{"id":47251,"date":"2023-11-13T07:47:55","date_gmt":"2023-11-13T06:47:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=47251"},"modified":"2023-11-14T11:20:48","modified_gmt":"2023-11-14T10:20:48","slug":"hds","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=47251","title":{"rendered":"Histoire de Dashiell Stiller &#8211; Critique ais\u00e9e n\u00b0264 (texte int\u00e9gral)"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Pour ceux qui n&rsquo;aime pas les textes en petits morceaux, voici la critique ais\u00e9e 264 \u00e0 lire d&rsquo;une traite.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong>Histoire de Dashiell Stiller<br \/>\n<\/strong>Philippe Coutheillas, 2023<br \/>\n<em>Amazon, 419 pages, 12\u20ac<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong><a href=\"https:\/\/www.amazon.fr\/Histoire-Dashiell-Stiller-Philippe-Coutheillas\/dp\/B0C9SB2MLZ\/ref=sr_1_1?crid=1WT8H2NAMGQK6&amp;keywords=philippe+coutheillas&amp;qid=1689696166&amp;sprefix=,aps,141&amp;sr=8-1\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-46291 alignleft\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Couverture-HDS.png\" alt=\"\" width=\"163\" height=\"259\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Couverture-HDS.png 215w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Couverture-HDS-189x300.png 189w\" sizes=\"auto, (max-width: 163px) 100vw, 163px\" \/><\/a>\u00a0<\/strong>Il m\u2019arrive parfois de quitter le second degr\u00e9 ; il m\u2019arrive aussi de quitter nuance, r\u00e9serve et modestie et g\u00e9n\u00e9ralement, \u00e7a se produit en m\u00eame temps. En voici la preuve :<br \/>\nJ\u2019ai relu <em>Histoire de Dashiell Stiller<\/em>. Il le fallait\u00a0: c\u2019\u00e9tait n\u00e9cessaire pour les corrections d\u2019\u00e9preuves avant publication. Mais c\u2019est aussi par go\u00fbt que je l\u2019ai fait et, comme je le disais l\u2019autre jour dans une critique plus lapidaire parue fin ao\u00fbt dernier : j\u2019ai aim\u00e9 ce que j\u2019ai lu.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Oui, j\u2019ai aim\u00e9. Cela vous surprend, n\u2019est-ce pas, de lire ici ce genre d\u2019aveu ? Ce sont des choses qui ne se font pas\u00a0: c\u2019est fichtrement casse-gueule, c\u2019est un faux-pas, une faute de go\u00fbt, et, pire, c\u2019est une erreur.<br \/>\nEh bien, c\u2019est peut-\u00eatre une erreur, mais c\u2019est comme \u00e7a. L\u2019\u00e2ge venant, l\u2019envie vous prend de plus en plus souvent d\u2019\u00eatre franc. Et puis, faire l\u2019\u00e9l\u00e9gant, le modeste, le nonchalant, le d\u00e9tach\u00e9, \u00e7a finit par vous d\u00e9finir : les gens pensent que vous ne croyez pas \u00e0 ce que vous faites ;<!--more--> alors comment pourraient-ils y croire eux-m\u00eames ? Alors, pour aujourd\u2019hui, je vais quitter nuance, r\u00e9serve et modestie.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Beaucoup de mes textes publi\u00e9s dans le Journal des Coutheillas ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits avec plaisir, avec facilit\u00e9, presque en souriant, et parfois m\u00eame, \u00e0 l\u2019occasion, en riant. Ces textes-l\u00e0, souvent, ont \u00e9t\u00e9 appr\u00e9ci\u00e9s par mes quelques lecteurs ; ils \u00e9taient rigolos ou acides, parfois m\u00e9chants. Pourtant, moi qui les ai \u00e9crits, je n\u2019y attache que peu de prix. Ce sont des textes dans lesquels je me suis peu ou pas impliqu\u00e9, des textes dans lesquels, disons-le, j\u2019ai fait le malin. C\u2019est sans doute pour cette raison qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 relativement faciles \u00e0 \u00e9crire. Aujourd\u2019hui, la seule valeur que je leur accorde, c\u2019est ma plus ou moins grande r\u00e9ussite \u00e0 respecter les contraintes techniques que je m\u2019\u00e9tais impos\u00e9es : le pastiche, la concision, un langage parl\u00e9, un style soutenu, un paradoxe, l\u2019absurde\u2026 Les exemples de ce type de texte, c\u2019est <em>Blind dinner<\/em>, <em>La Mitro, Sassi Manoon et les Texas Rangers<\/em>, la deuxi\u00e8me des <em>Trois premi\u00e8res fois<\/em>&#8230;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Au contraire, certains textes m\u2019ont cout\u00e9 beaucoup d\u2019efforts. Parmi eux, il y a ceux dans lequel je m\u2019\u00e9tais imprudemment embarqu\u00e9 sans route trac\u00e9e et ni pr\u00e9cautions prises. J\u2019aime ces textes, du moins certains de leurs passages, mais j\u2019ai d\u00fb finir par les abandonner en cours de route pour pouvoir passer \u00e0 autre chose. Les deux principaux textes que je n\u2019ai jamais pu terminer sont <em>La Machine d\u2019Anticyth\u00e8re<\/em>, \u00e9pop\u00e9e trop ambitieuse, <em>Un couple inachev\u00e9<\/em>, com\u00e9die dramatique bourgeoise, provinciale et sans \u00e9nergie.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Et puis, parmi les textes qui ont \u00e9t\u00e9 difficiles \u00e0 \u00e9crire, il y a ceux que j\u2019ai achev\u00e9s, que j\u2019aime et dont je suis fier. Oui, fier. Ces textes-l\u00e0 sont rarement dr\u00f4les. Il n\u2019y a aucun humour, aucune ironie, pratiquement pas de distance. Ils peuvent \u00eatre tr\u00e8s personnels ou pas du tout, il n\u2019y a pas de r\u00e8gle. Ils m\u2019ont demand\u00e9 du temps, des efforts. Ils ont exig\u00e9 de longues p\u00e9riodes d\u2019arr\u00eat, que j\u2019ai souvent crues d\u00e9finitives. Et puis, un jour, sur une id\u00e9e, plus rarement sur une volont\u00e9, c\u2019est reparti et c\u2019est all\u00e9 jusqu\u2019au bout.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Parmi ces textes, ceux qui me viennent tout de suite \u00e0 l\u2019esprit, il y a cette <em>Histoire de No\u00ebl. <\/em>Dans <em>Histoire de No\u00ebl, <\/em>je crois avoir r\u00e9ussi \u00e0 mener le suspense jusqu\u2019au dernier quart d\u2019heure en respectant les r\u00e8gles du genre : l\u2019innocence de la victime, l\u2019espoir, la nuit, les \u00e9l\u00e9ments contraires, l\u2019angoisse, la peur, la terreur, la mort et finalement la r\u00e9alit\u00e9. Il y a aussi les <em>Trois premi\u00e8res fois<\/em>, du moins la premi\u00e8re et la troisi\u00e8me, la deuxi\u00e8me \u201cpremi\u00e8re fois\u201c \u2014 ceux qui ont lu comprendront \u2014 \u00e9tant du domaine plus classique du pastiche d\u2019humour anglais dont j\u2019ai parl\u00e9 plus haut. Dans la premi\u00e8re de ces \u201cpremi\u00e8res fois\u201c, je suis content d\u2019avoir, je crois, r\u00e9ussi \u00e0 faire passer de v\u00e9ritables \u00e9motions de jeunesse tout en respectant les codes d\u2019une litt\u00e9rature compos\u00e9e d\u2019un grand tiers d\u2019<em>eau-de-rose-germano-romantique<\/em>, d\u2019un petit tiers de <em>scoutisme-dans-les-alpages<\/em>, et d\u2019un dernier tiers de <em>rat-des-villes-et-rat-des-champs<\/em>. L\u2019\u00e9crire n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 facile, mais tr\u00e8s rafra\u00eechissant. \u00c9crire la troisi\u00e8me \u201c<em>premi\u00e8re fois<\/em>\u201c fut plus difficile encore, \u00e9puisant m\u00eame. Ici, pas de pastiche, sinon involontaire, d\u2019un style ou d\u2019une \u00e9poque, rien que de l\u2019original. Dans les textes que j\u2019aime, il y a aussi <em>Wetbacks<\/em>, plus court, \u00e0 la limite du pastiche de la S\u00e9rie Noire californienne, dont j\u2019aime la densit\u00e9 de l\u2019action et l\u2019angoisse montante du narrateur pendant son parcours en autobus.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Et puis bien s\u00fbr, il y a <em>Le Cujas<\/em>. Aujourd\u2019hui, le Cujas, c\u2019est l\u2019<em>Histoire de Dashiell Stiller, <\/em>mon premier vrai roman, le texte qui justifie sous forme de \u00ab\u00a0<em>Critique ais\u00e9e\u00a0\u00bb<\/em> mon intervention d\u2019aujourd\u2019hui. Je ne le r\u00e9p\u00e8terai jamais assez\u00a0: je l\u2019ai lu et relu, et j\u2019ai aim\u00e9 ce que j\u2019ai lu.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Comment l\u2019id\u00e9e du Cujas m\u2019est venue, je l\u2019ai dit cent fois \u00e0 qui voulait l\u2019entendre\u00a0: la vieille dame joyeuse \u00e0 Aurillac, la carte-postale bihebdomadaire \u00e0 la maison de retraite et, un jour, celle qui m\u2019arr\u00eate au moment de la mettre \u00e0 la boite\u00a0:\u00a0<em>\u00c9tudiants \u00e0 la terrasse d&rsquo;un caf\u00e9 du boulevard Saint-Michel \u00e0 Paris, vers 1935.\u00a0 \u00a9 Albert Harlingue\/Roger-Viollet<\/em>. Huit personnages sur la photo, le Quartier Latin, quatre ans avant la seconde guerre mondiale&#8230; Qu\u2019est-ce qui peut bien lier ces gens en ce jour de 1935\u00a0? Comment vont-ils traverser la guerre\u00a0? Vont-ils seulement en r\u00e9chapper\u00a0? Et le photographe, qui est-ce\u00a0?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Alors, pour la premi\u00e8re fois, j\u2019ai \u00e9crit une \u00e9bauche de chaque personnage, \u00e0 chacun, j\u2019ai donn\u00e9 une date de naissance, un embryon de caract\u00e8re \u2014 pour le physique, merci, c\u2019\u00e9tait fait \u2014 et, sur un tableur Excel, j\u2019ai fait d\u00e9filer les ann\u00e9es qui passent et les \u00e2ges qui augmentent, j\u2019y ai plac\u00e9 approximativement dans l\u2019espace et dans le temps des cases pour des rencontres, des s\u00e9parations, des mariages, des d\u00e9parts \u00e0 la guerre, des retours, des morts.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Et \u00e0 partir de ce qui \u00e9tait loin d\u2019\u00eatre un canevas mais seulement un tr\u00e8s vague semis de jalons, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire avec l\u2019interview de l\u2019\u00e9b\u00e9niste de la rue Monsieur le Prince, j\u2019ai poursuivi avec celui de la tenanci\u00e8re du Cujas, puis, dans l\u2019ordre, jusqu\u2019au dernier des personnages photographi\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Au moment de passer au photographe, Dashiell Stiller, j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 que ce grand na\u00eff d\u2019am\u00e9ricain n\u2019avait entendu qu\u2019un seul son de cloche, une seule version de chaque histoire. Il fallait donc donner vie \u00e0 ce Su\u00e9dois et le charger de dire \u00e0 Stiller une autre v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Vous serez surement int\u00e9ress\u00e9s d\u2019apprendre ce qu\u2019a dit Michel Houellebecq au cours d\u2019une conf\u00e9rence \u00e0 la Sorbonne \u00e0 propos de l\u2019intrigue\u00a0: <em>\u00ab\u00a0<\/em><em>Je pense que chez moi, l\u2019intrigue est g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par les personnages plut\u00f4t que l\u2019inverse. Je ne d\u00e9termine pas vraiment au d\u00e9part ce qui doit se produire et je les laisse s\u2019agiter.\u00a0\u00bb<\/em> Eh bien apprenez du m\u00eame coup que chez moi, c\u2019est pareil.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">C\u2019est par pure facilit\u00e9 que, pour les neuf premiers chapitres, j\u2019ai choisi d\u2019adopter le proc\u00e9d\u00e9 de l\u2019interview, parce qu\u2019il permet le discours direct, autrement dit, le langage parl\u00e9. Ce type de narration pr\u00e9sente pour moi l\u2019avantage de rendre inutile et m\u00eame hors sujet les descriptions pr\u00e9cises des lieux. On n\u2019imagine pas un personnage un peu r\u00e9aliste r\u00e9pondre \u00e0 son interlocuteur dans le style du discours direct : \u00ab Alors, je l\u2019ai suivie jusqu\u2019au salon qui \u00e9tait \u00e9clair\u00e9 \u00e0 giorno par les grandes crois\u00e9es \u00e0 la fran\u00e7aise encadr\u00e9es de rideaux de couleur lie de vin qui tranchaient avec le tapis de haute laine aux motifs compliqu\u00e9s qui passaient de fa\u00e7on presque concentrique du jaune vif au sepia puis au vert d\u2019eau pour finir dans un vert anglais intense. Au centre, la grande table de style Tudor&#8230; \u00bb M\u00eame Huysmans n\u2019aurait pas os\u00e9. C\u2019est le personnage qui parle qui doit exprimer les descriptions utiles \u00e0 l\u2019action. De la m\u00eame mani\u00e8re, ce style du discours direct permet d\u2019\u00e9viter les savantes analyses psychologiques des personnages et de leurs motivations. Elles doivent \u00eatre per\u00e7ues du lecteur \u00e0 travers les mots du m\u00eame narrateur. C\u2019est plus court et plus pratique. Un autre avantage du discours direct, et qui est en m\u00eame temps une obligation, c\u2019est d\u2019avoir \u00e0 utiliser un type de langage parl\u00e9 diff\u00e9rent pour chaque personnage. C\u2019est parfois un exercice difficile, surtout quand certains sont du m\u00eame milieu, mais c\u2019est amusant. Pour le dernier chapitre, celui qui concerne Stiller lui-m\u00eame, comme il ne pouvait raisonnablement pas s\u2019interviewer lui-m\u00eame, je me suis vu contraint d\u2019adopter le style plus classique du narrateur omniscient, avec quelques d\u00e9tours vers le discours indirect libre.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Toutes ces explications techniques vous ont peut-\u00eatre donn\u00e9 une impression trompeuse d\u2019organisation professionnelle et de contr\u00f4le total. Mais il faut savoir qu\u2019il y a eu des pannes, dont la plus longue, celle que j\u2019ai connue au moment de l\u2019ach\u00e8vement du chapitre de Samuel Goldenberg. Je l\u2019avais \u00e9crit assez facilement, presque en courant, mais l\u2019intensit\u00e9 de l\u2019action avait rendu l\u2019exercice fatigant. De plus, je devais passer \u00e0 Georges Cambremer, personnage que je voulais complexe et dont il ne fallait pas r\u00e9v\u00e9ler les aspects obscurs trop vite. Je devais donc redescendre tr\u00e8s nettement en intensit\u00e9 et je n\u2019y arrivais pas. La panne dura plusieurs mois jusqu\u2019\u00e0 ce que je d\u00e9cide tout d\u2019abord de faire de Cambremer un collaborateur suppos\u00e9, un r\u00e9sistant douteux et un homme politique ambitieux et ensuite de le faire interviewer non par Stiller, comme les autres, mais par deux journalistes du journal Combat.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Les deux derniers chapitres, Mattias Engen et Dashiell Stiller, les plus longs du roman, d\u00e9gag\u00e9s qu\u2019ils \u00e9taient de la trag\u00e9die de Samuel et de la langue de bois de Cambremer, ont \u00e9t\u00e9 sinon faciles, du moins agr\u00e9ables \u00e0 \u00e9crire. Le moins agr\u00e9able n\u2019\u00e9tant pas de ne pas connaitre le d\u00e9nouement des amours d\u2019Isabelle et Dashiell une demi-heure avant de l\u2019\u00e9crire enfin.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Je viens de vous pr\u00e9senter sans vergogne ni pudeur la plupart des secrets de l\u2019\u00e9criture de l\u2019Histoire de Dashiell Stiller. A pr\u00e9sent, sans aucune modestie et en toute sinc\u00e9rit\u00e9, je vais me livrer coram populo et sans filet \u00e0 l\u2019exercice litt\u00e9raire le plus difficile et le plus dangereux qui soit\u00a0: faire la critique du roman que l\u2019on vient d\u2019\u00e9crire.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Critiquer le roman d\u2019un autre est un plaisir dont je ne me suis pas souvent priv\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Critiquer un roman que l\u2019on a \u00e9crit des ann\u00e9es auparavant est un exercice malais\u00e9, mais il n\u2019est pas p\u00e9rilleux. Si, sinc\u00e8rement, la critique est mauvaise, l\u2019auteur pourra toujours penser qu\u2019avec les ann\u00e9es, il a \u00e9volu\u00e9 et que l\u2019enthousiasme du moment de l\u2019\u00e9criture lui a cach\u00e9 des erreurs de jeunesse qu\u2019il ne reproduira plus.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Mais, critiquer un roman que l\u2019on vient d\u2019\u00e9crire, voil\u00e0 quelque chose de risqu\u00e9. Inutile de d\u00e9tailler pourquoi, les ricaneurs le savent tr\u00e8s bien. Mais allons-y quand m\u00eame&#8230;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Quand j\u2019\u00e9tais petit et que je me trouvais devant une assiette remplie de diverses nourritures, je proc\u00e9dais toujours comme \u00e7a\u00a0: commencer par les trucs qu\u2019on n\u2019aime pas, les petits pois, les haricots verts, pour terminer par le steack ou les pommes de terre frites.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Je commencerai donc par les faiblesses, les lacunes, les maladresses que je per\u00e7ois dans mon <em>Histoire de Dashiell Stiller<\/em>. Ce ne sera qu\u2019un mauvais moment \u00e0 passer.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La profondeur\u00a0: je suis tout \u00e0 fait conscient que mon roman manque de profondeur. On aurait du mal \u00e0 y trouver des r\u00e9flexions sur la condition humaine, sur la vanit\u00e9 des ambitions, sur l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019aimer, sur le sens ou plut\u00f4t sur le manque de sens de la vie. Dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9e, on n\u2019y trouve que fort peu d\u2019analyses psychologiques. De plus, la personnalit\u00e9 des personnages et leurs comportements sont immanquablement d\u00e9termin\u00e9s par leur origine sociale, ce qui les am\u00e8ne \u00e0 la limite du clich\u00e9. Aucun d\u2019entre eux ne se r\u00e9volte contre l\u2019ordre social et si peu contre l\u2019ordre familial. Enfin, cette <em>Histoire de Dashiell Stiller <\/em>n\u2019aborde aucun des grands sujets qui agitent notre monde,\u00a0comme le r\u00e9chauffement climatique ou la condition f\u00e9minine. Ce roman est ouvertement conservateur. J\u2019y ai not\u00e9 aussi quelques faiblesses de d\u00e9tail dont la principale consiste en la forme adopt\u00e9e des questions-r\u00e9ponses, parfois lassante, surtout quand les questions demeurent implicites, cach\u00e9es derri\u00e8re trois points de suspension.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Puisqu\u2019il le faut, je vais maintenant passer aux qualit\u00e9s que moi, \u00a0j\u2019ai trouv\u00e9es \u00e0 ce roman.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Tout d\u2019abord, c\u2019est un roman, je veux dire, c\u2019est un vrai\u00a0roman : sa longueur est raisonnable \u2014 419 pages, 120.000 mots \u2014 ni trop courte comme <em>Blind Dinner<\/em>, ni trop longue, comme la <em>Recherche du temps perdu<\/em>.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ensuite, c\u2019est un roman avec des personnages vraisemblables. Certes, ils sont de leur \u00e9poque et parfois un peu conventionnels, mais j\u2019ai fait de mon mieux pour leur donner au d\u00e9part un peu de complexit\u00e9, assez pour les rendre int\u00e9ressants et pour qu\u2019ils \u00e9voluent d\u2019eux-m\u00eames au cours du roman, puisque, comme Houellebecq avec ses personnages, je laisse s\u2019agiter les miens.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ensuite c\u2019est un roman avec des personnages vraisemblables qui participent \u00e0 une intrigue vraisemblable. Les personnages s\u2019agitent et se rencontrent, mais quand ils se rencontrent, ce n\u2019est que la cons\u00e9quence logique des circonstances, pas celle d\u2019un improbable mais opportun coup de th\u00e9\u00e2tre. Le seul hasard qui pourrait paraitre forc\u00e9, mais comment faire autrement, c\u2019est la rencontre d\u2019Antoine et de Stiller devant la cath\u00e9drale de Strasbourg.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">L\u2019histoire se situe dans un environnement historique que j\u2019ai voulu le plus exact possible, tout en y int\u00e9grant mes personnages fictifs. En particulier, la r\u00e9volte de Treblinka et certains d\u00e9tails du p\u00e9riple de Sammy, de la Lib\u00e9ration de Paris, de la prise de Berchtesgaden et du Nid d\u2019Aigle sont directement inspir\u00e9s de faits r\u00e9els.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La construction manque probablement de rigueur mais, \u00e0 travers des r\u00e9cits parfois divergents, elle dessine le destin d\u2019Antoine qui d\u00e9termine finalement celui de Dashiell.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Pour conclure, j\u2019ai aim\u00e9 <em>Histoire de Dashiell Stiller<\/em>\u00a0; je trouve que le r\u00e9cit se tient, que les personnages sont aimables, au sens o\u00f9 on peut les aimer, que certaines sc\u00e8nes sont fortes et que la fin, ferm\u00e9e par le dernier dialogue du dernier chapitre, se rouvre avec les derniers mots de l\u2019\u00e9pilogue.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour ceux qui n&rsquo;aime pas les textes en petits morceaux, voici la critique ais\u00e9e 264 \u00e0 lire d&rsquo;une traite. Histoire de Dashiell Stiller Philippe Coutheillas, 2023 Amazon, 419 pages, 12\u20ac \u00a0Il m\u2019arrive parfois de quitter le second degr\u00e9 ; il m\u2019arrive aussi de quitter nuance, r\u00e9serve et modestie et g\u00e9n\u00e9ralement, \u00e7a se produit en m\u00eame &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=47251\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Histoire de Dashiell Stiller &#8211; Critique ais\u00e9e n\u00b0264 (texte int\u00e9gral)<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[94],"tags":[2018,21],"class_list":["post-47251","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-critiques","tag-hds","tag-philippe"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/47251","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=47251"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/47251\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=47251"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=47251"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=47251"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}