{"id":47644,"date":"2023-11-11T07:47:28","date_gmt":"2023-11-11T06:47:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=47644"},"modified":"2023-11-12T07:28:41","modified_gmt":"2023-11-12T06:28:41","slug":"a-la-recherche-de-quelques-pages","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=47644","title":{"rendered":"\u00c0 la Recherche de quelques pages"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-9590\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/images-3-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/>Pour aujourd\u2019hui et de fa\u00e7on totalement arbitraire, \u00a0j\u2019ai choisi quelques pages de la Recherche du Temps Perdu.\u00a0<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">Charles Swann et Odette de Cr\u00e9cy sont dans un fiacre. Depuis des mois, Charles, homme du monde, courtise Odette, demi-mondaine, sans se d\u00e9cider \u00e0 aller plus loin. Ce soir, ils sont tous les deux dans un fiacre \u00a0et voici la fin de la fameuse sc\u00e8ne des cattleyas. Odette porte ces fleurs \u00e0 son corsage et Charles lui demande l&rsquo;autorisation de les <span style=\"caret-color: #0000ff;\">remettre<\/span> en place. Admirez la d\u00e9licatesse de la description des gestes et le cynisme de celle des motivations. \u00a0\u00a0<\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">(&#8230;) Elle, qui n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 habitu\u00e9e \u00e0 voir les hommes faire tant de fa\u00e7ons avec elle, dit en souriant :<br \/>\n\u2014\u00abNon, pas du tout, \u00e7a ne me g\u00eane pas.\u00bb<br \/>\nMais lui, intimid\u00e9 par sa r\u00e9ponse, peut-\u00eatre aussi pour avoir l&rsquo;air d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 sinc\u00e8re quand il avait pris ce pr\u00e9texte, ou m\u00eame, commen\u00e7ant d\u00e9j\u00e0 \u00e0 croire qu&rsquo;il l&rsquo;avait \u00e9t\u00e9, s&rsquo;\u00e9cria :<br \/>\n\u2014\u00abOh ! Non, surtout, ne parlez pas, vous allez encore vous essouffler, vous pouvez bien me r\u00e9pondre par gestes, je vous comprendrai bien. Sinc\u00e8rement je ne vous g\u00eane pas ? Voyez, il y a un peu&#8230; je pense que c&rsquo;est du pollen qui s&rsquo;est r\u00e9pandu sur vous, vous permettez que je l&rsquo;essuie avec ma main ? Je ne vais pas trop fort, je ne suis pas trop brutal ? Je vous chatouille peut-\u00eatre un peu ? mais c&rsquo;est que je ne voudrais pas toucher le velours de la robe pour ne pas le friper. Mais, voyez-vous, il \u00e9tait vraiment n\u00e9cessaire de les fixer ils seraient tomb\u00e9s ; et comme cela, en les enfon\u00e7ant un peu moi-m\u00eame&#8230; S\u00e9rieusement, je ne vous suis pas d\u00e9sagr\u00e9able? Et en les respirant pour voir s&rsquo;ils n&rsquo;ont vraiment pas d&rsquo;odeur non plus ? Je n&rsquo;en ai jamais senti, je peux ? Dites la v\u00e9rit\u00e9.\u00bb<br \/>\nSouriant, elle haussa l\u00e9g\u00e8rement les \u00e9paules, comme pour dire \u00abvous \u00eates fou, vous voyez bien que \u00e7a me pla\u00eet.\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Il \u00e9levait son autre main le long de la joue d&rsquo;Odette ; elle le regarda fixement, de l&rsquo;air languissant et grave qu&rsquo;ont les femmes du ma\u00eetre florentin avec lesquelles il lui avait trouv\u00e9 de la ressemblance ; amen\u00e9s au bord des paupi\u00e8res, ses yeux <!--more-->brillants, larges et minces, comme les leurs, semblaient pr\u00eats \u00e0 se d\u00e9tacher ainsi que deux larmes. Elle fl\u00e9chissait le cou comme on leur voit faire \u00e0 toutes, dans les sc\u00e8nes pa\u00efennes comme dans les tableaux religieux. Et, en une attitude qui sans doute lui \u00e9tait habituelle, qu&rsquo;elle savait convenable \u00e0 ces moments-l\u00e0 et qu&rsquo;elle faisait attention \u00e0 ne pas oublier de prendre, elle semblait avoir besoin de toute sa force pour retenir son visage, comme si une force invisible l&rsquo;e\u00fbt attir\u00e9 vers Swann. Et ce fut Swann, qui, avant qu&rsquo;elle le laiss\u00e2t tomber, comme malgr\u00e9 elle, sur ses l\u00e8vres, le retint un instant, \u00e0 quelque distance, entre ses deux mains. Il avait voulu laisser \u00e0 sa pens\u00e9e le temps d&rsquo;accourir, de reconna\u00eetre le r\u00eave qu&rsquo;elle avait si longtemps caress\u00e9 et d&rsquo;assister \u00e0 sa r\u00e9alisation, comme une parente qu&rsquo;on appelle pour prendre sa part du succ\u00e8s d&rsquo;un enfant qu&rsquo;elle a beaucoup aim\u00e9. Peut-\u00eatre aussi Swann attachait-il sur ce visage d&rsquo;Odette non encore poss\u00e9d\u00e9e, ni m\u00eame encore embrass\u00e9e par lui, qu&rsquo;il voyait pour la derni\u00e8re fois, ce regard avec lequel, un jour de d\u00e9part, on voudrait emporter un paysage qu&rsquo;on va quitter pour toujours. \u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">Et voici qu&rsquo;entre le Docteur Cottard, excellent praticien, mais un imb\u00e9cile, visiblement. Tout le monde connait un Docteur Cottard :<\/span> <\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Le docteur Cottard ne savait jamais d\u2019une fa\u00e7on certaine de quel ton il devait r\u00e9pondre \u00e0 quelqu\u2019un, si son interlocuteur voulait rire ou \u00e9tait s\u00e9rieux. Et \u00e0 tout hasard il ajoutait \u00e0 toutes ses expressions de physionomie l\u2019offre d\u2019un sourire conditionnel et provisoire dont la finesse expectante le disculperait du reproche de na\u00efvet\u00e9, si le propos qu\u2019on lui avait tenu se trouvait avoir \u00e9t\u00e9 fac\u00e9tieux. Mais comme pour faire face \u00e0 l\u2019hypoth\u00e8se oppos\u00e9e il n\u2019osait pas laisser ce sourire s\u2019affirmer nettement sur son visage, on y voyait flotter perp\u00e9tuellement une incertitude o\u00f9 se lisait la question qu\u2019il n\u2019osait pas poser: \u00abDites-vous cela pour de bon?\u00bb Il n\u2019\u00e9tait pas plus assur\u00e9 de la fa\u00e7on dont il devait se comporter dans la rue, et m\u00eame en g\u00e9n\u00e9ral dans la vie, que dans un salon, et on le voyait opposer aux passants, aux voitures, aux \u00e9v\u00e9nements un malicieux sourire qui \u00f4tait d\u2019avance \u00e0 son attitude toute impropri\u00e9t\u00e9 puisqu\u2019il prouvait, si elle n\u2019\u00e9tait pas de mise, qu\u2019il le savait bien et que s\u2019il avait adopt\u00e9 celle-l\u00e0, c\u2019\u00e9tait par plaisanterie.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Passons maintenant \u00e0 Madame Verdurin. Elle tient salon, elle est tr\u00e8s riche, tr\u00e8s snob, tr\u00e8s autoritaire et tr\u00e8s m\u00e9chante. Je ne sais pas pourquoi, elle m\u2019a toujours fait penser \u00e0 Fabienne Pascaud&#8230; sauf pour le rire.<\/em><span style=\"color: #000080;\"><i> Ce<\/i><\/span><\/span><span class=\"s1\" style=\"color: #000080;\"><i>lui de Fabienne, est un rire de gorge, un rire de cocktail, un rire destin\u00e9 \u00e0 capter l\u2019attention, un rire de th\u00e9\u00e2tre, diff\u00e9rent mais tout aussi affect\u00e9 que celui de Madame Verdurin, que voici :\u00a0<\/i><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em>Elle poussait un petit cri, fermait enti\u00e8rement ses yeux d\u2019oiseau qu\u2019une taie commen\u00e7ait \u00e0 voiler, et brusquement, comme si elle n\u2019e\u00fbt que le temps de cacher un spectacle ind\u00e9cent ou de parer \u00e0 un acc\u00e8s mortel, plongeant sa figure dans ses mains qui la recouvraient et n\u2019en laissaient plus rien voir, elle avait l\u2019air de s\u2019efforcer de r\u00e9primer, d\u2019an\u00e9antir un rire qui, si elle s\u2019y f\u00fbt abandonn\u00e9e, l\u2019e\u00fbt conduite \u00e0 l\u2019\u00e9vanouissement.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Nous en terminerons pour aujourd&rsquo;hui avec le Narrateur. Il vient de r\u00e9aliser qu\u2019il \u00e9tait devenu vieux. N\u2019est-ce pas le sort de tout le monde, du moins de ceux qui ont eu de la chance ? Je veux dire ceux qui ont cru longtemps, bien au-del\u00e0 du raisonnable, \u00a0qu\u2019ils ne vieillissaient pas. <\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Et maintenant je comprenais ce qu\u2019\u00e9tait la vieillesse \u2013 la vieillesse qui, de toutes les r\u00e9alit\u00e9s, est peut-\u00eatre celle dont nous gardons le plus longtemps dans la vie une notion purement abstraite, regardant les calendriers, datant nos lettres, voyant se marier nos amis, les enfants de nos amis, sans comprendre, soit par peur, soit par paresse, ce que cela signifie, jusqu\u2019au jour o\u00f9 nous apercevons une silhouette inconnue, comme celle de M. d\u2019Argencourt, laquelle nous apprend que nous vivons dans un nouveau monde ; jusqu\u2019au jour o\u00f9 le petit-fils d\u2019une de nos amies, jeune homme qu\u2019instinctivement nous traiterions en camarade, sourit comme si nous nous moquions de lui, nous qui lui sommes apparu comme un grand-p\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour aujourd\u2019hui et de fa\u00e7on totalement arbitraire, \u00a0j\u2019ai choisi quelques pages de la Recherche du Temps Perdu.\u00a0 Charles Swann et Odette de Cr\u00e9cy sont dans un fiacre. 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