{"id":47325,"date":"2023-10-29T07:47:04","date_gmt":"2023-10-29T06:47:04","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=47325"},"modified":"2023-10-30T17:56:03","modified_gmt":"2023-10-30T16:56:03","slug":"gisele-17","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=47325","title":{"rendered":"Gis\u00e8le ! (17)"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-47079\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Tunnel-150x150.png\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/>(&#8230;)Juste au-dessus de lui, un disque de lumi\u00e8re vient de s\u2019allumer et Bernard reconna\u00eet une nouvelle chemin\u00e9e verticale, une \u00e9chelle fix\u00e9e \u00e0 la paroi et, tout en haut, l\u2019\u00e9clat aveuglant d\u2019une lampe.<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>\u00ab\u00a0Ici, r\u00e9pond la lampe. Montez ! Il y a une \u00e9chelle\u2026\u00a0\u00bb<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>Bernard a saisi un barreau.<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>&#8230;sauv\u00e9 ! y a du monde, y a de la lumi\u00e8re\u2026 je suis sauv\u00e9\u00a0!\u2026 mais qui c\u2019est, l\u00e0-haut ? des flics ? pour moi ? pas possible ! pas d\u00e9j\u00e0\u00a0! des ouvriers du tunnel ? \u00e0 cette heure ? s\u00fbrement pas\u00a0!\u2026 alors qui ? faut que je monte quand m\u00eame\u2026 le moyen de faire autrement ?&#8230; va falloir faire gaffe !&#8230;<br \/>\n\u00ab\u00a0J\u2019arrive, crie Bernard en commen\u00e7ant \u00e0 grimper.\u00a0\u00bb<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ils sont cinq \u00e0 le regarder \u00e9merger de son trou, quatre hommes et une femme. Celui qui tient la lampe porte une de ces combinaisons de moniteur de ski, \u00e9paisse, cintr\u00e9e \u00e0 la taille, bleu marine ray\u00e9e de rouge aux \u00e9paules et \u00e0 la ceinture. Les autres hommes sont engonc\u00e9s dans des v\u00eatements de ville enfil\u00e9s les uns sur les autres ; la femme porte un blouson de cuir trop grand pass\u00e9 par-dessus un long manteau de fourrure. Ils se sont group\u00e9s dans le coin le plus \u00e9loign\u00e9 de la petite pi\u00e8ce. Ils ont l\u2019air fatigu\u00e9.<br \/>\nLe moniteur, lui, a l\u2019air furieux. Il aboie :<br \/>\n\u00ab\u00a0Qui \u00eates-vous ? Qu\u2019est-ce que vous foutez l\u00e0 ?<br \/>\n\u2014 Ben voil\u00e0, commence Bernard en h\u00e9sitant, j\u2018\u00e9tais dans le tunnel\u2026 je me suis perdu\u2026 je ne sais pas comment je suis arriv\u00e9 l\u00e0\u2026 en tout cas, je suis bien content de vous avoir trouv\u00e9\u2026 Dites, vous avez de l\u2019eau ? Quelque chose \u00e0 manger ?<br \/>\n\u2014 Alors, tu \u00e9tais tout seul, mon gars ? Dans le tunnel, comme \u00e7a, <!--more-->sans gants, sans chapeau, en manteau de ville, en chaussettes ? \u00a0Et tu t\u2019es perdu\u2026 dans le tunnel ? \u00a0Dis-moi, mon gars, comment on fait pour se perdre dans un tunnel ? Y a une entr\u00e9e et y a une sortie, c&rsquo;est tout. Alors, comment on fait pour se perdre, hein ? Comment on fait ? Tu te fous de ma gueule ? C\u2019est \u00e7a, hein ?<br \/>\n\u2014 Mais non, pas du tout, Monsieur, pas du tout. Je vais vous expliquer\u2026 voil\u00e0\u2026 j\u2019\u00e9tais en voiture\u2026 c\u2019est \u00e7a, j\u2019\u00e9tais en voiture et je suis tomb\u00e9 en panne&#8230; alors j\u2019ai cherch\u00e9 du secours et je me suis perdu, voil\u00e0. C\u2019est tout simple, vous voyez ? Dites, vous n\u2019auriez pas un truc \u00e0 manger ?\u00a0\u00bb<br \/>\nLe moniteur fouille dans une de ses grandes poches et en sort une banane.<br \/>\n\u00ab\u00a0Et tu n\u2019as pas pens\u00e9 \u00e0 appeler les secours\u00a0? demande-t-il en lui donnant le fruit. Il y a des t\u00e9l\u00e9phones tous les deux cents m\u00e8tres, tu sais\u00a0?<br \/>\n\u2014 Euh.. ben&#8230; non, j\u2019y ai pas pens\u00e9, r\u00e9pond Bernard, l\u2019air contrit et apr\u00e8s un temps, il ajoute : \u2026 Monsieur.<br \/>\n\u2014 \u00c9coute, mon gars, je ne crois pas un mot de ce que tu racontes, mais je m\u2019en fous. Que tu sois immigrant clandestin, trafiquant de drogue ou cr\u00e9tin des Alpes, je n\u2019en ai rien \u00e0 faire. Je suis ni flic ni douanier. Alors, tu restes l\u00e0 si tu veux, mais surtout, tu ne viens pas m\u2019emmerder. Tiens, bois un coup.\u00a0C\u2019est du rhum. \u00c7a va tr\u00e8s bien avec la banane\u00a0!<br \/>\n\u2014 Oh, merci, Monsieur, mais&#8230;<br \/>\n\u2014 Et arr\u00eate de m\u2019appeler Monsieur\u00a0! Mets-toi quelque part o\u00f9 tu peux, bois un coup, mange ta banane et fous-nous la paix. Nous, on repart dans une heure. Tu feras ce que tu veux quand on sera partis.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Docile, Bernard va s\u2019asseoir dans un coin tandis que l\u2019homme \u00e0 la combinaison se tourne vers ses compagnons : \u00ab Je ne sais pas qui c\u2019est, ce type, leur dit-il, mais il est pas dangereux. Y a rien \u00e0 craindre. Bon, on repart dans une heure. On devrait passer la fronti\u00e8re dans deux, trois heures. Apr\u00e8s, y aura encore une heure pour arriver \u00e0 Arrondaz et l\u00e0, pour moi, ce sera termin\u00e9. En attendant, reposez-vous. Y encore du chemin&#8230; \u00bb Les trois hommes vont s\u2019accroupir dans un coin et discutent entre eux dans une langue que Bernard ne comprend pas. La femme s\u2019appuie contre un mur et allume une cigarette.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>&#8230; qu\u2019est-ce que c\u2019est que ces gens-l\u00e0\u00a0? des Arabes\u00a0?&#8230;en tout cas, j\u2019ai eu de la chance de tomber sur eux, sans \u00e7a&#8230; il a pas l\u2019air m\u00e9chant, le guide&#8230; je lui demanderai de m\u2019emmener avec eux, tout \u00e0 l\u2019heure&#8230; ils vont surement vers un endroit civilis\u00e9&#8230; un village, une route&#8230; je pourrai faire du stop&#8230; et apr\u00e8s&#8230;apr\u00e8s&#8230;<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Le cerveau de Bernard est bloqu\u00e9, comme pris par les glaces. Pour le moment, il refuse de penser \u00e0 <i>apr\u00e8s<\/i> ; sa survie imm\u00e9diate seule l\u2019occupe. Mais les calories que lui ont apport\u00e9es le rhum et la banane ne tardent pas \u00e0 le d\u00e9geler et la r\u00e9alit\u00e9 reprend bient\u00f4t sa place. Il a beau r\u00e9sister, tenter de refouler cette pens\u00e9e, il commence \u00e0 r\u00e9aliser qu\u2019il a tu\u00e9 un homme, qu\u2019il est en fuite, que les flics le cherchent partout dans le tunnel, qu\u2019ils vont bien finir par trouver la chemin\u00e9e de ventilation, qu\u2019ils sont en possession de sa valise, qu\u2019ils connaissent son identit\u00e9. Alors, il se laisse aller \u00e0 un bref sanglot, puis il secoue la t\u00eate et chasse ces pens\u00e9es terribles ; il verra plus tard ; pour le moment, il faut qu\u2019il sache o\u00f9 vont ces gens. Le demander au guide \u2014 c\u2019est comme \u00e7a qu\u2019il a d\u00e9cid\u00e9 de l\u2019appeler \u2014 ce n\u2019est surement pas une bonne id\u00e9e. D\u2019ailleurs, il s\u2019est allong\u00e9 dans un coin, la t\u00eate appuy\u00e9e sur un sac \u00e0 dos et il a ferm\u00e9 les yeux ; ce n\u2019est pas le moment de le d\u00e9ranger. Reste les autres ; ils doivent quand m\u00eame savoir o\u00f9 ils vont, eux. \u00c0 quatre pattes, comme pour ne d\u00e9ranger personne, il s\u2019approche du groupe. L\u2019homme le plus proche est accroupi, en \u00e9quilibre sur ses mollets, \u00e0 la fa\u00e7on de ces indiens d\u2019Am\u00e9rique qu\u2019on voit dans les films. Il fume une cigarette marron, tordue, toute frip\u00e9e. Son visage est frip\u00e9 lui aussi, sombre et triste .\u00ab Pardon Monsieur, lui demande Bernard, j\u2019aimerais partir avec vous tout \u00e0 l\u2019heure. Vous pourriez me dire o\u00f9 vous allez comme \u00e7a ? S\u2019il vous pla\u00eet\u2026 Monsieur ? \u00bb Sans r\u00e9pondre, sans m\u00eame le regarder, l\u2019homme hausse les \u00e9paules, d\u00e9signe du pouce son voisin et ferme les yeux. Le voisin fume aussi. Il est adoss\u00e9 conte le mur, assis sur un sac de voyage en cuir. Le sac a d\u00fb \u00eatre beau, luxueux m\u00eame, avec ses fermetures et ses charni\u00e8res en cuivre. Mais le cuir est craquel\u00e9 et avachi et le cuivre terni et tach\u00e9 de noir. L\u2019homme ne pr\u00eate pas attention \u00e0 Bernard, il regarde devant lui, les yeux dans le vague. Bernard h\u00e9site et se lance :<br \/>\n\u00ab\u00a0Excusez-moi, monsieur, mais votre ami m\u2019a dit que \u2026<br \/>\n\u2014 Non, dit l\u2019homme.<br \/>\n\u00ad\u2014 Pardon ?<br \/>\n\u2014 Boutros ne vous a rien dit. Il ne parle pas votre langue. Mais j\u2019ai entendu votre question.<br \/>\n\u2014 Alors ? Vous pouvez me dire o\u00f9 vous allez en Italie ?<br \/>\n\u2014 Non et non, dit l\u2019homme, imp\u00e9n\u00e9trable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><em>A SUIVRE<\/em><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;)Juste au-dessus de lui, un disque de lumi\u00e8re vient de s\u2019allumer et Bernard reconna\u00eet une nouvelle chemin\u00e9e verticale, une \u00e9chelle fix\u00e9e \u00e0 la paroi et, tout en haut, l\u2019\u00e9clat aveuglant d\u2019une lampe. \u00ab\u00a0Ici, r\u00e9pond la lampe. Montez ! Il y a une \u00e9chelle\u2026\u00a0\u00bb Bernard a saisi un barreau. &#8230;sauv\u00e9 ! y a du monde, y &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=47325\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Gis\u00e8le ! 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