{"id":47037,"date":"2023-09-20T16:47:31","date_gmt":"2023-09-20T14:47:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=47037"},"modified":"2024-11-04T18:28:37","modified_gmt":"2024-11-04T17:28:37","slug":"rendez-vous-a-cinq-heures-avec-une-question","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=47037","title":{"rendered":"Rendez-vous \u00e0 cinq heures avec une question"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left;\"><strong style=\"color: #800080; text-align: justify;\"><em>la page de 16h47 est ouverte&#8230;<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-23460\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/TASSE-DE-THE%CC%81.jpg\" alt=\"\" width=\"62\" height=\"79\" \/><\/p>\n<h6 style=\"font-weight: 400; text-align: center;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em>Mais pourquoi le roman ?<br \/>\n<\/em><\/strong><em>par Lorenzo dell&rsquo;Acqua<\/em><strong><em><br \/>\n<\/em><\/strong><\/span><\/h6>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Il y a quelque chose de faux dans la plus belle expression dont soit capable l\u2019\u00eatre humain, \u00e0 savoir la litt\u00e9rature, po\u00e8mes ou romans ou autres. Faux, parce que jamais l\u2019homme ne fonctionne de fa\u00e7on huil\u00e9e, polic\u00e9e, coh\u00e9rente, comme se doit de fonctionner un bon roman. L\u2019homme fonctionne par \u00ab\u00a0images\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0impressions\u00a0\u00bb successives, chacune en appelant une autre sans qu\u2019il soit capable de dire comment et pourquoi il en est arriv\u00e9 \u00e0 la derni\u00e8re, la seule qui compte pour lui, celle qu\u2019il va assumer, adopter et \u00e0 laquelle il va croire dur comme fer.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Mais comment en est-il arriv\u00e9 \u00e0 penser une chose pareille ? Lui-m\u00eame ne se le demande jamais. Le roman est exactement l\u2019inverse\u00a0: il doit \u00eatre coh\u00e9rent et <!--more-->compr\u00e9hensible. La fin doit \u00eatre la conclusion logique de ce qui a \u00e9t\u00e9 expos\u00e9 auparavant. Chez l\u2019homme, il n\u2019en est pas toujours ainsi, bien au contraire. Pourquoi en est-il arriv\u00e9 \u00e0 faire cette b\u00eatise dont il sait pertinemment \u00e0 froid que c\u2019en est une\u00a0? Aucun roman ne peut restituer de fa\u00e7on cr\u00e9dible son cheminement aberrant pour ne pas dire stupide.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La difficult\u00e9 est de restituer le fonctionnement incoh\u00e9rent des hommes sans tomber dans le comportement psychiatrique comme cela me semble \u00eatre le cas de Bartleby. Proust est en ce sens celui qui a approch\u00e9 au mieux le comportement des hommes en d\u00e9taillant l\u2019infinit\u00e9 des touches qui composent le tableau de ce qu\u2019il est ou pense. Freud est celui qui a approch\u00e9 au plus mal ce comportement que rien, pas m\u00eame la psychanalyse, ne peut expliquer car il est impr\u00e9visible et non reproductible (l\u2019inverse se saurait).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Je crois que les neurosciences donneront raison \u00e0 Proust et non \u00e0 Freud.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Chez l\u2019homme, ce qui rel\u00e8ve de la connaissance scientifique, raisonnements et conclusions, fonctionne de fa\u00e7on coh\u00e9rente. On peut lui appliquer les r\u00e8gles de la logique.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Mais tout ce qui rel\u00e8ve du comportement et de la psychologie fonctionne diff\u00e9remment parce que notre conscience ne maitrise ni les fonctionnements ni les dysfonctionnements de l\u2019ordinateur hallucinant qu\u2019est notre cerveau qui, en mati\u00e8re de m\u00e9moire, essaie de r\u00e9unir des informations \u00e9parpill\u00e9es dans un domaine aussi vaste que le Sahara. Elle parvient, parfois avec beaucoup de difficult\u00e9s, \u00e0 nous pr\u00e9senter une version plus ou moins acceptable qui est toujours construite de fa\u00e7on al\u00e9atoire avec des chose vraies et des choses, non pas fausses, mais recrut\u00e9es dans d\u2019autres histoires qui n\u2019ont rien \u00e0 voir.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Le roman nous plait, et nous s\u00e9duit parce qu\u2019il montre des comportements que nous n\u2019avons pas eus ou que nous n\u2019avons pas \u00e9t\u00e9 capables d\u2019avoir\u00a0: plus courageux, plus t\u00e9m\u00e9raires, plus h\u00e9ro\u00efques ou, au contraire, encore plus l\u00e2ches, plus peureux, plus minables que les n\u00f4tres. Est-ce bien, est-ce mal, ce n\u2019est pas la question. L\u2019int\u00e9r\u00eat du roman est d\u2019ouvrir le champ des possibilit\u00e9s, positives ou n\u00e9gatives, m\u00eame si en pratique, ou plut\u00f4t justement parce que, nous ne pourrons jamais revenir sur celle, discutable, que nous avons choisie.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Sur les conseils d\u2019un v\u00e9ritable ami, Lorenzo avait enfin d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00e9crire un roman. Ce dernier l\u2019avait convaincu, ultime tra\u00eetrise, que son style \u00e9tait devenu enfin acceptable gr\u00e2ce \u00e0 lui, ce qui n\u2019\u00e9tait pas faux, et qu\u2019il disposait sur un plateau d\u2019une pl\u00e9thore de personnages hauts en couleurs qui allaient faire, non pas des h\u00e9ros, faut pas d\u00e9conner, mais les personnages id\u00e9aux d\u2019une intrigue bourgeoise et d\u00e9cadente un peu d\u00e9cousue et sans le moindre fil conducteur. Lorenzo, humble et respectueux des ain\u00e9s, avait fini par acquiescer bien qu\u2019il n\u2019e\u00fbt \u00e0 ce moment-l\u00e0 pas la moindre id\u00e9e d\u2019un sc\u00e9nario qui tienne la route. Quant aux personnages que Ph. lui avait propos\u00e9s, il s\u2019agissait des lecteurs de son JdC, un cheptel pas n\u00e9 de la derni\u00e8re couv\u00e9e, soi-dit en passant. Difficile de faire une histoire captivnate\u00a0 avec des personnages dont le plus jeune venait de f\u00eater ses soixante-quinze ans.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: center;\">Addendum<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">En raison de l\u2019incompr\u00e9hension pour ne pas dire de la r\u00e9probation que nous avons cru d\u00e9celer chez les lecteurs du JdC dont le silence\u00a0assourdissant en est une preuve indirecte mais irr\u00e9futable, il nous a sembl\u00e9 n\u00e9cessaire d\u2019apporter des explications \u00e0 nos propos pol\u00e9miques sur le roman. Le plus simple est de prendre un exemple concret connu de tous et tir\u00e9 des c\u00e9l\u00e8bres Corneilles qui g\u00e9n\u00e9r\u00e8rent en leur temps un torrent de m\u00e9contentement de la part des lecteurs parce que l\u2019auteur s\u2019\u00e9tait permis d\u2019attribuer \u00e0 leur h\u00e9ros bienaim\u00e9, l\u2019\u00e9crivain Ph., un r\u00f4le de criminel, m\u00eame avort\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Je partage leur surprise car le comportement de Ph. est effectivement irrationnel\u00a0; rien dans sa biographie sage comme une image ne permet de soup\u00e7onner chez lui un passage \u00e0 l\u2019acte criminel qui plus est envers un de ses proches amis. Issu d\u2019un milieu bourgeois et catholique pratiquant du cinqui\u00e8me \u00a0arrondissement, \u00e9l\u00e8ve dans un des lyc\u00e9es les plus r\u00e9put\u00e9s de Paris, b\u00e9n\u00e9ficiant depuis son enfance d\u2019une location \u00e0 l\u2019ann\u00e9e d\u2019un bateau \u00e0 voile sur le bassin du Luxembourg, re\u00e7u major \u00e0 l\u2019une des plus grandes \u00e9coles scientifiques de France, propri\u00e9taire \u00e0 vie d\u2019une table orient\u00e9e plein sud \u00e0 la terrasse ensoleill\u00e9e du Cyrano, mari\u00e9e \u00e0 une future Sainte, expert en demi-pressions rouges ou blancs, h\u00e9ritier d\u2019un ch\u00e2teau fort dans le bas de l\u2019Aisne, laur\u00e9at du Prix Goncourt 2026 et \u00e9lu \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie Fran\u00e7aise la m\u00eame ann\u00e9e, en attente du Prix Nobel de Litt\u00e9rature comme Malraux, Hemingway et Modiano, Ph. n\u2019a aucune raison \u0153dipienne d\u2019apr\u00e8s notre consultant Sigmund F. de commettre un tel crime vis-\u00e0-vis de Lorenzo qui n\u2019a pas non plus l\u2019\u00e2ge d\u2019\u00eatre son p\u00e8re (loin de l\u00e0). Rien dans son pass\u00e9 ne permettait de le pr\u00e9voir, et en tout cas pas les broutilles conserv\u00e9es aux archives la PJ du quai des Orf\u00e8vres.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Et c\u2019est bien l\u00e0 o\u00f9 je voulais en venir. Le comportement inattendu de Ph. dans les Corneilles ne l\u2019est que selon des crit\u00e8res classiques du roman, mais, dans la vraie vie, en tout cas la mienne, il est banal et courant. En effet, tous les hommes et les femmes aussi respectables que Ph. sont capables de commettre un jour de mani\u00e8re impr\u00e9visible ce type d\u2019acte d\u00e9mentiel \u00e9chappant au raisonnement logique de tout un chacun. Me suis-je bien fait comprendre\u00a0?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Venant \u00e0 l\u2019appui de mes propos, j\u2019ai trouv\u00e9 dans la litt\u00e9rature trois histoires qui \u00e9chappent \u00e0 la plus \u00e9l\u00e9mentaire logique romanesque et qui d\u00e9crivent pour une fois des comportements humains impr\u00e9visibles et incoh\u00e9rents comme on en voit tous les jours dans la vraie vie\u00a0:<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>Augustin Meaulnes, le mod\u00e8le du gendre id\u00e9al, s\u2019enfuit apr\u00e8s sa nuit de noces sans m\u00eame avertir la future maman. Quand il reviendra enfin chez lui, son infortun\u00e9e \u00e9pouse sera d\u00e9j\u00e0 morte depuis deux ans. Au passage, on se demande ce qu\u2019il a bien pu fabriquer pendant tout ce temps mais le roman ne le dit pas.<\/li>\n<li>Wilfrid d\u2019Ivanho\u00e9 est fou amoureux comme moi de la sublime Rebecca (Elisabeth Taylor) mais il lui pr\u00e9f\u00e9rera sa fianc\u00e9e blonde et frigide qui ne rigole jamais. Impensable, non\u00a0?<\/li>\n<li>Dans C\u00e9sar et Rosalie, l\u2019h\u00e9ro\u00efne, une m\u00e8re c\u00e9libataire plus toute jeune et au ch\u00f4mage depuis le d\u00e9but du roman, envoie balader ses deux pr\u00e9tendants fortun\u00e9s pour aller aux USA retrouver qui, personne ne le sait, mais sans SECU ni aide m\u00e9dicale\u00a0! Absurde et imprudent \u00e0 son \u00e2ge.<\/li>\n<\/ul>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Lorenzo dell&rsquo;Acqua<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>la page de 16h47 est ouverte&#8230; Mais pourquoi le roman ? par Lorenzo dell&rsquo;Acqua Il y a quelque chose de faux dans la plus belle expression dont soit capable l\u2019\u00eatre humain, \u00e0 savoir la litt\u00e9rature, po\u00e8mes ou romans ou autres. 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