{"id":48493,"date":"2024-02-02T07:47:12","date_gmt":"2024-02-02T06:47:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=48493"},"modified":"2024-02-03T21:20:03","modified_gmt":"2024-02-03T20:20:03","slug":"go-west-21","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=48493","title":{"rendered":"Go West ! (21)"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-47974\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg\" alt=\"\" width=\"182\" height=\"123\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-960x650.jpeg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-768x520.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-1536x1041.jpeg 1536w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-2048x1388.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 182px) 100vw, 182px\" \/>(&#8230;) elle m\u2019avait expliqu\u00e9 o\u00f9 elle habitait dans Zermatt, la rue, le nom de l\u2019immeuble, l\u2019\u00e9tage, le couloir, le num\u00e9ro de sa porte, tout. Et puis elle \u00e9tait partie, gaiment, sans autre explication. J\u2019en \u00e9tais tout retourn\u00e9, abasourdi, ne pouvant croire qu\u2019une grande fille comme \u00e7a, sure d\u2019elle-m\u00eame, exub\u00e9rante, spectaculaire, puisse s\u2019int\u00e9resser \u00e0 un type de mon \u00e2ge, <span style=\"caret-color: #0000ff;\">plut\u00f4t<\/span> introverti, alors qu\u2019elle \u00e9tait entour\u00e9e de grands, beaux, riches et spectaculaires italiens.<\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Une heure plus tard, juste pour ne pas avoir l\u2019air trop press\u00e9, j\u2019ai trouv\u00e9 la rue, l\u2019immeuble, l\u2019\u00e9tage, la porte, tout. Il doit \u00eatre entre minuit et une heure. Je suis sur un nuage. Dans le couloir, le silence est total. Doucement, je frappe \u00e0 la porte. Rien. Je frappe un peu plus fort. Silence. Je frappe encore et je chuchote : \u00ab Paola ! C\u2019est moi&#8230; \u00bb. Toujours rien. Je frappe \u00e0 nouveau.<br \/>\n\u00ab\u00a0Paola\u00a0! C\u2019est&#8230;<br \/>\n\u2014 Chut\u00a0! Je suis fatigu\u00e9e, <em>allora<\/em> je dors, rentre \u00e0 ta maison\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Le ciel me tombe sur la t\u00eate et, avec lui, une tonne de d\u00e9ception. Je pense : \u00ab Ah ben non, alors ! \u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Paola\u00a0! Ouvre, s\u2019il te plait, ouvre\u00a0!\u00a0\u00bb<!--more--><br \/>\nChuchotement incompr\u00e9hensible, petit rire \u00e9touff\u00e9 : elle n\u2019est pas seule ! Elle doit partager sa chambre avec une autre fille&#8230;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Paola&#8230;<br \/>\n\u2014 <em>Ora<\/em>, dit une voix masculine pourvue d\u2019un bel accent italien, tu vas laisser tranquille \u00e0 nous, <em>no<\/em>\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Le ciel me retombe sur la t\u00eate, avec deux tonnes en plus de frustration. Pour n\u2019importe qui d\u2019autre, la situation serait \u00e9vidente, mais moi, je ne comprends rien, je ne veux rien comprendre. Tout ce que je vois, c\u2019est que cette fille m\u2019avait promis&#8230;, enfin, ce qu\u2019elle m\u2019avait dit \u00e9tait plut\u00f4t&#8230; Et voil\u00e0 que&#8230;, ah ben, non alors&#8230; ce n\u2019est pas juste&#8230; c\u2019est que je l\u2019aime, moi&#8230; elle est avec quelqu\u2019un, mais elle va le faire sortir, parce qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9, elle m\u2019aime aussi&#8230; elle est en train d\u2019essayer de se d\u00e9barrasser de ce type, son petit ami d\u2019avant, mais elle a du mal, il s\u2019accroche&#8230;\u00a0 mais elle va le faire sortir, et elle me fera rentrer&#8230;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Paola&#8230;<br \/>\n\u2014 <em>Basta cosi adesso\u00a0<\/em>! dit la belle voix italienne. <em>Vattene, stronso<\/em>\u00a0!<br \/>\n\u2014 Il est mon ami avec moi, ajoute celle de Paola. <em>Allora<\/em>, vas t\u2019en\u00a0!\u00a0<em>Sii gentile.<\/em>..\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00c7a devrait \u00eatre clair cette fois-ci, mais le sens de ces mots ne passe pas le brouillard mental qui m\u2019a envelopp\u00e9 depuis que j\u2019ai entendu l\u2019Italien&#8230; je vais laisser un peu de temps \u00e0 ce type&#8230; je vais m\u2019asseoir par terre dans le couloir, en face de la porte&#8230; juste le temps qu\u2019il se pr\u00e9pare \u00e0 sortir, qu\u2019il mette son anorak, son bonnet et ses gants&#8230; parce que dehors, il fait dr\u00f4lement froid, moins dix surement&#8230; je vais attendre, juste l\u00e0, et puis quand il sera parti, je rentrerai dans la chambre&#8230; non, je vais rentrer dans la chambre maintenant, je vais le foutre dehors, l\u2019ancien, balancer ses affaires dans le couloir&#8230; je lui laisse encore cinq minutes&#8230;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Je ne sais plus combien de temps je suis rest\u00e9 comme \u00e7a, assis par terre avec des papillons dans l\u2019estomac, \u00e0 tourner et retourner des projets insens\u00e9s en fixant la porte de Paola, une heure peut-\u00eatre ? Et puis j\u2019ai fini par comprendre, ou plut\u00f4t par admettre la r\u00e9alit\u00e9, alors, tr\u00e8s vite, l\u2019aveuglement a fait place \u00e0 la jalousie, puis la jalousie \u00e0 la col\u00e8re, et enfin la col\u00e8re \u00e0 la r\u00e9signation. R\u00e9sign\u00e9, oui, d\u00e9\u00e7u, certainement. N\u2019emp\u00eache que je me suis lev\u00e9 et qu\u2019avant de reprendre le couloir dans l\u2019autre sens, j\u2019ai balanc\u00e9 un grand coup de pied dans la porte de Paola accompagn\u00e9 d\u2019un \u00ab <em>Paola, putana<\/em> ! \u00bb. Mais l\u2019insulte, je n\u2019ai fait que la murmurer ; je ne voulais pas qu\u2019elle l\u2019entende. Je crois bien que c\u2019\u00e9tait pour ne pas g\u00e2cher d\u00e9finitivement mes chances avec elle dans le cas o\u00f9 je la rencontrerais \u00e0 nouveau au Broken.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ce fut donc le lendemain de cette mauvaise nuit que je rencontrai la fille pour laquelle j\u2019\u00e9tais en train de traverser l\u2019Am\u00e9rique. Rentr\u00e9 au Bahnhof, j\u2019avais d\u00fb fournir quelques explications \u00e0 mes amis qui m\u2019avaient vu \u00e0 l\u2019\u0153uvre au Broken Ski Club. Je ne pouvais pas leur raconter que j\u2019avais \u00ab\u00a0<i>conclu<\/i>\u00a0\u00bb comme on dit \u00e9l\u00e9gamment en Suisse romande (et aussi en France) car jamais je ne serais arriv\u00e9 \u00e0 mentir aussi effront\u00e9ment. Je ne pouvais pas non plus leur livrer la v\u00e9rit\u00e9 vraie et m\u2019offrir ainsi pieds et poings li\u00e9s et pour longtemps \u00e0 leurs sarcasmes. Je racontai donc \u00e0 mes cothurnes que tout avait bien commenc\u00e9, et m\u00eame de mani\u00e8re tr\u00e8s prometteuse, mais que, malgr\u00e9 des heures \u00e0 parcourir dans le froid et la nuit les ruelles enneig\u00e9es du village, je n\u2019avais jamais pu trouver l\u2019immeuble de Paola.<br \/>\n\u00ab Non mais, tu parles d\u2019un abruti ! avait dit l\u2019un d\u2019eux. On n\u2019a pas le droit d\u2019\u00eatre con \u00e0 ce point-l\u00e0 ! \u00bb La chambr\u00e9e avait \u00e9clat\u00e9 de rire et les plaisanteries \u00e9taient arriv\u00e9es en avalanche. J\u2019\u00e9tais ridicule, certes, mais tellement moins que si je leur avais avou\u00e9 mes j\u00e9r\u00e9miades de couloir !<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Pendant la courte nuit qui avait suivi, mon sommeil avait \u00e9t\u00e9 agit\u00e9 par les restes de fureur que j\u2019\u00e9prouvais contre moi et contre l\u2019Italienne. Pourtant, la journ\u00e9e de ski suivante avait \u00e9t\u00e9 bonne ; plein soleil, bonne neige, pique-nique au bord de la piste, courte sieste allong\u00e9e dans la neige fra\u00eeche et pour finir, descente en souplesse vers la station d\u00e9j\u00e0 illumin\u00e9e et vers la douche br\u00fblante du Bahnhof. J\u2019\u00e9tais r\u00e9concili\u00e9 avec la vie, m\u00e9moire effac\u00e9e, \u00e0 peine fatigu\u00e9 et pr\u00eat \u00e0 reprendre la qu\u00eate sans fin. La seule chose que je souhaitais en entrant au Broken Ski avec mes amis, c\u2019\u00e9tait de ne pas rencontrer Paola en leur pr\u00e9sence. Elle ne parut pas de la soir\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Elle \u00e9tait l\u00e0, Patricia, en haut de l\u2019escalier qui menait \u00e0 la bo\u00eete, avec deux autres filles. Elle attendait, un peu \u00e0 l\u2019\u00e9cart, tandis que ses deux amies discutaient avec le type qui contr\u00f4lait l\u2019acc\u00e8s au Club. Je passai entre les deux, montrant n\u00e9gligemment \u00e0 qui voulait bien la voir ma carte plastifi\u00e9e de membre du club, cette carte que j\u2019avais mis trois ans \u00e0 obtenir et qui me permettait enfin d\u2019acc\u00e9der au bar sans avoir \u00e0 me prostituer \u00e0 chaque fois aupr\u00e8s du cerb\u00e8re. Je commen\u00e7ai \u00e0 descendre l\u2019escalier en colima\u00e7on derri\u00e8re le reste de la bande, mais je m\u2019arr\u00eatai un instant et me retournai pour regarder Patricia. Elle \u00e9tait menue, pas tr\u00e8s grande, bien faite, cheveux courts roul\u00e9s bien au-dessus des \u00e9paules, blonde au teint clair, moul\u00e9e dans un fuseau beige tendu \u00e0 la mode de l\u2019\u00e9poque et serr\u00e9e dans un pull-over en Jacquard aux motifs verts et noirs sur fond gris. Tout \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de ses deux amies, grandes blondes aux cheveux longs et \u00e0 la voix assur\u00e9e, \u00e0 cet instant Patricia \u00e9tait l\u2019image de la douceur et de la sagesse. Je me serrai contre le mur pour laisser passer deux ou trois types et, saisi d\u2019une audace peu habituelle, je lui dis tr\u00e8s naturellement : \u00ab Venez, je vous attends en bas\u2026 \u00bb Arriv\u00e9 dans la bo\u00eete, je me plantai pr\u00e8s du bar, en bas de l\u2019escalier, plut\u00f4t content d\u2019avoir \u00e9tabli un semblant de premier contact. Mais, au bout de cinq vraies longues minutes, ni Patricia ni ses amies n\u2019\u00e9taient apparues. Je finis par abandonner mon poste de veille pour rejoindre les copains. Ils mangeaient des \u00ab\u00a0Chickens in the basket\u00a0\u00bb, sp\u00e9cialit\u00e9 du Broken, en faisant des commentaires sarcastiques et blas\u00e9s sur la douzaine de plus jeunes qui dansaient avec application un Madison sans \u00e9nergie ; les gar\u00e7ons avaient l\u2019air de petits cons et les filles \u00e9taient en main, ou moches, ou quelconques, ou trop jeunes\u2026 trop vertes, en fait. \u00ab Encore une soir\u00e9e de perdue ! avions-nous l\u2019habitude de nous lamenter. \u00bb<br \/>\nEt soudain, le pull en Jacquard gris, vert et noir \u00e9tait l\u00e0. De trois-quarts, il se d\u00e9tachait sur les briques rouges d\u2019une colonne. C\u2019\u00e9tait Patricia bien s\u00fbr. Elle regardait la piste de danse et paraissait encore seule. Il fallait faire vite. Pour ne pas m\u2019attirer les quolibets ou les encouragements toujours bruyants de mes chers compatriotes, je me levai nonchalamment et affectai de me diriger vers les toilettes. Je contournai une colonne et approchai Patricia par le c\u00f4t\u00e9. Je lui touchai doucement l\u2019\u00e9paule. Elle se tourna vers moi. Il fallait parler maintenant. Contrairement \u00e0 mes habitudes, celles qui me r\u00e9ussissent si bien dans cette mati\u00e8re, je n\u2019avais rien pr\u00e9par\u00e9. Elle me regardait, dans l\u2019expectative. Je ne disais rien. Et puis d\u2019un coup, de mon meilleur anglais, je m\u2019en souviens tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment, j\u2019ai dit : \u00ab Ah ! Vous voil\u00e0 ! Je craignais que vous n\u2019ayez \u00e9t\u00e9 kidnapp\u00e9e ! \u00bb<\/p>\n<p><em><span style=\"color: #0000ff;\">A SUIVRE (bient\u00f4t)<\/span><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) elle m\u2019avait expliqu\u00e9 o\u00f9 elle habitait dans Zermatt, la rue, le nom de l\u2019immeuble, l\u2019\u00e9tage, le couloir, le num\u00e9ro de sa porte, tout. Et puis elle \u00e9tait partie, gaiment, sans autre explication. 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