{"id":4723,"date":"2015-12-05T07:07:18","date_gmt":"2015-12-05T05:07:18","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=4723"},"modified":"2018-09-06T11:40:15","modified_gmt":"2018-09-06T09:40:15","slug":"profondeur-de-champ-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=4723","title":{"rendered":"Profondeur de champ (Couleur caf\u00e9 n\u00b019)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em>Couleur caf\u00e9 n\u00b019<\/em><br \/>\n<em>Le Pavillon de la Fontaine.<\/em><br \/>\n<em>Jardin du Luxembourg<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est la premi\u00e8re fois que je viens ici. Pourtant, je suis pass\u00e9 mille fois devant ce petit pavillon proche du S\u00e9nat et de la fontaine M\u00e9dicis qui lui a valu son nom. De style second empire, peint en un vert fonc\u00e9 \u00e9l\u00e9gant, ses panneaux vitr\u00e9s \u00e9troits encadr\u00e9s de fins montants en bois lui donnent l&rsquo;aspect fragile d&rsquo;une grande serre ou d&rsquo;une petite caserne pour gardiens de square. Abrit\u00e9e sous les grands marronniers, sa terrasse est dans l&rsquo;ombre,\u00a0parsem\u00e9e de t\u00e2ches de lumi\u00e8re tremblante. Une soixantaine de tables m\u00e9talliques vert d&rsquo;eau y sont pos\u00e9es sur le gravier. Quelques touristes y ach\u00e8vent leur brunch et quelques parisiens viennent y prendre un caf\u00e9. Je viens y chercher un sujet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le temps est beau. Un vent du Nord -Est a d\u00e9gag\u00e9 le ciel mais il a rafraichi la temp\u00e9rature. De temps en temps, <!--more-->il soul\u00e8ve une petite tornade de sable et de feuilles mortes. C&rsquo;est le d\u00e9but de l&rsquo;automne et le soleil passe difficilement \u00e0 travers les feuilles qui s&rsquo;obstinent encore en nombre \u00e0 jaunir sur leur arbre. Il fait presque froid.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est la premi\u00e8re fois que je viens ici et je me demande pourquoi. J&rsquo;aime bien les caf\u00e9s et j&rsquo;en ai une grande habitude, mais, aux terrasses ext\u00e9rieures, je pr\u00e9f\u00e8re souvent l&rsquo;int\u00e9rieur des salles, surtout quand les tables sont en bois brun, le sol en petits carreaux multicolores et les murs couverts d&rsquo;affiches pour des expositions de peinture pass\u00e9es depuis cinq ans. J&rsquo;aime aussi le brouhaha des conversations qui roulent, des ustensiles qui tintent et de la machine qui souffle et qui crache. Tout cela me pousse \u00e0 \u00e9crire sur ce que je vois ou sur ce qu&rsquo;un encha\u00eenement bizarre de pens\u00e9es vient de me rappeler. Quand je manque vraiment d&rsquo;inspiration, je tente de reprendre un texte en panne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais ici, la fra\u00eecheur, le l\u00e9ger vent, le souffle du passage d&rsquo;un pigeon effront\u00e9 juste au-dessus de ma t\u00eate, la sonorit\u00e9 gr\u00eale d&rsquo;une chaise m\u00e9tallique que l&rsquo;on traine sur le gravier, le vol stationnaire d&rsquo;une derni\u00e8re gu\u00eape\u00a0au-dessus de mon verre\u00a0me donne un sentiment d&rsquo;inconfort, presque d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9, peu propice \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est fichu pour cet apr\u00e8s-midi, je n&rsquo;\u00e9crirai plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a bien ce livre dont je me suis promis de finir la lecture aujourd&rsquo;hui. Je retrouve ma page gr\u00e2ce au post-it que j&rsquo;y avais gliss\u00e9. Je me renverse dans mon si\u00e8ge.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Ce n&rsquo;est que le dimanche suivant que Fran\u00e7ois rappela Chantal. Pourtant Rajchman lui avait bien dit de le faire au plus t\u00f4t s&rsquo;il voulait qu&rsquo;elle l&rsquo;aide \u00e0 trouver un travail \u00e0 Isabelle. Mais, comme d&rsquo;habitude, Jean-Pierre avait surgi de nulle part, et &#8230;<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a trop longtemps que j&rsquo;ai interrompu la lecture de \u00ab\u00a0<em>Par-del\u00e0 les collines<\/em>\u00ab\u00a0, et j&rsquo;y suis perdu. Tous ces noms se ressemblent et je ne sais plus qui est qui. Je referme le livre sans m\u00eame y recoller le petit carr\u00e9 jaune.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je rel\u00e8ve les yeux et ce qui me frappe tout de suite, c&rsquo;est la profondeur de champ. Dans les caf\u00e9s comme je les affectionne, l&rsquo;horizon est limit\u00e9, rassurant\u00a0: quelques m\u00e8tres, quelques tables et le regard bute sur un miroir, un tarif ou un panneau qui indique les toilettes. Et m\u00eame quand je me tourne vers la vitrine, je vois la rue, les passants et les autobus comme s\u2019ils appartenaient \u00e0 un autre monde. Je suis comme le poisson rouge qui regarde \u00e0 travers la paroi de son bocal le monde de la cuisine, inaccessible, incompr\u00e9hensible. Ici, au Pavillon de la Fontaine, la salle se confond avec la terrasse et la terrasse avec le jardin. Vu de mon fauteuil, l&rsquo;\u00e9tablissement couvre un hectare et, dans cette lumi\u00e8re que l&rsquo;on croirait d&rsquo;hiver tant elle est\u00a0coupante, tout est net, propre et clair.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Devant moi, \u00e0 l&rsquo;ombre, au premier plan, il y a les dossiers des fauteuils verts sur lesquels on peut lire Pavillon De La Fontaine ; sur deux d&rsquo;entre eux sont appuy\u00e9s deux consommateurs ; la femme porte une robe imprim\u00e9e aux dessins violets sur fond blanc ; elle passe la main dans ses cheveux en se tournant vers son compagnon ; il semble l&rsquo;\u00e9couter attentivement. Un peu plus loin,\u00a0\u00e0 la limite des arbres, un serveur porte son plateau de la main gauche\u00a0; il se penche vers une table et ramasse le prix de la consommation qu\u2019il a servie tout \u00e0 l&rsquo;heure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sa silhouette se d\u00e9coupe sur un espace tr\u00e8s lumineux\u00a0; limit\u00e9 au plus pr\u00e8s par la ligne des derniers marronniers et au plus loin par la balustrade dont l\u2019arc de cercle domine la partie en contre-bas du jardin, il est \u00e0 demi plein d\u2019un d\u00e9sordre de fauteuils et de chaises dont aucune n\u2019est vide ; leurs occupants sont tourn\u00e9s vers le soleil, les yeux mi-clos ; parfois, quelques orangers plant\u00e9s dans de gros cubes en bois leur font de l\u2019ombre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces petits arbres, comme pos\u00e9s sur un socle, sont l\u00e0 aussi pour marquer la fin de la grande all\u00e9e centrale du jardin\u00a0; les promeneurs et les passants press\u00e9s y processionnent sans cesse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au-del\u00e0 de cette \u00e9tendue de clart\u00e9 s&rsquo;\u00e9tend une bande sombre\u00a0; elle est ray\u00e9e verticalement de gris par les troncs des arbres et surmont\u00e9e d\u2019un fouillis vert parsem\u00e9 de jaune et de brun ; des gens passent entre les troncs gris, parfois tir\u00e9s par de petits chiens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, tout au fond, il y a les grilles que l\u2019on devine \u00e0 peine et qui limitent l\u2019univers de mon caf\u00e9 d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, comme les parois lointaines du bocal de la cuisine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus pr\u00e8s, les fines colonnes de fonte du kiosque se distinguent \u00e0 peine des troncs des jeunes arbres ; le toit qu\u2019elles supportent est noy\u00e9 dans le feuillage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus pr\u00e8s encore, sur ma gauche, quelques tables du Pavillon sont au soleil et des parasols y ont \u00e9t\u00e9 ouverts ; les clients y sont plus nombreux ; un jeune barbu, seul, contemple son ordinateur. Sur ma table, le ticket de caisse me dit que le quart Perrier coute cinq euros cinquante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2015\/10\/PAVILLON-DE-LA-FONTAINE.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-large wp-image-4725\" src=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2015\/10\/PAVILLON-DE-LA-FONTAINE-960x708.jpg\" alt=\"PAVILLON DE LA FONTAINE\" width=\"604\" height=\"445\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2015\/10\/PAVILLON-DE-LA-FONTAINE-960x708.jpg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2015\/10\/PAVILLON-DE-LA-FONTAINE-300x221.jpg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2015\/10\/PAVILLON-DE-LA-FONTAINE.jpg 1278w\" sizes=\"auto, (max-width: 604px) 100vw, 604px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Couleur caf\u00e9 n\u00b019 Le Pavillon de la Fontaine. Jardin du Luxembourg C&rsquo;est la premi\u00e8re fois que je viens ici. Pourtant, je suis pass\u00e9 mille fois devant ce petit pavillon proche du S\u00e9nat et de la fontaine M\u00e9dicis qui lui a valu son nom. 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