9e. Pendant que nous r\u00e9fl\u00e9chissions, une voiture qui venait en sens inverse s\u2019est arr\u00eat\u00e9e comme nous quelques m\u00e8tres avant le pin. Une famille en descend. Nos deux groupes, chacun de son cot\u00e9 de l\u2019arbre, se pr\u00e9parent \u00e0 le saisir par la cime.<br \/>\nC\u2019est alors qu\u2019un bruit se fait entendre derri\u00e8re nous, un bruit de moteur qui monte brutalement en r\u00e9gime. C\u2019est un camion qui d\u00e9vale la pente. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, c\u2019est un semi-remorque dont l\u2019attelage, vide, est un ch\u00e2ssis porte-engins, mais cela, nous ne le savons pas encore. Devant l\u2019obstacle qui lui barre la route, le chauffeur a r\u00e9trograd\u00e9 puis pes\u00e9 sur le frein tout en faisant hurler ses sir\u00e8nes. Et la remorque a commenc\u00e9 \u00e0 chasser de l\u2019arri\u00e8re.<br \/>\nSur la route, nous sommes l\u00e0, hypnotis\u00e9s par le monstre qui fonce sur nous en rugissant. Incapables de penser, incapables de bouger, comme statufi\u00e9s, nous regardons grossir ces tonnes d\u2019acier rutilant qui vont immanquablement nous an\u00e9antir dans moins de quatre secondes. Aujourd\u2019hui encore, m\u00eame apr\u00e8s autant d\u2019ann\u00e9es, je n\u2019ai pas besoin de faire un grand effort de m\u00e9moire pour revoir de fa\u00e7on tr\u00e8s r\u00e9aliste ce qui s\u2019est pass\u00e9. De l\u00e0 \u00e0 reconstituer les r\u00e9flexes, les pens\u00e9es et les d\u00e9cisions du chauffeur, il n\u2019y a qu\u2019un pas.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Devant lui, une voiture marron arr\u00eat\u00e9e et six bonshommes statufi\u00e9s qui le regardent, stup\u00e9faits, lui barrent la partie droite de la route ; derri\u00e8re la voiture, un tronc d\u2019arbre, un sapin avec toutes ses branches, couch\u00e9 en travers de la route. A droite, cot\u00e9 torrent, les branches basses maintiennent le tronc \u00e0 un m\u00e8tre du sol. A gauche, c\u00f4t\u00e9 montagne, la cime de l\u2019arbre repose sur le talus de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la route. Au-del\u00e0 du tronc, une voiture bleue et ses quatre passagers tout aussi statufi\u00e9s lui barrent la partie gauche de la route. La route est en descente, la vitesse est trop grande et la distance \u00e0 l\u2019obstacle trop courte pour pouvoir s\u2019arr\u00eater. D\u2019ailleurs sur le coup de frein instinctif, la remorque a commenc\u00e9 \u00e0 chasser sur sa gauche. Il n\u2019y a plus que deux solutions. La premi\u00e8re, c\u2019est continuer comme \u00e7a, continuer \u00e0 freiner et \u00e0 se mettre en travers, puis percuter une Hudson 51 et ses occupants dispers\u00e9s sur la chauss\u00e9e, un tronc d\u2019arbre et tr\u00e8s probablement la voiture montante et deux ou trois de ses passagers. La seconde, c\u2019est passer en force en \u00e9vitant si possible les deux voitures et leurs passagers.<br \/>\nPasser en force, c\u2019est cela qu\u2019il faut faire, s\u2019est dit le chauffeur et il se porte sur le milieu de la chauss\u00e9e en acc\u00e9l\u00e9rant. La remorque se redresse et le tracteur vient heurter le tronc de face en pleine vitesse. Dieu merci, la hauteur du parechoc avant est sup\u00e9rieure \u00e0 celle du tronc couch\u00e9, et ce sont les pneumatiques avant qui attaquent le tronc. Un \u00e9norme choc sourd et le premier essieu du tracteur passe l\u2019obstacle. L\u2019essieu arri\u00e8re suit. Une seconde plus tard ce sont les trois essieux arri\u00e8re de la remorque qui passent \u00e0 leur tour dans un grand tintamarre de ferraille. Un coup de volant sur la droite et la voiture bleue est \u00e9vit\u00e9e. C\u2019est gagn\u00e9. Cent m\u00e8tres plus bas, dans un grand chuintement pneumatique, le camion s\u2019arr\u00eate avant le prochain virage. Le chauffeur saute sur l\u2019asphalte, consid\u00e8re un instant le tableau de l\u2019arbre toujours en place et des voitures qu\u2019il bloque, crie quelque chose d\u2019incompr\u00e9hensible avant de remonter dans sa cabine. Il repart dans un long coup d\u2019avertisseur pour disparaitre derri\u00e8re le prochain virage.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Tandis que les pi\u00e9tons, le souffle coup\u00e9 par ce qu\u2019ils viennent de voir, se rassemblent lentement autour de l\u2019arbre, je m\u2019interroge sur l\u2019\u00e9trange comportement du chauffeur. Je n\u2019arrive pas \u00e0 comprendre qu\u2019il soit press\u00e9 au point de ne pas prendre quelques minutes pour reprendre son souffle, engueuler tout le monde, aider \u00e0 d\u00e9gager la route&#8230; mais dans quelques instants, j\u2019aurais compris.<br \/>\nDonc, nous sommes en train de nous remettre de cette \u00e9motion et de nous rassembler autour du pin couch\u00e9 pour reprendre la man\u0153uvre de d\u00e9gagement de la route que nous avions \u00e9bauch\u00e9e un peu plus t\u00f4t. Et c\u2019est alors qu\u2019un bruit se fait entendre derri\u00e8re nous, un bruit de moteur qui monte brutalement en r\u00e9gime. C\u2019est un camion qui d\u00e9vale la pente, un camion en tout point identique \u00e0 celui qui vient de disparaitre. En voyant notre Hudson et l\u2019arbre qui lui barre la route, le chauffeur a r\u00e9trograd\u00e9 puis pes\u00e9 sur le frein. Quand la remorque a commenc\u00e9 \u00e0 chasser, le chauffeur a lui aussi choisi de passer en force. Il s\u2019est port\u00e9 sur le milieu de la chauss\u00e9e en acc\u00e9l\u00e9rant. La remorque s\u2019est redress\u00e9e. Ses pneumatiques ont franchi l\u2019obstacle en bondissant par-dessus. Un habile coup de volant lui a permis d\u2019\u00e9viter la voiture montante. Cent m\u00e8tres plus bas, dans un grand chuintement pneumatique, le camion s\u2019est arr\u00eat\u00e9 au m\u00eame endroit que le pr\u00e9c\u00e9dent. Le chauffeur a saut\u00e9 sur l\u2019asphalte. Il a consid\u00e9r\u00e9 la sc\u00e8ne un bref instant et il nous a montr\u00e9 le poing en criant une insulte inaudible. Et puis il est remont\u00e9 dans sa cabine pour continuer sa route et disparaitre dans un long coup d\u2019avertisseur furieux.<br \/>\nIl ne nous restait plus qu\u2019\u00e0 d\u00e9gager le pin fautif.<\/p>\n<p><em><span style=\"color: #0000ff;\">A SUIVRE<\/span><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;)\u00ab\u00a0Putain, dis-donc, c\u2019est beau ! \u00bb J\u2019ai reconnu la voix de JP. Lui qui ne sort jamais plus d\u2019une grossi\u00e8ret\u00e9 par mois n\u2019a pas pu retenir son exclamation. Il ne s\u2019est adress\u00e9 \u00e0 personne en particulier, il n\u2019a fait que murmurer, mais tous nous l\u2019avons entendu.\u00a0 Personne ne lui intime de se taire. Il a &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=48917\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Go West ! 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