{"id":48673,"date":"2024-02-10T07:47:48","date_gmt":"2024-02-10T06:47:48","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=48673"},"modified":"2024-02-12T08:24:54","modified_gmt":"2024-02-12T07:24:54","slug":"go-west-23","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=48673","title":{"rendered":"Go West ! (23)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-47974\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg\" alt=\"\" width=\"197\" height=\"133\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-960x650.jpeg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-768x520.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-1536x1041.jpeg 1536w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-2048x1388.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 197px) 100vw, 197px\" \/>(&#8230;) In\u00e9vitablement, j\u2019\u00e9tais tomb\u00e9 amoureux. Je suis rentr\u00e9 chez moi, je me suis allong\u00e9 sur mon lit et j\u2019ai \u00e9cout\u00e9 des disques de Nat King Cole et de Johnny Mathis. J\u2019ai fait la gueule \u00e0 mes parents pendant un mois et j\u2019ai \u00e9crit \u00e0 Patricia deux fois par semaine pendant trois. Et puis un jour, Herv\u00e9 m\u2019a dit : \u00ab Mais pourquoi tu ne viendrais pas en Arizona avec moi ? \u00bb<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>Ben oui, pourquoi ?&#8230;<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Vous qui m\u2019avez lu jusqu\u2019ici, vous avez v\u00e9cu avec <em>Go West !<\/em> quelques sc\u00e8nes auxquelles mes \u00e9crits pr\u00e9c\u00e9dents ne vous avaient pas habitu\u00e9s : une s\u00e9quence torride dans un quadrimoteur \u00e0 h\u00e9lices, sorte de pr\u00e9lude aux exp\u00e9riences d\u2019une Emmanuelle encore \u00e0 na\u00eetre, un \u00e9pisode de sado-masochisme inabouti, une fuite \u00e9perdue au milieu de moustiques en folie et d\u2019alligators potentiels, des rencontres inopin\u00e9es avec l\u2019apartheid, la police et l\u2019homosexualit\u00e9. Et maintenant que votre h\u00e9ros est arriv\u00e9 en Arizona, vous vous attendez \u00e0 quelques p\u00e9rip\u00e9ties de plus en plus \u00e9piques, m\u00ealant amours, chevaux, tribus indiennes et rivi\u00e8res rouges.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Eh bien non, et vous allez \u00eatre d\u00e9\u00e7us <!--more-->car il n\u2019y a rien d\u2019int\u00e9ressant \u00e0 raconter sur mon s\u00e9jour \u00e0 Flagstaff. En fait, ce fut un s\u00e9jour de r\u00eave, et qu\u2019y a-t-il de plus ennuyeux que d\u2019\u00e9couter quelqu\u2019un raconter ses r\u00eaves ? \u00c0 part lire quelqu\u2019un raconter ses r\u00eaves ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Des chevaux, des indiens, des danses de la pluie, des rivi\u00e8res et des rochers rouges, il y en eut, et bien d\u2019autres choses encore\u00a0; des porc-\u00e9pics, des <em>rattle-snakes<\/em>, des tarentules, des <em>Gila monsters<\/em>, des <em>jacks-rabbits<\/em> et des cow-boys d\u00e9bonnaires\u00a0; quelques filles, des pique-niques, des canyons et des marshmallows, de gentils flirts, des chansons de Joan Baez et du Kingston trio, un peu de Louis Prima, quelques parties de bowling\u00a0; quelques engueulades aussi, rares. Mais du sang, des larmes, du danger, de la peur, il n\u2019y en eu point\u00a0; et du sexe non plus. Pas de sang, pas de larmes, pas de sexe, autrement dit\u00a0: rien\u00a0; rien qui vaille la peine d\u2019\u00eatre lu, ou m\u00eame \u00e9crit.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Il faut quand m\u00eame que je parle de Bill.<br \/>\nBill \u00e9tait g\u00e9ologue travaillait au mus\u00e9e de Flagstaff, le <em>Museum of Northern Arizona<\/em>. Il \u00e9tait log\u00e9 dans un chalet de fonction cach\u00e9 sous les pins \u00e0 l\u2019\u00e9cart du mus\u00e9e. Le chalet n\u2019avait qu\u2019une chambre, une salle de bain et une pi\u00e8ce de s\u00e9jour, mais il comportait un grand garage \u00e9quip\u00e9 de six lits de camp. C\u2019est l\u00e0 que Bill logeait les jeunes gens de passage, sans contrepartie, pour autant de temps qu\u2019ils voulaient. L\u2019adresse de Bill devait trainer dans les carnets de la moiti\u00e9 des autostoppeurs d\u2019Am\u00e9rique du Nord. Et, en ce mois de juillet 1962, c\u2019est nous qui occupions son garage.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Bill \u00e9tait c\u00e9libataire. Grand, fort et beau, il avait d\u00e9pass\u00e9 de peu la trentaine. Il n\u2019intervenait jamais dans la petite soci\u00e9t\u00e9 qu\u2019il abritait, il ne cherchait pas \u00e0 s\u2019y introduire, \u00e0 partager ses moments. De temps en temps seulement, il passait la t\u00eate dans le garage pour demander si tout allait bien, si on avait besoin de quelque-chose. Parfois, il annon\u00e7ait qu\u2019une c\u00e9r\u00e9monie indienne allait se tenir dans la r\u00e9serve Hopi en un lieu tenu secret mais qu\u2019il connaissait et se proposait de nous y conduire dans son minibus Volkswagen. D\u2019autres fois, il nous emmenait de nuit dans le d\u00e9sert poursuivre avec sa Coccinelle de couleur cr\u00e8me quelque <em>Jack-rabbit<\/em>, sorte de li\u00e8vre squelettique affol\u00e9 par les phares, que nous tentions d\u2019attraper \u00e0 mains nues en sautant du parechoc arri\u00e8re de la voiture sur lequel nous \u00e9tions grimp\u00e9s. Il nous expliquait les peintures de sable, ces tableaux \u00e9ph\u00e9m\u00e8res que des indiens Navajo dessinaient avec une patience infinie et dont les dessins g\u00e9om\u00e9triques devaient aider \u00e0 la gu\u00e9rison d\u2019un malade. C\u2019est lui qui nous a fait d\u00e9couvrir le Sunset crater, les falaises d\u2019Oak Creek Canyon, le torrent de Slide rock et les ballades du Kingston trio. Il nous a conduit \u00e0 Sedona, ce bel endroit devenu aujourd\u2019hui le Saint-Tropez du d\u00e9sert. Il nous a amen\u00e9 jusqu\u2019au pied du Teapot Rock de <em>Johnny Guitar<\/em> et de <em>3\u00a0:10 to Yuma<\/em>. Bill, \u00a0c\u2019\u00e9tait surtout le type le plus g\u00e9n\u00e9reux, le plus gentil, le plus tol\u00e9rant, le plus discret et le plus calme que vous puissiez imaginer. Des ann\u00e9es plus tard, je l\u2019ai revu trois ou quatre fois, \u00e0 Flagstaff et m\u00eame \u00e0 Paris. Il s\u2019\u00e9tait mari\u00e9 et avait eu une fille mais il n\u2019avait pas chang\u00e9, sinon de m\u00e9tier. Il \u00e9tait devenu guide naturaliste pour des exp\u00e9ditions aux quatre coins du monde demeur\u00e9s encore sauvage. R\u00e9cemment, j\u2019ai eu le plaisir de d\u00e9couvrir qu\u2019il faisait l\u2019objet d\u2019une page Wikip\u00e9dia.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Si, comme je l\u2019ai dit tout \u00e0 l\u2019heure, nous avons v\u00e9cu \u00e0 Flagstaff trois semaines de r\u00eave gr\u00e2ce \u00e0 Bill, Herv\u00e9 y f\u00fbt aussi pour beaucoup. L\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, il \u00e9tait rest\u00e9 longtemps chez Bill, il avait travaill\u00e9 un peu en ville et rencontr\u00e9 pas mal de monde. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 ses relations que notre groupe a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s vite re\u00e7u dans plusieurs familles de la ville, des familles dans lesquelles il y avait, naturellement, des gar\u00e7ons et des filles. Ils avaient seize, dix-sept ou dix-huit ans. Nous en avions vingt et nous \u00e9tions fran\u00e7ais. Pour les filles, nous \u00e9tions exotiques, diff\u00e9rents, plus murs que leurs cousins et petits amis habituels et surtout, nous \u00e9tions de passage, \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. Nous \u00e9tions donc int\u00e9ressants et la petite soci\u00e9t\u00e9 des jeunes bourgeoises de Flagstaff ne tarda pas \u00e0 organiser pour nous des sorties, des visites et des pique niques au bord des torrents de montagne o\u00f9 les filles nous emmenaient dans la <i>compact<\/i> de leur m\u00e8re ou dans la <i>station wagon<\/i> de leur p\u00e8re. Les gar\u00e7ons, eux, ne venaient pas. C\u2019est probablement parce que les filles ne les invitaient pas, mais de toute fa\u00e7on, ils ne nous aimaient pas ; pour eux, nous \u00e9tions des concurrents d\u00e9loyaux, des <i>sneaky frenchmen. <\/i>Les parents, eux, \u00e9taient sur la r\u00e9serve ou carr\u00e9ment inquiets : tandis que notre qualit\u00e9 de fran\u00e7ais faisait a priori de nous des suspects, nos deux ou trois ann\u00e9es de plus que leurs ch\u00e8res filles nous rendaient potentiellement dangereux. Mais leur confiance en leurs grandes filles toutes simples, leur amour du grand air et des grands espaces et le sens de l\u2019hospitalit\u00e9 de l\u2019Ouest faisaient qu\u2019ils laissaient leurs filles et leurs voitures nous conduire au bord de cours d\u2019eau idylliques tout au fond de canyons frais et sonores. L\u00e0, torses nus ou en maillot de bain, nous nous allongions sur de rouges rochers \u00e0 l\u2019ombre de pins qui avaient probablement abrit\u00e9 Cochise et Geronimo. De lourdes glaci\u00e8res, nous sortions de la bi\u00e8re achet\u00e9e en fraude et nous buvions en racontant avantageusement nos vies de parisiens. Elles \u00e9coutaient, riaient, questionnaient, construisaient de petits feux pour faire griller des poulets, r\u00f4tir des pommes de terre et des marshmallows, sortaient une guitare, chantaient joliment, une par une ou toutes ensemble. Tout cela \u00e9tait charmant et tout cela \u00e9tait pour nous. En \u00e9change nous leur donnions ce qu\u2019elles cherchaient, des mots dr\u00f4les, des mots gentils, des questions na\u00efves sur leur vie, sur l\u2019Am\u00e9rique, des petits gestes aussi, \u00e0 peine os\u00e9s, des petites caresses, et bien s\u00fbr quelques baisers, des<i> baisers fran\u00e7ais<\/i>, comme on dit l\u00e0-bas. Nous, nous avions quitt\u00e9 cet \u00e2ge du flirt o\u00f9 ces gentilles filles de l\u2019Ouest se trouvaient encore, et quand nous \u00e9tions entre nous, nous nous flattions d\u2019en demander et d\u2019en obtenir davantage. Mais l\u00e0, dans ce canyon sauvage, dans cette nature splendide, avec ces jeunes filles sans complexe mais prudentes et maitresses d\u2019elles-m\u00eames, tacitement, nous avions convenu des limites \u00e0 ne pas franchir. Volontairement, pour quelques jours et d\u2019un commun accord, nous \u00e9tions redevenus des adolescents. Pour quelques jours, je vivrais une adolescence que je n\u2019avais pas connue.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Mais finalement, pour moi, \u00e7a ne s\u2019est pas pass\u00e9 tout \u00e0 fait comme \u00e7a&#8230; enfin&#8230; pas tout le temps. Et puis j\u2019ai d\u00e9couvert qu\u2019elles n\u2019\u00e9taient pas si gentilles que \u00e7a, ces filles de l\u2019Ouest.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><em>A SUIVRE\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) In\u00e9vitablement, j\u2019\u00e9tais tomb\u00e9 amoureux. Je suis rentr\u00e9 chez moi, je me suis allong\u00e9 sur mon lit et j\u2019ai \u00e9cout\u00e9 des disques de Nat King Cole et de Johnny Mathis. J\u2019ai fait la gueule \u00e0 mes parents pendant un mois et j\u2019ai \u00e9crit \u00e0 Patricia deux fois par semaine pendant trois. 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