{"id":47249,"date":"2023-10-15T07:47:16","date_gmt":"2023-10-15T05:47:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=47249"},"modified":"2023-10-16T16:53:52","modified_gmt":"2023-10-16T14:53:52","slug":"gisele-10","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=47249","title":{"rendered":"Gis\u00e8le ! (10)"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-47079\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Tunnel-150x150.png\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/>(&#8230;) Il y a longtemps que le propri\u00e9taire de Gis\u00e8le ne l\u2019\u00e9coute plus. Il est reparti vers la table o\u00f9 ses deux comp\u00e8res l\u2019accueillent avec des plaisanteries que Bernard n\u2019entend pas. Ils \u00e9clatent de rire encore une fois puis se saluent en heurtant leurs poings ferm\u00e9s. Le bon Samaritain\u00a0 se dirige vers la porte qui s\u2019efface devant lui, amenant un grand courant d\u2019air froid dans la caf\u00e9t\u00e9ria surchauff\u00e9e. Les emballages de sandwiches s\u2019envolent de la table de Gustave qui hurle \u00ab Robert ! La porte, nom de Dieu ! \u00bb et \u00e9clate de rire encore une fois. Sans se retourner, Robert lui fait un doigt d\u2019honneur et dispara\u00eet dans un tourbillon de neige. Le vent s\u2019est lev\u00e9 et maintenant, devant la vitrine, les flocons volent \u00e0 l\u2019horizontale.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Bernard s\u2019agite. Il se soul\u00e8ve un peu de son fauteuil en s\u2019appuyant p\u00e9niblement sur les accoudoirs \u2014 douleur. Son pantalon encore humide se d\u00e9colle de ses cuisses comme \u00e0 regret. Aussit\u00f4t, un froid humide enveloppe son entre-jambe. La sensation est extr\u00eamement d\u00e9sagr\u00e9able. Il se l\u00e8ve, sa veste p\u00e8se sur ses \u00e9paules et sa chemise vient adh\u00e9rer \u00e0 sa poitrine. Sous le contact poisseux, il frissonne. Il essaie d\u2019enfiler ses mocassins. Ils ont perdu une pointure et leur cuir ressemble \u00e0 du carton froiss\u00e9. Bernard passe une premi\u00e8re manche de son manteau sans trop de difficult\u00e9 mais, \u00e0 la deuxi\u00e8me, son bras meurtri se rappelle \u00e0 lui encore une fois \u2014 douleur&#8230; Le v\u00eatement lui semble peser autant qu\u2019une cotte de maille. Bernard a mal aux pieds, il a mal au bras, il est \u00e9puis\u00e9, tremp\u00e9,\u00a0 fi\u00e9vreux. Pourtant il n\u2019y pense plus. Tout ce qu\u2019il sait c\u2019est qu\u2019il y a un camion qui l\u2019attend, avec son routier sympa, son habitacle surchauff\u00e9, probablement son Thermos de caf\u00e9 et, pourquoi pas m\u00eame \u2014 il sait que beaucoup de semi-remorque en sont \u00e9quip\u00e9s \u2014 sa couchette accueillante \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la cabine. Il a r\u00e9ussi \u00e0 enfiler ses mocassins en \u00e9crasant <!--more-->le contrefort sous ses talons. Il clopine machinalement vers les toilettes puis change d\u2019avis pour se diriger vers le comptoir du self-service. Derri\u00e8re les vitrines, il n\u2019y a plus rien qu\u2019une salade aux feuilles rabougries avec deux rondelles d\u2019\u0153uf dur dont la couleur a tourn\u00e9 maronnasse, deux pommes fl\u00e9tries et une tartelette aux fruits ind\u00e9finissables recouverts d\u2019une sorte de gel\u00e9e verte. De toute fa\u00e7on, il n\u2019y a personne derri\u00e8re le comptoir pour le servir. Il y a bien des distributeurs automatiques, mais il n\u2019a pas une seule pi\u00e8ce de monnaie sur lui. Et puis, il est bien trop fatigu\u00e9 pour avoir envie de manger quoi que ce soit. Tout ce qu\u2019il veut, c\u2019est dormir, dormir au chaud, dormir au sec en attendant d\u2019arriver au Politecnico. Un grand coup de corne de brume venant du parking lui rappelle que son chauffeur l\u2019attend, et m\u00eame qu\u2019il s\u2019impatiente.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>&#8230;bon sang, ce klaxon&#8230; c\u2019est celui du camion qui m\u2019a envoy\u00e9 dans le d\u00e9cor tout \u00e0 l\u2019heure\u00a0! ah\u00a0! le salaud\u00a0! je vais lui dire, quand m\u00eame, que \u00e7a se fait pas, des trucs comme \u00e7a\u00a0; je vais lui dire&#8230; non, peut-\u00eatre pas finalement&#8230; faudrait pas que&#8230;et puis, tous les klaxons de poids lourds se ressemblent &#8230;<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00ab Voil\u00e0, voil\u00e0, j\u2019arrive, crie Bernard qui ne r\u00e9alise pas qu\u2019il est totalement impossible que le d\u00e9nomm\u00e9 Robert l\u2019entende. \u00bb<br \/>\nIl se pr\u00e9cipite vers la porte, sans doute un peu trop vite car celle-ci n\u2019a pas le temps de s\u2019ouvrir et Bernard vient buter contre la paroi de verre. Il ne s\u2019est pas fait mal, mais le coup a \u00e9t\u00e9 sonore et il entend derri\u00e8re lui Gustave et son acolyte qui s\u2019esclaffent. Il reconnait m\u00eame le bruit des claques qu\u2019ils se donnent sur les cuisses pour souligner leur all\u00e9gresse. La porte a fini par s\u2019ouvrir et Bernard peut \u00e9chapper aux rires en disparaissant dans la temp\u00eate. Mais il ne tarde pas \u00e0 r\u00e9apparaitre devant la porte. Il l\u2019ouvre prudemment en avan\u00e7ant la main devant lui. Puis, prenant l\u2019air le plus d\u00e9tach\u00e9 possible, il se dirige \u00e0 grands pas vers le fauteuil qu\u2019il occupait tout \u00e0 l\u2019heure, saisit la poign\u00e9e de sa Samsonite oubli\u00e9e et d\u2019un geste sec, professionnel, d\u00e9ploie le syst\u00e8me t\u00e9lescopique qui va lui permettre de la trainer dignement derri\u00e8re lui vers la sortie. La porte glisse \u00e0 nouveau et il sort de la caf\u00e9t\u00e9ria salu\u00e9 par une nouvelle salve de rires gras. Dehors, il est accueilli par un nouveau hurlement de la corne de brume.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><em>&#8230;ouais, ouais, j\u2019arrive\u00a0!&#8230; j\u2019allais pas laisser ma valise\u00a0!\u00a0 t\u2019as cinq minutes, quand m\u00eame, non\u00a0? fait chier \u00e0 la fin, cet abruti\u00a0! &#8230; non, faut que j\u2019arr\u00eate, faut que j\u2019arr\u00eate avec \u00e7a&#8230; il va finir par m\u2019entendre. faut que je me mette \u00e7a dans la t\u00eate : Robert est sympa, Robert est un chic type, Robert va m\u2019emmener \u00e0 Turin\u2026Robert est sympa, Robert est un chic type, Robert&#8230;<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Alors, \u00e7a vient, oui ? Qu\u2019est-ce que c\u2019\u00e9tait que ce cirque avec la porte ? Allez, magnez-vous un peu\u00a0et montez dans le bahut ! \u00bb<br \/>\nC\u2019est Robert qui a descendu la vitre de sa porti\u00e8re et qui hurle son impatience par-dessus le bruit du vent et du diesel en cours de chauffe. Il continue sur le m\u00eame ton :<br \/>\n\u00ab\u00a0Non ! Pas de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0 ! Vous voulez pas conduire, quand m\u00eame ! Alors faites le tour et grimpez de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, et fissa ! Mais non, bougre de&#8230; Pas par l\u2019arri\u00e8re ! Faites le tour par devant, sacr\u00e9 nom\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00c0 bout de fatigue, \u00e9tourdi par la temp\u00eate, abruti par les injonctions du routier, Bernard se conduit comme un parfait imb\u00e9cile. Il ne sait plus o\u00f9 donner de la t\u00eate. Il avance, saisit la poign\u00e9e de la porti\u00e8re du conducteur, la l\u00e2che comme si elle \u00e9tait br\u00fblante, recule, part vers l\u2019arri\u00e8re du semi-remorque,\u00a0 repart dans l\u2019autre sens, laisse tomber sa valise, se penche pour la ramasser, glisse et tombe sur le dos, veut se relever trop vite, glisse et tombe \u00e0 nouveau\u2026\u00a0 Tout d\u2019abord subjugu\u00e9 par les contorsions de Bernard, Robert s\u2019est tu un court instant. Mais maintenant, il explose : \u00ab Non mais quel andouille ! Vous avez pas bient\u00f4t fini de faire le clown ? Je vais vous planter l\u00e0, moi. \u00c7a va pas trainer !\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>&#8230;si tu crois que c\u2019est facile, Ducon\u00a0!&#8230;<\/em><\/p>\n<p><em><span style=\"color: #0000ff;\">A SUIVRE<\/span><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) Il y a longtemps que le propri\u00e9taire de Gis\u00e8le ne l\u2019\u00e9coute plus. 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