{"id":47720,"date":"2023-11-18T07:47:28","date_gmt":"2023-11-18T06:47:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=47720"},"modified":"2023-11-22T08:47:30","modified_gmt":"2023-11-22T07:47:30","slug":"le-theatre-vous-ne-savez-pas-ce-que-cest","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=47720","title":{"rendered":"Le th\u00e9\u00e2tre, vous ne savez pas ce que c&rsquo;est"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Le th\u00e9\u00e2tre, vous ne savez pas ce que c\u2019est. Il y a la sc\u00e8ne et la salle. Tout est enclos, les gens viennent l\u00e0 le soir, et ils sont assis par rang\u00e9es,<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>les uns derri\u00e8re les autres, regardant. Ils regardent le rideau de la sc\u00e8ne et ce qu\u2019il y a derri\u00e8re quand il est lev\u00e9. Et il arrive quelque chose sur la sc\u00e8ne comme si c\u2019\u00e9tait vrai. Je la regarde et la salle n\u2019est rien que de la chaire vivante et habill\u00e9e. Et ils garnissent les murs comme des mouches jusqu\u2019au plafond. Et je vois ces centaines de visages blancs. L\u2019homme s\u2019ennuie et l\u2019ignorance lui est attach\u00e9e depuis sa naissance. Et ne sachant de rien comment cela commence ou finit, c\u2019est pour cela qu\u2019il va au th\u00e9\u00e2tre. Et il se regarde lui-m\u00eame, les mains pos\u00e9es sur les genoux et il pleure et il rit et il n\u2019a point envie de s\u2019en aller. Je les regarde aussi, et je sais qu\u2019il y a l\u00e0 le caissier qui sait que demain on v\u00e9rifiera les livres, et la m\u00e8re adult\u00e8re dont l\u2019enfant vient de tomber malade, et celui qui vient de voler pour la premi\u00e8re fois et celui qui n\u2019a rien fait de toujours et ils regardent et \u00e9coutent comme s\u2019ils dormaient.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>C\u2019est par cette citation extraite de la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre \u201cL\u2019\u00c9change\u201c de Paul Claudel que Louis Jouvet commen\u00e7a <!--more-->la conf\u00e9rence intitul\u00e9e \u201cDe Moli\u00e8re \u00e0 Giraudoux\u201d qu\u2019il donna \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Boston en 1951.<span class=\"Apple-converted-space\"><br \/>\n<\/span>Bien s\u00fbr, dans ces quelques phrases, Claudel ne d\u00e9finit pas vraiment le th\u00e9\u00e2tre, il ne fait que d\u00e9crire de fa\u00e7on faussement na\u00efve la salle du th\u00e9\u00e2tre, ses spectateurs et les raisons pour lesquelles ils y viennent. Mais on y trouve quelques perles magnifiques comme \u00abl\u2019homme s\u2019ennuie\u00bb ou \u00abil se regarde lui-m\u00eame, les mains pos\u00e9es sur les genoux\u00bb ou encore \u00abils regardent et \u00e9coutent comme s\u2019ils dormaient\u00bb.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Si vous voulez savoir ce qu\u2019est le th\u00e9\u00e2tre pour Jouvet, \u00e9coutez sa conf\u00e9rence in extenso en cliquant sur la photo ci-dessous :<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/em><\/span><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Louis Jouvet : De Moli\u00e8re \u00e0 Giraudoux (1951 \/ France Culture)\" width=\"604\" height=\"340\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/60tuvMkcgFY?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">Vous devez absolument \u00e9couter cette conf\u00e9rence, au moins en partie et cela m\u00eame si le sujet ne vous int\u00e9resse pas.<span class=\"Apple-converted-space\"> \u00c9<\/span>coutez-la ne serait-ce que quelques instants, juste pour retrouver de Jouvet la perfection de l\u2019\u00e9locution, la pr\u00e9cision de la diction, la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 du phras\u00e9, la conviction de l\u2019expression.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span>Tout cela pour tourner en ridicule ceux qui pr\u00e9tendent avec les loups que Jouvet \u00e9tait b\u00e8gue et jouait tout de la m\u00eame mani\u00e8re.<span class=\"Apple-converted-space\"><br \/>\n<\/span>Lisez \u00e0 ce propos ce que Fran\u00e7ois P\u00e9rier, son \u00e9l\u00e8ve,<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>a \u00e9crit sur le sujet :<\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0La premi\u00e8re chose qui frappait chez Jouvet, c&rsquo;\u00e9tait \u00e9videmment sa diction th\u00e9\u00e2trale que l&rsquo;on s&rsquo;\u00e9tonnait d&rsquo;entendre encore lorsqu&rsquo;il \u00e9tait sorti de sc\u00e8ne. \u00abAlors, comme \u00e7a, mon petit, tu veux faire du th\u00e9\u00e2tre&#8230; \u00bb Elle r\u00e9sonne toujours en moi, cette phrase prononc\u00e9e en juillet 1935 avec cette intonation si bizarre que Jouvet d\u00e9finissait lui-m\u00eame : une bouteille de Champagne qu&rsquo;on d\u00e9bouche. Dieu sait si on a construit des l\u00e9gendes sur le phras\u00e9 de Jouvet. Certains ont affirm\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;exemple de D\u00e9mosth\u00e8ne il s&rsquo;\u00e9tait entra\u00een\u00e9 \u00e0 parler, des cailloux dans la bouche, avec pour r\u00e9sultat ce curieux d\u00e9bit de voix. D&rsquo;autres ont cru que Jouvet souffrait d&rsquo;un b\u00e9gaiement dont il n&rsquo;avait pu se gu\u00e9rir qu&rsquo;en apprenant \u00e0 peser ainsi sur les mots. Cette piste partait d&rsquo;un fait v\u00e9rifi\u00e9 : pour sa premi\u00e8re apparition au th\u00e9\u00e2tre, dans un spectacle de Copeau, Jouvet avait effectivement tenu le r\u00f4le d&rsquo;un b\u00e8gue. Mais ce n&rsquo;\u00e9tait que du th\u00e9\u00e2tre ! Jouvet parlait de cette mani\u00e8re, et c&rsquo;est tout. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, trois cent soixante-cinq jours par an, et depuis toujours. De ce qui aurait pu \u00eatre un d\u00e9faut, il avait fait une formidable arme de sc\u00e8ne. C&rsquo;est le privil\u00e8ge des tr\u00e8s grands : ils apprivoisent la fatalit\u00e9 et donnent l&rsquo;illusion d&rsquo;en avoir fait le choix. Avec Jouvet, on ne savait plus o\u00f9 \u00e9tait l&rsquo;acteur et o\u00f9 \u00e9tait l&rsquo;individu. Ils \u00e9taient en repr\u00e9sentation permanente. Ainsi, dans ce grand corps un peu m\u00e9canique, surmont\u00e9 d&rsquo;une t\u00eate de pr\u00eatre mongol, qui arpentait devant moi son petit bureau de l&rsquo;Ath\u00e9n\u00e9e, je ne crois pas avoir vu Louis Jouvet mais le docteur Knock. La repr\u00e9sentation continuait, et j&rsquo;avais juste l&rsquo;impression d\u00e9licieuse qu&rsquo;elle m&rsquo;\u00e9tait exclusivement destin\u00e9e. Avoir Jouvet pour soi tout seul, quel beau cadeau !<br \/>\nA l&rsquo;Ath\u00e9n\u00e9e, le \u00ab patron \u00bb occupait un petit appartement auquel on acc\u00e9dait par un \u00e9troit escalier, apr\u00e8s avoir eu le feu vert de sa secr\u00e9taire, Marthe Herlin, une femme qui se d\u00e9voua tant au th\u00e9\u00e2tre qu&rsquo;\u00e0 la fin de sa vie elle aurait pu remplacer l&rsquo;\u00e9clairagiste, le r\u00e9gisseur, ou m\u00eame le metteur en sc\u00e8ne. Elle prot\u00e9geait Jouvet des raseurs, et \u00e9loignait les importuns, lorsque ce s\u00e9ducteur entrait en conclave avec une dame, sur le petit divan qu&rsquo;il avait am\u00e9nag\u00e9 dans son bureau, afin de \u00abse reposer\u00bb.<br \/>\nPour le reste, la pi\u00e8ce \u00e9tait plut\u00f4t aust\u00e8re, avec des rayons entiers de biblioth\u00e8que \u00e0 la place des habituelles affiches et photos d\u00e9dicac\u00e9es. On e\u00fbt dit davantage l&rsquo;antre d&rsquo;un \u00e9crivain que le boudoir d&rsquo;un com\u00e9dien c\u00e9l\u00e8bre. Pour retrouver le th\u00e9\u00e2tre, il fallait passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9, dans sa loge, entre le miroir o\u00f9 il se maquillait avec un soin extr\u00eame et ses costumes de sc\u00e8ne. A cette \u00e9poque, il pr\u00e9parait L&rsquo;\u00c9cole des femmes&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Le th\u00e9\u00e2tre, vous ne savez pas ce que c\u2019est. Il y a la sc\u00e8ne et la salle. Tout est enclos, les gens viennent l\u00e0 le soir, et ils sont assis par rang\u00e9es,\u00a0 les uns derri\u00e8re les autres, regardant. 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