{"id":48497,"date":"2024-02-06T07:47:16","date_gmt":"2024-02-06T06:47:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=48497"},"modified":"2024-02-07T07:59:05","modified_gmt":"2024-02-07T06:59:05","slug":"go-west-22","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=48497","title":{"rendered":"Go West ! (22)"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-47974\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg\" alt=\"\" width=\"219\" height=\"148\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-960x650.jpeg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-768x520.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-1536x1041.jpeg 1536w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-2048x1388.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 219px) 100vw, 219px\" \/>(&#8230;) Je lui touchai doucement l\u2019\u00e9paule. Elle se tourna vers moi. Il fallait parler maintenant. Contrairement \u00e0 mon habitude, celle qui me r\u00e9ussit si bien dans cette mati\u00e8re, je n\u2019avais rien pr\u00e9par\u00e9. Elle me regardait, dans l\u2019expectative. Je ne disais rien. Et puis d\u2019un coup, de mon meilleur anglais, je m\u2019en souviens tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment, j\u2019ai dit : \u00ab Ah ! Vous voil\u00e0 ! Je craignais que vous n\u2019ayez \u00e9t\u00e9 kidnapp\u00e9e ! \u00bb<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Je ne sais pas ce qui lui a plu dans cette apostrophe. \u00c9tait-ce l\u2019inqui\u00e9tude clairement simul\u00e9e que j\u2019y avais mise, l\u2019impeccable respect de la grammaire anglaise, la subtile pointe d\u2019accent fran\u00e7ais ? Elle ne me l\u2019a jamais dit, mais je crois que c\u2019est plut\u00f4t le mot \u201ckidnapp\u00e9e\u201c ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, sa racine \u201c<em>kid<\/em>\u201c qui l\u2019a amus\u00e9e. Elle a peut-\u00eatre pens\u00e9 que je la prenais pour une gosse, et elle a aim\u00e9 \u00e7a. Va savoir pourquoi&#8230; En tout cas, mon approche \u00e9tait une r\u00e9ussite, parce qu\u2019elle m\u2019a souri doucement et m\u2019a dit \u00ab Non, vous voyez, je suis l\u00e0\u2026 \u00bb, et puis elle s\u2019est tue. Audace incroyable de ma part, aisance inhabituelle, je l\u2019ai prise par la main et l\u2019ai conduite vers un box tranquille, tout au fond du Broken Ski Club.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Nous avons pass\u00e9 une bonne partie de la nuit dans ce box. De temps en temps, un copain passait devant nous, affectant l\u2019indiff\u00e9rence. Il nous jetait un coup d\u2019\u0153il et repartait raconter aux autres ce qu\u2019il avait vu. De temps en temps, <!--more-->nous dansions bri\u00e8vement sur Nat King Cole ou Johnny Mathis, puis nous retournions nous m\u00e9langer sur la banquette. Mais il a fallu partir : \u00e0 deux heures du matin, le Broken fermait pour la nuit. Il faisait bien trop froid pour se promener dans le village. Nous allions devoir nous s\u00e9parer. Il n\u2019\u00e9tait pas question pour moi de l\u2019emmener au Bahnhof, ni pour elle de me faire entrer dans le refuge pour \u00e9tudiants o\u00f9 elle \u00e9tait log\u00e9e. D\u2019ailleurs, je ne le regrettais pas : je n\u2019y pensais m\u00eame pas. Tout ce que je voulais, ce que je pr\u00e9parais dans ma t\u00eate, c\u2019\u00e9tait passer la journ\u00e9e du lendemain avec elle, peut-\u00eatre l\u2019emmener faire un peu de ski, tard dans la matin\u00e9e, et puis boire un chocolat chaud dans un bar d\u2019altitude o\u00f9 on laissait ses chaussures de ski \u00e0 l\u2019entr\u00e9e pour \u00e9couter des disques de jazz assis sur des tapis flokati devant un feu de bois. Pour la soir\u00e9e, ce serait une fondue \u00e0 deux, parce que \u00e7a m\u2019\u00e9voquait la sc\u00e8ne des spaghettis de La Belle et le Clochard. Pour apr\u00e8s, on verrait bien.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Tout cela tomba \u00e0 l\u2019eau : arriv\u00e9e devant son refuge, elle me dit doucement qu\u2019elle quittait Zermatt le lendemain matin avec son groupe qui partait pour Paris. Elle n\u2019y resterait que trois jours avant de rentrer en Am\u00e9rique. Nous n\u2019en avions donc plus qu\u2019un seul \u00e0 passer ensemble, \u00e0 Paris sans doute, mais un seul. Les filles font des trucs comme \u00e7a : elles se laissent embrasser pendant des heures, elles semblent pr\u00eates \u00e0 tout c\u00e9der d\u00e8s le lever du soleil, et puis, d\u2019un coup, froidement, elles vous disent que merci, c\u2019\u00e9tait sympa, mais que demain, elles ont quelque chose \u00e0 faire et que c\u2019est dommage, mais c\u2019est la derni\u00e8re fois qu\u2019on se voit, alors <em>kiss me goodbye<\/em>&#8230;<br \/>\nJ\u2019\u00e9tais sens dessus dessous. Tandis qu\u2019on s\u2019embrassait follement devant son escalier, je pensais \u00e0 avancer mon retour \u00e0 Paris. Mais \u00e0 cette p\u00e9riode de vacances, tous les trains seraient complets et, en Suisse, sans r\u00e9servation, ils ne me laisseraient m\u00eame pas monter dans le couloir. Nous n\u2019avions donc plus que vingt-quatre heures \u00e0 vivre ensemble. C\u2019\u00e9tait peu, mais au moins ce serait dans ma ville. Et c\u2019\u00e9tait encore devant moi.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">J\u2019arrivai \u00e0 Paris le dimanche matin. Je passai en coup de vent \u00e0 la maison pour d\u00e9poser ma valise, dire bonjour \u00e0 mes parents, prendre un bain et me changer, puis je fon\u00e7ais rue des \u00c9coles o\u00f9 se trouvait son h\u00f4tel, le Claude Bernard. Elle n\u2019y \u00e9tait pas. Pourtant, la veille, je lui avais t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 de Zermatt. Vers dix heures, dix heures et demi, je lui avais dit. Mais elle n\u2019\u00e9tait pas l\u00e0. Angoiss\u00e9, d\u00e9\u00e7u, d\u00e9j\u00e0 furieux contre elle, je me plantai devant l\u2019h\u00f4tel. \u00a0Au bout d\u2019une heure, un autocar vint se ranger le long du trottoir et, au milieu de ses cong\u00e9n\u00e8res, joyeux, exub\u00e9rants, bruyants, elle en descendit, douce, r\u00e9serv\u00e9e, fragile.<br \/>\nJ\u2019avais pr\u00e9vu tout un programme pour elle. D\u2019abord, pour l\u2019impressionner, ce serait un d\u00e9jeuner Chez Lipp, et puis une balade dans Saint Germain des Pr\u00e9s, la Place F\u00fcrstenberg, la Rue de Seine, les quais. Il ferait beau, c\u2019\u00e9tait s\u00fbr.<br \/>\n\u00c7a ne se passa pas comme \u00e7a, pas tout \u00e0 fait en tout cas. C\u2019est devant l\u2019unique r\u00e9verb\u00e8re de la jolie petite place o\u00f9 nous \u00e9tions rest\u00e9s quelques instants immobiles et silencieux que, doucement, comme tout ce qu\u2019elle faisait, elle me prit la main et me demanda de la reconduire \u00e0 son h\u00f4tel. \u00c0 mes protestations, mes \u00ab d\u00e9j\u00e0 ! \u00bb interloqu\u00e9s, mes \u00ab pourquoi ? \u00bb plaintifs, mes \u00ab qu\u2019est-ce que tu as ? \u00bb inquiets, elle r\u00e9pondait simplement, doucement \u00ab <em>please&#8230;<\/em> \u00bb Entre la Place Furstenberg et la rue Danton, je ruminai ma d\u00e9ception ; entre le Carrefour de l\u2019Od\u00e9on et la rue Saint-Jacques, je pr\u00e9parai mes arguments pour que nous restions encore ensemble et devant le Coll\u00e8ge de France, j\u2019\u00e9tais pr\u00eat \u00e0 lui faire une sc\u00e8ne. Nous \u00e9tions presque arriv\u00e9s devant l\u2019h\u00f4tel, mais au dernier moment, elle me serra plus fort la main et m\u2019entraina dans cette petite rue \u00e9troite et sinueuse dont je ne me rappelle jamais le nom et qui monte vers la rue des Carmes et le Panth\u00e9on. Elle poussa une porte coch\u00e8re, et deux minutes plus tard et trois \u00e9tages plus haut, nous \u00e9tions dans sa chambre.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Aujourd\u2019hui, des dizaines d\u2019ann\u00e9es plus tard, quand je pense \u00e0 ces rares moments avec Patricia, la nuit de Zermatt, le d\u00e9jeuner de Saint Germain des Pr\u00e9s, l\u2019apr\u00e8s-midi de l\u2019h\u00f4tel Claude Bernard, notre soir\u00e9e d\u2019adieu au Caf\u00e9 Sorbon, c\u2019est une image de r\u00e9serve, de douceur et de fragilit\u00e9 qui m\u2019apparait. R\u00e9serve, douceur, fragilit\u00e9&#8230; sans doute le genre d\u2019attitude qui convenait le mieux \u00e0 ma timidit\u00e9, beaucoup mieux en tout cas que celles des Paola et des inconnues de Columbus ou d\u2019ailleurs que j\u2019avais rencontr\u00e9es auparavant ou que je rencontrerai plus tard. Douceur, fragilit\u00e9&#8230; pourquoi, chez une femme, ces deux caract\u00e9ristiques s\u00e9duisent-elles autant les hommes ? Non, la question n\u2019est pas correctement pos\u00e9e. J\u2019aurais d\u00fb dire : douceur, fragilit\u00e9&#8230;pourquoi, chez Patricia, ces deux qualit\u00e9s me s\u00e9duisaient-elles autant ? La douceur ? Vous n\u2019avez pas \u00e0 lutter contre la douceur, vous n\u2019avez pas \u00e0 vous forcer \u00e0 \u00eatre qui que ce soit d\u2019autre, vous avez juste \u00e0 \u00eatre gentil, m\u00eame pas doux, seulement gentil et, de la douceur, vous recevez votre r\u00e9compense, le calme, le bien-\u00eatre. Et la fragilit\u00e9 ? Si la fragilit\u00e9 vient s\u2019ajouter \u00e0 la douceur, alors vous voulez la prot\u00e9ger, cette fragilit\u00e9, l\u2019envelopper d\u2019attention, de pr\u00e9venance, et \u00e0 votre tour, l\u2019entourer de douceur. Et vous vous sentez devenir un autre, un autre en mieux, plus g\u00e9n\u00e9reux, bien s\u00fbr, mais surtout plus solide, plus serein.<br \/>\nDouceur, fragilit\u00e9&#8230; oui, mais si c\u2019est affect\u00e9, que se passe-t-il ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Comme pr\u00e9vu, Patricia est partie le lendemain matin. Elle n\u2019a pas voulu que je vienne rue des \u00c9coles pour la voir partir, mais bien s\u00fbr je suis venu quand m\u00eame, trop tard, son bus \u00e9tait parti. In\u00e9vitablement, j\u2019\u00e9tais tomb\u00e9 amoureux. Je suis rentr\u00e9 chez moi, je me suis allong\u00e9 sur mon lit et j\u2019ai \u00e9cout\u00e9 des disques de Nat King Cole et de Johnny Mathis. \u00a0\u00c0 la radio, Gilbert B\u00e9caud chantait \u00ab Et maintenant, que vais-je faire\u2026 \u00bb Moi, j\u2019ai fait la gueule \u00e0 mes parents pendant un mois et j\u2019ai \u00e9crit \u00e0 Patricia deux fois par semaine pendant trois. Et puis un jour, Herv\u00e9 m\u2019a dit : \u00ab Mais pourquoi tu ne viendrais pas en Arizona avec moi ? \u00bb<br \/>\nBen oui, pourquoi ?&#8230;<\/p>\n<p><em><span style=\"color: #0000ff;\">A SUIVRE, mais Dieu sait quand !<\/span><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) Je lui touchai doucement l\u2019\u00e9paule. Elle se tourna vers moi. Il fallait parler maintenant. Contrairement \u00e0 mon habitude, celle qui me r\u00e9ussit si bien dans cette mati\u00e8re, je n\u2019avais rien pr\u00e9par\u00e9. Elle me regardait, dans l\u2019expectative. Je ne disais rien. 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