{"id":47811,"date":"2023-12-17T07:47:09","date_gmt":"2023-12-17T06:47:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=47811"},"modified":"2024-01-10T17:39:26","modified_gmt":"2024-01-10T16:39:26","slug":"go-west-11","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=47811","title":{"rendered":"Go West ! (12)"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-47974\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg\" alt=\"\" width=\"170\" height=\"115\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-300x203.jpeg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-960x650.jpeg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-768x520.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-1536x1041.jpeg 1536w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Go-West-2048x1388.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 170px) 100vw, 170px\" \/><\/em>Dans le panneau des d\u00e9parts, je cherchai un bus qui puisse me d\u00e9poser sur la route d\u2019Amarillo \u00e0 une douzaine de miles de Dallas. Il y en avait un. Il partait \u00e0 8h30 du matin et s\u2019arr\u00eatait partout entre Dallas et Wichita Falls. Je pris un billet pour la premier arr\u00eat apr\u00e8s Fort Worth. J\u2019avais plus de cinq heures devant moi. Je m\u2019installais sur une banquette de la salle d\u2019attente. Je ne tardais pas \u00e0 m\u2019y allonger et \u00e0 m\u2019endormir.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Je me r\u00e9veille un peu avant 8 heures et je m\u2019installe \u00e0 un bout du bar de la cafeteria pour un caf\u00e9. Je me sens fatigu\u00e9 et crasseux. Je regarde autour de moi. Au bar, quelques hommes solitaires prennent leur petit d\u00e9jeuner, les yeux fix\u00e9s dans le vague ou dans la contemplation de leur assiette. Derri\u00e8re moi, il y a une rang\u00e9e de box. Deux seulement sont occup\u00e9s. Le premier par une famille mexicaine encombr\u00e9e d\u2019enfants et de paquets et le second par un homme seul\u00a0; la quarantaine, blouson de daim, bottes western. J\u2019ai toujours eu envie de bottes comme \u00e7a, souples, sobres, tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9cor\u00e9s, pas trop pointues. J\u2019esp\u00e8re que je pourrai en acheter une paire avant de rentrer en France. A Paris, une paire comme \u00e7a, c\u2019est hors de prix. Le blouson aussi est bien, l\u00e9ger, souple, de couleur claire. Pas de fermeture \u00e0 glissi\u00e8re mais des boutons, peu visibles. Pas de poches, pas de franges \u00e0 la Davy Crockett. En fait c\u2019est plus une veste qu\u2019un blouson, presque une chemise. \u00c7a doit \u00eatre autrement plus agr\u00e9able \u00e0 porter que ma stupide veste en daim, avec ses \u00e9paulettes rembourr\u00e9es et sa doublure en rayonne. Vraiment chouette, le blouson.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">D\u2019un coup, je m\u2019aper\u00e7ois que \u00e7a fait un sacr\u00e9 moment que je suis tourn\u00e9 de trois quart sur mon tabouret \u00e0 fixer l\u2019homme au blouson. D\u2019ailleurs, il s\u2019en est aper\u00e7u et <!--more-->nos regards viennent de se croiser. Avec un sourire \u00e0 peine perceptible, il porte deux doigts de sa main droite \u00e0 son front et m\u2019adresse un simulacre de salut militaire. Je ne sais pas comment r\u00e9agir, alors je pivote sur mon tabouret pour faire face \u00e0 nouveau au comptoir. Pour justifier mon mouvement et me donner une contenance, je saisis ma tasse de caf\u00e9 dont je m\u2019aper\u00e7ois qu\u2019elle est vide. Je fais semblant de boire une longue gorg\u00e9e puis je repose mes deux coudes sur le comptoir pour me concentrer sur le cuisinier qui s\u2019agite au milieu des vapeurs de bacon en train de frire.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u2014 Excusez-moi, ce tabouret est libre ?<br \/>\nC\u2019est l\u2019homme au blouson. Il est debout \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi.<br \/>\n\u2014 Pardon\u00a0?<br \/>\n\u2014 Je peux m\u2019asseoir l\u00e0 ?<br \/>\n\u2014 Oui, pourquoi ? Euh, pourquoi pas ? Je veux dire\u2026 oui, bien s\u00fbr&#8230;<br \/>\n\u2014 Ah, vous \u00eates \u00e9tranger\u2026 D\u2019o\u00f9 \u00eates-vous ?<br \/>\n\u2014 De France.<br \/>\n\u2014 Eh bien ! Vous \u00eates loin de chez vous ! Qu\u2019est-ce que vous faites par ici ?<br \/>\n\u2014 Je voyage. Je fais de l\u2019auto-stop. L\u00e0, j\u2019attends un bus pour sortir de la ville.<br \/>\n\u2014 Et vous allez&#8230; ?<br \/>\n\u2014 Vers l\u2019Ouest\u2026 Flagstaff\u2026<br \/>\n\u2014 Formidable ! \u00c9coutez, voil\u00e0 ! D\u2019abord, mon nom est Cal. Je viens juste d\u2019acheter une voiture dans le coin. Est-ce que vous pourriez la conduire pour moi jusqu\u2019\u00e0 Albuquerque ?<br \/>\n\u2014 Albuquerque\u00a0?<br \/>\n\u2014 Nouveau-Mexique, \u00e0 peu pr\u00e8s 600 miles vers l\u2019ouest justement.<br \/>\nJe n\u2019ose pas y croire. 600 miles en direction de Flagstaff\u00a0! C\u2019est une chance extraordinaire. En plus, tout seul, tranquille, dans une voiture, ma voiture, sans doute une grosse am\u00e9ricaine&#8230;<br \/>\n\u2014 Dites-moi, vous avez votre permis de conduire\u00a0?<br \/>\nJe lui assure que j\u2019ai un permis, qu\u2019il est valable aux USA, que j\u2019ai l\u2019habitude de conduire dans ce pays, que \u00e7a m\u2019arrangerait vraiment, parce que j\u2019arrive de France en auto-stop, que l\u2019auto-stop, ce n\u2019est pas aussi facile qu\u2019on le croit et que&#8230;<br \/>\n\u2014 Vous pouvez partir maintenant\u00a0? m\u2019interrompt Cal, plut\u00f4t amus\u00e9 par ma logorrh\u00e9e.<br \/>\n\u2014 Oui, bien s\u00fbr, naturellement, tout de suite&#8230;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Nous avons pris sa voiture, une belle Oldsmobile 98, et nous avons parcouru quelques miles sur la route de Fort Worth, pour arriver chez <em>Lone Star Automobiles<\/em> &#8211; \u00ab\u00a0<em>Best bargain in town<\/em>\u00ab\u00a0. Tandis que nous roulions, Cal m\u2019expliqua qu\u2019il avait achet\u00e9 une voiture hier soir, une <em>Valiant<\/em>. Il \u00e9tait de passage \u00e0 Dallas pour affaires et quelqu\u2019un lui avait parl\u00e9 de cette superbe occasion.<br \/>\n\u00ab\u00a0C\u2019est un cadeau pour mon fils, Todd, m\u2019a-t-il dit. J\u2019ai obtenu un tr\u00e8s bon prix et en plus qu\u2019ils mettent quatre pneus neufs. En principe, elle devrait \u00eatre pr\u00eate ce matin.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Elle \u00e9tait presque pr\u00eate et pendant que Cal payait la voiture et r\u00e9glait les derni\u00e8res formalit\u00e9s, je faisais les cents pas dans l\u2019immense parking de <em>Lone Star<\/em>, et je contemplais avec envie ces immenses d\u00e9capotables rutilantes, plus puissantes, plus grandes, plus belles et moins ch\u00e8res que la <em>Floride<\/em>, ce ridicule cabriolet Renault qui venait de sortir. Ce genre d\u2019\u00e9tablissement qui n\u2019est venu en France qu\u2019une vingtaine d\u2019ann\u00e9es plus tard faisait d\u00e9j\u00e0 partie int\u00e9grante du paysage am\u00e9ricain. Install\u00e9s sur d\u2019immenses terrains en bordure des routes principales \u00e0 la limite des villes, ces bazars de l\u2019automobile offraient sous des enseignes lumineuses criardes des centaines de \u00ab\u00a0voitures de r\u00eave\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0impeccables\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0enti\u00e8rement r\u00e9vis\u00e9es\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0comme neuves\u00a0\u00bb, \u00e0 des \u00ab\u00a0prix incroyablement sacrifi\u00e9s\u00a0\u00bb. Au cours des conversations que j\u2019aurai plus tard avec Cal, j\u2019apprendrai qu\u2019en Am\u00e9rique, le marchand de voitures d\u2019occasion repr\u00e9sente l\u2019arch\u00e9type du menteur professionnel et du commer\u00e7ant malhonn\u00eate. C\u2019est pour cela que par d\u00e9rision, on l\u2019appelle souvent \u00ab\u00a0Honest Joe\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Tout \u00e9tait en r\u00e8gle, et j\u2019ai accompagn\u00e9 Cal jusqu\u2019\u00e0 son achat qui nous attendait devant l\u2019aire de lavage. Pour moi qui esp\u00e9rais un de ces porte-avions \u00e0 ailerons profil\u00e9s, chromes \u00e9tincelants et antennes multiples, ce fut plut\u00f4t une d\u00e9ception. D\u2019abord, pour une am\u00e9ricaine, elle \u00e9tait de taille tout \u00e0 fait modeste, \u00e0 peine plus grande que la 404 de mon p\u00e8re. En plus, elle \u00e9tait plut\u00f4t moche cette bagnole, avec ses ailerons aplatis, sa calandre trop grande pour elle et son coffre fuyant qui portait en relief l\u2019empreinte de la roue de secours. Elle \u00e9tait m\u00eame carr\u00e9ment laide dans sa couleur rouge vif. Mais, avec tous ces d\u00e9fauts, elle allait \u00eatre mienne ! Pendant mille kilom\u00e8tres, j\u2019en serais le seul maitre, j\u2019en ferais tout ce que je voudrais. J\u2019\u00e9couterai la radio \u00e0 fond, je mettrai le bras \u00e0 la porti\u00e8re, je m\u2019arr\u00eaterai dans des drive-in o\u00f9 des filles en patins \u00e0 roulettes viendraient prendre ma commande. Peut-\u00eatre irai-je dans un de ces cin\u00e9mas en plein air ? Peut-\u00eatre m\u00eame prendrai-je \u00e0 mon bord des auto-stoppeurs, des auto-stoppeuses ? Qui sait ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">J\u2019\u00e9tais en train de r\u00eaver \u00e0 tout ce que j\u2019allais faire entre Dallas et Albuquerque, quand je fus ramen\u00e9 sur terre par Cal qui me disait :<br \/>\n\u2014 Eh bien, voil\u00e0 ! Elle toute \u00e0 toi maintenant ! Jusqu\u2019\u00e0 Albuquerque tout au moins\u2026 Bon ! Tu prends le volant, on fait un petit tour pour que je voie comment tu te d\u00e9brouilles. Apr\u00e8s \u00e7a, tu me ram\u00e8neras \u00e0 ma voiture et on pourra partir. Allons-y !<br \/>\nJe n\u2019\u00e9tais pas encore certain d\u2019avoir compris ce qu\u2019il entendait par \u00ab\u00a0et on pourra partir\u00a0\u00bb, mais je commen\u00e7ais \u00e0 voir mon r\u00eave de <em>road movie<\/em> solitaire s\u2019effriter. En fait, ce que Cal pr\u00e9voyait et qu\u2019il m\u2019expliqua pendant notre petit tour sur les expressways des environs, c\u2019\u00e9tait que je le pr\u00e9c\u00e8de sur la route avec la Valiant tandis qu\u2019il me suivrait avec l\u2019Oldsmobile. S\u2019il me donnait un coup de phare, je devrai ralentir et s\u2019il me donnait des coups de klaxon, je devrai me laisser d\u00e9passer. C\u2019\u00e9tait tout, c\u2019\u00e9tait simple, facile.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Nous avons quitt\u00e9 <em>Lone Star Automobiles<\/em> vers onze heures du matin, moi devant dans la Valiant rouge et Cal derri\u00e8re dans sa grosse Oldsmobile cr\u00e8me. Effectivement, c\u2019\u00e9tait simple, je n\u2019avais qu\u2019\u00e0 rouler tout droit vers le nord sur la 287 vers Wichita Falls et Amarillo. Apr\u00e8s Amarillo, on verrait. De toute fa\u00e7on, on s\u2019arr\u00eaterait pour d\u00e9jeuner du c\u00f4t\u00e9 de Wichita.<br \/>\nAmarillo, Fort Worth, Wichita Falls\u2026 seul dans l\u2019habitacle de ma voiture, \u00e0 voix haute, je pronon\u00e7ais ces noms \u00e0 la mani\u00e8re de John Wayne ou de James Stewart. Je les murmurais, je les d\u00e9clamais, j\u2019en avais plein la bouche.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Je m\u2019habituais rapidement \u00e0 la Valiant. Elle \u00e9tait moins luxueuse, moins sophistiqu\u00e9e, moins puissante que la Ranch Wagon de Bill, mais plus semblable aux voitures que j\u2019\u00e9tais habitu\u00e9 \u00e0 conduire. En cette matin\u00e9e de d\u00e9but Juillet, il ne faisait pas encore tr\u00e8s chaud. J\u2019avais ouvert en grand toutes les fen\u00eatres et je conduisais sagement le coude \u00e0 la porti\u00e8re en regardant le paysage. J\u2019oubliais l\u2019Oldsmobile de Cal qui me suivait \u00e0 cinquante m\u00e8tres. J\u2019\u00e9tais un am\u00e9ricain comme les autres, roulant \u00e0 travers le Grand \u00c9tat du Texas, d\u00e9tendu, tranquille, maitre de moi comme de ma voiture. Indiff\u00e9rent, je regardais d\u00e9filer les stations-services, les \u00ab\u00a0diner\u00a0\u00bb, les \u00ab\u00a0Honest Joe\u00a0\u00bb, les vieilles usines d\u00e9saffect\u00e9es, les taudis de bord de route\u2026 \u00c7a ne me concernait pas, j\u2019avais ma voiture, mon travail, mon appartement en ville\u2026 Tout allait bien. Maintenant que mes affaires marchaient bien, il faudrait que je me d\u00e9cide \u00e0 changer cette petite Valiant pour un mod\u00e8le un peu plus prestigieux. Pourquoi pas un de ces cabriolets Chevrolet Corvette ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>A SUIVRE<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>(dans une semaine)<\/em><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le panneau des d\u00e9parts, je cherchai un bus qui puisse me d\u00e9poser sur la route d\u2019Amarillo \u00e0 une douzaine de miles de Dallas. Il y en avait un. 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