{"id":48491,"date":"2024-01-29T07:47:51","date_gmt":"2024-01-29T06:47:51","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=48491"},"modified":"2024-01-30T09:38:04","modified_gmt":"2024-01-30T08:38:04","slug":"go-west-20","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=48491","title":{"rendered":"Go West ! (20)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-47974\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg\" alt=\"\" width=\"223\" height=\"151\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-960x650.jpeg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-768x520.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-1536x1041.jpeg 1536w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-2048x1388.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 223px) 100vw, 223px\" \/>(&#8230;) Je n\u2019ai plus rien \u00e9crit de personnel depuis cette s\u00e9rie de tristes po\u00e8mes en octosyllabes laborieux que j\u2019ai abandonn\u00e9e il y a quatre ou cinq ans, et l\u2019\u00e9bauche de ce journal de voyage m\u2019ennuie rapidement. J\u2019enfonce les deux malheureuses feuilles au fond de mon sac et laisse mon esprit vagabonder. Comme il revient sans arr\u00eat sur l\u2019\u00e9pisode du Cove Creek, je ferme les yeux tr\u00e8s fort et me force \u00e0 penser \u00e0 Patricia.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Patricia&#8230; Je l\u2019ai rencontr\u00e9e un soir \u00e0 l\u2019entr\u00e9e d\u2019une bo\u00eete de nuit. C\u2019\u00e9tait \u00e0 Zermatt, en Suisse. Il n\u2019\u00e9tait pas encore six heures et le Broken Ski Club venait d\u2019ouvrir ses portes pour la soir\u00e9e. A cette heure, les jeunes godelureaux qui r\u00e9sidaient dans les trois grands h\u00f4tels de Zermatt venaient au Broken Ski pour y passer la fin de l\u2019apr\u00e8s-midi en buvant des Coca-Cola et en dansant le Madison, avant d\u2019aller d\u00eener avec leurs parents dans les grandes salles \u00e0 manger d\u2019apparats, nappes blanches amidonn\u00e9es, chandeliers d\u2019argent et lustres de Venise. Les plus \u00e2g\u00e9s y reviendraient plus tard avec l\u2019autorisation et l\u2019argent de leurs parents.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00c0 cette \u00e9poque, parmi toutes les stations de sports d\u2019hiver dans le monde, Zermatt \u00e9tait <!--more-->l\u2019une des plus grandes et des plus chics. En hiver, la client\u00e8le y \u00e9tait constitu\u00e9e de touristes tr\u00e8s ais\u00e9s qui venaient d\u2019Am\u00e9rique, d\u2019Angleterre, des pays scandinaves, d\u2019Allemagne, c\u2019est \u00e0 dire des pays qui comptent et, moins nombreux, de l\u2019Italie toute proche et de la France. Ces gens-l\u00e0 d\u00e9barquaient de leurs Wagons-lits dans la vall\u00e9e, prenaient leur petit d\u00e9jeuner au champagne au buffet de la gare en attendant le train \u00e0 cr\u00e9maill\u00e8re, puis, une heure plus tard, arriv\u00e9s \u00e0 la gare de Zermatt, avec une \u00e9l\u00e9gante lassitude, ils se laissaient transporter sur les chemins verglac\u00e9s de la petite ville dans des cal\u00e8ches sonores men\u00e9es par des laquais en vestes autrichiennes brod\u00e9es aux armes de leurs h\u00f4tels.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous, nous \u00e9tions loin d\u2019\u00eatre mis\u00e9rables, puisque vous \u00e9tions \u00e0 Zermatt, mais nous n\u2019y \u00e9tions pas dans les m\u00eames conditions.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span>Nous y venions \u00e0 cinq ou six depuis plusieurs ann\u00e9es, en couchettes ou en 2CV. Nous logions \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de la Gare, le Bahnhof, dans une chambre dont nous occupions les six lits. Elle \u00e9tait s\u00e9par\u00e9e de la chambre jumelle voisine par une cloison de planches disjointes qui laissait passer la lumi\u00e8re et les conversations de nos voisins, souvent de grands Su\u00e9dois amateurs de bi\u00e8re. Je me souviens que pour tout l\u2019h\u00f4tel, il n\u2019y avait qu\u2019une seule douche. On la trouvait au bout d\u2019un escalier pentu dans un sous-sol glacial, un tuyau termin\u00e9 par une pomme d\u2019arrosoir au-dessus d\u2019une petite surface en ciment brut isol\u00e9e du reste de la cave par une b\u00e2che de plastique translucide qui vous collait \u00e0 la peau au moindre mouvement. Heureusement, l\u2019eau \u00e9tait brulante. C\u2019\u00e9tait sans conteste l\u2019h\u00f4tel le plus modeste de la r\u00e9gion, moins cher et plus inconfortable que tout ce que vous pouvez imaginer. Mais nous \u00e9tions \u00e0 Zermatt !<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Naturellement, nous y venions pour le ski : au pied du Matterhorn, le domaine skiable \u00e9tait superbe et, pour l\u2019\u00e9poque, les remont\u00e9es m\u00e9caniques efficaces. Mais, on peut le dire aujourd\u2019hui, nous y venions aussi pour les filles, les jolies am\u00e9ricaines, les belles su\u00e9doises, les libres allemandes, les vives italiennes\u2026 Et, chaque soir vers six heures, nous nous faisions \u00e9l\u00e9gants, et tels des Cendrillons en anoraks, nous quittions notre clapier du Bahnhof pour rejoindre les halls des grands h\u00f4tels, les bars, les boites, partout o\u00f9 la chasse aux princesses \u00e9tait ouverte.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La chasse, sujet de conversation permanent, occupation dominante, pr\u00e9occupation constante, \u0153il aux aguets, techniques pr\u00e9par\u00e9es l\u2019avance\u2026 A Paris, nous y consacrions d\u00e9j\u00e0 pas mal de temps, alors que dire de Zermatt o\u00f9, \u00e0 part dormir, manger et faire du ski nous n\u2019avions pas grand-chose d\u2019autre \u00e0 faire ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Je ne sais pas pourquoi j\u2019ai dit \u00ab\u00a0la chasse\u00a0\u00bb ; je n\u2019aurais pas d\u00fb. Ce n\u2019est pas que je sois anti-chasse, pas du tout, mais ce terme est totalement impropre \u00e0 d\u00e9crire ce que nous faisions \u00e0 l\u2019heure de l\u2019apr\u00e8s-ski. D\u2019ailleurs, nous ne l\u2019utilisions pas. Nous disions \u00ab\u00a0la drague\u00a0\u00bb. Je drague, tu dragues, nous draguons\u2026<br \/>\nCeux qui n\u2019ont pas connu ces ann\u00e9es-l\u00e0, le tournant des ann\u00e9es cinquante-soixante, \u00e0 cet \u00e2ge-l\u00e0, plus ou moins dix-huit ans, ne peuvent pas se rendre compte de la situation de la jeunesse \u00e0 cette \u00e9poque. Le pays \u00e9tait en plein milieu des trente glorieuses. La r\u00e9volution culturelle du rock and roll am\u00e9ricain puis anglais battait son plein. L\u2019audace des romans de Sagan, l\u2019\u00e9rotisme des films de Vadim, la libert\u00e9 de ceux Truffaut et de Louis Malle impr\u00e9gnaient l\u2019esprit des jeunes, des gar\u00e7ons comme des filles. Individuellement, ils ne pensaient qu\u2019\u00e0 connaitre des aventures, \u00e0 explorer le sexe oppos\u00e9, \u00e0 rencontrer leurs \u00e2mes s\u0153urs, le plus grand nombre possible d\u2019\u00e2mes s\u0153urs. Mais leur environnement n\u2019\u00e9tait pas pr\u00eat. Certes, apr\u00e8s la Lib\u00e9ration, la France en avait connu une autre, celle des m\u0153urs. Mais cette p\u00e9riode avait \u00e9t\u00e9 limit\u00e9e dans le temps et dans l\u2019espace. Bient\u00f4t, la morale bourgeoise de la classe moyenne avait repris ses droits, ses devoirs et ses usages. \u00ab \u00c0 cette \u00e9poque, les filles se mariaient. Point final ! \u00bb disait Fran\u00e7oise Sagan. \u00c0 propos de <i>Bonjour tristesse<\/i>, elle ajoutait : \u00ab le scandale de ce roman, c&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une jeune femme puisse coucher avec un homme sans se retrouver enceinte, sans devoir se marier. \u00bb Alors, les gar\u00e7ons tentaient de jeter leur gourme o\u00f9 ils pouvaient, et pour cela, ils draguaient, sans cesse, partout, toujours, avec entrain parmi les \u00e9trang\u00e8res, sans grand espoir dans les rangs de leurs cons\u0153urs fran\u00e7aises. Heureusement, cette p\u00e9riode contrainte vit venir sa fin au d\u00e9but des ann\u00e9es 70 avec l\u2019ouverture de la \u201cparenth\u00e8se enchant\u00e9e\u201c, cette d\u00e9cade entre l\u2019apparition de la pilule et celle du SIDA o\u00f9 l\u2019on pouvait <i>baiser tranquille. <\/i>Mais pour ma g\u00e9n\u00e9ration, la parenth\u00e8se est venue plus tard, trop tard. Alors, nous draguions, sans cesse, partout et toujours ; et \u00e0 Zermatt aussi.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Bredouilles&#8230; Je regrette d\u2019avoir \u00e0 revenir \u00e0 un terme de chasse, mais je ne vois pas d\u2019autre mot pour qualifier l\u2019issue de la plupart de nos campagnes de drague. Il me faut bien avouer que, la plupart du temps, nous rentrions bredouilles ; et quand je dis \u00ab\u00a0la plupart du temps\u00a0\u00bb, c\u2019est \u00ab\u00a0presque toujours\u00a0\u00bb qui serait mieux adapt\u00e9. Certes, l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente \u00e0 Zermatt, j\u2019avais \u00ab\u00a0<i>emball\u00e9<\/i> \u00bb (comme on disait joliment en jargon lyc\u00e9en) une assez belle Su\u00e9doise mais sans pouvoir \u00ab\u00a0<i>aboutir<\/i> \u00bb (comme on dit, parait-il, au Canada). Mais un an plus tard, la veille de ce qui devait devenir pour longtemps \u00ab\u00a0le soir o\u00f9 j\u2019ai rencontr\u00e9 Patricia\u00a0\u00bb, j\u2019avais connu un tr\u00e8s bel \u00e9chec avec une Italienne. Je crois qu\u2019elle s\u2019appelait Paola. Elle \u00e9tait grande et belle et brune et elle devait avoir deux ou trois ans de plus que moi. Je ne sais plus comment nous en \u00e9tions arriv\u00e9s \u00e0 flirter dans un recoin du Broken Ski mais, vers la fin de la soir\u00e9e, elle m\u2019avait expliqu\u00e9 o\u00f9 elle habitait dans Zermatt, la rue, le nom de l\u2019immeuble, l\u2019\u00e9tage, le couloir, le num\u00e9ro de sa porte, tout. Et puis elle \u00e9tait partie, gaiment, sans autre explication. J\u2019en \u00e9tais tout retourn\u00e9, abasourdi, ne pouvant croire qu\u2019une grande fille comme \u00e7a, sure d\u2019elle-m\u00eame, exub\u00e9rante, spectaculaire, puisse s\u2019int\u00e9resser \u00e0 un type de mon \u00e2ge, plut\u00f4t introverti, alors qu\u2019elle \u00e9tait entour\u00e9e de grands, beaux, riches et spectaculaires italiens.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><em>A SUIVRE (un de ces jours)<\/em><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) Je n\u2019ai plus rien \u00e9crit de personnel depuis cette s\u00e9rie de tristes po\u00e8mes en octosyllabes laborieux que j\u2019ai abandonn\u00e9e il y a quatre ou cinq ans, et l\u2019\u00e9bauche de ce journal de voyage m\u2019ennuie rapidement. J\u2019enfonce les deux malheureuses feuilles au fond de mon sac et laisse mon esprit vagabonder. 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